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Terminé #1 le 24.06.16 17:34

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Rien, rien et encore rien !

J'avais beau fouiller partout dans mes placards, ouvrir tous mes tiroirs, soulever le moindre tapis et secouer chacun de mes sacs à main, le constat restait résolument le même : je n'avais plus une seule potion dans ma réserve susceptible de me rendre une apparence quelque peu présentable. Même Guntz, mon nécromancien de colocataire – celui-là même que je ne voyais jamais puisqu'il ne daignait faire une apparition que tous les trente-six du mois –, n'avait rien dans ses réserves personnelles. J'étais bravement passée outre ses sérieuses interdictions de toucher à ses affaires et m'étais jetée à corps perdu et en désespoir de cause dans le crochetage de son armoire privée. Rien que des ingrédients bizarres et des fioles qui ne m'inspiraient guère confiance ; le reste avait à mes yeux des allures de poudres à perlimpinpin.

Je me laisse retomber sur mon lit en soupirant longuement, étirant ma carcasse en lente décomposition jusqu'à en sentir faiblement craquer les os. Du coin de l’œil, je constate l'heure que me donne mon réveil, sagement posé sur la table de chevet : 23:40. Indéniablement, je n'aurais pas le temps de me ''refaire une beauté'' et de me rendre ensuite au club tout en espérant dégotter une passe pour la nuit. De toute évidence, dans cet état, j'arriverais difficilement à appâter le chaland alors autant passer la soirée à trouver une solution à mon premier problème. Mais à cette heure-ci, trouverais-je seulement une boutique ouverte ? Il fallait que j'essaye.
Déterminée, j'abandonne donc le confort relatif de mon lit pour m'habiller, écrasant quelque chose sous mon pied – une balle ? – et provoquant au passage un désagréable 'pouic pouic' plastifié, spécialité de l'appartement Bozo. Nouveau soupir. Blasé, celui-ci. J'enfile un des rares pantalons que je possède afin de masquer à la fois la maigreur de mes jambes due à la lente altération de mes muscles et la teinte cireuse – parfois tuméfiée même – de ma peau d'ordinaire blanche. Pour le haut, je me couvre d'une ample veste sweat dont je rabats la capuche de sorte à couvrir partiellement ma chevelure de jais et mon visage émacié.

En quittant l'appart', l'idée que je pourrais tout aussi bien demander à Carl – l'autre zombie de la coloc' – de me dépanner me traverse l'esprit. Puis je me dis que non. Il ne semblait pas m'apprécier plus que cela et même si c'était le cas, je n'avais aucune envie de lui devoir quelque chose. Des dettes ? Très peu pour moi ~.
J'en suis là de ces réflexions stériles lorsque j'appuie sur le bouton ''rez-de-chaussée'' de l’ascenseur, me demandant ensuite vaguement comment j'allais m'y prendre pour me payer des potions avec l'argent que je n'avais pas. Quand la porte s'ouvre, néanmoins, ce n'est pas le hall de l'agence qui se présente devant moi, mais bel et bien la pénombre d'une petite ruelle et l'odeur infecte d'un cortège de poubelles pleines aux contenus disputés par les rats. J'arque un sourcil, incrédule, détaillant d'abord la rue, puis l'intérieur de l’ascenseur jusqu'à ce que je comprenne que je venais d'emprunter une de ces fameuses machines démoniaques. Bon... Peut-être que le hasard – et l'étourderie – avait bien fait les choses au final. En m'engageant dans la ruelle, je constate qu'elle mène vers une des nombreuses rues marchandes du centre tokyoïte. Bingo.

Manque de bol, la plupart des échoppes de toutes sortes était fermée... Seuls quelques tabacs et des épiceries de nuit restaient ouverts aux noctambules. Je soupire encore en traversant la rue, les mains fourrées dans les poches de mon sweat et la mine basse, pour ne pas qu'on me remarque. A ce train là, je n'escomptais définitivement plus bosser cette nuit. Quoique... Face à moi, une petite vitrine tout à fait caractéristique de la sacro-sainte caste nécromancienne attire mon regard. L'endroit ne payait pas de mine vu d'ici, tout en sobriété élégante. Son plus gros défaut, c'était cette maudite pancarte ''closed'' qui ornait la porte. Ma montre affiche 00:30. Si j'arrivais à me procurer une seule potion, je pourrais essayer de gagner le nightclub avant 1h30.
Un regard à droite, un autre à gauche : personne dans la ruelle. Oserais-je... ? Après avoir brièvement cherché, je dégage un pavé qui se désolidarisait du sol dans lequel il était fiché, l'attrape fermement dans mon poing et, sans me poser plus de questions, je fracasse la vitre de la porte. Pas d'alarme. Tant mieux. Mon cœur bat à tout rompre lorsque je passe ma main au travers de la porte pour la déverrouiller de l'intérieur. C'était la première fois que j'entrais par effraction quelque part. Pourtant, si j'avais ressenti un quelconque sentiment de honte en pénétrant dans les lieux, celui-ci avait vite disparu derrière mon habituelle indifférence. Ce monde n'était-il pas fait pour que ses habitants dépassent leurs limites ?

La boutique est aussi sobre à l'intérieur qu'à l'extérieur, mais je remarque toutefois qu'elle est propre et bien tenue. Je n'aurai donc aucun mal à trouver ce que je recherche. Mes iris azurés furètent ça et là sur les étagères jusqu'à ce que je trouve enfin ce que je cherche. J'attrape deux bouteilles de potions « coup d'éclat » et les fourrent rapidement dans mon sac en bandoulière. Mieux valait ne pas s'attarder plus longuement ici, sinon... Han !

Mes sens sont en alerte lorsque j'entends des pas dans la rue. L'ombre d'un homme arpente le trottoir jusqu'à ce que sa silhouette s'arrête devant la vitrine de l'échoppe. Sans réfléchir, je cours jusqu'à l'arrière-boutique et m'y glisse en silence en espérant que le badaud ne s'attarde pas trop dans le coin. Mais c'était sans compter sur ma maladresse naturelle. Dans le noir, je butte contre quelque chose qui, sous mes doigts – et surtout contre mon genoux et mon bassin – s'apparente à un bureau, ou peut-être un établi. Je sursaute, tendant abruptement les bras vers ces verres qui s'entrechoquent l'un contre l'autre pour tenter vainement de limiter les dégâts, sans songer une seule seconde que ce maudit réflexe n'arrangerait pas les choses. Impuissante, j'entends le tout s'écrouler dans un grand fracas de verre brisé.

