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#1 le 12.06.16 3:05

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Ryusuke Tadase

Oscar L. Warren

Strong drink in a strange place

Un sourire s’épanouit sur les lèvres d’Oscar. Un sourire malsain, dément. Un sourire machiavélique. Et un rire fou jaillit de sa gorge. Belle soirée. Magnifique soirée en perspective. Il regarda ses phalanges ensanglantées avec amusement. Voilà un fantôme de moins sur cette terre. Le Monde n’avait pas besoin de ces faibles. Et lui, il se sentait divinement bien. Divinement vivant. A l’égal d’un dieu. Bah, n’était-ce pas ce qu’il était, aux yeux de la population ? Aux yeux de ces misérables êtres qui l’adulaient pour son physique et ses photographies parues dans les magazines ? Imbéciles. Vermine.

Hahahahaha. Quelle belle mascarade faisait-il. Il était une mauvaise blague. Une devinette à laquelle tous se fourvoyaient. Sous ses airs de mannequin maniéré et talentueux se cachait une immonde bête à l’odeur pestilentielle. L’intérieur de son être était pourri jusqu’à la moelle comme le zombie qu’il pouvait se laisser devenir. Son âme était un immonde tableau que cachait si bien son apparence, à l’image de ce fameux roman d’Oscar Wilde. Il n’était que pourriture. Et le plus amusant ? Personne ne le savait.

Oh, lui-même était conscient de cela. D’autres aussi, mais tant que son image n’en était pas entachée, il n’en avait cure. Ni rédemption, ni aucun autre synonyme n’avait de valeur à ses yeux. Au contraire. Il s’amusait de sa propre dépravation. Il s’amusait de l’espèce humaine. Il s’amusait de tout, sans limite. Comme il s’était amusé de ce pitoyable lémure qui avait vu malgré lui comme la mort était plus affreuse encore que la vie.

Il s’essuya soigneusement les mains et vérifia qu’aucune tâche carmin ne maculait ses vêtements, soucieux de son apparence. Redressant la tête et sans un regard sur les pavés rougeâtres derrière lui, il quitta la ruelle déserte en sifflotant gaiement, le cœur léger. Rien de mieux qu’un peu d’exercice pour se sentir exister.

Le soleil déclinait à l’horizon, teintant d’orange et de violet la voûte céleste. Derrière ses lunettes aux verres teintées qui le cachait des regards trop curieux pouvant le reconnaître, sous un chapeau assorti à sa tenue, Oscar observait les passants, les hauts immeubles qui flirtaient avec le ciel, les panneaux publicitaires qui s’affichaient à chaque coin de rue. Il s’avançait d’une démarche assurée vers sa destination et, une fois arrivé, pénétra sans ralentir l’immense hôtel dans lequel il logeait en ce moment.

Il en sortit une heure plus tard, vêtu d’un élégant costume noir lui seyant à la perfection, flottant dans son coûteux parfum de marque française et repu. Il s’engouffra dans une rue vivante et animée. Les enseignes des échoppes et des restaurants s’étaient allumées et formaient un flamboyant ballet de couleurs sur les immeubles. Oscar emprunta plusieurs rues, se dirigeant vers un quartier plutôt calme de nuit, non loin de son hôtel. Sa démarche, non pressée, était assurée et un fin sourire chatouillait les coins de ses lèvres. Belle soirée, hein ? Il décida de la commencer dans un petit bar qui ne payait pas de mine, au calme. Et s’il n’y trouvait pas ce qu’il cherchait – c’est-à-dire quelque chose d’intéressant ou d’amusant – il s’en irait ailleurs. Il avait l’intention de finir cette soirée accompagné. Et pour ça, en général, il était plutôt bon. Quand il décidait de ne pas finir seul, il ne finissait pas seul. Même si c’était avec un gang ou des drogués. Mais généralement, la compagnie dont il se trouvait affublé en fin de soirée était bien plus agréable.

Arrivé à destination, il poussa la porte du bar qui s’ouvrit dans un couinement. Certaines têtes se tournèrent vers lui, dévisageant sa silhouette à l’étrange allure en costume et lunettes de soleil. Habitué à sentir les regards peser sur lui, il n’en avait cure – bien au contraire. Il se complaisait dans l’attention que requérait son physique et sa manière d’être, dans le regard et le jugement de ces inconnus. Comme c’était drôle, de s’imaginer ce qu’ils pensaient. Que ce soit par admiration, crainte ou désapprobation, il aimait se sentir observé. Être le centre de l’attention. Pour l’heure, pourtant, il n’était pas encore temps d’entrer en scène.

