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EPREUVE 6 • Rencontre posthume

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Terminé #11le 06.01.19 20:16
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Jericho Swain [VB]
Invité
Contexte:

Jericho Swain est le Grand Général de Noxus, un empire militaire méritocratique où seule compte la force, sous toutes ses formes. Il en est donc le dirigeant de fait. Noxus Prime, la capitale de l'empire, est une cité fortifiée où les officiers, les aristocrates et les mages de tous bords luttent en quête de pouvoir. Un des secrets les mieux gardés de Swain est sa nature de mage et son appartenance à des sociétés occultes qui œuvrent de manière officieuse pour le compte de Noxus... et le leur. Grâce à ses talents, il est capable d'assumer la forme d'un corvidé géant, à moitié homme et à moitié animal.

EPREUVE 6 • Rencontre posthume - Page 2 Swain-League-of-Legends-Fan-Art-2-768x453

Bastion Immortel : forteresse, cœur du pouvoir noxien. Le Bastion fut construit par un seigneur revenant, qui fit régner la terreur sur tout Valoran pendant des siècles. Une coalition d'hommes qui allaient devenir les premiers noxiens prirent la forteresse et bâtirent la ville de Noxus Prime autour d'elle.

Boram Darkwill : dirigeant de Noxus avant d'être renversé par Swain, il était connu pour ses capacités de nécromancien. Il sacrifiait des vies afin de prolonger artificiellement la sienne.

Kindred : personnification double de la Mort sur Runeterra. Agneau et Loup sont toujours présents sur les lieux d'une mort. Agneau délivre d'une flèche ceux qui acceptent leur sort. Loup prend en chasse et dévore ceux qui fuient leur destin. Ensemble, ils sont Kindred.


Swain contemplait froidement son propre corps, étendu de tout son long, dans quelque tranchée boueuse aux confins du monde. Autour de lui, les flèches pleuvaient, se fichaient dans le sol avec un bruit mat. Entre chien et loup, le champ de bataille paraissait fait d’ombres mouvantes. On distinguait le fracas de l’acier, l’écho lointain des sortilèges de combat et, bien sûr, les gémissements et les râles des blessés. Les mourants ont cet avantage indéniable sur les blessés légers qu’ils sont trop occupés à ramasser leurs propres tripes pour se plaindre.

Ainsi donc, il était tombé au combat. À force de mener ses troupes depuis la première ligne d’infanterie, il avait fini par considérer cette éventualité comme une anomalie statistique ; fort improbable. Visiblement, Kindred n’avait que faire des statistiques. Il ne parvenait pas à s’expliquer pourquoi il n’était pas tout simplement retourné au néant. Peu de puissances en présence sur Valoran pouvait prétendre jouer ainsi avec les frontières de la non-vie. Bien sûr, en tant qu’homme d’état, et surtout en tant que mage ambitieux, il avait parcouru les anciens grimoires, et les rouleaux sacrés, exhumés des ruines de l’antique Shurima.

Il connaissait les rituels pratiqués par les anciens transfigurés, ceux, plus sombres encore, des cultes oubliés des Îles Obscures. Il avait connaissance de ce que l’on racontait sur la Brume Noire, et sur les âmes de ceux qu’elle emportait. Pourtant il ne parvenait pas à identifier le sortilège, ni même la forme de magie impliquée dans sa présence. Il convenait simplement que c’était fort étrange, pour lui qui n’avait dédié sa vie à d’autres dieux que l’Ambition.

C’est alors qu’il remarqua l’autre présence.

Boram Darkwill se tenait à quelque distance de lui, aussi éthérée et irréel que pouvait l’être le Grand Général. Il portait les mêmes vêtements que le jour de sa mort. Un assassinat particulièrement réussi, se rappela Swain. Il avait commandité le troisième meilleur assassin de tout l’empire, pour se débarrasser de l’ancien dirigeant de Noxus la Grande. Il avait dans la foulée envoyé le deuxième meilleur tueur aux trousses du troisième. Le meilleur assassin, quant à lui, avait été payé une première fois pour tuer son dauphin, puis une seconde pour acheter son silence. Swain s’était ensuite occupé personnellement de mettre fin à sa carrière. L’or ne vous tient la bouche cousue que jusqu’à ce qu’on vous en offre plus. Mais personne ne peut promettre plus d’une tombe.

Darkwill, votre présence ici m’intrigue au plus haut point. Un nécromancien de votre stature ne devrait jamais rester bien longtemps aux portes des limbes. À moins bien sûr que vos rituels impies ne soient justement la cause de votre errance ?


Boram le dévisagea. Ses traits conservaient l’expressivité et l’élasticité de la jeunesse. Bien peu d’hommes pluri-centenaires pouvaient prétendre afficher une vigueur aussi insolente. Surtout sous forme de spectre. Swain, en comparaison, avait l’air âgé, et frêle. Le nécromancien sourit tristement, et l’espace d’un instant son regard vint contredire ses traits. On ne voit pas filer mille ans d’histoire devant ses yeux sans quelques séquelles. Surtout lorsque l’on est homme de pouvoir.

Tu es finalement tombé, Jericho. Comme nous sommes tous destinés à le faire, tôt ou tard. Un jour viendra où même les murs du Bastion Immortel s’effriteront. Noxus retombera dans l’oubli, et la poussière. Nous sommes vains.

Swain garda le silence, tandis qu’il observait un instant le fourmillement sous ses pieds. Le fracas de la bataille s’amplifiait. Chaque parcelle de terre était maculée de sang, jonchée de cadavres. Les vivants trébuchaient sur les morts en beuglant de lourdes menaces, ou de pieuses prières. Un combattant après l’autre, Kindred les fauchait tous.
Des morts vaines commenta Darwill.

Je ne le crois pas. Ces soldats sont fils et filles de Noxus. Leur sang marquera ce lieu. Leur sacrifice nous permettra d’avancer. On ne peut redessiner une frontière avec de l’encre.

Ainsi, tu n’as toujours pas renoncé à cette ambition dévorante qui consume tes jours et te prive de tes nuits ?


Un sifflement rauque quitta la gorge de Swain. Était-ce un rire ?
Vous avez assurément beaucoup d’aplomb pour me parler de la sorte, vous dont le but avoué était de tromper la Mort elle-même. Sans moi, il y a fort à parier qu’effectivement, vous n’auriez quitté ce trône que lorsque le Bastion Immortel lui-même se serait écroulé.
De nouveau, le regard de Boram Darwill refléta son âge véritable. Il paraissait épuisé, et une ride unique se creusa dans son front soucieux.

Ce n’était guère de l’ambition. Au début, peut-être... La vérité, c’est que j’avais peur.
Sa confession s’était faite dans un souffle. Il releva les yeux et toisa son successeur.

J’étais tellement préoccupé par la perspective de mourir... Je... Ce vide, Jericho, ce vide. Tout ce rien, toute cette absence après avoir été Grand Général. Après avoir été Empereur ! Comment ! Toucher du doigt l’éternité, la côtoyer au fronton des monuments, la tutoyer, même ! Tout ça pour rien ? Je ne pouvais le souffrir.

Swain hocha la tête, mais déjà le nécromancien poursuivait, et sa voix était pareille à une comptine d’autrefois. Empreinte de nostalgie.
J’ai tant fait pour fuir cette réalité que je n’ai jamais vraiment vécu. J’ai négligé mon devoir, mes désirs, ma famille... Le jour où tu m’as tué, j’étais terrorisé. Mais en réalité, tu m’as fait là une grande faveur. Tu m’as offert la Vérité. Voilà pourquoi je suis venu aujourd’hui te convaincre d’abandonner cette croisade insensée pour ta grandeur personnelle, et celle de l’Empire.

Son expression était devenue extrêmement douce, presque paternelle. Comme il semblait plus jeune que son successeur, c’était une vision étrange.
Seule la ruine t’attend si tu poursuis sur ce chemin. Tu m’as libéré de mes démons, je suis venu te protéger des tiens. Tu ne connais pas l’Amour, Jericho Swain. Tu ignores tout ce qu’il y a de bon et d’important en ce monde.

Quelque chose fit tiquer le Grand Général, il fronça les sourcils, tandis que ses lèvres blêmes s’agitaient, formulant la question qui le taraudait :
Si je poursuis... ? Vous voulez dire que je ne suis pas mort ?

Assurément non, mon jeune ami. J’ai rassemblé juste assez d’énergie pour maintenir cet ersatz de sortilège. Je n’ai plus assez de force pour faire plus que te convaincre par les mots. Le sort de Noxus m’importe encore, il fallait que nous ayons cette entrevue.

L’expression de Swain demeurait indéchiffrable. Les cris des soldats lui paraissaient tellement lointains désormais. Finalement, il s’adoucit. Ses sourcils remontèrent légèrement, et sa bouche se tordit -ô impossible apparition !- en un semblant de sourire.

Moi aussi il me faut vous avouer quelque chose, Darkwill... Grandir orphelin dans les rues de Noxus Prime, ce n’était pas le lot que je m’imaginais. Mon ambition... est devenue un bouclier. Je vous enviais. Je vous respectais. Vous, le personnage le plus puissant de tout Valoran, craint de tous, même de ses alliés...

Il se rapprocha de son interlocuteur, ne fut bientôt qu’à un pas. Son expression trahissait une profonde émotion.
Vous avez été mon modèle... Mon mentor... Presque un père...

La main arquée et marquée par la guerre de Jericho se posa sur l’épaule de Boram, tout en douceur.
Et vous occupiez cette place si convoitée... Grand Général de l’Empire... Mon arrogance et ma soif de pouvoir m’ont poussé à vouloir vous ressembler, à me rapprocher de vous. Je vous admirais tant... Oh, aujourd’hui encore je repense à ce que j’ai fait...

Les deux mains de Darkwill se posèrent sur ses propres épaules. Il n’y avait nulle trace de colère sur son visage, ni même de tristesse. Il semblait plus heureux qu’il ne l’avait jamais été vivant. Il hocha la tête, le poussant à continuer, avec toujours cette lueur compréhensive dans son regard chargé de sagesse.

J’ai entendu vos mots, Boram. Et je veux que vous sachiez qu’avec ce que je sais désormais de l’amour et de votre bonté insoupçonnée, si tout ceci était à refaire...


Il plongea sa main libre au travers du thorax de Darkwill, dans un bruit écœurant. Au sens propre. Des serres de corbeau, maculées de sang, refirent surface dans le dos de l’ancien dirigeant. Tous les sentiments heureux qui s’y trouvaient avaient déserté son visage, remplacés par la terreur la plus pure. Celle que l’on ressent lorsqu’on meurt une deuxième fois.

Je le referais sans hésiter.
Terminé #12le 06.01.19 20:35
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Catherine Horville
Zombifieuse de chenille

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× Surnom : la mandarine
× DCs : Minninnewah Hamalainen
Catherine Horville
Zombifieuse de chenille
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974 mots

Interforum - Rencontre Posthume


Précisions:
Pour ceux qui ne le saurait, le contexte de Peek a Boo se base sur le fait que nous jouons des personnages après leur mort. Ils vivent dans le Tokyo du monde des morts, sensiblement le même que celui du monde des vivants de notre époque. L’idée est que n'importe qui peut y atterrir s'il a eu une vie de trop ennuyeuse à trop traumatisante.