Génial ~
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Terminé #2 le 26.06.16 18:25

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Un regard discret à ma montre m'apprit qu'il était déjà minuit passé, constat qui eut pour conséquence immédiate de m'arracher un bâillement que j'essayai d'étouffer en vain. Kurando était un brave type. Mais un type du genre indécis et étourdi. Malgré les mois écoulés depuis notre rencontre et ses commandes régulières auprès de mon commerce, il n'était pas rare qu'il se pointe la bouche en cœur cinq minutes avant la fermeture de ma boutique. Cette fois-ci n'avait pas fait exception à la règle, si ce n'est qu'il était arrivé au moment précis où je fermais. Pour m'amadouer, sans doute, dès lors que je n'étais plus guère enclin à lui rouvrir – mais en soi, ce n'était pas tant le fait de rouvrir que la perspective de devoir attendre trente minutes qu'il trouve la potion tant désirée, qui me dérangeait le plus -, il avait minaudé plusieurs minutes et m'avait finalement proposé un restaurant en désespoir de cause. N'ayant rien de prévu, j'avais accepté, convaincu, également, qu'il me devait bien ça pour toutes les faveurs que j'avais daigné lui accorder ~.

Sur le papier, l'idée de Kurando était bonne. Naturellement, c'était sans prendre en compte le fait que mon compagnon de beuverie était précisément Kurando. Avant l'étape du restaurant, il avait donc fallu repasser chez lui pour qu'il se change – occasion au cours de laquelle j'avais pu constater l'oubli de mon téléphone portable dans ma boutique. Je m'étais bien gardé de faire part de ce contre-temps à mon client et ami cependant, ne serait-ce que pour me ménager un détour par la boutique, susceptible de lui faire malencontreusement oublier son invitation première -.
Après ce « détour de quelques minutes tout au plus » ayant concrètement donné lieu à une perte de temps d'une heure vingt-quatre, nous rejoignîmes enfin le coin des restaurants, Kurando optant naturellement pour l'un des plus blindés, ralentissant consécutivement le service. La soirée n'y fut cependant pas mauvaise, car si j'étais de ceux qui ne savaient guère entretenir la conversation la plupart du temps, quoique pas nécessairement laconique non plus, Kurando était une source intarissable de sujets pour avoir énormément voyagé de son vivant et être doté de quelques tendances mythomaniaques.

Le temps du repas, du retour chez lui et d'une concoction maison que je lui avais concédée sur le chemin du retour, minuit était déjà passé, donc, et j'attendais désormais le verdict de Kurando. Sa mine réjouie en sortant de la salle de bain suffit à m'éclairer néanmoins sur son état de satisfaction, qu'il ne manqua naturellement pas de m'expliciter autant en paroles qu'en Øssements. Dès lors que le Japonais avait cependant obtenu ce qui l'avait initialement amené à ma boutique, il ne s'opposa pas à ce que je m'en aille à peine une dizaine de minutes après ses remerciements exagérés.
Bien qu'exténué, il ne me restait plus, dès lors, qu'à passer par ma boutique pour récupérer mon téléphone portable et rejoindre ensuite l'appartement pour escompter un repos bien mérité, alors que j'avais déjà partiellement rendu les armes en abandonnant le col de chemise boutonné jusqu'en haut pour oser m'aventurer à laisser mes clavicules apparentes. De la même façon, j'avais remonté les manches de ma chemise blanche à hauteur de mes coudes – l'alcool m'avait indéniablement réchauffé – et ma veste était désormais pliée sur mon bras gauche. Ainsi, il n'y avait plus guère que ma canne pour sauver encore mon apparence soudainement plus négligée.

Jusque là trop élevée, ma température corporelle déclina cependant brutalement à l'instant où, devant ma boutique, je constatai que la porte avait été forcée - brisée, très exactement - ... De mieux en mieux. Et cela, pour quelle raison ? Quelques potions que le premier nécromancien venu pouvait réaliser ? Le boucan qui provint de l'arrière-boutique à cet instant de mes réflexions coupa le soupir qui me venait doucement au même moment. Parce que ce salopard était encore là, en plus ?! Habitué à l'agencement de ma boutique, je profitai de la seule lumière extérieure pour m'y engouffrer et me frayer un chemin parmi les meubles, atteignant l'arrière-boutique en distinguant sans peine une silhouette presque étalée sur mon plan de travail. Sans redouter quoi que ce soit – qu'aurais-je pu craindre, au juste ? Mourir ? Haha ~ -, je bondis presque sur la silhouette en la maintenant sur le meuble au moyen d'une clé de bras, mon autre main manœuvrant ma canne pour essayer d'atteindre l'interrupteur le plus proche. A l'odeur, c'était un zombie. Désespéré, probablement – un de plus -. Quant à savoir s'il était l'auteur de l'effraction ou s'il en avait seulement profité, cela restait encore à déterminer.

- Qui es-tu ? marmottai-je entre mes dents en japonais, parvenant enfin à actionner l'interrupteur et déclenchant immédiatement quelques tressautements de la part de l'unique néon paresseux de la pièce, illuminant bientôt les environs et tous les dégâts que l'importun avait pu causer. Bon sang.

La lumière désormais allumée, je profitai de l'occasion pour démasquer mon voleur, quoique pressentant déjà qu'il s'agissait d'une femme, tant du fait de ses maigres forces que des formes de son corps que je devinais alors que nous étions si proche l'un de l'autre. Sa capuche retirée dévoila une chevelure de jais du plus bel effet. Une crinière épaisse et brillante, tranchant merveilleusement avec la mine qu'arborait la zombie en l'instant - une européenne -. Qu'elle soit l'auteur de l'effraction n'aurait finalement rien d'étonnant, compte tenu de l'urgence dans laquelle elle semblait se trouver, mais qui sait ? Certains zombies aimaient à se montrer sous leur véritable jour.
Râlant en sourdine, je lâchai enfin la jeune femme en me reculant, m'immobilisant néanmoins dans l'encadrement de la porte entre l'arrière-boutique et la boutique elle-même, au cas où l'idée de se sauver prendrait la zombie. Avec ce contact prolongé, nul doute que mes vêtements sentiraient la mort jusqu'à ce que je les lave à deux ou trois reprises. Quelle joie de sentir l'animal mort à des lieues ~

- La porte, les potions, la matière première, le matériel... Ça commence à chiffrer. Toutefois, j'imagine que tu n'as pas les Øssements nécessaires pour me rembourser, alors comment comptes-tu t'y prendre ? assénai-je en anglais cette fois-ci - simple précaution -, après un constat rapide des lieux, d'une voix calme d'où transparaissait néanmoins une froideur certaine, reflet de mon expression actuelle.