Ses yeux furetèrent dans la pièce assombrie par ses verres teintés. Son regard s’attarda sur les hommes et femmes qui se trouvaient là, sur leurs visages marqués par l’alcoolisme pour certains, affreusement morbides pour d’autres. A une table, au fond, un petit groupe de cinq personnes tirées à quatre épingles trinquaient dans un silence glacial. Çà et là, des gens bavardaient devant un verre, plus ou moins joyeusement, plus ou moins alcoolisés. En-dehors des éternels piliers de comptoir, des habitués inébranlables, la fréquentation n’était pas trop mauvaise. Mais le quartier n’était pas des plus animés et les personnes qui venaient ici n’étaient pas forcément les plus recommandables. C’était toutefois plutôt calme. En général.

Se faisant discret, Oscar alla s’accouder au niveau du comptoir. Il commanda au barman un whisky, histoire de bien commencer la soirée. Tandis qu’il sirotait son verre d’un air faussement distrait, ses oreilles écoutaient les conversations alentours. Intérieurement, il se rit de certaines conversations, se désespéra d’autres. A la table du fond, les cinq personnes buvaient leurs verres dans un quasi silence. En bref, pour le moment, il n’y avait rien de bien intéressant. Il finit son verre en de rapides gorgées puis commanda un deuxième whisky, déposant de manière désinvolte des Ossements devant lui. Un fois rempli, son verre en main, il se tourna puis s’adossa au comptoir et promena ses yeux sur la salle. Qui allait-il aborder, maintenant ? Sa confiance en lui l’enveloppait comme son parfum tandis qu’il cherchait qui pourrait bien rendre sa soirée palpitante.

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#2 le 12.06.16 18:06

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Je prends le risque de mettre une telle mise en page qui risque de vite me saouler. ♥️
Et une petite musique qui m'a inspiré pour le début.

Ses pieds se balançaient dans le vide, loin des bruits assourdissants de la ville, loin de la pollution et du virus de la modernité, loin des rues bondés d'étrangers. Le paysage qui se dévoilait au-delà des immeubles semblait l'apaiser. Une douce brise venait parfois lui caresser la nuque et faire valser quelques mèches de ses cheveux, alors que le soleil réchauffait sa peau nue. Ses jambes continuaient de se balancer alors qu'il baissa un instant les yeux. Les voitures ne cessaient de se croiser et les hommes se contourner. Ils semblaient à la fois si proches et si loin. Si loin qu'une certaine force semblait l'attirer en bas.

Alors qu'il se pencha au-dessus du vide, il se glissa en peu plus au bord, alors que ses jambes n'étaient déjà plus que maintenue par son corps fragile. Seules ses mains le maintenaient. Il aurait pu tomber, il aurait pu se laisser glisser comme il l'avait six années plus tôt. Peut-être que s'il se laissait aller, peut-être que s'il tombait une fois de plus, il aurait pu comprendre, il aurait pu voir ce qui lui avait échappé ce jour-là. Peut-être qu'un détail, qu'un sentiment, qu'une idée lui serait revenu. Le regard vide, quoi qu'avec un pointe de douceur, le vent le fit frissonner. Il avait toujours apprécié regarder la ville du haut d'un immeuble, admirer la vie continuer sous ses pieds. De là, il était intouchable, invulnérable. Juste inaccessible. Il était en paix.

Il prit appuie un instant sur la paume de ses mains pour se soulever. Il ne ressentait pas le danger, alors qu'il était à deux doigts d'une chute certaine. Il se laissa seulement retomber en arrière. Les yeux levés vers le ciel dégagé, seuls ses jambes se balançaient de nouveau dans le vide. Un bras replié sous sa tête, il releva une main aux doigts tendus vers les oiseaux, comme s'il se sentait capable de les attraper. Deux paysages tellement différents, et lui, piégé et seul sur le haut d'un des plus grands immeubles. Tel un chat qui ne sentait capable de sauter, de descendre de peur de se faire mal. Avait-il peur ? Avait-il eu peur de la mort ? Peut-être, oui. L'inconnu fait peur, l'inconnu l'effraye et pourtant. Il avait sauté.

Aurait-il pu sauter aujourd'hui ? Peut-être, quoi que. Comme un enfant qui n'aurait pas fait son devoir se retrouvant face à son professeur. Il avait peur de se retrouver dans cette pièce blanche, sans vie, sans couleur. Non. Ce n'était pas une question de peur, mais de volonté. Il ne voulait pas qu'on lui reproche son imprudence et son geste idiot. Il ne voulait pas voir ce regard dur et remplit de compassion. Il ne voulait pas que l'on voie son envie d'en finir une fois de plus alors qu'il le savait pertinemment. Cette chute ne pouvait pas le tuer. Peu importe. Elle ne pouvait que le blesser, mais jamais le tuer sur le coup. Il était déjà mort.