Dans le cas de mon personnage, voici les informations que je suppose nécessaires à la compréhension du RP. EPREUVE 6 • Rencontre posthume - Page 2 2960999066

— Elle est née en France en 1804.

— Elle a toujours était ambitieuse et indépendante mais à son époque et étant une femme, il était compliquée de ne pas simplement devenir la femme d'un homme important. Elle a quitté ses études de droit et souhaitait devenir écrivain. 

— Elle n'a jamais été soutenue par sa famille et a été enfermée en maison de santé [anciens asiles] par son père.

— Elle s'est suicidée en sautant d'un pont en sortant de l'institution.

— Elle a réussi dans le monde des morts en devenant la nécromancienne du roi mais tente toujours secrètement d’écrire son premier livre.

— C'est une nécromancienne qui maîtrise l'hydrokinésie mais aussi une chimère. Le cri des chimères est très puissant. Ses effets peuvent aller de causer un mal de tête violent jusqu'à être la cause une folie temporaire à  définitive pour quiconque l'entend.


Ce mal de crâne. Cette douleur sourde qui lui vrille un peu les tempes et tape contre son front comme si un être était en train d'essayer de se frayer un chemin à travers ses os de spectres... Catherine rouvre les yeux sur la place de la Bourse de Bordeaux. On n'aurait pas pu faire plus cliché tiens ! Cette place où elle était si souvent venue dans son enfance. Cela faisait plus de deux siècles maintenant. Et d'ailleurs comment avait-elle pu finir ici ? Elle n’était pas revenue dans cette ville malgré tous ses voyages depuis sa mort. Quelque chose l'y dérangeait. Une sensation dans l'air, une mauvaise vibration dans la terre ? C’était difficile à expliquer. 

Mais ce qui manque de lui mettre un coup de poing à l'estomac, c'est de revoir cet homme. Cet homme qui a le même faciès qu'elle, si on oublie les cornes et les crocs de la nécro-chimère. Il est là, en plus vieux, habillé comme il l’était tous les dimanches pour aller à l’église. Cette tenue qu'elle ne pourra jamais oublier. Le nez levé vers le ciel comme s'il attendait quelque chose de spécial, mais tout seul.

Père... 

Rien que ce mot prononcé lui donne l'impression d'avoir sur la langue de la peau de zombie en décomposition. Et en même temps elle a tellement envie de lui jeter de l'eau en pleine la figure, de le plaquer contre un des murs de pierre des bâtiments et de faire demi tour. Mais même ça, son être refuse de le faire tout de suite, trop choqué, alors qu'il se retourne vers elle avec ce même regard de surprise et de déception qu'il a toujours eu à son égard. Ce n'est pas un regard qui manque d'amour, juste une incompréhension totale de ce besoin de choisir sa voix par elle-même et de s'y tenir. Mais elle ne l'a jamais supporté. Encore moins depuis qu'il l'a traitée d’hystérique et envoyée dans cet endroit. Cet endroit dont le seul souvenir arrive encore parfois à la faire frissonner, bien qu'elle ne l'admettra jamais à personne.

— Catherine ? Qu'est ce que tu fais ici ?

— Ce que je fais ici ? Tu oses vraiment me poser la question ? Qu'est ce que, toi, tu fous ici ?! Comment peux-tu avoir une deuxième chance après ta mort ? Ta petite vie parfaite ne t'a pas comblé finalement ? Ou tu vas peut-être me dire que le fait de m'avoir poussée au suicide te donne le droit à quelques centaines d’années de plus !

Sans même s'en rendre compte, elle sent qu'elle passe un cap. Sa rage, sa tristesse, la trahison explose alors qu'elles avaient été enfouies depuis des années. Elle a tout fait pour oublier un maximum. Pour se concentrer sur sa réussite, devenir une nécromancienne exceptionnelle, berner les chimères pour acquérir l'injection et se mettre ainsi a l'abri... Tout cela, elle se rend compte qu'elle l'a fait uniquement pour ne plus jamais avoir à subir le bon vouloir d'un homme tel que lui. Dans un tutoiement. Dans un simple tutoiement, elle brise les codes de son époque. S'il y a bien une chose que Catherine a suivie durant toutes ces années c'est l’épanouissement de la femme. Cet épanouissement qu'on lui refusait comme s'il s’était s'agit d'un caprice. Une réussite qu'elle a manigancée, instiguée durant ses voyages et son apprentissage des potions.

Un pli se forme sous la lèvre inférieure du vieil homme. Un signe de regret ? Non, elle l'imagine obsessivement comme une déception de plus. Une nouvelle envie de lui dire qu'elle ne peut pas faire ce qu'elle veut, qu'elle n'aurait pas dû partir en voyage, être une nécromancienne, devenir une chimère, faire autant de potions, tomber amoureuse d'Akio, se mêler des affaires de Joshua...

Ne parle pas comme ça Catherine, ce n'est pas beau dans ta bouche.

Pas beau dans sa bouche ? Est-ce qu'il l'a seulement écoutée ? Non comme d'habitude. Il ne pense surement qu'aux apparences et aux conventions qui ne lui ont jamais fait de bien à elle. Cette fois c'est bien la fureur qui s'empare de Catherine. Une fureur qu'elle n'a jamais pu exprimer en réalité. Parce que cela ne se faisait pas et qu'elle n'avait pas réussie a se libérée autrement qu'en se jetant dans cette eau glaciale de la Dordogne ! A son tour, son corps prend le dessus, aveuglée par cette haine qu'elle n'ait plus capable de contrôler. Cette envie de violence, de faire mal, de voir sa douleur. Ce feu qui va plus vite dans ses veines que son propre sang. Elle sent sa gorge qui la brûle d'avance. Mais, elle s'en fiche éperdument. Des effets, de la douleur, de s'il y a des gens autour, des dommages pour eux aussi...

Et sans comprendre pourquoi, le cri ne vient jamais,  juste la douleur à la tête qui revient, et l'image floue de sa chambre et de la table où elle prépare ses potions... totalement renversée. Les effluves de liquide traînant dans l'air dela chambre sans fenêtre. Elle est en nage, regardant autour d'elle presque frénétiquement. Deux cents ans ! Deux cents ans et une maladresse la replonge là-dedans ? Mais qu'est ce qui n'allait pas chez elle ! Elle se relève en jetant presque du pied, une fiole de verre brisée au sol. Elle ouvre rageusement la porte de sa chambre pour aller vite sortir des sous-sols de l'agence. Elle a besoin d'air... beaucoup plus d'air...




EPREUVE 6 • Rencontre posthume - Page 2 1f4cc
joshua rokuro pour peek a boo!

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hit the road Cath
Now baby, listen baby, don't you treat me this way 'Cause I'll be back on my feet some day Don't care if you do, 'cause it's understood You ain't got no money, you just ain't no good Well, I guess if you say so I'll have to pack my things and go That's right.
Terminé #13le 06.01.19 21:03
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Toshizō Hijikata [CR]
Invité
Petites précisions:
-A propos de Chronos Republic : Pallatine est une ville où sont transférés des gens venus d’époques différentes. Mon personnage, Toshizō, est inspiré du personnage historique Hijikata Toshizō, samouraï (mais à la base pharmacien) et vice-commandant d’un important groupe de samouraïs, le Shinsengumi, dans le Japon des années 1860. Il s’est fait transférer à la veille de sa mort ; lorsqu’il l’a appris, il en a conçu une énorme culpabilité. A Pallatine, il est devenu l’équivalent d’un policier.

-Le fantôme que Toshizō rencontre est celui de Kondō Isami, commandant du Shinsengumi. Je m’inspire ici de ce que l’on voit dans la fiction ; c’est-à-dire une forte amitié.

-Un yurei est un fantôme japonais.

Lorsque tu reprends conscience, tu es frappé - si l’on peut dire- par l’intense douleur qui irradie à l’arrière de ton crâne. Malgré toi, tu te sens grimacer ; quoiqu’ il se soit passé, on ne t’a pas raté. Faire les choses en grand a toujours été ta spécialité, que ce soit dans la joie comme dans la douleur, dans les bons moments comme les pires. Et surtout les pires, d’ailleurs. Evidemment. Tu parviens à te rappeler vaguement d’une interpellation, d’une course-poursuite - et après, c’est le trou noir. Tu lèves les yeux vers le ciel, très fugacement, parce que le moindre de tes mouvements est douloureux ; la neige tombe avec régularité. Mais autour de toi, Pallatine continue à vivre. C’est la nuit, et la ville qui ne dort jamais s’obstine à manifester bruyamment son existence, alors que toi, tu gis toujours dans la rue, là où tu as été agressé. Tel un déchet, les débris d’une statue - une arme émoussée, inutilisable. Inutile. Arriveras-tu seulement à retrouver ton appartement, ton foyer ? En as-tu seulement envie ? Y aurait-il seulement une personne pour te regretter ici-bas si par hasard tu ne rentrais pas, si tu disparaissais dans la nature telle l’ombre du passé que tu es ? Tranchante comme la lame d’un katana, la réponse tombe : non. Ta vie, ou ta mort ne changeraient rien, le monde tournerait toujours, Pallatine continuerait d’exister dans toute son insolence - peu importe le destin d’un seul individu ô combien insignifiant. Epuisé, perclus de douleurs, tu fermes les yeux.

Quand tu les ouvres à nouveau, la douleur -l’insupportable, la pernicieuse douleur-, t’a quittée. Tu ne sens plus les séquelles de ton agression, puisqu’il faut bien l’appeler ainsi. En vérité, tu ne ressens plus rien. Cependant, si tu devais dire ce que tu éprouves réellement en cet instant, ça serait de la légèreté. C’est cela, tu te sens léger. Comme libéré, enfin, des contingences terrestres. Comme un yurei- et alors que tu tournes la tête pour regarder autour de toi, tu vois toujours ton corps, adossé vaguement à un mur. Tu te rapproches ; et tu aperçois quelques fils gris dans tes cheveux de jais. Curieusement, cette découverte t’émeut. Pauvre enveloppe physique, si maltraitée ! te dis-tu avec ce qui semblerait presque de l’affection. Tu as l’air si vieux, si usé, alors que tu n’as que la quarantaine. Et pourtant, ton visage semble presque détendu, en paix, goûtant le repos auquel tu as bien droit. Enfin.

Tu passes quelques minutes à observer la ruelle. Tu entends, comme assourdis, les bruits de la ville, les véhicules pétaradant dans la nuit, des exclamations, le verre que l’on casse - et si ta première réaction est de te précipiter vers ces sons, tu réalises que c’est bien inutile. Tu n’as plus à te préoccuper de tout cela, semblerait-il ; tu as quitté ton corps et la vie terrestre, et c’est très bien ainsi. C’est ta récompense après toutes ces années d’austérité, de sévérité, d’exigence extrême. Tu as assez donné. Tu n’as plus besoin de courir partout comme un chien hargneux qui tenterait de laisser des traces de son existence.