Maudits zombies. Celle-ci ne repartirait pas si facilement.
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Terminé #3 le 28.06.16 18:00

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Décidément, ce monde était peut-être fait pour que nous dépassions nos limites version post-mortem, mais je n'avais pas songé un instant – à tort – à ma malchance chronique, qui semblait m'avoir poursuivie jusque dans l'au-delà. Non seulement le badaud avait entendu mon boucan – comment n'aurait-il pas pu ~ –, mais il avait en plus décidé de venir voir ce qui se tramait dans la boutique. J'essayais encore de me débattre avec les différents bocaux restant pour éviter de les faire tomber lamentablement au sol au milieu de feus leur compère lorsque je sens l'inconnu fondre sur moi dans la pénombre, enserrant mes bras derrière mon dos en me maintenant fermement contre l'établi. Tellement surprise que j'en ai le souffle coupé pendant un instant, j'essaye vainement de me débattre jusqu'à ce que la lumière pâle du néon éclaire l'arrière-boutique et me montre l'étendue des dégâts que j'avais fait. Je reste d'abord pétrifiée sans répondre à la question posée – que j'ai vaguement comprise grâce aux quelques notions de japonais que j'avais apprises depuis mon arrivée. Alors il retire ma capuche et je panique. Je ne voulais pas qu'on me voit ainsi !

Mon cœur s'emballe jusqu'à ce que mon agresseur me lâche, puis je me tourne lentement vers lui, le souffle court, restant sagement appuyée contre la table pour ne pas tomber. Je le dévisage tout comme il le fait lui-même avant de baisser le regard et de contempler le sol jonché de bris de verre. Je me sens soudain honteuse d'avoir fait ça et encore plus de m'être faite prendre avec tant de facilité. La réplique de l'inconnu accentue considérablement mon malaise. Ainsi donc, il était le propriétaire de cette échoppe. C'était bien ma veine ~.
Sans broncher, je reporte mon regard azuré dans ses prunelles étonnamment dorées, détaillant ses traits empreints de froideur à mon égard. Il était plutôt bel homme ; la trentaine songé-je en remarquant les quelques ridules estompées au coin de ses lèvres et de ses paupières. Il ne manquait pas de classe non plus, constaté-je en observant sa mise. Autant dire que faisais pâle figure face à lui, dans mon ensemble jeans-baskets-sweatshirt négligé. Je déglutis lentement, essayant de trouver une solution à ce calvaire dans lequel je m'étais moi-même fourrée. Mes iris se baissent instantanément alors que ma main vient fouiller dans la poche de mon sac, avant d'en sortir quelques Øs, tout juste de quoi se payer un verre de mousseux me semblait-il.

Avec lenteur, je les tends à l'homme en avançant d'un pas ou deux, reportant un regard coupable sur son visage visiblement imperméable à ma détresse.

« Je suis désolée, c'est tout ce que j'ai... » murmuré-je d'une voix faible, en anglais également : « Mais je vous rembourserai, j'ai... »

Soudain je m'interromps. Mes paupières se plissent sensiblement, l'air méfiant. Ce regard... Je le connaissais bien pour l'avoir vu maint fois sur tous ces hommes qui me dévisageaient avec un intérêt malsain. L'inconnu attendait quelque chose de moi. Quoi ? Je n'en savais foutre rien et cette idée me faisait froid dans le dos.

« Que voulez-vous, au juste ... » demandé-je après quelques longues secondes de réflexions. « Si je suis en mesure de vous l'offrir, je le ferai... »

Malgré cette concession murmurée à demi-mot, j'avoue que je craignais le pire, surtout de la part d'un nécromancien - et doublement de la part d'un homme.
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Terminé #4 le 30.06.16 20:39

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Si je n'avais pas assisté moi-même à la scène de mes propres yeux, sans doute aurais-je ri au nez de celui qui me l'aurait contée. Seulement je la voyais bel et bien, gênée, mal à l'aise, fouiller dans ses poches en quête d'argent qu'elle savait ne pas avoir, comme, dans le monde réel, l'on pouvait vainement chercher un ticket de tram que l'on savait pertinemment ne pas avoir payé et/ou composté, face à un contrôleur inflexible. La chute de cette scène comique était arrivée lorsqu'elle m'avait tendu une main au creux de laquelle s'entrechoquaient quelques Øssements. Dans les dessins animés qu'en ses jeunes années, ma fille avait pu regarder, sans doute cette scène se serait-elle traduite par le regard tristement abattu de l'héroïne, pauvre malheureuse sans le sou, tendant dans sa main quelques piécettes parmi lesquelles, pêle-mêle, l'on pouvait trouver des boutons de gilet, quelques fils de vêtements arrachés et des poussières insignifiantes.
Cette scène imaginée autant que celle que je vivais me prêta à sourire. Je venais de réaliser, tant d'années après ma mort, que je serais le parfait méchant des dessins animés que regardait ma fille. L'un de ceux qui l'avaient terrorisée, contraignant les père et mère à quelques embrassades réconfortantes. Quelle ironie.

N'ayant pas même envisagé un seul instant que cette jeune femme puisse me payer quoi que ce soit – et surtout pas le matériel perdu -, c'est à peine si je l'avais écoutée, cherchant un moyen plus abordable, pour elle, de rembourser cette perte conséquente. Vit-elle défiler les idées à mesure qu'elles me traversaient l'esprit, pour s'arrêter aussi abruptement dans sa phrase et me fixer, mi-incrédule, mi-méfiante ?
Ça y est. La princesse pleine de cette naïveté et de cette innocence si chères à ses créateurs, venait de réaliser combien le monde dans lequel on l'avait implantée était cruel. Je ne présageais pas de « Happy end » pour celle-ci, dès lors que nous n'étions pas dans un dessin animé, mais bien dans la vie, ou du moins dans la mort réelle.

- D'abord, tu vas retrousser tes manches et nettoyer, avec moi, les dégâts que tu as causés, rétorquai-je en tournant à demi sur moi, détaillant les environs tout en appuyant ma canne contre un mur et déposant ma veste sur le premier meuble à portée.

Que faisait-elle dans l'arrière-boutique ? Toutes les potions courantes étaient exposées dans la boutique. Ici, il n'y avait guère que la matière brute et mon matériel. Y avait-elle cherché autre chose, ou avait-elle tenté de s'y cacher ? Attentif, je détaillai le moindre recoin, observant chaque meuble, chaque présentoir, chaque étagère de la boutique, jusqu'à froncer les sourcils. Là.
Sans un mot, je me détournai de la zombie, avançant en boitant détestablement jusqu'à rejoindre une étagère où s'étirait un trop grand vide. Les « coup d'éclat » avaient disparu, naturellement. Pourquoi ne pas y avoir songé avant ? Et dire que la demoiselle avait prétendu ne rien avoir d'autre que ces quelques piécettes sans valeur. Serait-elle moins douce et innocente que je ne l'avais pensé ?
Aussi silencieusement que me le permettait ma boiterie, je revins à l'arrière-boutique. Même si les potions mettaient un certain temps à faire effet, cela aurait déjà dû se faire sentir chez elle, de sorte qu'elle ne devait sans doute pas avoir eu le temps de les boire. Les avait-elle dans son sac ?