Couché sur le flanc, a regarder l'étendue bleue au-delà des immeubles, jouant avec une petite boule de métal qu'il poussait de son index, il finit par fermer les yeux. Alors que le bruit de la circulation lui apparue comme soudainement avant de se dissiper, il crut s'endormir. Ses pieds avaient cessé de se balancer et il se sentit vide. Vide de l'intérieur. La sérénité avait disparu, le doute avait disparu, l'envie aussi. Il ne restait plus que lui, sur son petit bout de toit. Au-dessus de lui, les nuages, en dessous, la ville. Lui qui ne pouvait s'envoler comme il l'avait toujours rêvé, lui qui ne semblait pouvoir échapper à cette vie sur terre, préférait s'enfermer dans ce calme. Encore un peu seulement. Encore un instant. Seul, ni en haut, ni en bas. Juste là. Invisible aux yeux de tous, mais pourtant bien présent, bien vivant. Alors qu'il se sentait comme disparaître, comme s'il s'effaçait. S'il seulement c'était vrai.
Le vrombissement incessant des voitures avait repris et les silhouettes ne cessaient de lui masquer le chemin. Il se retrouvait désormais aussi petit qu'eux. Il n'existait sans doute pas plus ainsi, son existence ne devait être qu'une gêne de plus pour les plus pressé. Il aurait pu disparaître, comme lorsqu'il était au bord du vide, et pourtant, il se mêla à la foule. Rien n'avait changé de son vivant. Le centre-ville était toujours bondé, la circulation toujours aussi infernale. Il était toujours aussi insignifiant, mais bien moins voyant malgré les couleurs atypiques de ses cheveux et de ses yeux. Il se fondait dans la masse, se voilant la face en continuant cette vie sans aucun sens. Une âme abstraite parmi tant d'autres, un être abject. Un mort de plus. Un idiot de plus. Et il disparut dans la foule, ne laissant qu'apparaître cette chevelure presque aussi pâle que la neige, presque aussi maladive que la couleur de sa peau.

Il se laissait guider par le nombre, à la recherche d'un quartier plus tranquille, d'une rue plus calme, alors que le soleil disparaissait doucement derrière les façades grises. Bien que la nuit tombât doucement, la vie semblait plus animée à Tokyo lorsque les boutiques allumaient leurs lumières, et les échoppes leur enseigne. Bien que la nuit pouvait sembler plus agitée que le jour, elle lui semblait plus reposante. Loin de ce lieu tant redouté, cette pièce à quatre murs, cette cage qui l'attendait. Bien qu'il n'en restait plus rien dans ce monde, il voulait profiter de cette liberté. Loin de la peur, de la peine et de ses doutes. Il voulait seulement profiter du temps qu'il pensait ne plus avoir. Ses pas le menèrent le long d'une ruelle jonchée de petites échoppes et de bars. L'un d'entre eux semblait lui plaire plus que les autres, du moins, suffisamment pour qu'il pousse la porte et y entre. Il put voir de vagues mouvements de tête se tourner en sa direction et sentir une certaine gêne au fond de lui. Ce mal aise lorsqu'on entre quelque part et que toute l'attention retombe sur nous. Ce n'était pourtant que de simples regards, de simples curieux, histoire de savoir qui venait se désaltérer en ce lieu. Il ne regarda que rapidement les pieds des tables et des chaises, gardant un regard bas, sans pour autant montrer un quelconque sentiment d'infériorité, juste de nonchalance. Pourtant, il se sentit tellement voyant avec ses cheveux blancs comme neige et cet œil dont la couleur ne voulait revenir au naturel. Il s'avança tout de même jusqu'au bar.

