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#1 le 03.07.16 20:51

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Intrusion- Who are you ? -

Caël Black

Oscar L. Warren

Bip Bip Bip –

Les rayons du soleil se faufilaient par les rideaux entrouverts et éclairaient la petite pièce. Simplement meublée d’un large lit et de tables de chevet, d’un guéridon, d’une commode et d’un petit bureau à l’autre bout de la pièce, elle était parfaitement en ordre. Quelques affaires pliées attendaient sur la commode. Une large valise était posée à côté. Au pied du lit se trouvait une énorme malle fermée. Hormis quelques magazines ou autres objets posés çà et là, le mobilier ne témoignait pas d’une présence récurrente en ces lieux.

Les fins rayons de lumière animaient la petite chambre dans le matin naissant, poursuivaient leur course à travers la pièce et venaient se poser sur les draps de satin noir. Ils caressaient la peau nue d’un corps encore assoupi qui, lentement, s’éveillait et s’échappait des affres du sommeil. S’étirant en laissant échapper un soupir, son bras émergea de la couette pour appuyer sur l’interrupteur, faisant cesser le lancinant appel du réveil. Les draps glissèrent le long de ses hanches nues tandis qu’il se redressait, encore ivre de sommeil, avant de poser les pieds sur le sol moelleux et se lever.

Machinalement, l’homme enfin debout se dirigea vers la porte faisant face au lit et s’engouffra dans la salle de bain. Ses mains vinrent agripper le mitigeur et l’eau chaude jaillit. Tandis que se remplissait la baignoire, il alla s’appuyer sur les rebords de la vasque et leva un regard ensommeillé sur le miroir.

L’homme qui lui fit face, dans le reflet du miroir, n’était autre qu’Oscar Lewis Charles Warren. Lui-même. Il se frotta les yeux d’une main avant de s’observer de nouveau. Ses yeux dérivèrent sur l’étagère à sa gauche, sur laquelle se trouvait une ribambelle de potions aux contenants et couleurs diversifiées, aux étiquettes plus ou moins travaillées. Un petit coin était réservé aux flacons de parfum, mais les bouteilles de potions s’amassaient en surnombre. Aaah, les potions… Essentielles et nécessaires, moteur du monde des morts. Il s’en approcha, pensif. Avec un air distrait, il commença à fouiller parmi les flacons, attrapant les fioles pour observer de plus près leurs étiquettes, avant de les reposer et d’en reprendre d’autres. Il trouva finalement la potion qu’il cherchait – c’était un liquide violacé et épais, pailleté, dans un flacon en verre de forme ronde surmonté d’un délicat bouchon carré. L’étiquette arrondie, au centre, mentionnait d’une écriture élégante le nécromancien et le nom de la potion. Parfait. Cette potion-ci lui teinterait les cheveux d’un noir de jais, une autre changerait ses iris pour un profond vert émeraude. Puis il serait enfin apprêté pour se rendre au défilé auquel il était attendu le jour même.

Abandonnant les flacons sur le petit meuble, il alla se glisser dans le bain bouillant qui l’attendait.

~

Le soleil avait entamé sa descente, nimbant le ciel d’été d’un bleu pâle tirant sur l’orange. La foule tokyoïte, en agitation permanente, grouillait dans les rues de la capitale.

Se fondant parmi la masse, Oscar rentrait de son épuisante journée. Son sac à l'épaule, caché derrière des lunettes de soleil et un chapeau, il suivait le mouvement de la foule d’un air pensif, les yeux dans le vague. Le stress et la pression qui entouraient les défilés étaient usants et fortement déplaisants – raison pour laquelle le mannequin en faisait assez peu et préférait bien plus les séances de photographies.

Le plus souvent, après un défilé, il rejoignait ses collègues qui partaient à l’assaut de la nuit tokyoïte, ravis de pouvoir enfin se détendre après tant de préparation dans l’angoisse – mais, ce soir-là, il avait décliné leur invitation. Chose a priori plutôt étonnante chez Oscar. Toutefois, celui-ci n’en avait pas l’envie. Cet ouvrage de théologie qu’il avait déniché la veille n’y était peut-être pas pour rien non plus, mais plusieurs raisons motivaient ce choix. Ses compères l’avaient agacé toute la journée ; Il saisirait bien une autre occasion pour se rire d’eux. Cette décision était également motivée par son statut de zombie. C’était idiot, mais il approchait de la date à laquelle il devrait reprendre une potion – deux jours plus tard – pour repousser une nouvelle fois son physique ingrat et préserver son image... Et, dans ces moment-là, il avait tendance à rechigner à quitter son logement et ses potions. On ne savait jamais ce qu’il pouvait se passer. Raison pour laquelle, également, il avait pour habitude de boire des potions plus régulièrement que nécessaire. Même s’il lui arrivait, à de rares occasions, de les laisser tomber, il s’arrangeait toujours pour que l’on ne sache pas qui il était et où Oscar L. Warren était parti en vacances. Sa couverture ne devait pas tomber. De ce fait, il chérissait ses potions, ses potions secrètement cachées dans le double-fond de la malle au pied de son lit. Il en avait, d’ailleurs, toujours une d’avance.

Il quitta la lumière déclinante du début de soirée pour pénétrer dans un hôtel. Sans se départir de ses lunettes, il se dirigea vers les ascenseurs, où il patienta quelques minutes après avoir appuyé sur le bouton avant de pénétrer à l’intérieur lorsque s’ouvrirent les portes. Depuis combien de temps logeait-il ici ? Trop de temps à son goût. Il était temps qu’il songe à changer de nouveau d’hôtel ou bien qu’il se décide enfin à investir dans l’immobilier et s’acheter un appartement. L’avantage de cet endroit, c’était qu’il n’avait pas à cuisiner et qu’il pouvait à loisir se rendre dans l’immense restaurant de l’hôtel ou faire appel au room-service  – l’inconvénient, c’était qu’il n’y avait qu’une pièce et que cela devenait vite invivable.

Il fut coupé dans sa réflexion par le tintement des portes de l’ascenseur qui s’ouvrait et la voix nasillarde qui annonçait son étage. Il pénétra dans le couloir, enlevant enfin son chapeau pour passer une main dans ses cheveux sombres. Puis il chercha dans son sac les clés de sa chambre d’hôtel et glissa la clé métallique dans la serrure.