Invité

Terminé #11 le 12.07.16 20:16

avatar
Invité
Mes paupières s'écarquillent sensiblement lorsque j'entends la réponse de ce cher Viktor. Une remarque en particulier attire mon attention, même si je devinais qu'il avait dit cela comme il aurait pu balancer n'importe quel autre type de banalités. Il me trouvait jolie ?! Cet homme était décidément fou, ou complètement aveugle pour qualifier un vulgaire cadavre ambulant de ''jolie fille''. Même sous mon meilleur jour, je n'estimais pas être un canon de beauté, quoiqu'en disent les hommes que je côtoie régulièrement. Les hommes sont prêts à dire beaucoup de chose pour obtenir ce qu'ils veulent, me disait souvent ma mère. Dès lors, je n'étais pas certaine que le fait que mon rôle principal dans cette funeste entreprise ne concernerait aucunement la boutique tende à me rassurer un peu. Monsieur Matveïev avait semble-t-il de bien plus noirs desseins à mon encontre. Quoi qu'il en soit, je baisse momentanément le regard sur ma tenue pour le moins négligée, triturant presque nerveusement le bas de mon sweat-shirt trop ample pour ma fine silhouette – encore plus maintenant que je n'avais plus que la peau sur les os. J'avais juste envie de lui répondre que si j'avais osé mettre une de mes tenues disons plus... affriolantes, il se serait bien gardé alors d'évoquer les mots 'jolie' et 'fille' dans la même phrase en ma présence ; mais je n'en avais ni le courage ni la force.

Non sans une certaine curiosité, je le suis du regard tandis qu'il me contourne et regagne la boutique d'un pas de plus en plus traînant. Sa boiterie avait empiré non ? Étonnant qu'en tant que nécromancien, il n'y remédie pas simplement à l'aide de potions, songé-je pour moi seule. Était-ce seulement possible ? Probablement. Ici, tout semblait possible. Sauf revenir dans le monde des vivants, c'eut été trop beau évidemment. J'en étais là de ces réflexions lorsque j'aperçois Viktor me tendre les deux fioles que je comptais préalablement lui subtiliser avant qu'il ne fasse voler en éclats tous mes vains espoirs. Une seconde. Les deux ? N'avait-il pas dit un peu plus tôt qu'il me laisserait hypothétiquement en boire une seule, si j'obtempérais en nettoyant tout ce foutoir ?
Mes paupières se plissent sensiblement ; il me rend méfiante. Je m'approche de lui, restant néanmoins sur la défensive tout en écoutant distraitement ce qu'il me dit. A dire vrai, toute mon attention restait monopolisée sur ces deux petites bouteilles contenant mon salut, comme si je craignais que d'une seconde à l'autre, le grand brun les fasse disparaître sous mon nez par je ne sais quel tour de passe-passe. Avec ses remerciements, me dit-il ? Douce ironie. Je m'empare des bouteilles avec une défiance palpable et me recule aussitôt de quelques pas, en fourrant une dans mon sac et ouvrant l'autre sous les yeux du nécromancien pour la vider d'une traite, sans me douter de l'air désespéré que je pouvais bien afficher en l'instant

Soupir...

Presque instantanément, je sens mon corps reprendre du poil de la bête : mes muscles se remplument, mes formes se raffermissent délicieusement, ma peau se retend sensiblement sur mes os et je reprend quelques couleurs. Enfin ! Un peu de bien-être après tant de péripéties. Était-il trop tard pour que je me rende chez Misty ? Sans doute... D'autant plus que je n'étais pas encore habillée.

« As-tu des jours et des plages horaires de préférence ? Pour ma part, je suis naturellement limité par les horaires de la boutique, mais reste assez disponible en dehors. Dans le pire des cas, je ne suis pas du genre à rechigner sur les jours de congé que je m'accorde arbitrairement »

Je reprends progressivement mes esprits, reportant désormais mon attention sur le Russe et sa question d'horaires. Combien de temps comptait-il me garder si je lui disais que j'étais libre tous les jours de 6h00 à 23h00 ? Mieux valait lui donner un créneau horaire précis, de sorte à ne pas trop être dérangée à des moments peu opportuns. Et puis... il fallait bien que je dorme et que je mange non ?

« … Je suis plus ou moins libre tous les jours, en fin d'après-midi. Je pourrais venir après les horaires de fermeture si vous voulez ; mais à 22h00 maximum, je devrais partir. », réponds-je de cette même voix monocorde dont j'usais constamment le timbre. « … Je... j'attendrai votre appel. » conclus-je en baissant le regard, glissant mes doigts dans mes mèches ébène pour les remettre en ordre. A bien y réfléchir, il me semblait que j'effectuais souvent ce geste, lorsque j'étais gênée. Ou mal à l'aise...

