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La liberté n'est qu'un mot ; chimère [ft. Chisako]
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#1le 11.10.18 14:29


Besoin du cœur.Tout à coup le cœur l’emporte ; et voilà la transformation annoncée.

Chi. Mon tout, ma princesse, ma sœur, ma fille. Un pilier de ce qui fut un jour ma vie. Une pépite venue éclairer ma mort. Une enfant, à l’innocence confuse et au babillage agressif, arrachée trop tôt à la période dorée que l’on appelle « enfance ». Ma mort, peut-être, en a sonné le glas.

D’un œil protecteur, je caresse son image, qui ne sera bientôt qu’un lointain souvenir. Ses yeux noirs corbeaux aussi profonds que l’abysse des océans, ses cheveux longs et soyeux aux reflets d’ébène. Je soupire avec lassitude.

Est-elle prête ? Je ne peux en juger par moi-même, je m’apprête à céder à ce qu’elle me supplie de lui accorder depuis des mois : la force. La force de combattre, la force de lutter, la force de s’élever. C’est aussi une faiblesse, cela nous éloigne des autres, des morts normaux. Cela attire sur nous des regards d’incompréhension et de haine. Nous sommes différentes. Tu seras différente, toi aussi, si tu le souhaite encore ardemment.

J’ai peur pour toi, peur que ta rage ne te consume. Tu es si jeune.

Mais je te dois bien ça, Chi.

Mon regard félin croise le tient, j’esquisse un sourire plein de dents. Vas-tu donc choisir cette fois te suivre ta grande sœur dans l’ombre ? Mon sourire s’élargit. Je suis si fière de toi.

— Tu es bien sûre que c’est ce que tu veux, hein ?

Ma voix démontre une assurance que je n’éprouve pas. J’ai une boule de remord qui me sert les viscères. Même si je me réjouis de la voir adhérer à une cause aussi noble, les conséquences me semblent trop grandes pour une enfant de son âge. Mais si sa vie fut à l’image de la mienne, il va sans dire que cette enfant est à l’épreuve des balles.

— Rappelle-moi pourquoi tu veux faire ça, Chi.

Mon ton est doux, mais sans appel. Elle doit s’exécuter, c’est la procédure. Enfoncée en face d’elle sur un canapé, mes gestes sont lents, attentionnés. Je saisis une mèche de cheveux noirs, en suit la douceur jusqu’à son extrémité, avant de la laisser retomber dans un bruissement. A nouveau, je plante mes yeux dans ceux si nippons de Chisako.

— Tu ne le regretteras pas ?

Je sais pertinemment que non. Du moins pour le moment, mais j’ai peur qu’elle ne laisse passer trop vite sa jeunesse et son adolescence, qu’elle ne soit condamnée à une éternité d’adulte, sans jamais goûter à l’expérience d’une enfance innocente. Je ne sais que trop bien de quoi je parle.

Mon regard se fait plus tendre, mon sourire doucereux. Je croise mes jambes sur le canapé, froissant mon pantalon carotte vert militaire et me défait de mes baskets pour ne pas le salir. Mon débardeur blanc émet un bruit feutré tandis que je m’agite et mes cheveux retombent lourdement devant mes yeux. Je les écarte d’un geste vif.

— Raconte-moi, Chisako.

Raconte moi ce que tu veux. Tout. Toi. Rien. Parle. Bouge. Agis. Montre moi ta détermination. Comprend que je ne peux pas te donner ce que tu veux tout de suite. Il faut du temps, il faut que je sois sûre, pour toi, pour moi, et pour nous. Ce n’est pas un acte facile, même si tu n’es pas la première. A chaque fois, il faut sonder chaque parcelle d’âme pour s’assurer de la véracité de l’engagement d’une femme.

Quel teneur a le tient, Chi ? Qui souhaites-tu être ?

Pourquoi veux-tu tant être une Chimère ?
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#2le 14.11.18 17:52

Chisako
Shinoda

Mitsuko
Shinoda

「 La liberté n’est qu’un mot : chimère 」
Assise sur le canapé, face à moi, le visage à contrejour avec un air grave, Mitsuko inspire ce que j’ai toujours voulu avoir depuis ma mort : la puissance. Je la contemple, mes yeux noirs sont encrés dans les siens, et je suis comme hypnotisée par ses paroles. Elles sonnent à mes oreilles comme l’ultime preuve de force, le Graal. Perchée sur ma chaise, mes mains serrent le bas de ma robe. Je sais ce qu’il me reste à faire, ce qu’il me reste à montrer.