- Rends-moi les potions que tu as prises. Peut-être te laisserai-je en prendre une si tu nettoies correctement, repris-je en regagnant un petit placard sur lequel je pris appui, en sortant une balayette que je posai sur le plan de travail où j'avais initialement coincé la demoiselle, puis un seau et une serpillière, cheminant jusqu'à un lavabo perdu dans un coin de l'arrière-boutique.

Et dire que j'avais espéré rejoindre l'appartement avant 1h. Quel optimiste je faisais ! J'étais désormais bon pour jouer l'inspecteur des travaux finis et contribuer à nettoyer des conneries qui n'étaient pas mon fait, si j'escomptais seulement ouvrir à l'heure habituelle demain matin. Demain matin, ou « d'ici quelques heures », devrais-je dire.

- J'imagine que tu n'as pas plus d'argent aujourd'hui que tu en avais hier, ou que tu en auras demain, hein ? repris-je en jetant un coup d’œil à la zombie pendant que le seau se remplissait d'eau, Si oui, peut-être pourrions-nous nous arranger, toi et moi, amorçai-je en coupant l'eau, déposant le seau à mes pieds avant d'y mettre un peu de savon et d'y plonger la serpillière, récupérant un balai sur lequel je m'appuyai provisoirement, ainsi qu'une pelle que je gardai en main, pour l'heure, La plupart des nécromanciens ici-bas reproduisent indéfiniment des potions connues de tous. J'aspire à mieux que cela, mais ne dispose d'aucun volontaire pour tester mes éventuels essais. Or, je ne peux pas les mettre sur le marché avant d'avoir procédé à des tests. Voilà donc ce que je te propose : tu testeras mes nouvelles potions et me feras part de tous les effets, bons ou mauvais, en échange de quoi, peu à peu, ta dette s'effacera. Tu ne seras naturellement pas payée pour ça, mais tu bénéficieras au moins des effets positifs des potions. Du reste, si tu me rends d'autres services, tel que venir m'aider en boutique en cas de grand rush, ou encore me prêter main forte pour une raison x ou y, je te récompenserai avec ces « coup d'éclat », si chères à ton cœur, exposai-je sans la quitter des yeux, approchant du plan de travail en évitant au mieux d'écraser les bris de verre, Cela te conviendrait ?

La question était posée, mais au fond, avait-elle réellement le choix ?
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Terminé #5 le 03.07.16 15:35

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Bim.

Le couperet venait de tomber, bien moins incisif que ce à quoi je m'étais attendue en voyant l'air soudain intéressé de l'homme. Sans doute m'étais-je attendue à plus de calculs de sa part. Alors quoi, ce maudit nécromancien me laisserait partir sans encombres dès lors que je l'aurai aidé à faire le ménage ?
Je plisse les paupières, m'attendant d'une minute à l'autre à une salve de requêtes supplémentaires. L'étonnant regard doré de l'homme se détourne de moi tandis qu'il regagne la boutique, titillant ma curiosité. Je fais un pas de plus pour mieux observer cette boiterie régulière qui rythme son pas. Avait-il été blessé de son vivant ? Ou se traînait-il, tout comme moi, les séquelles d'une mort violente ?

« Rends-moi les potions que tu as prises. Peut-être te laisserai-je en prendre une si tu nettoies correctement », m'ordonne-t-il en cheminant autour de moi pour sortir tout le matériel nécessaire au nettoyage du bordel que j'avais foutu.

Mon regard se baisse instantanément sur son passage. Les potions ! J'avoue les avoir oubliées momentanément à partir du moment où il m'avait ceinturée contre l'établi. Avec lenteur et autant de précautions que possible, j'extrais doucement les deux petites bouteilles de mon sac et les dépose à un endroit encore vierge de mon passage dévastateur : j'ai nommé la commode. Après quoi je suis des yeux le ballet incessant de l'éclopé, m'emparant de la balayette et de sa pelle qu'il avait sans doute laissées là à mon attention. Tout en écoutant son discours d'un air des plus éteint et abattu, je m’accroupis pour commencer à ratisser les bris de verre et les diverses matières visqueuses étalés sur le sol. J'aurais dû tiquer à ce moment précis du soliloque. Peut-être l'ai-je fait d'ailleurs, inconsciemment.

Voilà donc le véritable plan de mon nouvel ami nécromancien. Me faire payer de ma propre personne les dégâts en le laissant tester sur moi ses potions d'apprenti alchimiste en mal de reconnaissance. A dire vrai, j'étais habituée à payer en nature, mais pas de cette manière. Je mentirais d'ailleurs, si je disais que je m'étais attendue à une telle proposition. Dans mon esprit, les exigences du monsieur m'apparaissaient bien moins morales et beaucoup plus luxurieuses. Intérieurement, j'aurais dû me sentir heureuse de ne pas avoir à user de mon corps de cette manière une énième fois. Mais à la vérité, je craignais bien plus encore le stratagème du nécromancien. A bien y réfléchir, jouer les cobayes dans l'atelier d'un savant fou, n'était-ce pas bien pire qu'une bonne partie de jambes en l'air à l'ancienne ? Au moins, avec le sexe, je savais plus ou moins dans quel état je ressortirais. Là, rien ne me préservait d'une éventuelle métamorphose dérangeante : un troisième sein dans le dos, une queue de lézard, une barbichette au menton... Mon imagination s'emballait désagréablement.

« Ai-je vraiment le choix... ? », m’entends-je répondre – un brin effrontée – à la question posée ; question que je savais tout à fait rhétorique si bien que la mienne l'était tout autant.

Au fond de moi, je savais parfaitement bien que j'avais déjà décidé que je méritais mon sort. Pas pour avoir tenté de voler quelque chose. Pas même pour avoir essayé de pénétrer par effraction dans une boutique. Non. Je le méritais parce que je m'étais faite prendre...
Sans attendre de réponse, je me relève en soupirant faiblement une fois ma pelle pleine, et m'avance vers un bac que j'identifie comme une poubelle pour tout y jeter.

« … Et combien de temps devrais-je jouer votre... ''rat de laboratoire'' ? J'imagine que comme pour tout le reste, vous avez déjà votre idée là-dessus... » demandé-je d'une voix monocorde bien que douce, tout en me plantant devant l'homme, pelle et balayette en mains.

J'occulte volontairement la carotte qu'il m'avait promenée sous le nez pour mieux me tendre son piège si tentant. De toute évidence, ce n'était qu'un moyen de plus de m’appâter, autrement qu'en jouant sur le simple fil de ma culpabilité cette fois. 'Viens travailler pour moi et tu auras toutes les potions que tu voudras !'.

Bien sûr ~.

