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#1 le Lun 23 Avr - 14:13

Un tir, séparés...

Un tir, retrouvés !

Es-ce que vous croyez au destin, au hasard, au coup du sort ou à toute autre chose similaire ? Croyez vous que quand on a plus rien à espérer, il y ais une sorte d’étincelle qui vous redonne l’envie d’y croire ? Que quelque chose, quoi que ce soit, guident vos pas ? Moi j’y crois depuis ce jour.


Le 11 décembre 2011


Les impacts répétitifs me berçaient en une douce litanie. Le bruit répétitif du chien contre le percuteur,  légèrement assourdis par mon casque que je gardais sur les oreilles, me vidais l’esprit. Je ne savais même plus depuis combiens de temps j’étais là… dix minutes, ou plusieurs heures ?   Les yeux fixés sur mon ordinateur je ne prêtais même pas attention au tireur. Bien caché derrière une caisse de munition je pouvais à loisir voir sans être vu. Penché sur mon écran je monnayais bec et ongles de nouvelles informations à l’un de mes informateurs qui tentait de m’arnaquer en me demandant un prix exorbitant pour une information que je soupçonnais fallacieuse. Je magouillais le plus vite possible sur les touches de mon clavier, me remuant les méninges pour trouver comment coincer ce scélérat ! Comment avais t’il pu me prendre à se point pour un débutant, j’enrageais.


Alors que je pestais contre on pauvre ordinateur qui n’y étais pour rien je ne vis pas la nouvelle arrivante prendre place devant une cible et tirer. Le coup, d’un calibre beaucoup plus gros que les précédents me firent sursauter. Le bruit me fit me rendre compte que je devais être seul depuis un petit moment. Je relevais les yeux vers le tireur. Ou devrais-je dire la tireuse. De longs cheveux roses surplombés par deux cornes rouges vermillon. Une chimère donc. Un visage fermé, concentré. Un lourd calibre que je ne reconnaissais pas maintenus en équilibre par deux bras recouvert de tatouage. Du noir, du rouge, du vert du bleu, des fleures, des vagues et un dragon. Attend, attend … Un dragon ? Je relevais une nouvelle fois les yeux fixant l’avant bras de la demoiselle sur lequel évoluait un magnifique dragon. Je ne pouvais pas me tromper, il était impossible que quelqu’un d’autre ait exactement le même tatouage, exactement au même endroit ! Sous le choc je tombais a la renverse. Je restais un instant interdis avant de me relever et de m’approcher d’elle, Ma Nee-Chan, Ma Mitsu.


- Nee-chan ? Je fondis en larme. Mitsu… C’est moi Hiro !


Je tremblais de tous mes membres, le cœur gonflé de joie. Je l’avais retrouvée !


MITSUKO



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#2 le Lun 23 Avr - 21:51
The past beats inside me.
Je parcoure avec une certaine impatience les couloirs de l’Agence. L’envie de tirer me démange, et, déjà, mes doigts s’agitent sous l’effet de l’envie de presser la détente. A force de venir m’y défouler – un passe-temps assez malsain, je le reconnais – j’ai choisi mes armes favorites, et mon couloir préféré.

Lieu d’exutoire et de passion meurtrière, la salle de tir est de loin l’une des pièces les plus intéressantes de l’Agence, pour moi. Après le boulot, c’est l’une des façons que j’ai de pouvoir me dépenser sans avoir à courir sur des kilomètres – je n’aime pas courir – et de manière presque jouissive. Un exutoire, je disais.

Habillée sobrement d’un short en jean et d’un débardeur un peu lâche, pour faire respirer mes plumes après une longue et intensive journée, je me rend donc dans la salle d’armes, pour y passer ma tension. Non pas que je le sois moins en sortant, mais j’ai l’impression de m’aérer l’esprit. M’enfin, rien ne vaut un bon katana. Or je ne l’ai plus avec moi, et déplore sa disparition.

Sur le chemin, je tapote sur mon téléphone, envoyant des messages dégoulinants d’un amour aussi faux que mon apparente sérénité. Encore un gars à briser. J’ai du mal à me contrôler pour ne pas l’abattre directement de quelques mots bien placés. Cela me ferait un bien fou – une rupture par texto, quoi de plus bas ? – mais je sais que pour que l’effet soit total, il faut attendre encore un peu, comme un prédateur guettant sa proie. Cela ne fait qu’un an que je suis ici, mais j’ai déjà acquis une certaine compétence en matière de rupture douloureuse. Vipère sans remord, je me glisse dans les bras des hommes pour mieux les étouffer d’une étreinte douloureuse. Un sourire satisfait s’étire sur mes lèvres tandis que je pense aux moyens que je vais employer pour détruire mon actuel « petit ami » collant.