Accoudé sur le comptoir, une forte odeur de parfum le prit à la gorge. Ce n'était en rien l'odeur d'un alcool. Alors de ses yeux vairons, il rechercha doucement d'où venait cette senteur avant de s'attarder sur un homme, posé a quelques pas de lui. Alors du coin de son œil sans grande couleur, il le détailla longuement. Sans doute aussi voyant que lui, l'étranger semblait tout droit sorti d'un magazine. Grand, élancé, gracieux dans ses gestes, alors que son regard s'abaissait jusqu'à ses chaussures, il remonta le long de son flanc, de son bras puis de sa nuque. Des cheveux soyeux entourant en visage aux traits fins avec deux pupilles cachées derrières des lunettes aux verres tintés. Le parfum semblait bel et bien venir de cet homme. Un parfum d'homme ou un parfum de femme, il ne pouvait sentir la différence, en tout cas, ce devait être en harmonie avec sa tenue élégante. Alors que lui n'était vêtu que simplement, couleur noir et blanc. On pouvait se croire face à deux tableaux différents, tant que même le bar semblait se couper en deux. Il aurait pu continuer longtemps, il aurait pu l'analyser jusqu'à connaître le moindre plis de son costume avant qu'on attire son attention. Il n'entendit pas de suite les paroles de l'employé, mais comprit bien vite que c'était ses papiers qu'on souhaitait voir. Il était si facile de se faire berner dans ce monde après tout. Pourtant, il était désormais bien en droit de se retrouver ici. Tu n'es plus un enfant Ryusuke.

Un rictus quelque peu satisfait de la part de l'homme et il put enfin le servir en échange de quelques ossements. Il soupira, en glissant son index sur le verre avant de le soulever pour l'amener à ses lèvres. Le goût n'avait plus le même. Il était différent de celui que l'on boit en cachette dans une ruelle, loin des regards indiscrets. Il bue une gorgée du nectar alors que l'odeur de l'alcool se mêlait un parfum de l'inconnu qui attira une fois de plus, le regard du jeune homme.
Je suis désolé de t'avoir écrit un tel pavé. Le début est inutile et
la fin ne semble pas faire pas vraiment avancer les choses ...


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#3 le 15.06.16 1:44

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Ryusuke Tadase

Oscar L. Warren

Strong drink in a strange place

Le goût du whisky était délicieux sur sa langue. Oscar le sentait, fort, poignant, passant dans sa gorge et brûlant sa trachée comme seul l’alcool sait si bien le faire. Cet alcool douceâtre qui émeut, qui libère des mœurs, du corps, qui enveloppe tendrement les âmes dans son étreinte hors du temps et de l’espace, qui noie la matière et polit les ressentis. Le mannequin adorait l’alcool. Il n’était pas alcoolique – du moins, il ne se considérait pas comme tel. Mais, en-dehors de l’aspect subjectif du plaisir procuré par cette boisson unique, tout comme les drogues et les potions euphorisantes, il y avait là quelque chose d’exaltant, quelque chose qui purifiait les sens et amenait l’esprit à ce qu’il n’était pas. C’était exaltant. Mais ça l’était davantage encore pour ces bouts d’herbe ou ces injections qui développaient la pensée et laissaient voir des choses invisibles au commun des mortels. L’alcool, la drogue embarquaient en dérive les sens et la réflexion, rendant malléable le plus inflexible des esprits. Outils machiavéliques. Mais, retors et pervers, acculant leurs dépendants, redoutables pièges aux crocs acérés qui asservissait la volonté, minant et tuant à petit feu, ils faisaient du plaisir une horreur. Marquant les visages, cernant les yeux, faisant trembler les mains. Cruel spectacle.

Cruel spectacle qu’observait impitoyablement Oscar. Sans gêne ni retenue derrière ses lunettes teintées, ses yeux se posaient sur le visage des hommes et des femmes assis ici et là, les jaugeant, imaginant leurs torts et leurs espoirs, imaginant ce que l’alcool leur apportait et leur reprenait. Chez certains, ô faibles âmes à la volonté entamée et la vie maculée, la marque de l’alcool se lisait sur leurs visages moribonds. Morts et toujours esclaves de la boisson ; Telles étaient les pensées moqueuses de l’homme qui buvait son whisky contre le comptoir et qui ne s’imaginait dépendant de rien d’autre que des plaisirs de la vie et de sa célébrité.

La porte du bar s’ouvrit en grinçant, coupant court à ses réflexions. Entra alors un homme, certainement plus jeune que lui, à la silhouette élancée et vêtu simplement. Son arrivée attira aussitôt l’œil d’Oscar – et non par simple curiosité. Son regard se posa sur lui, l’observant des pieds à la tête, détaillant son visage. Ses cheveux étaient d’un blanc presque aussi pur que la neige. Ses yeux, vairons, étaient pour l’un presque incolore et pour l’autre, une pupille rouge sur un globe oculaire noir. Ces yeux et ces cheveux avaient de quoi attirer l’œil ; Ils n’étaient pas commun. Parmi la banalité qui émanait de cet endroit, ce nouvel arrivant détonnait délicieusement.