Aucun nécromancien sain d'esprit ne songerait à employer une zombie puante dans une boutique qui vend précisément des potions censées faciliter la vie sociale de ces mêmes zombies puants. Je suis peut-être naïve, mais pas encore stupide.
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Terminé #6 le 09.07.16 13:22

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L'insolence probable de la demoiselle me prêta à sourire et ce fut là la seule réponse qu'elle put obtenir de moi s'agissant du choix qu'elle s'imaginait ne pas avoir, et sur lequel elle m'interrogeait précisément. A la réflexion, il n'y avait bien que sa morale pour lui souffler à l'oreille – autant qu'à la mienne, cela dit – qu'elle n'avait décemment pas le choix et devait assumer ses actes autant que ses erreurs. C'était, au fond, tout ce qui la retenait dans cette boutique et lui dictait de faire le ménage à mes côtés. Ses yeux n'avaient-ils pas vu que j'étais atteint d'un handicap dans cette vie, certes minimes, mais néanmoins dérangeant – comme tout handicap, par définition - ? Qu'aurais-je pu faire si, profitant de mon ballet incessant dans l'arrière-boutique, elle s'était simplement décidée à prendre la poudre d'escampette ? Qu'aurais-je pu faire au beau milieu de la nuit, seul, si ce n'est hurler quelques insultes russes à son encontre pour la maudire plus qu'elle ne l'était déjà, en claudiquant éventuellement bien loin derrière elle ?
Non. Décemment, il n'y avait que sa morale pour lui laisser entendre qu'elle n'avait d'autre choix que d'accepter mon marché. Il n'y avait que sa morale pour la forcer à me répondre justement, lorsque je lui redemanderais son identité, ainsi que plusieurs petites informations me permettant de la contacter à l'avenir pour qu'elle paye la dette morale qu'elle venait de contracter à mon encontre.

Peu concerné par la question posée – au-delà du sourire, probablement inquiétant, que je lui avais adressé, s'entend -, j'avais entrepris de ramasser les bris de verre de mon secteur, parvenant à remplir ma propre pelle avant d'être interrompu par la proximité de la zombie qui venait elle-même de finir de ramasser, globalement, les morceaux de verre éparpillés dans son coin de l'arrière-boutique.
Sa nouvelle question me prêta néanmoins à sourire une fois de plus. Non pas du fait qu'elle ait eu l'air particulièrement résignée en me la posant, ni même de l'emploi du terme « rat de laboratoire »... Mais simplement parce qu'elle se posait décidément les bonnes questions. De là à savoir si c'était pour s'accabler un peu plus, ou pour être tout à fait certaine que je ne comptais pas l'entuber plus que de raison, je n'aurais su le dire, encore.

- Je l'ignore, répondis-je sincèrement et peut-être un peu trop brutalement pour quiconque se serait trouvé animé d'un quelconque espoir – était-elle de ces naïfs ? -, en la contournant afin de regagner à mon tour la poubelle et y déverser les bris de verre ramassés au préalable, Tout dépendra de ton taux de présence et de nos avancées. Plus les résultats seront bons, plus la charge de ta dette s'allégera, ajoutai-je en ramassant encore quelques gros morceaux de verre pour les jeter, posant mon nécessaire de nettoyage dans un coin de la pièce, Tu as donc tout intérêt à être particulièrement précise dans les descriptifs que tu me donneras. Chaque ingrédient a un effet particulier, et chaque proportion a son importance. Le mauvais dosage suffit à ruiner une potion, de même qu'un ingrédient supplémentaire peut la détruire ou la sublimer. Plus tu me donneras de détails sur ce que tu as ressenti et constaté, plus je serai en mesure d'associer cet effet à une composante de la potion afin de rectifier le tir ensuite.

En soi, son rôle était relativement similaire aux essais cliniques que l'on pouvait pratiquer dans le monde des vivants. Elle n'avait ici qu'un rôle de testeur, pourtant essentiel afin de garantir la qualité d'une potion mise en vente. Réalisait-elle qu'elle m'avait finalement rendu service en essayant vainement de me cambrioler ? Car rare étaient ceux qui se présentaient volontairement en boutique pour tester les potions en cours d'élaboration, dont l'équilibre incertain pouvait parfois avoir des conséquences dérangeantes. Rien d'insurmontable – je partais de toute façon du principe que personne ne craignait rien dans ce monde, dès lors que nous étions tous déjà morts -, cela va sans dire, mais parfois, simplement difficile à encaisser par l'ego.

Contournant la demoiselle zombie, je regagnai la commode où elle avait posé les potions volées pour fouiller dans quelques tiroirs en quête d'un carnet et d'un stylo, rapidement récupérés en dépit de tout ce qui pouvait traîner dans ce meuble – fourre-tout de la boutique où j'entassais à peu près tous les objets qui n'avaient aucune place ailleurs ; le genre de meuble qu'il ne valait mieux pas ouvrir si l'on n'en était pas le propriétaire -. Amorçant un volte-face pour poser le tout sur le plan de travail, je tournai un moment les pages du petit carnet en quête d'une feuille blanche que je trouvai aux trois quarts du livret, retournant ce dernier sur la table pour garder la page et faciliter la tâche à la zombie à laquelle je tendais actuellement le stylo.

- Puisque tu sembles avoir accepté le marché, j'aurais besoin de tes coordonnées. Nom, prénom, numéro de téléphone si tu en as un, adresse, exposai-je presque mécaniquement en cherchant des yeux, dans la pièce, mon portable que j'aperçus précisément sur la commode, partiellement caché par les fioles que la jeune femme avait restituées. Récupérant cette machine infernale pour la rapatrier à son tour sur la table, je lançai un nouveau sms afin d'y noter plusieurs éléments avant de lever le nez sur la zombie et me redresser sensiblement, Je t'ai laissé les miennes. Naturellement, cet échange de coordonnées ne t'empêche pas de poser des questions s'il t'en reste, que ce soit dans l'immédiat ou à l'avenir. Ça ne te dispense pas non plus du nettoyage restant, par ailleurs, cela va sans dire, ajoutai-je en souriant en coin.