Immonde chimère que je suis, je n’en reste pas moins un peu humaine, et j’ai besoin de canaliser et d’extérioriser mes émotions. Quoi de mieux que le tir pour ça ?

Lorsque j’entre dans la pièce, la scène me surprend quelque peu. Le tireur avant moi s’en va, et mon regard est attiré par une tête brune qui dépasse de derrière une caisse. Haussant un sourcil intrigué, je préfère laisser l’excentrique dans son coin. Drôle d’endroit pour s’isoler. Mais je ne cherche pas plus loin. Je suis là uniquement pour me détendre, j’ai pas besoin de me faire du souci pour autrui, surtout s’il s’agit finalement d’un gars.

Prenant avec soin, à la manière d’un parent berçant son enfant, mon arme fétiche, un Glock 18, automatique, je m’avance vers le stand en chargeant mon arme. Puis, après avoir enfoncé mon casque sur mes oreilles, délicatement cependant, je commence à cribler la cible en face de moi de trous, le bruit du pistolet automatique parvenant de manière étouffée à mes oreilles sensibles. Je jubile. J’aime tirer, cela me rappelle mon ancienne vocation, mon ancien moi.

Un mouvement, au coin de mon œil, attire mon regard. La tête brune est tombée. Je ne lui accorde aucun regard, préférant m’occuper de régler son compte à ma cible.

Mais l’autre s’approche de moi, me regarde avec des yeux gonflés de larmes. Son visage me dit un truc. Mais je ne crois pas m’être déjà abaissée à draguer des gamins. Dans ma mémoire, c’est le flou total, impossible de me souvenir de qui il est, ou de mettre un doigt sur cette sensation de déjà-vu.

Mais c’est un homme, ça me suffit pour le détester. Pauvre enfant.

Les propos qu’il beugle en pleurant me mettent hors de moi. Raison de plus pour le détester. Abattant violemment mon arme sur le comptoir du couloir de tir, j’arrache mon casque de mes oreilles, sans faire attention à la douleur alors qu’une plume part avec et s’écrase lentement au sol. Avec un rictus effrayant collé au visage, j’empoigne le gamin par le col, et approche mon visage cornu du sien.

— Ose répéter ce nom, microbe, je siffle avec haine. Ose encore une fois m’appeler « nee-chan » et tu connaîtras la sensation que ça fait que d’embrasser langoureusement un mur.

Je le lâche sans ménagement, et le toise avec un mépris non dissimulé.

— Comment connais-tu ce nom, minus ? je demande après un temps d’arrêt.

Je plisse les yeux. Non, ses traits sont flous, ils ne me disent rien. Des souvenirs douloureux tentent de percer la surface de ma coquille de marbre, mais je les retiens, refusant de laisser partir en éclat ma si parfaite, et pourtant si factice, maîtrise de moi-même.
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#3 le Mar 1 Mai - 19:20

Un tir, séparés...

Un tir, retrouvés !
Je reconnais bien la Mitsu, princesse au sang chaud qui ne mâchera jamais ses mots ! Pourtant ses mots la m’arrachent le cœur pour le laisser tomber en million de fragment sur le sol. Son visage me crachant toute cette haine si proche du mien me fait verser million de larmes amères. Mais je n’en monterais rien. Un Shinoda ne pleure pas ! Je me recule un peu, à une juste distance pour ce genre d’échange avec Mitsu. Comment je connais ce nom que tu semble me reprocher d’avoir prononcé ?


-Parce que c’est le surnom que tu me donnais … Le diminutif d’Hiroshi Shinoda, le nom que j’ai reçu à ma naissance !


Je tendis le bras doucement et du bout du doigt suivi doucement les contours de son tatouage, celui qu’elle avait fais lors de son année d’étude au Amérique, celui qui m’avais si longtemps fasciné et qui m’avais poussé à faire le mien en son souvenir, à endurer cette douleur pour me souvenir a jamais d’elle. Mais le destin étais joueur, cette même mort qui nous avait séparés aujourd’hui nous faisais nous retrouver.