Et alors que tu savoures enfin cette forme de paix, tu entends une voix derrière toi ; tu te retournes et tu vois une silhouette aussi spectrale que la tienne. Serait-ce le fantôme des Noëls passés ? te demandes-tu avec un humour que tu n’avais guère de ton vivant. Mais la voix que tu entends te détrompe bien vite. C’est une voix que tu ne pensais plus pouvoir entendre, venue de ton passé - de ton passé sur Terre- dont le timbre si particulier provoque une vague de nostalgie en toi. Ton cœur se serre.

«Toshizō.»

Tu te sens avancer vers lui, malgré toi, mû par une impulsion irrésistible ; et quelque chose enfle en toi alors que tu reconnais les traits de ton seul ami. Celui avec qui tu as quitté ton village - pour tenter de vous forger un vrai destin. La gorge nouée, tu ne parviens même plus à parler. Pour toi, qui es si sûr de toi d’ordinaire, c’est trop.

Il tend la main vers toi, et comprenant son intention tu t’arrêtes à ses côtés. Comme avant ; et cette simple pensée fait surgir en toi une culpabilité telle que tu ne peux que te jeter à ses pieds en signe de pénitence.

«Pardonnez-moi, Kondo-san. J’ai échoué. »

Tu as échoué à mener ta mission à bien, à mener le Shinsengumi à la vraie grandeur, à sauver tes hommes ; à mourir pour tes convictions enfin. Pallatine t’a ravi ton destin, et c’est une souffrance que tu ne pourras jamais oublier. Tu as survécu ; mais à quel prix ? As-tu vraiment survécu d’ailleurs ? Question intéressante qui rend votre rencontre doublement posthume.

«Relève-toi.» Ainsi soit-il, et ainsi fais-tu. «Il n’y a rien que tu aies besoin de te faire pardonner.»

Ces simples mots t’émeuvent plus que tu ne voudrais l’admettre. Toute cette colère, toutes ces hésitations, tout cette auto-flagellation sont obsolètes ; tu n’as plus besoin de te torturer. Mais voilà que le paysage change. Des tristes rues nocturnes de Pallatine tu retournes au Japon de ton enfance, ensoleillé - calme. Paisible. Ces lieux sacrés à ton cœur t’emplissent d’une joie indicible. Tu vois un jeune homme, coffret de médecine sur le dos et sabre en bois à la main, marcher avec détermination. Ce jeune homme, c’est toi. Le regard farouche, le maintien fier. Ai-je vraiment été aussi jeune ?ne peux-tu t’empêcher de penser. Où sont donc passées toutes ces années ? Le paysage change à nouveau, et c’est maintenant les rues de Kyôto que tu aperçois. Tu t’observes en train de prier pour la nouvelle année afin que tu te rapproches de votre rêve - d’être les meilleurs samouraïs possibles. Puis tu te découvres, pistolet à la ceinture, tentant de faire des plans de bataille, sourcils froncés. La défaite était certaine, pourtant tu ne renonçais pas. Rien ne t’arrêtait alors. Tu revis aussi ton arrivée à Pallatine. Les difficultés, les errances,mais toujours cette détermination à t’en sortir, à survivre. C’est toute ton histoire que tu vois se dérouler devant tes yeux.

«Il y a encore des choses que tu dois faire, n’est-ce pas ?»

Mais tu es fatigué, si usé, si démuni - et si heureux d’avoir pu échapper à la douleur, ne serait-ce qu’un peu. Pourtant, tu sais que Kondo-san a raison. Tu t’étais donné une mission en arrivant ici, et tu dois la remplir, tu le sais. Ne serait-ce point de l’orgueil - de la détermination - que tu sens poindre en toi ? Si. Il y aurait quelque chose de pitoyable à mourir ici comme un chien.

Des milliers de mots se battent pour franchir tes lèvres, et finalement il n’y a que cette phrase, si brève mais pourtant si significative, que tu décides de prononcer.

«Merci, Kondo-san.»

Parce qu’il n’y aurait que ces remerciements pour englober tout ce que vous avez vécu. De votre rencontre à sa mort, et même après sa mort, maintenant. Tant de moments que jamais tu ne pourras oublier.

Finalement - tu reprends conscience dans ton corps. Ton pauvre vieux corps fatigué, mais animé d’une volonté d’acier. Maladroitement, tu tâtes la bosse derrière ton crâne ; elle saigne toujours, et tu sais qu’une visite à l’hôpital s’impose. Aussi, lentement, tu te lèves. Tu tiens encore debout, ta vision n’est aussi trouble que tu le craignais. Puis c’est d’un pas inégal mais assuré que tu reprends ta route. Déterminé comme jamais.
1253 mots
Terminé #14le 06.01.19 21:45
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Kazuo Ishiguro (BSD)
Invité
introduction :
Alors. Le forum dont je viens, Bungou Stray Dogs, est inspiré du manga du même nom. Les personnages principaux y portent le nom d'auteurs connus et possèdent des pouvoirs basés sur une de leurs œuvres (mais en dehors de cela, ils n'ont la plupart du temps pas grand chose à voir avec leur homonyme écrivain).

Mon personnage s'appelle Kazuo Ishiguro (excellent auteur soit dit-en passant), il a dix-huit ans et fait partie de la mafia portuaire, un des groupes existant dans le manga. Son pouvoir lui permet de manipuler sa victime comme une marionnette. C'est un jeune homme tout à fait charmant particulièrement arrogant, qui aime la violence, les beaux vêtements et sa propre personne. Je vous laisse découvrir le reste par vous-même.

Ah, oui : c'est lui, là.
EPREUVE 6 • Rencontre posthume - Page 2 M9go8uE

rencontre posthume.
Insouciant (comme toujours), tu ries des expressions de frayeur pure de tes ennemis. Ils ont peur de toi, et oh, ils ont raison. Le monde entier devrait te regarder comme ça. C’est ce que tu veux, qu’ils te craignent tous, qu’on murmure ton nom du bout de lèvres pâles et tremblantes. T’en as des frissons rien qu’à l’imaginer, mais perdu dans tes rêves de grandeur, tu ne vois pas venir la silhouette traître derrière toi, ni le coup qui t’envoie sombrer dans l’inconscience. Tu ne sens même pas la brusque collision avec l’asphalte.

Quand tu te réveilles, tu es par terre. Ou plutôt, ton corps est par terre. Toi, tu flottes à quelques mètres du sol, spectateur impuissant de ta propre défaite. Quel genre de pouvoir possèdes ton agresseur pour que tu te retrouves dans une situation aussi étrange ? T’aimerais bien le savoir, mais t’as pas vraiment le temps de te poser plus de questions puisque tout à coup, tu te sens tiré vers le haut comme par une force invisible, et te voilà ailleurs. Disparue, l’impasse baignée dans la lumière blafarde de la lune, disparus, les êtres insignifiants que tu t’apprêtais à tuer, disparu aussi, ton mystérieux agresseur. À la place, te voilà dans une pièce que tu reconnais aussitôt.
Le salon, chez ta mère.
T’y as pas mis les pieds depuis des années, et rien n’a changé. Le vieux canapé, la lampe qui grésille, les rideaux tirés, même les canettes de bière vides qui jonchent le sol. Tout est exactement comme dans tes souvenirs. Il ne manque qu’un détail…
— Elle est où, ta mère ?
Tu te figes sur place en entendant la voix traînante de ton géniteur retentir dans tes oreilles, comme surgie d’un passé oublié (un passé dont tu préférerais ne pas te souvenir). Tu sens les battements de ton cœur s’affoler dans ta poitrine. Tu fixes le sol, la gorge nouée. Tu ne dis rien. Pourquoi tu ne te retournes pas ? Pourquoi t’arrives pas à lui faire face ? Ça devrait être facile. T’es plus fort que lui. Tu l’as prouvé il y des années, le jour où tu l’as forcé à se jeter par la fenêtre du troisième. Tu l’as tué. Il est mort. Crevé. Fini. Trépassé. Parti pour toujours. Mais alors, qu’est-ce qu’il fiche ici, bordel ? Qu’est-ce que tu fiche ici ?
Tu sursautes lorsqu’une main se pose lourdement sur ton épaule et te force à faire volte-face.
— Eh, je te cause, petit merdeux.
Tu ne sais pas trop si c’est le contact brutal, ou la façon dont il t’a appelé, ou encore le fait de voir sa sale tronche d’ivrogne à quelques centimètres de toi, de sentir son souffle alcoolisée sur ton visage. Peut-être que c’est tout ça à la fois. Toujours est-il que ça te fait comme un déclic, et tout à coup t’es trop en colère pour avoir peur.
— Lâche-moi.
Tu le pousses des deux mains, de toute tes forces. Il recule d’un pas, titubant légèrement, et pendant quelques secondes tu penses avoir gagné. Puis il retrouve son équilibre, son expression s’assombrit, et tu réalises à quel point il est grand, à quel point tu es frêle. T’oublies que tu as dix-huit ans, t’oublies les dagues cachées dans tes vêtements, t’oublies même ton pouvoir. Tu es juste un gamin terrifié par son père alcoolique et violent.
Ton premier réflexe est de fermer les yeux et de te protéger le visage, mais rien ne se passe. Tu rouvres les paupières, écarte tes bras avec hésitation. Il a bien levé la main, mais quelque chose l’a arrêté avant qu’il n’achève son geste.
— Ta mère va encore s’mettre à hurler comme une folle si je t’en colles une.
Ah, c’est vrai. Elle n’est même pas là, pourtant, elle trouve encore le moyen de te protéger. Tu te souviens. Elle se mettait toujours entre vous, quand il était de mauvaise humeur et que tu avais dit un mot de trop. Et toi, tu continuais de faire l’insolent, mais tu n’assumais jamais les conséquences. Non, c’était elle qui prenait les coups à ta place.
Quelle idiote.
Tu regardes le soûlard qui te servait de père s’affaler sur le canapé et tendre la main vers la bouteille la plus proche, qui s’avère vide. Il jure.
— J’lui avais dit de faire les courses, à cette incapable…
— Ta gueule.
Court silence. Il se retourne pour te faire face.
— Qu’est-ce que tu viens de dire, espèce de–
— Je t’ai dit de la fermer. De toute façon, t’es mort. T’es mort en pleurant et en me suppliant de t’épargner, et je t’ai regardé dans les yeux, et j’ai souri mais j’ai continué, jusqu’à ce que tu tombes et que tu crèves comme une merde.
Ses traits hargneux se font plus paisibles, presque inexpressifs. Finalement, c’est lui qui sourit.
— Je sais. Tu croyais vraiment que je pourrais oublier ça ?
Il se lève, et lentement, s’approche de toi. Tu l’as jamais vu comme ça, calme et pourtant menaçant. En contrôle. C’est presque pire.
— Je m’en souviens comme si c’était hier, la façon dont tu m’as tué. Moi, ton propre père. Pourquoi tu crois que je suis là ? Pourquoi tu crois que toi, tu es là ?
Tu recules, un pied après l’autre, jusqu’à ce que ton dos heurte le mur.
— C’est juste un rêve, tu répliques, peu assuré.
Son sourire s’élargit.
— Oh, non. Non, ce n’est pas un rêve. Toi aussi, tu es mort, Kazuo.