Contournant le plan de travail, puis la demoiselle, je rejoignis le seau d'eau dans lequel trempait la serpillière avant de la récupérer pour l’essorer et la lancer au sol en un « splash » tout à fait caractéristique. Commença ainsi le nettoyage du sol ô combien nécessaire au vu de la quantité de liquide répandu sur le carrelage, dont les associations donnaient parfois des couleurs tout à fait agréables, dignes des plus beaux arcs-en-ciel ou des reflets des flaques de fuel, selon les préférences.
Sur mon portable dont la luminosité venait de s'atténuer, figurait, sobrement, les informations suivantes :
« Viktor Matveïev
090 1427 6752
Agence Azazel
Appartement Brossart, 3e sous-sol »
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Terminé #7 le 09.07.16 20:47

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Toute mon attention demeurait braquée sur l'homme, bien que mon regard ne fixe obstinément que la pointe de ses chaussures en contre-bas. Je buvais presque ses paroles teintées de cet accent slave si particulier, pour être certaine de bien tout comprendre et surtout, de ne pas me faire plus arnaquée que je ne l'étais déjà. En premier lieu, sa remarque tend à me faire déjà arquer sensiblement le sourcil, dubitative que j'étais. En quoi exactement le fait que les résultats soient bons ou mauvais influait sur l'effacement potentiel de ma dette ? Après tout, même si les résultats étaient complètement nuls, n'apprendrait-il pas de ses erreurs en échouant ? Les précisions suivantes toutefois – loin de me rassurer sur mon sort à venir – me confortent dans l'idée que j'allais sans doute morfler. Mais soit. Je m'y plierais puisqu'il le fallait. De toute manière, il sera à mes côtés quand je testerai ces produits, non ?

Je ne pouvais soudain m'empêcher de m'imaginer à l'appartement en train de manger innocemment mes corn-flakes, avant d'entendre l'exclamation moqueuse de Domen me dire :  « … Tu te laisses pousser les poils en mode ''Cousin Machin'' ?! », puis de voir à la fois son grand sourire et son index pointé sur ma peau se recouvrant progressivement d'une épaisse toison brune.
Concentre-toi Giuli...
Oui. Il me faut à tout prix garder les idées claires.

Le nécromancien me contourne et je ne peux que le suivre du regard, m'appuyant contre la commode derrière moi en observant son manège. Il sort un calepin et un stylo qu'il pose sur l'établi face à moi, avant de tourner longuement les pages jusqu'à en trouver une vierge. Mes iris bleutés suivent, comme hypnotisés, le mouvement régulier des pages et le frottement agréable du papier entre les doigts de mon futur tortionnaire. Timidement, je m'approche pour attraper le stylo qu'il me tend, détaillant ensuite rapidement le carnet ouvert. Sur la page de gauche figuraient toutes sortes de gribouillis que je parvenais difficilement à déchiffrer, même si quelques mots pouvaient laisser penser qu'il s'agissait d'un cahier contenant des recettes quelconques. Potions ou bons petits plats ? La première hypothèse me paraissait bien plus probable ; on faisait rarement quelque chose de comestible avec des queues de rats ~.
Lentement, je porte le bout du stylo à mes lèvres – vieille habitude mortelle – , tentant de réfléchir à un deal à passer avec l'apprenti chimiste. Mon regard se pose alors sur le téléphone qu'il glisse vers moi et je parcours rapidement des yeux les coordonnées inscrites. Viktor Matveïev. C'est un nom russe, si je ne m'abuse ? C'était donc de là que lui venait cet accent à couper au couteau. Je souris imperceptiblement, consciente qu'il ne me verrait pas, tout occupé qu'il était avec sa serpillière et son seau. Tout comme moi, Monsieur vivait à l'agence, il n'aurait donc aucun mal à me trouver, que je lui donne ou non mon adresse... Mais ça il n'en savait rien. Il fallait donc tenter quelque chose, afin qu'au moins la base de cette relation malsaine débute sur un pseudo pied d'égalité.

« Avant de vous donner mes coordonnées, j'aimerais boire une de vos potions « coup d'éclat »... ». Ma voix avait certes été timide, mon ton n'en demeurait pas moins déterminé quoique toujours aussi dénué d'émotions quelconques : « Je me sentirais plus à l'aise pour vous aider... », me sentais-je obligée d'ajouter comme pour justifier cette demande au mieux, et embellissant celle-ci – en supplément – d'un léger sourire tout à fait factice.

A bien y réfléchir, je devais avoir l'air complètement horrible ainsi, avec mes chairs pâles et putréfiées et mon visage creusé à l'excès. Puisqu'il en était rendu à me côtoyer, c'était aussi lui rendre service que de me laisser me retaper un tant soit peu, non ?

« Ensuite, je ferai tout ce que vous demanderez, c'est promis... Viktor ~ » ajouté-je encore en croisant les bras sur ma poitrine, baissant d'abord le regard sur le va-et-vient continu de la serpillière sur le carrelage souillé de couleurs bariolées, puis le reportant bien vite sur les fascinantes prunelles dorées du nécromancien, guettant son accord – ou son désaccord.
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Terminé #8 le 10.07.16 9:41

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Dès après lui avoir prêté un stylo, j'avais vaguement perçu son air songeur devant le cahier, sans, toutefois, comprendre où il la mènerait. Ce ne fut que quelques secondes - tout au plus quelques minutes - plus tard que j'en compris les motivations au vu de la requête et des justifications qu'elle m'apporta. Ah. Mademoiselle se pensait encore en posture de négocier parce que je m'étais montré poli et alors, pourtant, qu'elle s'était contentée, en tout et pour tout, de remplir une pelle pour jeter une poignée de débris de verre à la poubelle, ensuite ? Peut-être me faudrait-il déjà la recadrer – jeunesse débridée ~ - en ce cas, afin de lui rappeler les circonstances de notre affaire. Après tout, c'était bien parce qu'elle s'était permise de penser qu'elle pourrait voler ma boutique sans encombres que nous en étions arrivés là. C'était parce que, en se cachant, ou en essayant devrais-je dire, elle avait réduit à néant d'innombrables potions en préparation, du matériel et des ingrédients. C'était au titre de ces dégâts qu'elle devenait mon cobaye zombie. Pour ce qui était des potions « coup d'éclat », elle ne les aurait – ou plus probablement une seule des deux – qu'en m'aidant, et non pas en mordillant la pointe de mon stylo, piquée devant l'établi, en quête d'un marché digne de ce nom, susceptible de la rassurer. Était-ce moi qui avais commis ce vol ? Non. Était-ce à moi de le payer ? Non. Je le faisais déjà suffisamment.
Mais l'audace de la zombie eut au moins le mérite de me faire rire alors que je prenais appui sur le manche du balai à serpillière.

- C'est amusant. J'étais persuadé d'avoir parlé de « questions », et non pas de « doléances ». Ma langue aurait-elle fourché ? hasardai-je de façon strictement rhétorique sans la lâcher des yeux, Je t'ai promis une potion en échange du nettoyage de l'arrière-boutique, répétai-je en m'avançant vers elle, mon sourire ayant disparu pour me donner un air plus intimidant, peut-être, un air plus « russe », aurait-on pu dire, Tu veux ta potion ? Cesse de réfléchir, prends ce balai et nettoie les dégâts que tu as causés dans ma propriété, comme nous en avions initialement convenu. Le jour où je tenterai de fracturer ton appartement, ou quelque chose qui t'appartient, alors, peut-être, seras-tu en mesure de négocier.