J’avais envie de courir pour me blottir dans se bras comme avant mais se mots liés aux jolis cornes me renseignant sur sa conditions de chimère m’en dissuadèrent. Si elle ne me reconnaissait pas je resterais à ses yeux un simple mâle a faire souffrir sans aucune once de pitié. Tout comme le clans avait du le faire avec elle, la tuant à petit feu. J’en voulais a tout ce qui depuis le temps nous avais séparé. Oba-san, l’Amérique, les études, le clan, les obligations et enfin ma mort.


Cherchant par tout les moyens a lui prouver qui j’etais je plongeais dans le méandre que formais mes souvenirs et en cherchais un en particulier. Le jour ou elle étais revenue. Le premier jour ou j’avais pu voir son bras orné de cette bête fantastique. Une migraine monstre me pris et nombres d’images défilèrent sous mes yeux avant que je ne réussisse a me focaliser sur celle que je cherchais. Une porte, des fleurs, la douceur de la soie de son kimono, le bruis du tissus alors qu’elle remontais sa manche pour m’exposer son tatouage, le son de sa voie si fière d’avoir su endurer la douleur. Je me souvenais. Je me souvenais de tout.


- Ce tatouage, tu la fait lors de tes années d’études aux Amériques. Lorsque tu es revenu à la maison, tu portais un kimono rouge écarlate et un obi vert. Tes cheveux étais remontés en un chignon strict et tu portais la broche du clan Shinoda. Une légère éraflure ornais ta tempe et tu avais prétendu t’être battu pour ton honneur. Lorsque tu a relevé ta manche tu m’as montré ce dragon en me disant qu’ainsi ou que nous soyons je serais toujours avec toi.  J’avais versé une larme, une seule avant que tu ne m’ordonne de ne pas pleurer, disant que seul les faibles le pouvais. Mitsu, je me souviens. Tu te souviens… je t’en pris tu dois te souvenir.


MITSUKO



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#4 le Jeu 17 Mai - 16:38
The past beats inside me.
Refusant d’admettre la vérité, je secoue la tête de gauche à droite, tandis que mes yeux se plissent pour sonder le visage du petit brun devant moi. Hiroshi Shinoda. Un nom que je n’ai pas entendu depuis trop longtemps. Je l’ai presque oublié, volontairement, peut-être, pour ne pas avoir encore plus mal. Pourtant, celui qui prétend s’appeler Hiro est bien là, devant moi, sa tête de jeune japonais me fixant avec intensité, déformé par des torrents de larmes. Il s’est reculé, mais profite de ma surprise pour approcher sa main de mon bras, tandis que je reste sans voix. Instinctivement, je lève le bras pour le repousser, mais mon geste reste suspendu en l’air. Il trace les contours de mon dragon. Quelque chose dans son regard reflétait une tristesse infinie, mélangé à une pure sincérité.

Hiro.

J’articule en silence ces deux syllabes. Ce simple prénom me fait l’effet d’une gifle, et je me prend la tête entre les mains, fermant les yeux sur la réalité que j’ai devant moi.

Devant moi j’ai un mort, comme moi, l’un des nombreux cadavres qui aura accompagné le chemin de ma courte vie. Je n’ai jamais réussi à faire mon deuil, quant à Hiro. Petit frère tendre et affectueux, sauvagement tué dans une tuerie mafieuse, alors que j’étais loin. Trop loin pour le protéger. Je déglutis péniblement et ravale mes larmes. Si c’est bien lui, je devrais regarder la vérité en face, admettre qu’il est mort, que plus jamais il ne pourra goûter aux plaisirs de la vie sur terre, et que cette mort, elle est due à notre famille, à notre sang, à notre clan.

Je pousse un profond soupir empli de tristesse, tandis qu’il prend à nouveau la parole. Tout ce qu’il dit est vrai, au moindre petit détail. J’avais oublié jusqu’à la bagarre qui avait eu lieu ce jour-là. Je le fixe, les bras balants, en l’écoutant déverser ses souvenirs comme une lente complainte.

Je me souviens.

Je porte une main à ma tempe, et un léger sourire étire les commissures de mes lèvres. Ce jour-là je m’étais battue, oui. « Pour ton honneur », avait-il dit. La mémoire me revenait. Trois gars avaient essayé de me coincer au fond d’une ruelle. Trop légèrement habillée pour eux, ils n’avaient su résister à leurs fantasme. Mais ils avaient choisi la mauvaise victime.