Je ne peux pas revenir sur mes pas, sur ma décision. C’était la première preuve de ma force. Pas après lui avoir demandé tant de fois. Je ne dois pas craquer, je dois résister à la tension qui monte. Je sens que le sang afflue dans mes joues, et la chaleur me fait presque tourner la tête. L’adrénaline d’une telle décision me ferait presque perdre la raison, mais je lutte pour rester lucide, garder les idées claires.

Soudain, l’air grave de Mitsuko s’évanouit, laissant place à un sourire qui vient fendre son visage. Je peux percevoir du coin de l’œil ses dents aiguisées, mais je force mon regard dans ses yeux. Ne pas faillir, ne pas perdre de vue mon objectif : la puissance. Je suis au courant des risques, des changements, et de la possible complication de ma vie, mais je m’en fous. Je réponds à la question de celle que j’ai toujours considérée comme une mère :

- Oui.

C’est franc. Empli de détermination. Sec. J’en suis certaine. La nuit a été plutôt courte pour moi, à force de ressasser plusieurs pensées, à force de peser le pour et le contre. Mais ma décision est prise. Rien ne me fera reculer. Je veux que Mitsuko soit fière de moi. Je veux devenir comme elle : forte, fière, puissante. J’enchaine :

- Mes raisons sont toujours les mêmes. J’aspire à devenir aussi forte que toi. Je veux … Non, je DOIS devenir plus forte. Je ne peux pas toujours compter sur toi pour me protéger. J’en ai pris conscience à ma mort. Je n’étais rien, j’ai été incapable de me défendre, et j’ai laissé Baba toute seule, à pleurer sur nos deux tombes. Même si nous sommes mortes, je ne peux pas rester faible.

Je suis presque surprise de la facilité à laquelle mes mots s’enchainent. C’est comme si j’avais révisé toute la nuit. Une chose est sûre : je ne reculerai devant rien. Même si Mistuko m’implore de revenir sur ma décision, je ne le ferai pas. Je suis une Shinoda. Rien ne m’effraie. Je réponds de nouveau à sa question, sur le même ton que la première :

- Non.

Sans appel, clair, net et précis. Je ne le regretterai pas. Aucune chance. Pas avant d’avoir retrouvé cette ordure qui a forcé Mitsuko au seppuku, pas avant d’avoir retrouvé mon assassin, pas avant d’avoir redoré le blason des Shinoda.

Mon cœur se serre de plus en plus. J’ai presque envie de vomir. Mon pouls s’accélère. Je plonge vers l’inconnu. Je ne sais pas la si l’injection sera douloureuse. Je ne sais pas ce que je vais devenir. Je ne sais pas vraiment si cela me procurera la puissance dont je rêve. Mais ce n’est pas grave, je dois au moins essayer. Je veux que Mitsuko soit fière de moi.

Elle veut que je lui parle. Regrette-t-elle mon choix ? Vais-je lui manquer ? Je n’ai pourtant qu’à demander. Simplement. Pourtant, j’avale difficilement. L’attente est insupportable, ma bouche est sèche. Je me lève, d’un coup, les yeux pétillants, et je lui dis ces mots, ces seuls mots :

- S’il te plait.

S’il te plait. Fais-le. J’en suis capable.
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#3le 17.11.18 1:17


Besoin du cœur.Tout à coup le cœur l’emporte ; et voilà la transformation annoncée.

Depuis que Chisako est dans le monde des morts, j’ai un peu de mal à garder la face. Elle est morte et c’est de ma faute. Mon plus grand échec, celui qui me poursuivra toute une éternité. Chisako, dont le corps ne grandira plus jamais à moins d’artifices, qui ne connaîtra pas tous les plaisirs de la vie terrestre et vivante, les risques qu’impliquent un corps de sang et de chair. Oh, ça lui aurait plu, d’être à la tête du clan. Si seulement le destin ne l’avait pas arrachée aussi tôt à l’existence innocente qu’elle menait.

Tu aurais été une excellente cheffe, je l’ai toujours pensé. Pas comme ces pourris de pseudo mafieux qui se tranchent un doigt pour rien.