En attendant, je lui présentai le balai de façon peut-être un peu plus abrupte que les convenances le permettaient, lui plaquant le manche contre ses bras croisés – sans doute pour qu'elle se donne un air plus convainquant à ses propres yeux -.
Qu'elle ne compte pas sur sa mine abattue et son état déplorable pour m'amadouer. Fut un temps ou cela aurait probablement marché, où je l'aurais peut-être sagement raccompagnée chez elle en lui laissant les potions et en m'abstenant de lui faire nettoyer quoi que ce soit de surcroît, tel le sot que j'étais alors. Comme les autres, elle aurait abusé de mon temps, m'aurait peut-être utilisé pour récupérer des potions à bas prix, si ce n'est gratuitement. Fut un temps ou son cinéma aurait marché, oui. Mais ce temps était depuis longtemps révolu. Aujourd'hui, je riais de sa mine et n'avais cure de son état.
Peu désireux néanmoins de lui mettre plus de bâtons dans les roues qu'elle n'en avait déjà, je me décalai un peu pour lui laisser le champ libre, entreprenant de débarrasser les quelques bris de verre qui demeuraient sur le plan de travail et d'éponger les résidus de potions qui y stagnaient.

- Cela te paraîtra sans doute cruel, mais je n'ai que faire de ton ressenti alors que tu passes le balai et la serpillière. Tu ne fais actuellement pas office de vendeuse ni d'hôtesse, mais simplement de ménagère. Or, ça se saurait s'il fallait être un canon de beauté pour faire le ménage chez soi ou ailleurs. Tu n'as donc pas besoin d'une potion, ajoutai-je afin de mettre les choses au clair, poursuivant ensuite en songeant que, peut-être, elle prendrait cette première réplique pour une invitation à redoubler de justifications, Cela dit, ne va pas croire que tu as fait un mauvais choix dans ton argumentation : je n'ai que faire de toutes les excuses que tu pourrais bien me présenter. Tout ce qui m'importe égoïstement, c'est la propreté de mon arrière-boutique de sorte à pouvoir ouvrir d'ici quelques heures.

Ma voix était peut-être un peu sèche, de même que j'avais probablement une allure distante à m'occuper de ma besogne sans en détourner les yeux. Pourtant, je ne pus finalement empêcher mon regard de se reporter sur elle alors que j'estimais en avoir fini avec la moralité. J'avais vu des zombies dans un état de décomposition bien plus avancé qu'elle ne l'était pour l'heure, dès lors, pourquoi cherchait-elle à boire une potion au plus vite ? Pour sauver les apparences à mes yeux ? Parce que, mortelle, elle était atteinte d'un narcissisme à ce point exacerbé qu'elle ne pouvait supporter d'être dans cet état dans la mort ? Si je ne pouvais rien faire pour la seconde raison, la première me paraissait superflue : je n'étais pas de ceux qui jugeaient les gens sur leur apparence, pas plus que je ne m'en moquais - c'était mon gagne-pain, après tout -. Cette obsession m'intriguait néanmoins, dès lors que j'associais davantage son état actuel à celui d'un vampire n'ayant pas encore mangé, qu'à celui d'un zombie dans l'urgence.
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Terminé #9 le 11.07.16 14:23

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Un frisson parcourt mon échine jusqu'à l'extrémité de ma colonne vertébrale alors qu'il s'approche de moi avec cet air des plus intimidant, voire hautain. Extérieurement je ne bronchais bien évidemment pas, comme d'habitude. Mais intérieurement... autant dire que je n'en menais pas large. Sans me quitter des yeux, il me refourgue sa serpillière avec un dédain palpable et je m'en empare timidement en baissant le regard une énième fois, serrant le manche entre mes doigts aux phalanges horriblement cadavériques. Bien malgré moi, et quand bien même tout mon être s'insurgerait des manières odieuses du nécromancien et de sa facilité constante à ruiner mes espoirs ; je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il avait raison. Que je n'étais en aucun cas en mesure de négocier après ce que je venais de faire. Son ton dur et cassant me le faisait comprendre, assurément. Pourtant, dans mon malheur, Viktor Matveïev m'apparaissait comme quelqu'un de juste et droit à l'égard de ce que j'avais fait – même s'il y avait effectivement une grande part d'égoïsme derrière tout ça, je n'en doutais pas un instant –. Étrange de penser cela de son futur bourreau, non ? Sans doute pas finalement, pour une créature aussi perdue et résignée que moi.

Je soupire avant d'acquiescer brièvement, préférant ne pas commenter les paroles du russe qui poursuivait son monologue. A quoi bon tergiverser, hm ? Alors je me mets sérieusement au travail et j'imbibe à nouveau la serpillière dans le seau prévu à cet effet, gardant mon visage fermé et grave, comme hermétique aux répliques du nécromancien. Qu'il pense ce qu'il veut. Ce n'était pas par pure vanité que je voulais boire sa satanée potion, quoi qu'il en dise ! C'était juste pour paraître à nouveau un brin normale. Juste pour ne pas avoir l'impression de ressembler à chaque instant à un animal de foire puant et pitoyable. Mais soit, de toute évidence ce cher monsieur semblait s'en fiche complètement de mon look. C'était déjà pas si mal...

L'heure suivante – peut-être plus, je ne comptais pas les minutes –, je la passais avec application à la tâche qu'on m'avait confiée, n'ouvrant la bouche que pour demander quelques précisions au propriétaire des lieux du genre : « Où dois-je jeter ceci ? » ou encore « A quel endroit puis-je ranger les objets encore intacts... ? ». Autrement dit, des dialogues d'usage. Cela me suffisait amplement, étant entendu que je n'avais pas particulièrement envie de taper la causette (ce n'était pas mon fort de toute façon). Et puis je ne pouvais pas me plaindre, Matveïev ne me laissait pas faire tout le boulot seule, quand bien même j'avais largement mérité ce traitement. Au contraire, il n'hésitait pas à mettre la main à la pâte, ignorant royalement la saleté qu'il accumulait sur sa belle chemise et son pantalon coupé sur-mesure. Plutôt étonnant pour un homme que j'aurais qualifié, au premier abord, de superficiel et hautain ~.

Lorsque mon regard se pose sur ma montre, il est trois heures passées. Dans un nouveau soupir, j'achève rapidement d'astiquer l'établi à l'encaustique avant d'aller mettre le chiffon sale avec les autres et de rejoindre le lavabo pour me laver les mains en silence. Une question cependant me taraudait depuis le début, du moins depuis qu'il m'avait fait sa proposition. Peut-être oserai-je la lui poser ? Je m'essuie rapidement les mains en rejoignant le petit carnet qu'il avait laissé à mon attention. Rapidement, j'inscris mes coordonnées comme il me l'avait préalablement demandé et selon le même modèle que lui :

Giuliana Scuderi
090 4598 7433
Agence Azazel
Appartement Bozo – 2ème sous-sol

Puis je récupère mon téléphone dans le sac que j'avais laissé à l'entrée de l'arrière-boutique, pour me laisser plus d'aisance dans mes mouvements, et je note celles du nécromancien, espérant secrètement ne jamais avoir à les utiliser.