J’éclate de rire. C’est comme un déclencheur, des larmes se mettent immédiatement à inonder mes joues :

— J’avais juste cette petite blessure, mais je t’ai épargné les détails, ce jour-là , mon rire s’accentue à mesure que je m’avance vers lui. Ils m’ont menacé, ont menacé ma famille, t’ont menacé toi.

J’articule à peine correctement mes paroles, et finis par le prendre dans mes bras.

— Mais je leur ai brisé les rotules.

De gros sanglots soulèvent mes épaules tandis que mon étreinte se serre autour de son petit corps.

— Personne n’aurait du pouvoir te faire du mal, Hiro, personne !

De grosses larmes roulent sur mes joues, comme des torrents déchaînés, trop longtemps retenus.

Je me souviens. De lui, de moi, de nous, de mon tatouage. Mes doigts griffus viennent en suivre à leur tour son dessin tracé à l’encre. Il adorait les dragons, animal mythique, capable du pire comme du meilleur, à la fois puissant et fragile, l’exacte représentation de notre clan, à l’époque. Combien de temps s’est-il écoulé ? Je ne saurais le dire, j’en ai perdu la notion.

Je m’écarte, essuyant mes larmes avec un sourire triste.

— Parfois, ne pas pleurer rend plus faible que l’inverse.

Je l’examine de haut en bas. Exact portrait du petit frère que j’ai enterré à Tokyo, à jamais figé dans une enveloppe presque éternelle. Je m’en veux. Je n’aurais pas dû partir. On aurait pu s’enfuir, tous les deux, faire quelque chose de bon de notre vie.

Je croise son regard, aussi noir que le mien, avant ma mort. Je sens la culpabilité ronger mon cœur, s’attaquer aux dernières bribes de raisons de mon esprit. Mes griffes se plantes dans la chair de mes poings, ultime tentative de ne pas me laisser emporter par la folie.

Péniblement, j’articule un faible :

— Pardon, Hiro. Ma voix n’est plus qu’un faible murmure.

Toi qui as su voir à travers les déformations de mon corps ta sœur disparue, tandis que je t’ai juste rejeté comme un malpropre. J’ai encore du mal à accepter de te croire, mais je n’ai pas vraiment le choix.

Pardon.
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#5 le Jeu 28 Juin - 15:49

Un tir, séparés...

Un tir, retrouvés !
Je vois que mes paroles la touchent. Comme une de ses balles dont elle criblait la cible un peu plus tôt. Elle porte sa main à sa tempe et dans un rire nerveux éclate en sanglot. Les larmes dévalant ses joues en une cascade ininterrompue. Je recule, désappointé de la voir pour la première fois dans cet état. J’entends plus que je n’écoute ce qu’elle me dit, la voyant se rapprocher avant de sentir ses bras autour de mon corps. C’est à mon tour de ne plus la reconnaitre, de mon vivant et surement du sien elle n’a jamais, jamais été aussi expressive. Comme quoi la mort change bien des choses…


- Personne n’aurait du pouvoir te faire du mal, Hiro, personne !


Je reste sans voix, personne sauf moi-même, moi et mon amour aveugle, moi et ma bêtise … Je serre les dents, dégouté de ma propre faiblesse. Si elle savait elle ne me dirait pas tout ça … alors qu’elle se recule et qu’elle me dévisage de haut en bas, je sens les larmes monter.


- Parfois, ne pas pleurer rend plus faible que l’inverse.


C’est le mot de trop. J’éclate en sanglots. Tout ces repaires factices que je m’étais créé volent en éclats. Dans ses yeux je vois tout les regrets, tout le dépit. Dans mon cœur je sens toute la rage et la tristesse. Tout ce qui aurait pu être autrement, les regrets de cette vie qui m’a façonné, nous a façonnés pour nous mener vers l’honneur et le courage ! Vers la mort plutôt… Je me sens tellement lâche, tellement faible, et je déteste ça …


Comment lui dire, comment lui expliquer, toute cette vie qu’on nous à volé, cette vie que j’ai voulu reprendre et que je n’ai fait que perdre définitivement. Je lui en veux de ne pas avoir été la. De ne pas m’avoir donné la force de continuer. De rester fort. Je lui en veux… et en même temps je n’y arrive pas … J’ai envie de lui crier que c’est ma propre bétique qui m’as tué, mon amour, ma folie de croire en la liberté.


Je me retourne et tire sur le col de mon t-shirt les yeux toujours inondés de larmes. Petit à petit je découvre la peau de mon dos, les courbes et les arabesques qui le recouvrent, les couleurs sombres, les ombres. Je laisse ce dragon prendre vie dans mon dos, sous ses yeux.