Dans son regard, je capte cette admiration qu’elle éprouve à mon égard, celle qui anime une flamme dans ses yeux depuis toujours. J’ai conscience d’avoir un jour été sa sauveuse, mais je ne suis plus que la raison de sa perte, à présent. Ne me regarde pas comme ça. Tout est de ma faute. Ne me regarde pas comme ça. Je suis faible.

Sa voix est déterminée, ne flanche à aucun moment. J’esquisse un sourire voilé par une pointe de tristesse. Cette tristesse qui me déchire les entrailles, tord mes boyaux comme pour me dire que je ne suis pas honnête avec elle. Menteuse. Pourquoi, malgré tout, cette lueur dans ses yeux ne vacille pas ?

Sa déclaration, l’évocation de notre baba et de nos tombes, me fend le cœur . Je déglutis péniblement, mais garde un air ferme. Comme toujours, ne pas se dévoiler. Est-ce une habitude héritée de ma vie ? Ai-je toujours porté un masque ? Menteuse.

— Chi… je commence. Ce n’est pas de ta faute. C’est moi qui me suis montrée incapable de te protéger. Vous protéger.

Au fond, qui suis-je capable de protéger ? Pas même moi.

— Même si devenir forte implique de renoncer à une part de ton humanité, Chi ? Tu sais que c’est important.

Humanité trois fois bafouée pour ma part, sans la moindre hésitation. Qu’il est triste de voir comme un être poussé à bout peut renoncer facilement à toute trace de condition humaine. Dans mon cas, la faute en income aux hommes. Toujours. Il faut combattre le feu par le feu, le monstre par le monstre. Alors autant devenir monstre. Mais c’est aussi sacrifier une part physique de soi, Chisako le comprend-t-elle ?

— Certains attributs animaux ont des contreparties, tu le sais ?

Outre mes envies irrépressibles de faire la sieste, il suffit de voir mes griffes : impossible de me gratter à moins de déployer une attention extrême. C’est parfois laid, aussi, or c’est à vie. Autrement dit : pour l’éternité. Il faut donc s’accepter, apprendre à vivre avec des caractéristiques physiques uniques au monde. C’est parfois dur.

Son « s’il te plait » étire mes babines en un sourire amusé. D’un geste, je passe ma main sur le haut de son crâne, pour la caresser vivement.

— N’essaie pas de profiter de ton statut de petite sœur pour me soutirer l’injection, je m’esclaffe.

Je retire ma main. Mon sourire diminue mais se fait toujours là.

— Tu sais que les conséquences sont irréversibles, n’est-ce pas ? Que comptes-tu faire, après ?

Mes motivations étaient claires lorsque j’ai fait mes injections. Me venger, chercher la vengeance. Toujours, pour l’éternité. Temps infini passé à brûler d’une haine qui menace de ne jamais dépérir.

Avec raison.
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#4le 17.11.18 19:29

Chisako
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Mitsuko
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「 La liberté n’est qu’un mot : chimère 」
Le surnom que me donne Mitsuko me fait toujours quelque chose. Chi… D’aussi loin que je m'en souvienne, elle m’a toujours appelé comme ça. Même avant notre mort. Mais si normalement ce surnom me fait toujours sourire, ou m’enveloppe d’une délicate chaleur maternelle, là, ce n’est pas le cas. C’est différent. Ce « Chi », il me fait frissonner. Il ne me fait pas peur, mais il me perturbe.

Dans ses yeux, je perçois une lueur de tristesse, d’amertume. Si sur le coup, je me demande pourquoi, j’ai rapidement ma réponse. Elle pense que c’est de sa faute. Elle se sent responsable de ma mort. Mais ce n’est pas vrai. La coupable, ce n’est pas elle. C’est cet homme. C’est lui qui a détruit tout ce a quoi on tenait. J’ai envie de pleurer, de lui dire que la coupable, ce n’est pas elle. Mais je me ressaisi. Ce n’est pas ce que Mitsuko veut voir. Ce qu’elle veut que je lui montre, c’est ma détermination. Alors je ne réponds rien, et je me contente de la fixer, en silence, les mains crispées sur ma robe.

Renoncer à mon humanité ? En mourant, nous perdons tous notre humanité. Ce qui nous rendait humain, c’était la vie. Que sommes-nous exactement, nous, qui ne vivons plus ? Nous ne sommes rien. Et pour devenir forte, j’ai besoin d’être quelque chose. Et ce quelque chose : c’est une chimère. Comme Mitsu. J’inspire un grand coup silencieusement, et je réponds :

-Je suis vraiment décidée. Rien ne me fera changer d’avis, tu le sais bien. Pas même toi.