Et c’est là que tu te réveilles, pour de vrai, cette fois. Tu sens le goût métallique du sang se mélanger à celui de la poussière sur ta langue, t’as mal au crâne, tu vois pas net. À en juger par la surface dure sur laquelle tu reposes, personne n’a jugé bon de te ramasser après ta rencontre avec le béton il y a de cela… une éternité, tu as l’impression, mais non, ça fait juste un quart d’heure. Bref, ce n’est pas brillant, mais tu t’en moques. Tu t’en moques éperdument, même, parce que tu es vivant. C’était bel et bien un rêve. Tu te redresses péniblement, tu craches le contenu dégoûtant de ta bouche, et tu souris.
Ha. T’avais raison.


Terminé #15le 06.01.19 21:45
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Sheila McElroy [IE]
Invité
HRP:
Bonne année à tous! Et bonne chance pour cette épreuve EPREUVE 6 • Rencontre posthume - Page 2 766831277 Je suis Sheila McElroy, l'une des championnes de l'Institut Espoir!
Pour ce post il n'y a pas besoin de connaitre grande chose au contexte mais pour les curieux je vous mets un résumé (que j'ai éhontément volé à Amalia): L'Institut Espoir est sensé être un lieu où on s'occupe des maladies rares voire de pathologies uniques. Il est en réalité plus proche d'un lieu d'expériences et de torture que d'un réel hôpital, situé sur une île pour être sûr que rien ne viendra troubler les médecins plus ou moins sadiques.

Sheila c'est un personnage normalement plein de vie et d'optimiste mais étant donné les circonstances du rp, il ne faudra pas s'attendre à des rires et de la bonne humeur x) Son petit frère est décédé quand elle avait l'âge de 8 ans, lui en avait 6. Ça va donc faire 10 ans qu'elle vit avec ça.

Une petite image de sa bouille:
EPREUVE 6 • Rencontre posthume - Page 2 1546806679-morgiana-full-1522687

Voilà, en espérant que ça vous plaise et vous souhaitant une agréable lecture  EPREUVE 6 • Rencontre posthume - Page 2 798748180








Le voile du passé

Un craquement. Le bruit d'une branche qui casse. Je me sens tomber. Tomber jusque dans un trou noir...

« Sheila... »



« Sheila...! »



« Sheila ! »

J'ouvre doucement les yeux, réveillée par une voix familière, puis me redresse. L'herbe tendre qui tapisse le sol semble se dérober sous mes mains. Où suis-je? Le jour m'éblouis un peu mais j'arrive à distinguer un meuble, des murs lavandes, une silhouette. Cet environnement me rappelle quelque chose... Une sorte de souvenir fantôme dansant dans mon esprit.
On m’interpelle une nouvelle fois.

« Alors grande sœur, tu fais dodo? »

Je fronce les sourcils en reconnaissant l'enfant qui se tient devant moi.

- Edan?

Il me regarde gentiment avant de tourner la tête pour m'inviter à observer la pièce. Ma chambre d'enfance...
Je me lève lentement, pantoise face à ce lieu que je croyais ne jamais revoir. Rien n'a changé. Tout est à sa place. Mais je ressens le besoin d'aller observer un petit soldat posé par terre, de toucher au bois de l'armoire, d'enclencher un boite à musique. Le tintement glacé des notes s'élève doucement pour former une mélodie familière. Le son est identique à mes souvenirs. Je n'hallucine pas...
Mon physique est toujours celui de mes dix-huit ans alors qu'Edan, lui, n'a pas changé. Ses petits cheveux blonds encadrent tendrement ses yeux noisettes et son corps, frêle, le rend tellement fragile.
Je m’accroupis pour être à sa hauteur et il vient vers moi, des feuilles de papiers plein les mains. Ces dessins qu'il me montre avec fierté, je les connais déjà tous. Mais je ne peux m'empêcher de sourire en les voyant. Edan a toujours été mon plus grand fan et adorait me dessiner en train de danser. Cette époque me manque... J'aimerai un retourner.

« C'est l'heure... »

Il murmure à peine en regardant vers l'extérieur. Je relève la tête, interrogative. L'heure de quoi? Il ne m'affiche en réponse qu'un simple sourire indéchiffrable avant de tourner les talons et sortir. Sans un bruit.
Non, ne pars pas.
Je lui emboîte le pas précipitamment, délaissant la chambre et les feuilles de papiers. Tout ce qui compte c'est de le rattraper. D'être près de lui.

Un quartier de Dublin m'accueille dès l'instant où je franchis la porte. Et je continue ma marche sur un trottoir, longeant la route que je connais si bien. J'empruntais parfois ce chemin avec mon père lorsqu'il fallait chercher Edan à son cours de dessin... Il m'a attendu et me tend la main. Timide, je m'approche de lui pour attraper ses petits doigts. Tout doucement, comme si le moindre contact trop brutal pourrait le briser en mille morceau. Il me tire dans une direction, sûr de lui. Cependant, le sourire qu'il m'adresse me fend le cœur. Triste. Nostalgique. Comme s'il marchait avec moi pour la dernière fois.
Ma poitrine se serre d'un coup. Ce soleil nonchalant qui lèche le sol, cet air frais d'hiver, cette angoisse grandissante.... Quel jour sommes nous? Ça ne peut pas être... ce à quoi je pense?
On arrive devant un passage piéton et il glisse sa main hors de la mienne pour faire un pas en avant.  

« Excuse-moi. Je dois continuer seul maintenant. Comme un grand. Tu comprends? »

Il se tourne pour me faire face avant de reculer lentement. Les mains derrière le dos, le visage doux et triste à la fois.

- Attends, Edan! C'est dangereux!

« Ne t'inquiète pas Sheila. Après tout, ce n'est qu'un film. Du théâtre. Tout va bien se passer. »

Le voir progresser sur ce passage piéton me terrorise. Je veux m'élancer vers lui, le rejoindre et le ramener sur le trottoir mais lui s'arrête au milieu de la route. Un ultime sourire se pose sur son visage, ses yeux se closent et j'ai à peine le temps de tendre la main. Une voiture passe pour le faucher.

Je me sens tellement impuissante que je recule de quelques pas avant de me trouver arrêtée par un mur. Je me laisse glisser pour m'asseoir. Une main tremblante à ma poitrine. Incapable d’émettre le moindre son. Je me mets à pleurer.
La rue s'estompe pour teinter de blanc les murs qui se dressent autour de moi alors que des gens vêtus de blouses passent sans me voir. Une salle d'attente. Des sièges vides, sauf quelques uns.
Il y a un couple avec une enfant... Mes parents et la petite fille que j'étais à l'époque... Avec difficulté, je me relève pour aller vers eux, essuyant mes larmes d'un revers de main. Ils attendent. Ils attendent en priant pour que le petit garçon soit sauvé tandis que je suis là, à les regarder sans qu'ils ne me remarquent. Ils ont encore un peu d'espoir... Mais moi, je sais très bien qu'Edan ne reviendra pas. Je sais que ça ne sert à rien d'y croire. Alors pourquoi? Pourquoi est-ce que ça me fais toujours aussi mal?
Le temps tout entier se fige dans les couleurs glacées d'un purgatoire. Je me sens vide. Je ne sais même pas si j'ai envie d'espérer ou désespérer. Alors je demeure là. Silencieuse. Attendant un signe de vie tandis que le néant me serre les entrailles.  

Un grincement de porte crisse à peine dans mes oreilles. Je tourne la tête pour voir mon petit frère sortir d'un pièce  puis le regarde déambuler dans le couloir tel une petite âme perdue.
Où est-ce que tu vas? Il n'y a rien par là... Pourquoi est-ce que tu t'en vas comme ça? Je commence à le suivre instinctivement. Parce que je dois rester à ses côtés. Parce que c'est mon rôle de veiller sur lui... En tant que grande sœur...
A mesure que nous marchons, les murs semblent se gommer progressivement pour laisser place à une douce lumière. Et puis, une chaleur de velours m'enveloppe tout entière, chassant le froid et l'obscurité de l'hôpital.

« Regarde Sheila! »

Edan est au milieu du champ, les mains dans son dos, le sourire timide mais sincère. Je ne veux le rejoindre mais j'ai peur. Peur de le faire disparaître si je m'approche. Alors, lorsqu'il tourne la tête pour regarder, affectueusement, l'univers qui l'entoure, je l'imite.
Un petit vent taquin glisse dans mes cheveux tandis que je contemple le monde doré dont les reflets d'ambres et de lumières s'étendent aussi loin que mes yeux me permettent de voir. Et le ciel, si transparent, porte une subtile odeur de lys. Il y a quelque chose d'apaisant dans ce paysage inconnu et mystérieux.
Je tourne mes yeux vers le petit garçon. Pourquoi m'as-tu fais vivre ce voyage? Est-ce que tu voulais me montrer cet endroit? Est-ce que... Tu es ici maintenant? Est-ce que tu-y es bien? Je ne reçois qu'un sourire en guise de réponse. Cette idée m'attriste. Ou me réconforte. Je ne sais pas...  Je.. Un goût amer se glisse dans ma bouche. C'est injuste. Tellement injuste. Six années ne suffisent pas. Tu aurais du en vivre tant d'autres. Il te restait tellement de chose à voir. Tellement de chose à apprendre. Tu aurais du grandir, t'épanouir, vivre. J'ai envie de pleurer. Mon cœur bas à tout rompre et ma poitrine me fait mal. Pourquoi es-tu parti si vite? Pourquoi m'as-tu laissé toute seule? Si tu n'es pas là, à quoi je sers? Quelle style de grande sœur puis-je être alors que je..

Je fonds en larmes. J'aimerai lui dire tout ça mais le poids dans ma gorge ne veut pas s'effacer. Et si j'essaye de parler, peut-être que ça le ferra disparaître? Non je ne veux pas qu'il parte. Je veux encore être avec lui. Juste quelques secondes.
Mon petit frère ressent ma détresse et lève son index pour le poser doucement sur l'une de ses joues. Dans un mouvement lent, il le fait glisser jusqu'à l'autre pour dessiner par dessus ses lèvres un sourire. Je connais ce geste par cœur. Il le faisait toujours lorsque je n'allais pas bien pour m'aider à me détendre. Pour moi, c'était un acte magique qui m'aidait dans les moments difficiles. Mais pas maintenant. Je ne peux pas me calmer. Je ne peux pas sourire. Je ne peux pas...
Le petit garçon s'approche de moi. Je m'accroupis. Le prends dans mes bras. Le serre contre moi. Mais j'ai l'impression qu'il m'échappe déjà...

- Reste..

Un souffle de vent.
Un pétale doré.
Et le petit garçon s'évanouit dans une pluie de lumière.