Il alla s’asseoir au comptoir. Oscar le suivit un instant des yeux avant de le lâcher, pour laisser son regard embrasser le reste de la salle. Non, décidément, il n’y avait personne qui l’intéressait ici. Personne qu’il ne souhaitait bousculer, personne qui ne pourrait amuser sa soirée. Que ce soient ces répugnants habitués, dont le sang ne devait être qu’un ramassis d’alcool, ou ces autres, là plus ou moins par hasard. Non. Aucun d’entre ceux qu’il avait précédemment étudié ne sortait du lot.

Sauf, peut-être, lui. Ce nouveau venu.

Il sentait peser sur lui son regard. Oh, Oscar en avait l’habitude ; Mais ce regard-là le détaillait. L’analysait ? Sans tourner la tête, du coin des yeux, il observa le jeune homme à peine arrivé. Celui-ci le regardait. Sans retenue. Peut-être avait-il reconnu le mannequin. Ou peut-être simplement s’étonnait-il de son étrange accoutrement. Peu importait. Cet homme n’était pas banal. Du moins, physiquement. Mais cela seul suffisait pour piquer la curiosité d’Oscar, pour faire naître l’envie de, peut-être, profiter de ce que l’alcool réservait à ses buveurs pour le connaître. Plusieurs gorgées suffisant à délier les langues. Son apparence physique était plus jeune que la sienne, mais qui sait depuis combien de temps son âme était-elle à l’intérieur de cette fraîche enveloppe charnelle ?

Le blond tourna franchement la tête vers l’inconnu qui l’observait toujours. Un sourire naquit sur son visage tandis qu’il délaissa le bout de comptoir contre lequel il était appuyé pour s’approcher de lui. L’homme aux étranges cheveux blancs était plus petit que lui d’une vingtaine de centimètres.
« Dites-moi… »

Arrivé à ses côtés, Oscar ôta ses lunettes, dévoilant un regard topaze – nom apposé sur l’étiquette du flacon absorbé le matin même, « topaze jaune » plus précisément – et s’accouda au bar, ses yeux d’un doré brillant plongeant sans gêne dans le regard vairon de l’inconnu. Un sourire était attaché à ses lèvres.
« Pardonnez mon indiscrétion, mais… »

Il pointa son doigt vers le visage de l’inconnu, le détaillant de son regard profond.
« Vos cheveux sont d’une couleur magnifique. »

Et Oscar savait de quoi il parlait. Il observait avec délice ce blanc presque blanc, si blanc, mais pas tout à fait. Là était toute la nuance. Les placards du mannequin étaient emplis de fioles de potions, aux étiquettes diversifiées et aux couleurs uniques. Minutieusement rangées dans un ordre précis de couleur et de contenance, aucune n’était semblable. Colorant les yeux, les cheveux, dans d’infinies nuances. Il ne possédait pas deux roux similaires, deux noirs semblables. Mais ce blanc. Cette nuance. Il ne l’avait jamais trouvée. Malheureusement, le blanc avait trop fortement tendance à tirer sur le jaune – Quoi de plus laid qu’une couleur ratée ? Il en avait testé de nombreuses pourtant, depuis le temps qu’il affectionnait ces déroutants changements. Du « blanc neige », du « white ghost », du « blanc cassé », et j’en passe. Mais cette nuance, là, qu’il avait devant les yeux, il ne l’avait jamais observée ailleurs.
« Je serais curieux de savoir si cette couleur est le résultat d'une potion. Et comment obtenez-vous cette teinte ? »

Vivement intéressé, le mannequin qu’était Oscar était incontestablement raffiné et s’intéressait à ces futiles détails. S’il avait bien un point faible, c’était le physique qu’il entretenait avec tant de minutie. Un physique qu’il entretenait et qui, pourtant, lui était parfois agréable de voir faner, flétrir, pourrir. Méconnaissable et les chairs à vifs, il n’était plus Oscar ; Il était un zombie sans nom, se riant d’exhaler la puanteur et déranger le repas de ses voisins. Mais lorsque les potions donnaient à nouveau corps à ses chairs, il redevenait le mannequin connu à la race litigieuse, prenant grand soin de son physique et flatté des regards qu’on lui vouait – qu’ils soient admiratifs, jaloux, haineux. Peu importait, tant qu’on le regardait.

A présent, c’était lui qui observait l’homme à qui il venait d’adresser la parole, dans ce bar perdu. Quelque part, il crut entendre glousser ; Peut-être l’avait-on reconnu. Mais ses yeux restaient pleinement plantés dans ceux de l’inconnu, déviant parfois sur son visage, ses cheveux. Ce pouvait être réellement perturbant, tant par ses questions que par cet intense regard et ce sourire qui se voulait à toute heure séduisant. Mais intérieurement, gêner la personne à laquelle il s'adressait ne l'en amuserait que davantage.