J’ai l’impression de m’étrangler avec mes derniers mots. Quand Mitsuko est morte, je pensais que je n’allais jamais la revoir. Et lorsque, à mon tour, je suis morte, je suis arrivée ici. J’étais faible et pleurnicharde. Je me retrouvais seule dans un monde que je ne connaissais pas, mais qui ressemblait au Tokyo des vivants. Mais Baba n’était pas là. Mon corps ne me faisait plus mal. Et Mitsuko n’était pas là non plus. Je me suis retrouvée dans un orphelinat, que j’ai haïs de tout mon être. Je n’aimais personne, et ne voulais pas qu’on parle. Et lorsque la nuit venait, je m’échappais, et arpentais les rues d’un Tokyo mort, mais paradoxalement et étrangement vivant.

Puis, je l’ai vu. Je l’ai retrouvé. Cela faisait quelques années que je la cherchais, et elle étais là, tout prêt de moi, dans cette géante ville de Tokyo. Et maintenant, je peux lui parler. Je vis avec elle, comme avant. La dernière chose qui me reste à faire, c’est de devenir forte, pour qu’elle ne s’inquiète plus pour moi. Des attributs animaux ? J’en ai que faire. Tant que je deviens forte, tant que tu es fière de moi, tant que tu m’aimes, tout ira bien, je le sais. Après un instant de silence, je réponds :

- Je le sais. Je connais les risques, mais rien ne sera pire que la faiblesse.

Cette faiblesse que je haïs tant. Elle qui me tient éveillée le soir, ou qui me réveille la nuit, en sueurs, en panique.

Mitsuko sourie. Je préfère la voir sourire. Je l’admire tellement. Même transformée en chimère, elle reste magnifique et majestueuse, telle qu’elle a toujours été. Elle est forte, fière et belle. Je sourie à mon tour, et en profite pour cligner les yeux et relâcher la prise sur ma robe. Elle me caresse la tête. Ça me rappelle ces courts moments de complicité avant. Je rigole quand elle parle. J’ai envie de dire que non, je n’en profite pas. Mais d’un autre côté, il y a une part de vérité. Je suis prête à tout pour la rendre fière de moi.

J’arrête de rire lorsqu’elle retire sa main de ma tête. Je trouve toujours ces instants trop courts.

- Les conséquences sont irréversibles. Une fois que ce sera fait… Je ne sais pas trop. Mais je sais que j’en ai besoin. Il y a tellement de personnes - notamment des hommes – qui pourraient me faire du mal. Je veux pouvoir profiter de la mort sans avoir peur de ne pas rentrer. Bien que je ne puisse plus mourir, je ne veux plus être séparée de toi. Je préfère encore devenir un monstre et inspirer la crainte mais être heureuse, que de vivre dans la peur et l’insécurité.

Je soupire de soulagement. Je m’étais préparée à cette question la veille. Je savais que tu allais me la poser, et je suis fière d’y avoir répondu sans trop flancher.

Je sais que si elle me pose toutes ces questions, c’est parce qu’elle se sent responsables. Je sais qu’elle s’en veut. Mais il ne faut pas. Cette injection, c’est moi qui la veux. Je ne suis pas contrainte, je le fais parce que j’en ai envie. Mais aussi, j’ai l’intention de me venger, mais ça, je ne lui ai pas dit, non. Elle s’inquièterait encore. Je ne veux pas. Je veux moi aussi être utile. S’il te plait. Fais-le.

Je retrousse ma manche et tend mon bras vers elle. Je n’ai aucune idée si l’injection se fait à se niveau mais ce n’est pas grave. Ce geste est témoin de ma détermination. Mais au cas où, je me risque à demander :

- C’est bien une piqure ? Sur le bras ? Est-ce qu’on reste dans le salon pour le faire, où tu préfères le faire ailleurs ?

J’esquive moi-même la question de la douleur. Je ne voulais pas savoir si ça faisait mal. Et puis, rien ne fait plus mal que de se prendre des balles dans le ventre j’imagine. Et puis si je m’inquiète pour la douleur maintenant, Mitsuko risque de refuser. Je dois avoir cette injection. Je ne dois pas pleurer, c’est le premier pas vers la force.
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#5le 25.11.18 14:07


Besoin du cœur.Tout à coup le cœur l’emporte ; et voilà la transformation annoncée.