Codage par Libella sur [/url]Graphiorum



1500 mots tout pile!
Terminé #16le 06.01.19 21:47
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Catullo Zenone (LS)
Invité
Bonjour à tous. Je me présente : Catullo Zenone, champion de la Sérénissime pour l'épreuve de Rencontre Posthume. En quelques mots, mon personnage est un marquis vénitien, consacrant sa vie à la science, avec de légers penchants pour le meurtre et la dissection sur des gens encore bien vivants au moment de passer sur sa table. Le reste ne nous intéresse pas dans cette affaire. Voici ma tête :

EPREUVE 6 • Rencontre posthume - Page 2 Kylm


Le Marquis Catullo se trouvait dans son laboratoire, occupé à relater le compte-rendu de sa dernière expérience de dissection. Le cadavre sur sa table de dissection était encore là, ouvert, la panse béante, et les organes à nu. Trempant sa plume dans son encrier de temps à autre, il noircissait la page de parchemin devant lui, jusqu'au moment où il s'arrêta subitement, l'air perplexe, avant de se gratter le front du bout de la plume. Décidément en proie au doute sur ce qu'il s'apprêtait à écrire, il se leva en reculant sa chaise pour aller jusqu'à l'une des étagères recouvertes de livres massifs et poussiéreux sur lesquels il veillait comme un dragon.

Sans ciller, l'air sombre, il posa son index sur la tranche de ses ouvrages, plissant les yeux pour lire les titres dont l'encre dorée était parfois un peu écaillée du fait de leur usure, et il trouva enfin le gros livre séculaire qui était dans sa famille depuis des générations. C'était un vieil ouvrage de médecine d'un prestigieux chirurgien byzantin, et il souhaitait le consulter pour confirmer ce qu'il allait écrire selon des observations lues jadis. Dans le doute, il préférait quand même vérifier ses sources. Rigueur scientifique oblige...

Mais lorsque le Marquis Zenone voulut retirer cet épais volume d'entre les deux autres entre lesquels il était calé, ce dernier ne vint pas, comme bloqué. Le noble vénitien soupira bruyamment avant de l'attraper par la tranche à deux mains, et de se mettre à tirer d'un coup sec. Comme il ne venait toujours pas, et qu'il n'avait généralement que très peu de patience, il se mit à secouer l'ouvrage comme un prunier, et par la même occasion toute l'étagère. Lorsqu'il le sentit venir, il ne venait en fait pas du tout. C'était en fait tout cet imposant rangement qui était en train de s'écrouler sur lui, à commencer par un demi-boulet de canon que son père avait jadis retiré du cadavre d'un soldat et qu'il avait gardé là comme trophée.

Lorsque le Marquis Catullo leva les yeux, une avalanche de livres lui dégringolaient dessus, et au beau milieu de ses ouvrages coûteux et rares, un lourd demi-boulet qui vint atterrir sur son crâne en produisant un grand "BUNK" presque musical. Il s'écroula à son tour sur un lit de livres répandus sur le sol, et certains s'étaient ouverts en heurtant les dalles de pierre du laboratoire. Il se retrouva ainsi, gisant, les bras en croix, mais il se vit alors qu'il se tenait encore debout, la main encore tendue pour saisir ce maudit livre. Immédiatement, une interrogation lui vint.

"Mais c'est pas vrai ? Ne me dites pas que je suis mort ?!

Mort non, mais je crois que demain, vous aurez très mal au crâne mon très cher et estimé confrère. Votre ossature frontale est semble-t-il assez dure pour résister à la chute d'un boulet de canon."

La voix venait de derrière lui. Lorsqu'il se retourna, il aperçut un asiatique assis en tailleur sur une de ses tables de chirurgie, occupé à fumer une longue pipe. Mais ce chinois n'était pas normal. Il était translucide, et vaporeux. Un peu comme il l'était lui-même en ce moment. Mais il avait un je-ne-sais-quoi qui lui rappelait quelque chose. Le Marquis Catullo se gratta le menton, en se remémorant qu'il s'était bien aventurer sur la route de la soie, voilà quelques années, et qu'il s'était arrêté une nuit dans un caravansérail du côté de Samarcande. Il fallait en avoir le cœur net.

"Dites-moi, vous ne seriez pas par le plus grand des hasards ce fonctionnaire chinois avec qui j'avais parlé de science toute la nuit ?

Mais oui, mon très honorable confrère. C'est moi : Wan Hu. 

Celui qui devait... Trouver un moyen pour... hum..."

Le marquis était sensiblement gêné pour le coup. Il se souvenait très bien du sujet de leur conversation, et le vénitien, très terre-à-terre, avait trouvé ce projet d'expérience absolument dément. Il n'avait alors pas hésité à soulever toutes les objections qui lui étaient venues, pour démontrer à quel point ce projet était à ses yeux complètement insensé. 

"Et donc, vous avez réussi ou pas ? 

En rentrant chez moi, j'ai été nommé haut fonctionnaire de Qin, par l'Empereur Ming.

Ah oui ? C'est très prestigieux, j'imagine. Toutes mes félicitations collègues. Mais vous aviez arrêté votre tentative de... ? 

Non, pas du tout. Tout au contraire. L'Empereur a été enthousiasmé par mon idée, et il m'a mandaté pour être le premier chinois à poser le pied sur la lune.

Donc vous avez continué ?"

Le Marquis Zenone le regardait avec de grands yeux éberlués. Décidément, son empereur devait être tout aussi fou que lui. C'est alors que le chinois se mit à narrer son histoire entre deux bouffées de fumée spectrale tirées sur sa pipe.

"J'ai eu l'idée merveilleuse de mettre une chaise sur une grande planche de bambous. Ensuite, j'ai fait mettre la planche sur soixante-sept grosses fusées de feu d'artifice, avec des mèches pour un départ simultané. C'était sensiblement compliqué, comme vous pouvez sans peine l'imaginer."

Non, le Marquis Catullo ne préférait pas imaginer. C'était un scientifique. Pas un doux rêveur, et il fixa son interlocuteur, en plissant les yeux. Mais il hocha quand même la tête. L'autre continua comme si de rien était.

"J'ai alors pris place sur la chaise, et j'ai donné le signal aux soixante-sept gardes de l'Empereur qui s'étaient armés de torches pour qu'ils procèdent à la mise à feu."

Jadis dans le caravansérail, le marquis avait été plus que sceptique quand il lui avait parlé de se projet de poser un pied sur la lune. Selon les calculs de Wan Hu, la poussée des fusées étant égale, il devait monter bien droit et ça devait rester stable. Quelqu'un pouvait-il être plus doué qu'un chinois en mathématiques ? Songeant à cela, il s'était finalement tu. 

"Et vous avez mis un casque au moins ? 

J'en avais un. Mais croyez-moi, mon ami. Le danger ne venait pas d'en haut. Nous en étions à la phase critique de la mise à feu. Les gardes se sont approchés, et ont mis le feu aux fusées. J'avais alors encore l'opportunité de descendre pour aller boire un bon thé avec un ami, mais je n'en fis rien. On ne déçoit pas un ordre de l'Empereur.

Ah ben non, forcément... Et donc, la chaise s'est envolée bien droite, elle a traversé les cieux sans dévier de sa course et vous avez débarqué sur la lune ? Vous aviez prévu le retour ?"

Le chinois le regarda alors d'un air dépité et soupira avant de poursuivre.

"D'après ce que je sais, c'est qu'une fois la mise à feu effectuée, tout est parti de travers. Les fusées n'étaient pas très stables. J'ai aussi découvert une bonne blague pas encore découverte qui s'appelle la gravité, figurez-vous. Le poids du dispositif était trop lourd. Tout l'ensemble s'est soulevé d'environ un mètre en vrombissant dans un grand nuage de fumée et là...

Vous êtes retombé ? C'est ballot.

Non, pas vraiment. Dans le grand nuage de fumée du décollage, tout s'est mis à tournoyer quand les fusées ont commencé à pousser dans tous les sens, et j'ai disparu dans un grand fracas de flammes et de fumées, avec des fusées hurlantes qui partaient dans tous les sens.

AH ! Vous voyez, je vous l'avais bien dit ! Et à la fin ? Plus de chaise volante, plus de fusées, et plus de Wan Hu ? Exact ? 

Oui. Juste un gros cratère."

Le chinois paraissait très agacé. Il secoua sa pipe pour en faire tomber le contenu au sol, et il soupira encore plus bruyamment que la fois précédente. Finalement, il se mit à s'agiter en faisant de grands gestes avec les bras et sa voix excédée prit un timbre plus strident, presque féminin.

"Oui, bon ça va ! Je le reconnais, j'avais tort, et vous aviez raison ! Ca peut arriver même aux meilleurs. Maintenant que je l'ai dit, je vais enfin pouvoir reposer en paix.

Ca ne serait pas arrivé si vous m'aviez écouté.

Non ! C'est vrai ! Vous m'ennuyez ! Réveillez-vous et rangez un peu mieux votre bibliothèque ! Adieu."

A cet instant, le Marquis Catullo rouvrit les yeux, bien dans son corps cette fois. Sans rien dire, il se releva, alla à son tableau noir, prit une craie, et il se mit à écrire en grand :

"Catullo Zenone avait raison. Wan Hu avait tort."

Dès qu'il eut reposé sa craie, une deuxième bibliothèque tomba à côté de la première. Le vénitien sursauta et se retourna avant de marmonner.

"Caractériel."
Terminé #17le 06.01.19 22:25
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Tsukiko Ishida [HS]
Invité
Hors-rp:
Bonjour, rien à savoir de particulier hormis que les hybrides remplacent les humains et qu'Inu veut dire chien en japonais.
Bonne lecture, en espérant que ça vous plaise.


Rencontre Posthume

Forum Hikari Sekai

Elle fouillait dans la terre en raclant la boue récalcitrante de ses pattes griffues. Des pattes noires comme l’ébène dans la terre brune, sous un croissant de lune à peine perceptible, c’était mentir que de prétendre qu’elle y voyait quelque chose. Un frisson lui parcouru l’échine et la louve reprit sa tâche. Elle devait le faire, trouver ce qu’elle cherchait. Mais elle s’écroula sur le sol, sa langue goutta par inadvertance la terre sans goût et bientôt elle sentit qu’elle en faisait partie. La terre l’appelait à elle et l’englobait comme un phagocyte englobe une cellule. Elle vit les asticots investir sa chair, participant au processus.

Sa conscience, elle, changea de lieu, pour une demeure sombre dénuée du moindre élément. Seul une silhouette blanche se trouvait face à elle. Elle ne lui était pas familière, était-il le fameux passeur ou quelque chose d’autre ?

« Qui êtes-vous, monsieur ? » En prononçant ses mots sa gorge se noua bien qu’il n’y ait plus de gorge à nouer ou d’air à moduler en sons.

Avait-elle d’ailleurs sa forme louve ou sa forme hybride ? Les deux semblaient coexister en même temps. Ses multiplies formes de louveteaux et d’enfants étaient visibles également. De l’individu en face, elle discernait essentiellement sa forme adulte, quinquagénaire. Les yeux de celui-ci devait exprimer la surprise autant qu’elle.