Puisque notre rencontre semblait s'achever ici et qu'il était tard, je me détourne timidement pour rejoindre la porte – essayant d'ignorer les dégâts que je lui avais fait un peu plus tôt –. Avant de pousser la poignée pour regagner la rue, toutefois, je marque un temps d'arrêt, détournant une dernière fois mes prunelles bleutées sur le nécromancien et ajoutant avec une sincérité désarmante :

« Merci pour... la potion. Et encore désolée. »

Puis je disparais dans la ruelle, trottinant pour rejoindre l'artère principale et m'engouffrer dans la première ruelle sombre que je trouve, le souffle court après tant d'émotions. Sans m'en rendre compte, je sens ma main glisser jusqu'à mon sac, caressant doucement le doux renflement qu'y formait la petite potion. Ma soirée ne s'était peut-être pas passée comme je l'avais prévu mais au moins, j'avais ma potion ! Rassurée, je me compose un air détaché avant de reprendre ma route, direction l'agence. Je prendrai soin désormais d'éviter soigneusement le troisième étage...
Invité

Terminé #12 le 14.07.16 9:11

avatar
Invité
Encore sonnée par son regain de vigueur, la jeune femme mit un certain temps avant de me répondre, mais qu'importait ? Plus elle prenait le temps de mûrir sa réflexion, plus j'avais tout le loisir de la détailler telle qu'elle était de son vivant, avant qu'un homme comme moi n'abuse de sa crédulité et ne lui fasse croire qu'elle pourrait retourner parmi les siens, parmi les êtres qui, de ce monde, étaient les plus chers à son cœur. Force était de constater que si je ne m'offusquais jamais de l'apparence des zombies ni même de leur odeur, cette Giuliana, comme tous les autres zombies en général, était mieux « retapée » qu'en état de décomposition partielle. Qu'elle était brune, je le savais déjà, mais la potion avait redonné un peu de couleur à sa chair et de vie à ses muscles ; elle l'avait éloignée du simple cadavre à la peau d'albâtre tendant sur le gris, aux joues et aux orbites creusées, aux muscles effilés, tant ils étaient atrophiés. De ce constat, je m’enorgueillissais : j'avais eu raison de sous-entendre qu'elle était une jolie fille car c'était indéniablement le cas, aussi monotone soit-elle.

Songeur, j'écoutai avec attention ses créneaux horaires en réfléchissant déjà à ce que je pourrais en faire, acquiesçant finalement pour la libérer alors qu'elle semblait à nouveau si mal à l'aise face à moi. Chaque jour en fin d'après-midi, mais départ maximum à 22 heures. Étant entendu que je fermais la boutique à 20 heures la plupart du temps, il ne me resterait guère de temps pour faire de quelconques tests avec elle et discuter des résultats. Peut-être me faudrait-il revoir les horaires certains jours, ou voir à fermer toute une après-midi.
Perdu dans mes pensées, j'avais à peine remarqué qu'elle n'était pas encore partie, tressaillant presque de l'entendre me remercier alors que je la gratifiais en retour d'un simple sourire. Son départ venait de me rappeler que l'heure n'était pas à la réflexion mais au sommeil. Ainsi, si j'escomptais ouvrir d'ici quelques heures, il me faudrait rejoindre l'Agence au plus vite, alors, pourtant, que le problème de la porte d'entrée restait entier. Soupirant de ce constat, je récupérai toutes les potions de la boutique pour les porter au coffre que j'avais dans l'arrière-boutique, dissimulé dans un placard. Il n'abritait aucun cash, simplement les potions les plus chères et les plus rares que je pouvais vendre... Dans la mesure, néanmoins, où ce soir, je n'étais pas même à même de protéger les potions les plus banales, toutes rejoindraient le coffre dans les limites du possible, par simple précaution.

Après je-ne-sais-combien d'allers-retours – aidé de ma canne, cette fois -, j'avais eu le déplaisir de constater que trois potions ne tenaient pas. Était-ce bien grave ? Pour quiconque mettait un tant soit peu de cœur dans son métier comme je le faisais aujourd'hui, oui. Indubitablement.
En désespoir de cause, je cachai donc les trois potions restantes en trois endroits différents de l'arrière-boutique avant de m'armer d'un carton et d'un rouleau de scotch pour dépanner provisoirement la porte. Et dire que de mon vivant, j'étais de ceux qui riaient des imbéciles barrant la vitre brisée d'une portière d'un sac poubelle et d'un scotch orange flashy... Comme quoi : mieux valait s'abstenir dès lors qu'on ignorait tout de ce que la vie – ou la mort – pouvait nous réserver.

Bien que peu convaincu par ma réparation - système D, je fermai néanmoins la boutique en contemplant ce ridicule morceau de carton. Et lorsqu'enfin, j'hasardai quelques pas dans la rue, un coup d’œil à ma montre m'apprit qu'il était 4 heures, passées de peu... Que la nuit allait être courte. Peut-être me faudrait-il songer à installer un matelas dans l'arrière-boutique. Non pas que j'espérais être à nouveau volé – encore que je n'avais aucun pouvoir là-dessus -, mais sait-on jamais. Dans de pareilles situations, cela m'éviterait de rejoindre l'Agence en perdant un temps supplémentaire directement imputé sur mes heures de sommeil, limitées à deux cette fois, si je m'endormais dès après être rentré.
En parlant d'Agence, il faudrait que j'aille faire un tour du côté du deuxième sous-sol, prochainement.