Plus que jamais, j’hésite. Je sais que c’est la responsabilité des véritables chimères, de procurer l’injection à certaines femmes. Mais ce n’est pas n’importe laquelle. De nervosité, je plante mes canines dans ma joue. J’ignore la douleur, mais pas le goût du fer. Fer qui s’est déjà trop rependu dans la vie de Chisako.

Néanmoins, elle n’a pas tort. C’est peut-être le meilleur moyen que j’ai de la protéger aujourd’hui.

Cette volonté qu’elle affirme lui correspond tellement. Je souris malgré moi. Elle pense ne jamais le regretter, mais sais-t-elle que nous en avons pour plusieurs siècles, à nous faire regarder de travers par les gens à qui nos attributs animaux n’inspirent pas confiance, à nous lever le matin avec les mêmes différences physiques que la veille.

Sans que plus rien ne change.

— N’oublies pas que quoi que tu fasses, tu seras toujours faible. Notre véritable force, c’est notre volonté, pas seulement quelques modifications corporelles.

Parce que l’on est condamné à vivre sous le joug d’une société qui n’a que faire des injustices. Notamment lorsqu’il s’agit de femme, ou de chimères. Je veux dire, aujourd’hui, pourquoi semble-t-il si étonnant de vouloir devenir chimère, alors que dans une ère soit disant de « progrès », les pires atrocités ont encore lieu.

Demandez aux femmes assassinées qui proviennent tout droit d’Amérique du Sud qui a été leur meurtrier. Les hommes. Mari, frère, inconnu parfois. Tous les mêmes. Tous aussi répugnants les uns que les autres. Montres, monstres, monstres. Bêtes assoiffées de domination, sur tous les plans.

— Notre force, c’est la résistance.

Je souris à Chisako. Oui, l’ADN modifié que nous portons dans nos corps sont la preuve d’une résistance « ni Dieu, ni maître », comme on dit. Refus de la domination masculine. Refus du masculin tout court.

— Mais tu sais, aujourd’hui, avec le nombre de « fausses » chimère qui hante les rues, je ne suis pas certaine que tout ça ait encore un sens…

Que faut-il faire face à celles qui n’ont jamais suivi les dogmes de notre lutte, qui se carrent complètement de la haine que le genre chimérique est sensé porter aux hommes. Des menteuses, manipulatrices et égoïstes. Elles ne méritent pas ce don, elles ne méritent rien. Elles sont comme eux.

J’accueille avec une mine préoccupée sa petite tirade. Oui, le danger rode partout, les monstres sont partout, parfois tapis au plus près de nous. Formes obscures, invisibles et sournoises que l’on ne peut distinguer avant qu’elles ne fondent sur nous.

Et c’est trop tard.

Mais actuellement, j’ai peur que ce soit l’indéfectible affection que je peux lire dans tes yeux qui ne te motive.

— Tu ne le fais pas pour moi, n’est-ce pas ?

C’est avant toi qui toi décider de ça. Pas juste pour le plaisir, pas juste pour me faire plaisir, mais bien parce que c’est ta volonté, ta peur, mais aussi ta passion qui te guide.

Mon regard glisse sur son bras nu. Je reste interdite un moment, fixant la chair laiteuse qui pourrait se retrouver altérées par l’injection.

— Oui, je souffle, c’est une piqûre. Il vaudrait peut-être mieux aller dehors, tu en dis quoi ? Pour éviter de détruire la maison si tu te transformes en dragon, j’ajoute avec un regard malicieux.

Et je ne crois pas si bien dire, mais pour le moment, Chisako reste la petite poupée brune que j’ai toujours connue. Pour le moment, rien ne vient déformer son adorable minois, si ce n’est l’appréhension de l’événement.

Je me relève et pivote vers la baie vitrée. Une fois la porte ouverte, une délicieuse bise s’engouffre dans le salon, faisant frémir les tissus et voleter les cheveux.

Une dernière fois, je me tourne vers elle.

— Que feras-tu, une fois Chimère ?

Promis, c’est la dernière question. Promis, je te donnerai la force que tu souhaites. Mais je veux savoir pourquoi tant de détermination brille dans tes yeux, Chi. Je veux savoir comment tu feras usage de cette nouvelle arme.

Même si toi, tu as toujours été un exemple de bravoure et de volonté. Depuis ta naissance, tu t’es battue.

Je sais bien que jamais tu ne renonceras.
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