- Je l’ai fait pour toi, pour toujours t’avoir près de moi, pour qu’il me rappelle d’être fort, d’être digne des Shinoda… c’est lui qui t’as reconnu, pas moi …


Je suis lâche… terriblement lâche. Si seulement tu savais Nee-chan …


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#6 le Ven 13 Juil - 18:45
The past beats inside me.
Je me doute que je n’ai pas fière allure. Encore moins à ses yeux. Lui qui m’a vu au summum de ma force et de mon succès et qui m’en a admiré. Mes maigres excuses, inventées sur le tas pour ne pas perdre la face, même si elles ont un fond de vérité, me paraissent bien pathétiques une fois échappées de ma bouche.

Mais je suis en réalité perdue. Jamais je n’aurais imaginé croiser Hiro ici, parmi les morts. Je ne sais pas si je n’aurais pas préféré continuer à imaginer qu’il a trouvé la paix, qu’il erre peu importe où, tant que ce n’est pas ici. A sa façon, ce monde est une prison, un enfer doucereux qui nous met en face de nous-même et nous pousse à nous révéler. Les larmes roulant sur mes joues en sont la preuve, de même que mes cornes, mes cheveux ou mes yeux. J’aurais voulu ne jamais être confrontée à un Hiro dont la mort n’est plus un fait révolu mais bien un passage éternel. Mon deuil, déjà lourd à porter, n’en est que plus pesant et douloureux, revenant à la charge alors qu’il m’avait laissé des années durant tranquille. Il ne manquerait plus que ma vielle Baba et Chi-chan, pour que l’affaire familiale reprenne dans ce monde !

Vivante, j’avais mis du temps à me faire à la mort de ce petit frère au sourire indécrochable. Il n’était qu’un môme, à peine affilié au monde des yakuza. Pourtant, c’est bien le poison de ce monde qui l’a emporté. Mon monde. A croire que c’est dans notre sang. Indirectement, c’est un peu ma faute s’il est mort. Combien de fois je me suis imaginée voler à sa rescousse, débouler un flingue dans la main et mon katana dans l’autre. Mais non, j’étais loin, jeune et impuissante.

Se détachant de mon étouffante étreinte, Hiro se retourne et soulève son haut. Je demeure stupéfaite  son petit corps, identique à celui que j’ai trouvé blafard et mort des années auparavant, recouvert d’un dragon tatoué sur la presque intégralité de son dos. Ses paroles stoppent le flot de mes larmes.

— Quand l’as-tu fait faire ? je demande en suivant le dessin du doigt.

Je ne sais pas si je dois me sentir honorée ou embarrassée, voire honteuse de cet hommage, pourtant extrêmement touchant.

— Être fort ne nous aura pas sauvé, ni toi, ni moi, mais au moins sous sommes restés dignes, je murmure tout doucement, comme pour moi-même.

Un sourire triste s’étire sur mes lèvres tandis que je sèche mes larmes, les yeux enfin secs. Je m’écarte à nouveau, les yeux toujours rivés sur l’encre qui colore le dos d’Hiro.

— T’aurais pas pu choisir un autre moment pour mourir ?

J’aurais peut-être pu te sauver.

J’attends de pouvoir croiser son regard pour lui communiquer ce que je ressens : dégoût, regret et culpabilité. Pour changer, comme si mes années de vie ne m’ont pas suffi à ressasser encore et encore les mêmes boucles émotionnelles.
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#7 le Sam 11 Aoû - 13:22

Un tir, séparés...

Un tir, retrouvés !
J’attends sa réaction en frissonnant d’anticipation. La peur me noue le ventre. Au fond nous avons grandis. Et ce que j’ai pu voir de cette Mitsuko là est bien différent de celle que je connaissait. Pas en pire ou en mieux, juste différente. Et je suis perdu devant imprévisibilité de ses réactions.


- Quand l’as tu fait faire ?


Je sent le contact de ses doigts contre ma peau, suivant les courbes que je connais par cœur de mon dessin. Traçant ses différentes arabesques. Je fermes les yeux, m’abandonnant a cette caresse et répond finalement à sa question.