« Tu ressembles à Sapphire, constata-t-il. Je suis Quentin Walker, et toi ?
- Tsukiko Ishida…
- Je ne connais pas ce nom. Tu es japonaise ? »


La louve acquiesça tandis que le vieux chien-fantôme prenait une mine soucieuse. Ils semblaient deux inconnus dans une impasse. Toutefois, être prise pour quelqu’un d’autre était perturbant et le nom de Sapphire avait un lieu avec le bleu et cette couleur définissait aussi Tsukiko depuis toute petite, elle, la rare japonaise à avoir ce trait. Ce ne pouvait pas être une coïncidence.  
Si elle fouillait dans cette terre, c’était parce qu’elle ignorait ses origines. Son père adoptif était muet sur le sujet. Rien n’était pire que de ne pas savoir et faire face à l’infinité de possibilités que l’esprit pouvait imaginer. Était-ce la peine de la torturer ? Elle se torturait toute seule en faite. Et là, aux portes de l’autre monde, après avoir été mangée par les vers et engouffrée par la terre, elle rencontrerait un hybride qui précisément n’aurait aucun lien avec elle… ça elle ne pouvait pas le croire, elle voulait avoir raison et voir en lui un parent, une réponse.
Le rêve est comme un papillon, à trop l’admirer on risque de se faire renverser par une voiture.

Aussi, elle posa la question qui lui brûlait les lèvres. Pour quelle raison était-elle à côté de cet hybride inconnu ? "Sapphire" avait-elle un rapport direct avec elle ?

« Qui est Sapphire ?
- C’était ma fille. Je me suis occupé d’elle dès sa naissance, c’était une louve comme sa mère, mais très gentille... »


Il fit un long moment des digressions sur son quotidien avec elle et Tsukiko comprit qu’ils avaient vécu en Amérique du Nord ensemble il y a cinquante ans de cela. Malgré toute la curiosité dont elle pouvait faire preuve, elle trouvait ce monologue plus fastidieux qu’intéressant. Surtout, elle ne s’imaginait pas l’antichambre de la mort comme ça, à écouter une personne échanger les souvenirs de sa vie passée dans l’attente d’un indice tant espéré. Néanmoins elle était sincèrement contente que ce vieil Inu ait eu une bonne vie.

« Quand elle a grandit, elle a eu envie de voyager vers le Japon justement – n’est-ce pas épatant ? – et elle ne l’a plus jamais quitté. Elle m’a dit avoir rencontré un hybride-loup dans ses lettres. J’aurai voulu l’accompagner mais à mon âge j’aurais plus été un fardeau qu’autre chose.
- J’en suis triste pour vous. Et ils ont eu un enfant, n’est-ce pas ? Des… enfants ? Demanda-t-elle avec espoir.
- Un seul à ma connaissance, une femelle d’après les échographies. Elle m’a dit que ça ne s’est pas bien passé. »


Tsukiko savait ce que cela voulait dire mais pas comment poser la question sans raviver de mauvais souvenirs chez le vieillard. C’était déjà fait mais elle ne voulait pas aggraver les choses.

« Le bébé aurait-il survécu malgré tout ?
- Je ne sais pas...
- Vous avez dit que je ressemblais à votre fille, je suis peut-être liée, non ?
- On peut aller lui demander. »


Son cœur, toujours allégorique, battait à tout rompre. Elle voyait le papillon.

« Oui ! S’il vous plaît ! »

Elle lui emboîta le pas et le suivit au fond de la grotte mais quand sa vieille main ridée traversa le mur, celle de Tsukiko se heurta à une barrière. Et elle fut vite happée d’où elle était venue.

Elle se rappela... Avant la nuit noire et la tombe, elle était dans sa chambre, la tête en dessous de sa fenêtre et la sonnerie du téléphone l’avait fait sursauter alors qu’elle attendait un coup de fil de son père adoptif. C’était donc ça, ce n’était qu’un produit de son imagination ! Elle ne savait plus ce qui était réel ou non.

Crédits de Tictac Frey
Terminé #18le 06.01.19 22:34
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Oksana Dezhnyova [METRO]
Invité
J’ouvris soudain les yeux et les écarquillai, puis je me redressai en expirant douloureusement le souffle que j’avais si longtemps retenu. Depuis combien de temps étais-je allongée ? Bonne question, mais sans réponse jusqu’à présent. Observant les environs, mes sens se mirent en alerte. Ma posture devenue droite, les muscles tendus et prêts à répondre aux dangers de façon explosive. La première vue qui s’offrit à moi était un tunnel creusé dans la pierre, encore plus noir que ne l’était habituellement le métro. Mes yeux, habitués à naviguer dans les ténèbres denses de notre refuge, n’arrivaient à percer le voile d’obscurité de ce nouvel environnement.

Me redressant sur mes deux jambes, je tournai mon regard dans l’autre direction. Rien d’autre, hormis deux murs humides et dégoulinant de moisissures sur ma droite et ma gauche. Derrière? Les rails bien connus et rouillés, autrefois utilisés par une ancienne civilisation sans mutant. Un monde utopique issu de nos livres et un rêve que l’on ne pouvait pas même caresser dans nos inconsolables désirs de vie. Et moi? J’écartai les bras le long de mon corps pour constater l’absence d’arme et d’armure. Ma Kalash abandonnée Dieu sait où, et ma combinaison tactique gracieusement fournie par ma faction, Polis, disparue. Probablement bien rangée sur mon lit, dans ma chambre comme à mon habitude. C’est alors que le problème se présentait à moi. J’étais seule, isolée de mon bataillon et pratiquement inoffensive sans mes armes. Sans parler du fait que je n’avais aucune idée de l’endroit où je me trouvais. Alors que la paranoïa pointait le bout de son nez, amenant la théorie d’un enlèvement, j’entendis une voix :

-Oksie…

Oksie, mon surnom. Mon nom complet étant OksanaPhilipovnaDezhnyova. Je serrai les dents et tournai alors sur moi-même. Cherchant la source de ce bruit, les poings serrés le long de mon corps et prêts à répondre par quelques coups bien placés. S’il y a bien une chose que je sais faire, c’est me défendre. Fille de militaire ayant grandi avec une approche féministe dans un monde dominé par les hommes. J’avais su me faire une place, monter au grade de sergente dans un Bastion. Je n’allais certainement pas laisser la folie prendre le dessus sur ma raison.

-Oksana… Par ici…

Une goutte de sueur coula le long de ma tempe. La nervosité me gagnait, tandis que mes lèvres devenaient sèches sous le sentiment réconfortant de l’adrénaline. Une lueur attira mon regard, dans le coin, un reflet bleuté et translucide. J’osais tourner la tête dans cette direction, le corps vers l’avant, prête à riposter à n’importe quelle putain d’attaque qu’on me balancerait sur la gueule. Mais je n’étais pas prête. Non… Je n’étais pas prête à faire face à cette vision.

-Marko ?

Un sourire. Oui, c’était bien lui ! L’homme était présentement devant moi, digne de son mètre soixante-quinze, les cheveux noirs de jais en bataille et cet air fichtrement casse-couille. J’ouvris la bouche, puis la refermai, à la fois stupéfaite et terrifiée. Non, c’était impossible ! Cela ne pouvait pas être lui, c’était une illusion ou peut-être un rêve. Je me pinçai la main aussitôt et sous la douleur, fut forcée de reconnaître que j’étais bien réveillée. Je fis alors un pas dans sa direction, une larme venant au coin de mon œil sans toutefois couler.

-Mais… C’est impossible ! Tu… Cette créature t’a arraché la tête ! Tu es mort dans les bras de Daniil lors de cette mission !
-Eh bien, je suis présentement devant toi, non ?

Toujours cet humourcassant qui fusait avec sa propre nervosité. Il faisait bien la paire avec l’artilleur Ranvir qui maintenant veut faire exploser le Métro tout entier. La larme ne quittait pas le coin de mon œil, mais je restai sans voix. Le cheminement de mon deuil n’était pas complété, il n’avait pas le droit de revenir alors que je n’avais pas eu le temps de dresser mes boucliers psychiques et émotifs. Voilà que face au fantôme de mon défunt ami, camarade et collègue, je sentais mon esprit faillir. Je ne savais comment réagir, dans le déni quant à cet évènement imprévu, improbable. Je tournai alors aussitôt mon regard derrière moi

-Attends ! Tu dois voir Alexandre. Il s’en veut, il culpabilise depuis votre retour de mission et surtout, tu dois parler à Ranvir, il n’est plus le même sans toi et…
-Oksie… Je n’ai pas beaucoup de temps.

Reportant mon regard vers la forme translucide, je vis son sourire s’affaiblir. Un air attristé dans son regard,malgré tout si arrogant. Un mutant cynanthrope l’avait décapité, avant de le manger. Et voilà qu’il se tenait devant moi. Il ne pouvait pas repartir sans au moins dire quelques mots aux gars du Bastion Vympel. Nous avions tant pleuré sa mort, rongés par le remords et la tristesse de la perte d’un frère d’armes. Pleuré jusqu’à oublier le chagrin à l’aide des endorphines artificielles de l’alcool.

-Attends ! Sérieusement ! Seulement dix minutes, juste le temps de leur dire quelques mots ! Parce que… Tu nous manques.

Avouer mes émotions ouvertement. J’étais réellement tombée au fond du baril. Mon cœur venait de prendre un rythme effréné face à cette situation de crise. Confrontée à cet élément déclencheur qui forçait l’intrusion mentale en moi, me rappelant durement que je n’avais pas cheminé dans mon deuil,que je n’avais fait que nier. La douleur était encore bien encrée et brûlante, comme si je venais tout juste d’apprendre la nouvelle de son décès.

-Tu diras à Alexandre que… Ce n’était pas de sa faute.Et à Ranvir, qu’il essaye de ne pas tout détruire.
-Reste encore un peu, tentai-je de le retenir, m’accrochant à lui avec toute mon âme à défaut de pouvoir le tenir.

Des adieux ? Je n’étais pas prête.Mais je plongeais déjà vers l’obscurité, vers ce tunnel sombre, et ma main le traversa comme un mirage. J’observai ma main avec une once de colère, sensation d’impuissance de ne pas pouvoir le serrer dans mes bras une dernière fois,

-Je dois retourner auprès de Yuriy, je ne veux pas le laisser seul trop longtemps, il erre dans les limbes.

Yuriy ? Notre autre ami qui, lors de cette mission désastreuse, s’était fait enlever par le mutant alpha. Cette créature épouvantable. Ce monstre blanc, que nous n’avions jamais vu auparavant et qui avait amené de l’ordre dans les rangs de ses subordonnés sanguinaires. Il avait étudié les humains et avait évolué, doté de capacités cognitives psionique, d’une forme d’intelligence totalitaire. Un frisson d’effroi me traversait l’échinealors que je pensais à notre frère, toujours en compagnie de cette créature.