« Vous avez encore besoin de moi... ? », hasardé-je en m'appuyant contre l'établi, lui tendant son cahier pour qu'il vérifie que je m'étais bien exécutée selon ses désirs. Le ménage était terminé et je ne voyais vraiment pas quoi faire d'autre pour le satisfaire – du moins si, mais je savais bien que les considérations du nécromancien à mon égard n'étaient pas de ce genre ~.

« Dites... », commencé-je en me raclant la gorge alors qu'il vérifiait les quelques mots griffonnés sur le papier. J'osais enfin poser la question que j'avais sur le bord des lèvres : « ...Vous étiez sérieux quand vous avez dit que je devrais vous aider en boutique... ? », demandé-je en gardant résolument le regard sur le sol fraîchement raclé. « Vous y perdriez des clients... », annoncé-je avec un semblant d’aplomb, quoique sûre de ce que j'avançais.

Je préférais le prévenir avant, histoire qu'il n'ait pas de mauvaises surprises suite à cette brillante idée ~.

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Terminé #10 le 11.07.16 17:18

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Assez étrangement, la zombie n'avait pas insisté et ne s'était pas insurgée de mon entêtement. Elle avait récupéré le balai et la serpillière et s'était remise au travail aussitôt, de sorte que j'en restais presque sur ma faim. J'avais vu un sursaut de rébellion dans sa demande, mais n'était-ce finalement qu'une main tendue par pur hasard, attendant de bien vouloir être saisie et ne se soulevant plus dès lors qu'elle s'était trouvée repoussée ? Peu désireux de m'encombrer des sentiments et ressentiments de la jeune femme alors qu'il restait beaucoup à faire, je pris parti de me remettre moi-même au travail, poursuivant ma besogne à ses côtés en tâchant de la déranger le moins possible.
Ainsi, je n'aurais su dire combien de temps dura cette séance de nettoyage réalisée dans un silence quasi religieux, où l'application, seule, semblait être de mise. Les rares instants où la zombie s'aventurait à briser le silence de la pièce – bercé par le va-et-vient régulier des balais récurant le sol – consistaient à me demander où jeter ceci, et où ranger cela. Des sujets de conversation thématiques, donc, qui n'étaient guère l'affaire que d'un échange de quelques secondes. Une grande bavarde, en d'autres termes, mais après ma soirée avec Kurando, ce n'était pas pour me déplaire.

Lorsque l'arrière-boutique fut enfin propre après un laps de temps indéterminé, la zombie commença à s'agiter davantage, allant et venant dans la pièce alors que le balai que j'avais encore en main me tenait plus que l'inverse. A ce moment, j'en étais à mon troisième bâillement, partiellement entrecoupé de quelques grimaces dues aux courbatures qui commençaient à ronger mes os alors qu'il se faisait décidément tard. Trop tard pour l'homme que j'étais, car voilà bien longtemps maintenant que j'avais abandonné ces soirées interminables où il était d'une absolue nécessité de franchir le cap des minuits. Depuis la naissance d'Anja, en vérité, soit plus d'une dizaine d'années.
Ce ne fut que lorsque le ballet continuel de la jeune femme cessa et qu'elle me tendit mon carnet que je daignai me redresser un peu dans le but de sauver les apparences, déjà malmenées par mon état actuel – pourrais-je seulement sauver mes vêtements, au vu de leur état ? Peut-être me faudrait-il tricher avec quelques potions... Fichu pour fichu, de toute façon, je n'avais rien à perdre -. Épuisé par cette interminable soirée, je plissai les yeux en essayant de lire les coordonnées de la jeune femme dans le petit cahier que je venais de récupérer.

« Giuliana Scuderi » - Italienne, sans doute - qui vivait à l'Agence, qui plus est... Étrange que je ne l'ai pas déjà rencontrée. Peut-être ne sortions-nous pas aux mêmes heures. Ou peut-être nous étions-nous déjà croisés avant sans que je ne lui prête plus d'attention qu'elle-même à mon encontre, alors. Quoi qu'il en soit, il serait simple de la retrouver, à supposer qu'elle n'ait pas menti sur ses coordonnées – ce que je n'excluais toujours pas, quoique nourrissant tout de même de sérieux doutes quant à ses capacités à mentir, simplement, au vu de la résignation que j'avais devinée chez elle un peu plus tôt -.
Mais alors que j'étais en pleine réflexion, elle attira mon attention par le biais d'une nouvelle question, quoique d'un genre différent des précédentes, me prêtant à rire un peu alors que je refermais le carnet pour le rapporter dans son meuble d'origine, déposant ensuite les affaires de nettoyage que j'avais sous la main en faisant fi de la douleur paralysant ma hanche droite.

- Je n'exclus pas cette éventualité même s'il ne s'agira pas de ton rôle principal. Rassure-toi néanmoins : il n'y a que peu de chances que cela se produise. Jusqu'à maintenant, je n'ai encore jamais vu cette boutique pleine à craquer au point que je ne puisse plus suivre, répliquai-je en rejoignant la jeune femme pour mieux la contourner afin de gagner la boutique, Quant à la perte de clients éventuelle, permets-moi d'en douter : les morts comme les vivants ne crachent jamais sur une jolie fille. Encore que le jour où je ferai appel à toi, si ce jour devait arriver, il faudra voir à éviter l'ensemble de survêtement extra-large ~

A hauteur de l'étagère où trônaient fièrement les « coup d'éclat » que j'avais soigneusement rangées avant que la zombie ne me les casse, elles aussi, je m'emparai des deux fioles et entamai un demi-tour sur moi-même sans prendre la peine de rebrousser chemin – j'avais de plus en plus de mal à marcher ; inutile, donc, de me donner en spectacle -, lui tendant simplement les deux potions à bout de bras, en attendant qu'elle vienne les récupérer.

- Un marché est un marché : voici tes potions pour le travail abattu. Avec mes remerciements, murmurai-je en la fixant, souriant sensiblement, Du reste, puisque je sais que je te manquerai inévitablement dès après avoir franchi le seuil de la boutique, permets-moi de songer déjà à notre prochaine entrevue, ajoutai-je en me redressant pour ménager un peu mon dos, trop sollicité par le ménage, As-tu des jours et des plages horaires de préférence ? Pour ma part, je suis naturellement limité par les horaires de la boutique, mais reste assez disponible en dehors. Dans le pire des cas, je ne suis pas du genre à rechigner sur les jours de congé que je m'accorde arbitrairement, précisai-je en souriant en coin.