- Trois mois et douze jours après mon arrivé ici. Je ne voulais pas t’oublier.J’imaginais ne jamais pouvoir te revoir. Pour me souvenir de tout …


J’entends son murmure. Comme cette phrase qui se grave indélébilement dans ma mémoire «  Être fort ne nous auras pas sauvé ». J’ai haï tout ce que j’avais du vivre et apprendre. Cette vie, ce monde. Tout ça je l’ai haï a cause de toi, grâce a toi. C’est ton départ qui a tout déclenché. Mais ça tu ne le saura que le jour où j’aurais enfin le courage de te le dire.


Je tournais légèrement la tête en la sentant se reculer. Les larmes avait cessé de dévaler ses joues. Et un sourire d’une infinie tristesse étirais ses lèvres. Comme dans un ultime regret.Les mots qui sortirent de sa bouche a cet instant me firent l’effet d’une bombe. Heurtant violemment toutes les barrières que j’avais dressé au fil du temps. Détruisant une a une mes convictions. Me privant de toute volonté. Je tombais prostré a terre.


- T’aurais pas pu choisir un autre moment pour mourir ?


Un regret, une accusation, une question. Tout cela se ressent dans ses simples mots.


J’aurais pu choisir de ne pas me prendre cette balle, j’aurais pu fuir. J’aurais pu … ne pas mourir.J’ai envie de lui hurler au visage a quel point je regrette de m’être sacrifié. Inutilement, bêtement. Mais les mots ne franchissent pas la barrière de mes lèvres désespérément closes. Il coulent par cascades le long de mes yeux. Silencieusement.


Je tend mon bras pour saisir sa main. Je la tire vers moi et en un geste désespéré je laisse ses doigts atteindre le petit cratère que la balle à formé dans mon crane en le perforant. Comme s’il pouvait tout exprimer.


MITSUKO



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chimère
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#8 le Lun 13 Aoû - 14:17
The past beats inside me.
Fascinée par le tracé du dragon dans le dos de Hiro, j’entends à peine sa réponse, quoi que la fin de sa phrase se fraye plus facilement un chemin dans mon esprit cynique.

— Pour te souvenir de tout ? De moi ? j’éclate d’un rire plus triste qu’autre chose. De quoi voudrais-tu te souvenir ? C’est ma faute si tu es mort, la faute à ma maudite vengeance et à ce métier infâme…

Je pose ma paume contre son dragon.

— Je ne voulais pas que tu sois mêlé à tout ça ! Je m’écrie d’une voix pleine de tristesse. J’ai tout fait pour que Baba ne te fasse pas prendre le même chemin que moi. Tu avais le droit de vivre normalement, tu aurais dû vivre normalement ! Si j’avais été plus maligne….

Sous ma main son corps s’affaisse et tombe à terre, soudain peut-être trop lourd pour lui. Mon geste, lui demeure suspendu dans l’air. Ma question lui a peut-être semblé trop brutale, cinglante ou blessante. Je me mords la lèvre avec appréhension, perdue. Je ne sais plus que penser, comment réagir, face à ce petit frère perdu si vite et si violemment. Un petit frère que j’aurais voulu choyer et protéger encore un peu plus.

L’avoir face à moi me renvoie à des souvenirs que j’ai préféré enfouir en moi. Le jour où j’ai appris sa mort, celui où quelque chose s’est brisé en moi, celui ou je me suis juré de ne plus jamais laisser mes proches sans défense. Je me suis montrée plus ferme avec mon entourage, j’ai eu peur de m’attacher, j’ai rejeté les offres d’amour, de soutien, de confiance, pour ne pas blesser qui que ce soit.

Baba m’avait dit que le pouvoir n’apporte que la solitude et une misère intérieure infinie. J’avais cru pouvoir être l’exception à cette règle. J’ai payé mon affront de la mort d’Hiro et compris, trop tard, mon erreur. Mais qu’aurais-je pu faire ? Qu’aurais-je dû faire alors pour le protéger ? Je n’étais qu’une enfant, lui bien plus, jamais je n’aurais cru possible qu’on lui fasse du mal.

Sa main, tendue vers moi, interrompt mes pensées. Je reporte mon attention vers lui tandis qu’il me tire avec force pour m’approcher de lui. Un instant, l’envie de m’enfuir en courant me prend, car je contemple un mort dont il ne reste rien sur Terre si ce n’est une tombe que seule Baba doit à présent orner de fleurs. Une mort dont la responsabilité m’incombe. Parce que j’ai voulu le protéger, en m’imaginant que l’éloigner du clan pouvait être une issue. Ce que j’ai été bête. Mortellement stupide.