-Yuriy, il est vivant ? demandai-je en feulant, ignorant ce que pouvaient bien être les limbes.

Un nouveau sourire chez le soldat, mystérieux. Sa main survola mon visage, dans une tentative de caresse, avant que je ne remarque l’affaiblissement de la phosphorescence bleutée qui émanait de lui.  Non ! Il fallait que je sache si notre ami était encore en vie !

-Oksie ?

Cet air taquin sur ses traits, avant que résonne soudain son rire nerveux, maniaque.
-Tu aurais dû voir ta tête, lorsque tu m’as vu. Ça valait des tas de chargeurs ! Et aussi… J’avais parié sur toi, et non sur Anna.

Il disparut subitement de ma vue, aussi simplement que ça. Je hurlai son nom, titubant dans le tunnel en quête de retrouver l’impossible, entouré de mon désespoir, et mon incompréhension. Une froidure intense signa mon retour à la réalité. Je me redressai brusquement, trempée de la tête au pied. Alexandre était devant moi, l’air inquiet et foireux. Je portai une main à ma tempe et grimaçai de douleur. Étendu sur le sol de notre gymnase, le souvenir du coup de pied me revenait en tête. Je n’avais su éviter son coup à temps, lui qui était habitué à mon agilité, et j’en avais payé le prix. Un aller-retour au royaume des songes l’espace de quelques instants. Mais, n’était-ce seulement qu’un rêve ? Troublée, je décidai de garder cette rencontre pour moi. De laisser Ranvir dans la paix relative qu’il s’était ménagée, et de ne pas rajouter de poids sur les épaules de notre lieutenant. Stena de son surnom, mon chef de Bastion et ami qui me tendait alors la main pour m’aider à me relever.
Terminé #19le 06.01.19 22:38
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Asha [FS]
Invité
PRECISIONS:
Asha est la compagne actuelle de l'alpha automnal. Son oncle a assassiné sa mère par jalousie, quand elle était bébé, et son père s'est suicidé de chagrin. Son oncle l'a élevé avant de céder à la folie et de tenter de l'assassiner à son tour, mais elle fut sauvée de justesse par un autre loup.

Asha sera ici jouée en temps qu'humaine, et donc reine au lieu d'alpha.






Asha











***

Une
Rencontre
Posthume








MOTS : 1499

Asha frémit, seule dans une obscurité désarmante. Le froid la saisissait des pieds à la tête, s'enroulant autour d'elle comme un serpent particulièrement vorace. Une douleur sourde battait son crâne en un hurlement qu'elle ne parvenait pas à faire taire malgré le silence environnant. La dame blanche tenta d'ouvrir les yeux, mais les découvrit scellés. Tout son frêle corps semblait flotter dans le néant tant elle ne parvenait plus à ressentir autre chose que cette sensation de souffrance et de faiblesse absolue. S'affolant légèrement, Asha se fit force pour ouvrir les paupières, et après un effort monumental, elle y parvint finalement.

L'obscurité était plus noire maintenant qu'elle avait ouvert les yeux que si elle les avait maintenus fermés. Battant des paupières, la reine automnale resta quelques instants immobile, tentant tant bien que mal de retrouver ses repères et de se souvenir de comment elle s'était retrouvée là. Elle se souvint que Quetzalcoatl, le confident qui était si cher à son cœur, était revenu enchanté de la pêche, et s'était empressé de lui raconter avec de grands gestes toutes les prouesses que ses enfants avaient réalisé en sa compagnie. Elle se souvint également que Daeron, son mari, était arrivé à ce moment là d'un mouvement si vif qu'il avait fait sursauté le colosse en plein milieu de son éloge. Et puis...Le noir. Seule persistait la douleur sourde qui enserrait le crâne d'Asha dans un étau de souffrance.

Après quelques instants allongée, Asha se décida finalement à bouger. Cela lui coûta énormément, son corps se révélant si lourd qu'il répondait au ralenti, et sa tête vibrant d'un tel sursaut de souffrance qu'il arracha un gémissement à la belle reine. Cette dernière, avec un dernier effort, parvint à faire remonter sa main jusqu'à son crâne, et ses doigts pénétrèrent ses lourdes boucles blanches pour remonter jusqu'à sa peau, sans y découvrir un quelconque hématome.

-Enfin tu es réveillée, Asha...murmura une voix familière.

Asha tressaillit, et ce simple mouvement enflamma son crâne d'un tel éclat que les ténèbres elles-mêmes s'illuminèrent sous la souffrance. Un nouveau gémissement échappa à la jeune femme qui ferma les yeux quelques secondes. Quand elle les rouvrit, l'obscurité avait changé.

Bien qu'il fasse toujours sombre, Asha était désormais sur le sol d'une chambre qu'il lui sembla connaitre. Les murs de pierre étaient sobres, d'un gris si terne qu'ils semblaient absorber toutes traces de vie que la pièce avait pu contenir. Un petit lit à baldaquin ornait les lieux, lui aussi dénué de couleurs, et une grande armoire de bois finissait de décorer le taciturne ensemble. Asha tiqua devant la familiarité des lieux. Elle se redressa, s'asseyant difficilement sur la pierre glacée qui couvrait le sol.

-Asha...? s'impatienta la voix.

Asha suivit la source de la voix, et découvrit un homme, debout sur le perron de la chambre. Il était grand, les cheveux tout aussi blancs que ceux de la reine, mais les yeux brillants d'un éclat bien plus froid. Tout en lui évoquait une sévérité glaciale, que ce soit dans son port altier ou dans son expression magnanime.

-Oncle...Oncle Silgias ? bredouilla Asha, stupéfaite.

Un sourire vint teinter les fines lèvres de l'homme.

-Me confondre avec cet assassin ? répliqua-t-il sèchement, quoique amusé. Non, voyons. Je suis Ulter. Ton père, Asha.

-Mon père...répéta-t-elle sans comprendre.

Sa main retomba mollement au sol. Elle se souvint soudainement pourquoi cet endroit lui était si familier : c'était sa chambre, celle qu'elle avait quitté bien des années auparavant. Seulement, toutes couleurs semblaient avoir quitté l'endroit, remplacées par des nuances de gris plus ou moins claires, le tout dans une obscurité lancinante.

-Mon père est mort...se reprit Asha, retrouvant son habituelle attitude posée, et relevant son regard vers l'homme qui prétendait être de sa famille.

Le supposé Ulter perdit son sourire.

-Toi mieux que quiconque devrait savoir que la mort n'est qu'une étape, la reprit-t-il avec un regard de reproche.

Asha détourna les yeux, et entreprit de se relever, son corps tremblant sous une fatigue inexplicable. Des yeux, elle chercha son éternel couvre-chef, celui qui ne quittait jamais sa tête. Mais elle ne trouva rien d'autre que des babioles d'enfants, délaissées dans l'ombre de la grande armoire.

-Où est mon couvre-chef ? murmura-t-elle.

Elle se retourna, une moue sévère venant froisser son délicat minois. Maintenant qu'elle était debout, sa longue robe blanche encore froissée, elle ressemblait davantage à la reine qu'elle était sensée être, ses épaules dénudées mettant en valeur son port princier et son menton déterminé. Néanmoins, seule dans cette triste chambre, Asha ne s'était jamais sentie aussi misérable, cette pièce familière la rappelant à ses démons d'antan. L'homme la fixa avec un regard indéchiffrable. Plus que jamais, il sembla à Asha qu'il ressemblait à Silgias, mais sa mâchoire était plus carrée, et ses traits plus francs.

-Viens avec moi, ordonna-t-il, s'engageant dans le couloir.

Asha hésita, puis le suivit lentement, chaque pas menaçant de réveiller la douleur qui n'avait pas quitté son crâne. Parvenue à l'extérieur de la chambre, Asha fut surprise de constater que si le couloir était identique à la structure qu'elle se remémorait, toutes ses couleurs avaient été broyés au profit d'une obscurité glaciale, grisant les tableaux et les blasons dont le rouge flamboyait dans les souvenirs de la dame blanche. Le prétendu Ulter disparaissait au tournant, et Asha, bien que réticente, n'eut pas d'autres choix que de le rattraper et de le suivre.

-Pourquoi prétendez-vous être mon père ? demanda-t-elle en arrivant à sa hauteur.

L'homme ne lui accorda pas un regard.

-Parce que je le suis, rétorqua-t-il cependant.

-Si vous êtes mon père, alors j'ai trépassé...murmura Asha, cette affirmation ne lui semblant pas aussi folle qu'elle aurait dû.

Cela pouvait expliquer la raison de sa présence en ces lieux qu'elle avait pourtant déserté. Mais qu'avait-il pu arriver à la reine de l'automne pour ainsi décéder ? Quetzalcoatl était à ses côtés, il aurait dû la protéger...A cette pensée, la douleur se réveilla en son crâne engourdi, tandis que son cœur se serrait sous l'effroi.

-Nous sommes arrivés.

Le ton adouci de l'homme surprit Asha, qui releva la tête. Il la regardait, presque dénué de sa sévérité précédente. La dame blanche ne sut que dire.

Asha s'arrêta. Une immense porte ornait le mur, à un emplacement dont Asha n'avait aucun souvenir. La reine écarquilla les yeux, surprise, et sa main vint caresser la surface boisée de l'ouverture. Mais quand elle voulut en saisir la poignée, la main d'Ulter l'en arrêta. Leurs yeux se croisèrent.

-Asha Cainhurst Logarius...commença-t-il d'un ton hésitant.

La reine se raidit en entendant son nom complet, chose qui n'était pas arrivée depuis des années. Même son mari, Daeron, ignorait tous ses noms.

-...Ne renie pas ta famille, acheva-t-il finalement, ses prunelles noires plantées dans les yeux vairons de la jeune femme.

Asha resta pétrifiée, pénétrée par ces mots durs.

-Je  sais que tu as eu des enfants, continua l'homme, toujours plongé dans son regard. Deux beaux héritiers...

-Trois, rectifia Asha en détournant les yeux avec amertume.

Penser à son fils disparu, Dyani, pesait si lourdement sur son cœur qu'elle préférait ne pas songer à lui, contrairement à Daeron qui pleurait son fils chaque jour qui passait. Asha se méprisait pour cela, mais elle préférait se voir comme un monstre que comme une reine endeuillée, incapable de veiller sur le Clan qui l'avait recueilli.

-Il n'est pas mort...souffla Ulter d'un ton extrêmement doux.

Asha releva la tête dans une valse de boucles blanches. L'espoir brilla quelques instants dans son regard avant de mourir tout aussi rapidement.

-Comment le savez-vous...? demanda-t-elle.

-Mieux que quiconque, je sais ce que perdre un enfant représente, Asha. C'est pourquoi je veille sur lui. Et sur toi.

La reine le fixa avec intensité, essayant de lire en lui comme d'ordinaire elle lisait le cœur des autres. Elle savait reconnaitre la vérité. Alors pourquoi niait-elle autant les paroles de cet inconnu ?

-Comment me fier à vous ? souffla-t-elle alors d'une voix fragilisée par les doutes.