Ma main griffue, qu’il a saisi sans peur, parvient jusqu’à un petit cratère dans son crâne. Mes yeux s’écarquillent, horrifiés par ce contact. Souhaite-t-il à ce point m’accabler de douleur qu’il s’est senti forcer de me faire toucher ce qui a entraîné sa mort ? Je ne sais plus quoi penser, quoi dire ou faire. Je m’effondre à genoux face à lui, mes deux mains désespérément vissées sur son crâne. Je fixe ses yeux noyés de larmes en essayant d’en comprendre le sens. Les soubresauts de ses épaulent valent mille mots, mais ce n’est pas pour autant que je parviens à en saisir le sens total.

Qu’essaies-tu de me dire, Hiro ? J’essaie de décripter son regard, mais trop d’émotions s’y fondent : regret, tristesse et colère formant un cocktail puissant et tristement reconnaissable.

Sans lui poser la question à haute voix, je me contente de sourire.

— On est pareil, maintenant, morts, tatoués et balafrés. Et à présent… ensembles.

Mon regard se détourne, plus accablé que réjoui de ces retrouvailles. Je crois que j’aurais préféré, à cet instant, ne jamais le revoir, ne jamais affronter son regard, ne jamais me rendre compte de mes erreurs.

Pourtant, c’est avec douceur que je le prends dans mes bras.

— Je promets de tout faire pour que ce monde-ci ne te dévore pas, je murmure, plus pour moi-même.

Cependant je ne suis pas dupe, je suis certaine qu’il a trouvé des occupations, une fois mort. Connaissant son ascendance Shinoda, je doute qu’il soit rentré dans un cœur religieux.
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#9 le Sam 25 Aoû - 12:38

Un tir, séparés...

Un tir, retrouvés !
Je me sens dévasté. Ce n’est pas a cause de Baba que j’ai fini ici. Que j’ai pris ce chemin qui était à éviter. Je suis perdu par toutes mes contradictions. Tout ce qu’elle semble ignorer sur le pourquoi du comment … Faisait-elle abstraction volontairement ou sa méprise était-elle totalement indépendante de sa volonté ? Je ne sais plus. Peut être pour la préserver ne lui a-t-on rien dis. Peut être pour laver mon honneur et éviter d’ébruiter mon « problème » d’orientation on aurait étouffé l’affaire. Ou tout simplement pour rendre la soif de vengeance de Mitsu encore plus violente, lui a-t-on menti. Mais vraisemblablement elle ne sait rien de ce qu’il s’est réellement passé …


Sentir ses doigts sur mon crane es aussi douloureux que le jour ou cette maudite balle l’as traversé. Pourtant c’est tout ce que je peux faire à cet instant. Les mots sont incapables de franchir la barrière de mes lèvres. J’ai peur. Peur que ce que je pourrais lui dire la repousse une fois de plus loin de moi. Pourtant j’ai envie, Besoin, qu’elle comprenne. Besoin qu’elle sache la vérité. Peut importe combien elle peut être blessante.


J’ai trop de fois menti dans cette vie que l’on avait formatée pour moi. Trop de fois caché ce que j’étais, ce qui m’importait. A cause d’elle. A cause de ce passé. De cet Héritage que nous avions. De ce sang maudit qui coule dans nos veines. Parce que je voulais être fort, méritant, puissant et digne de sa confiance. En un sens c’était à cause d’elle que j’avais fini comme ça. Mais surement pas comme elle l’entendait. Pourtant je ne réussissais pas à lui en vouloir. Aujourd’hui encore elle était la grande sœur dont je voulais voir les yeux briller de fierté.


Au fond plus je la regarde plus je me dis que nous avons changé au point de devenir terriblement semblable. S’en es presque étourdissant. Tant mentalement avec toute cette peur, cette rage et cette tristesse. Tant physiquement avec tout ces changement les siens, comme les miens sertes moins spectaculaire. Et quels meilleurs mots que ceux que je l’entends prononcer pour exprimer tout cela ?


- On est pareil, maintenant, morts, tatoués et balafrés. Et à présent… ensembles.


Que pouvais-je ajouter à cela … Mais pourtant je vois comme une peine teindre son regard. J’aurais préféré ne jamais la revoir. Ne jamais être la cause de tant de dépit dans ses yeux.


Je me fige lorsque je sens ses bras m’entourer délicatement et son souffle me murmurer à l’oreille :


- Je promets de tout faire pour que ce monde-ci ne te dévore pas.