Le regard d'Ulter se durcit et il retrouva son expression sévère. Le fragile instant de douceur était passé.

-Ouvre la porte, ordonna-t-il froidement.

Asha se détourna, déçue, puis hésita.

-Je n'oublierais jamais ma famille...déclara-t-elle. Je ne suis pas Silgias.

Dans un grincement, la porte s'ouvrit sur une obscurité glaciale...

...Où son couvre-chef, brûlante tâche écarlate, trônait en maitre.

Comme revigorée, Asha s'avança vers lui, sans qu'Ulter ne cherche à la retenir. Ses mains caressèrent le tissu familier avec tendresse.

-Asha...hésita alors l'homme derrière elle.

La reine se retourna et l'observa. Il baissait les yeux.

-...Enfin tu es réveillée...sourit-il alors.

Avant qu'Asha ne puisse répondre, Ulter ferma la porte et les ténèbres l'engloutirent. Asha cria quand une main se posa sur son épaule.

"Asha...Asha !"

Asha ouvrit les yeux.

Le regard inquiet de Daeron était posé sur elle. Les pleurs de Quetzalcoatl retentissait derrière lui, répétant "C'était un accident...Un faux mouvement..."
Asha plongea son regard dans celui de son compagnon. Une douleur sourde, familière, vrillait son crâne.

"Asha...?" répéta doucement Daeron.

La reine sourit faiblement.

"...Cainhurst...Logarius..." ajouta-t-elle alors.



(c) Mychat/Ondolindë sur Four Seasons
Terminé #20le 06.01.19 23:35
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Iriel [TFB]
Invité
C’est une belle journée. Dans le ciel au teint azuré, un soleil valeureux et étincelant culmine sur son trône. Quelques nuages nacrés le voilent et le dévoilent au gré de vents malicieux qui chantent dans la petite clairière.
Devant elle, la délicate brume qui enveloppait son environnement se lève pour lui révéler ce qu’elle dissimulait. Iriel connaît ce paysage. Elle le reconnaît autant d’instinct que de mémoire. Ce petit hameau aux toits de chaume qui l’a vue pousser ses premiers cris de nouveau-né. Mille et une senteurs lui évoquent des souvenirs que la jeune femme pensait perdus dans les tréfonds de sa mémoire. Elle s’y revoit enfant, courant au milieu des chèvres et des boucs au milieu de la bergerie. Apercevoir le berger et son frère se frayer un chemin entre les bêtes et finalement la tirer d’une joute mal embarquée contre l’un des mâles belliqueux. Elle y revoit les parties interminables de cache-cache, dissimulée sous la paille de la grange voisine.
Mais tandis qu’elle s’avance sur l’unique allée, le village semble vide, inhabité. Du moins à première vue.
Un peu à l’écart se trouve un vieil homme la fesse posée sur le puits, à demi assis contre la pierre. Il fume la pipe. Elle ne pourrait l’affirmer mais il donne l’impression d’attendre quelque chose.
Tandis qu’elle se rapproche, sceptique, l’inconnu lui apparaît plus distinctement. Son visage n’est pas tant marqué par l’âge mais il y a quelque chose de vénérable qui émane de son air moqueur. Il y a comme une aura mystique qui flotte tout autour de lui alors que son sourire s’étire encore un peu plus à son approche. Ses petits yeux qui se plissent accentuent un peu plus les rares rides qui marquent son visage. Serait-ce elle même qu’il attendait là ? Iriel n’a pas le loisir de se poser plus longtemps la question, le barbon rompt le silence et lui répond d’un même temps.

- Ah, comme tu es belle et comme te voilà grande ! Sa voix porte le grain de ceux qui fument la pipe depuis trop longtemps déjà, éraillé et essoufflé.

- Qui êtes-vous ?

Les réponses à cette question fusent dans sa tête dans mille scénarios tous plus invraisemblables les uns que les autres. Tous les habitants de ce village ont disparus il y a près de quinze ans. Assassinés par les hommes qui l’ont ensuite vendue, ainsi que les autres survivants, aux chasseurs de têtes voisins. Et Iriel est persuadée d’avoir été la seule à avoir survécu à la traversée de la caravane des esclavagistes d’Agni. C’est avec autant d’appréhension que de curiosité qu’elle porte son attention sur l’homme qui manque de s’étouffer en prenant une grande bouffée de tabac.

- J’aurais dû me douter que tu ne me reconnaîtrais pas, mon enfant, répond-il en crachant le reste de fumée qui encombrait encore ses poumons. Oh, ne fais pas cette tête là, je n’en prends pas ombrage ! Je sais à quel point la mémoire peut être instrument faillible. Et je sais que tu ne dois pas avoir beaucoup de souvenirs me concernant. Mon Cycle s’étant achevé peu de temps après que le tiens ait commencé. Malgré les chicots et les variantes de jaune et de noir qui illuminent sa dentition, il présente un sourire chaleureux, paternel, si réconfortant qu’Iriel en oublierait la méfiance qu’elle gardait encore jusqu’alors. Je suis Coram, le père de ta mère.

- Grand père ?

- Oui, tu peux m’appeler ainsi ! Il crache un nouveau volute de fumée blanche qui s’élève au dessus d’eux dans un rire muet. Ça ne me rajeunit pas de te voir aussi ravissante… admet-il après un silence nostalgique. Mon dernier souvenir de toi remonte à tes premiers pas le long de ce sentier, poursuit-il en désignant le chemin de terre qui se poursuit en contrebas. Va, retrouve-moi au bout, je t’y attendrai.

Le temps de tourner la tête dans la direction indiquée, le vieil homme a disparu du puits. Sans chercher d’explication logique, Iriel se met en marche le long de la piste forestière qui serpente jusqu’au cours d’un fin ruisseau. Là, assis dans l’herbe, se trouve l’homme à la chevelure poivre-sel, sa pipe éternellement vissée à ses lèvres. Armé d’une canne à pêche rudimentaire, il tente de ferrer le menu fretin qui remonte le cours d’eau. Passée la surprise et l’incompréhension, la jeune femme le rejoint, encore hésitante.

- Viens, assieds-toi, je vais t’apprendre à pêcher.

- À quoi bon ?

Sans perdre sa contenance, le pêcheur relève sa ligne et passe la canne dans les mains de sa petite-fille, s’assurant de la position de ses mains et de la fermeté de sa prise.

- Détends-toi, tu n’as pas à être aussi rigide, lui glisse le vieil homme en rallumant le foyer de sa pipe.

- C’est… c’est comme ça que l’on m’a appris à me tenir, grand-père, balbutie Iriel.

- Je sais bien, mon enfant, lui répond-il avec douceur. Mais nous ne sommes pas dans les pavillons des maîtres esclavagistes, ici. Donne du mou.

Elle se rembrunit aussi sec. Détournant le regard du vieil homme, ses yeux viennent se perdre dans l’étendue chatoyante du cours d’eau. À ses côtés, son aïeul se pince les lèvres. Un silence pesant se fait.

- Ils m’ont tout volé… siffle-t-elle dans un murmure rageur, tout juste audible.

Sans mot dire, son le vieil homme pose une main réconfortante sur l’épaule d’Iriel. Dans une caresse il l’invite dans le creux de ses bras.

- Ils m’ont volé mon enfance, renifle-t-elle.

- C’est pour ça que je suis là, lui répond-il tout naturellement en passant sa main chaleureuse sur le dos de la jeune femme agitée par la peine.

- Tu n’es pas réel, grand-père. Tu n’es qu’un rêve, articule-t-elle entre deux sanglots.

- Ça me suffit, admet-il après un long soupire, un sourire navré aux lèvres.

Iriel lâche sa prise sur la canne à pêche et vient enserrer le torse de son grand-père. La tristesse la submerge bientôt. Dans son chagrin, elle serre si fort que le vieil homme manque de s’étouffer et tousse bientôt un nuage de fumée blanche. Malgré cela, il ne cesse de réconforter l’inconsolable demoiselle.

- Ils m’ont arraché mes parents. Ils m’ont retiré ma dignité. Ils m’ont pris mon corps. Ils m’ont volé mon prénom ! Les larmes pleuvent à grosse gouttes.

- Je sais, mon enfant, je sais… lui murmure son aïeul d’une voix emplie de compassion. Les gens changent. Le monde change. Ainsi va le Cycle.

- Maudit soit le Cycle !

Iriel s’est défaite de la prise tendre de son grand-père. Elle se redresse, les yeux embrumés de larmes de colère et d’indignation. Debout au dessus du vieux sage, elle s’acharne sur le bracelet d’or qui lui encercle le biceps. À son grand étonnement, l’attache cède rapidement et l’anneau de métal tombe au sol. Pleine de fureur, la jeune femme poursuit son geste, se baisse sur le bijou pour le jeter au ruisseau dans un cri de hargne.

- Maudit soit ce Cycle. Maudits soient-ils tous ! Je veux savoir comment je m’appelle ! Hurle t-elle entre rage et désespoir, le souffle court, la voix déformée.

- Comment tu t’appelles ? À quoi bon ? Ce sont les autres qui te nomment, lui répond le pêcheur en se redressant à son tour. M’as-tu une fois appelé par mon prénom depuis que nous conversons ?

Iriel reste muette. Interdite.

- Ai-je eu, ne serait-ce qu’une fois, besoin de t’appeler par ton prénom pour susciter ton attention ?

Elle secoue la tête en réprimant un nouveau sanglot.

- Ce sont tes actes qui te baptisent, conclut-il de sa voix toujours douce et chaleureuse.

- Peux-tu seulement me dire comment mes parents m’ont appelée ? Finit-elle par demander après un long silence.

À ces mots, la terre se met à trembler. La secousse est aussi soudaine que violente et éphémère. Déséquilibrée, Iriel se retrouve au sol. Décontenancée, elle regarde autour d’elle. Rien. Son interlocuteur est toujours debout, devant elle. Époussetant sa robe de soie blanche, elle se redresse, décidée. Son regard se reporte sur son aïeul.

- Comment m’ont ils appelée ?!

De nouveau, une terrible secousse fait gronder la terre. Iriel perd l’équilibre une nouvelle fois et se retrouve au sol.

- Princesse ! La voix qui lui parvient est à peine audible, étouffée.

- Dis-moi mon nom, grand-père. S’il te plaît, implore-t-elle alors qu’un nouveau tremblement ébranle les fondations du monde.

- Ma princesse, il est temps pour toi de repartir, lui répond simplement le pêcheur dans un sourire entendu.

- Non, je…

Elle n’a pas le temps de finir sa phrase. Une nouvelle fois, la terre tremble et un gouffre s’ouvre sous ses pieds chancelants. Elle sombre dans un puits de noirceur infinie. Les ténèbres semblent impénétrables.
Puis, une lumière se fait. Elle ouvre les yeux.

- Allez Iriel, on se réveille !

Dubio est  penché au dessus d’elle. L’esclave protecteur lui tend la main pour la relever.

- Fais pas cette tête là, princesse, on croirait que t’as vu un fantôme ! Ahah !
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