Comme un choc, ses paroles une fois de plus me tordent d’une douleur sourde à l’intérieur. Je la repousse, me détache de ses bras, tendrement mais fermement. Ce n’est plus à elle de me protéger maintenant. Ce n’est plus à elle de veiller sur moi. Ce n’est plus à elle d’endosser tout les rôles.


- Non ! Tu n’as plus à prendre la responsabilité des autres. Tu n’as plus à me materner comme un enfant. J’en ai peut être gardé l’apparence mais pas l’esprit. Et plus que tout je n’ai pas besoin de ta pitié ! Tu veux que je te dise pour quoi cette balle m’a frappé de plein fouet ? Pas parce que j’étais là au mauvais endroit au mauvais moment… Même pas pour mon sang Shinoda ! Ils m’ont buté parce que j’étais Gay !


Je réalise alors l’horreur de mes propos et toute la rage que j’avais mis dans chaque mot. Je plaque ma main sur ma bouche dégouté de moi-même.


-Je … Je …


MITSUKO



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#10 le Mar 4 Sep - 7:22
The past beats inside me.
Croisant son regard, j’ai l’impression qu’il regrette. Non pas d’être mort, mais de me voir devant lui. De nous voir dans cet état, nous qui avions toujours fait preuve de force, face à nos propres erreurs, face à nous-même, sans filtre si obstacle, juste ses yeux noirs dans les miens, félins. Je n’arrive pas à dire à quoi il pense, mais cette impression d’infinie tristesse, de remord, cette sensation qu’il n’a qu’une envie : fuir, elle me tue - à nouveau - me démange les entrailles que je me suis moi-même ouvertes.

Je sais qu’il n’est plus l’enfant que j’ai connu, qui a été élevé avec moi. Mais qui pourrait m’accuser de croire que je peux retrouver mon petit frère adoré comme si rien ne s’était passé ? Comme si cette chienne de mort - pardon, la Faucheuse - ne nous avait pas rattrapés. S’il savait à quel point je voulais qu’il ressuscite, quand j’étais seule face à sa tombe, quand je venais y déposer des higanbana et brûler de l’encens. Mais ça, il ne le sait pas, il n’a jamais pu le voir. Il a vécu à nouveau. Plus que moi, coincée sur terre dans ce monde hostile, presque sans repère après son départ.

Ses paroles me font l’effet d’un couteau que l’on s’acharne à enfoncer dans la chair. Mon regard se durcit et mes pupilles s’affinent tandis que je l’écoute, les plumes dressées sur mes oreilles. Au terme de ses paroles, alors qu’il cache sa bouche sur sa main comme pour retenir le flot de mots qui pourrait encore s’en échapper, je me redresse et éclate d’un sourire sans joie.

Les hommes ne pensent vraiment qu’à eux-mêmes. Sans exception.

— Hiro, je commence d’un ton autoritaire, tu ne m’empêcheras pas de m’en faire pour toi, je t’ai déjà perdu une fois, ne compte pas sur moi pour que cela se produise à nouveau. Je n’ai pas pitié de toi, au contraire, tu n’as pas le droit de dire ça, mon frère, j’ai toujours eu confiance en toi et ta force et je ne peux que la constatée, ancrée dans les pores de ta peau, à présent.

Je marque une pause et ferme les yeux pour me calmer.

— Non, tu n’es pas mort pour une question de sexualité, tu t’es simplement retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. Et avec la mauvaise personne. C’était elle, la cible, pas toi. Tu n’es qu’une victime collatérale d’un règlement de compte de clan. Je le regarde droit dans les yeux. Mais ça, tu le sais, non ?

Je m’accroupis à nouveau près de lui.

— Je ne compte pas faire la moraliste, le sang vicié appelle le sang vicié, je ne m’attendais pas à ce que tu t’accoquine avec un fils de bonne famille, mais tu aurais dû faire attention à tes arrières, être plus prudent, mesuré, comme tu l’as appris. Comme je l’ai appris. Nous ne sommes jamais en sécurité nulle part, jamais, tu comprends ?

Ma voix redevenant plus douche, j’ajoute :

— Ce monde aussi est pourri, si tu crois être à l’abri parce que tu n’es qu’un cadavre, saches que tu te trompes. Mon regard glisse sur lui tandis que je souffle : je suis l’une des actrices de sa gangrène, ici aussi.

Je pense qu’il saura ce que cela signifie, mais que cela ne le surprendra pas d’apprendre que même dans la mort je demeure fidèle à la pègre.
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