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Saturday
Invité
#1 le 25.01.18 2:30


Chasing EchoesAvec @Meoquanee
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Cette nuit se déroulait très bien. Saturday avait terminé sa dernière cape : la peau soigneuse traité qu'elle avait prélevé d'un beau gros ours Kodiak la semaine dernière. Elle était large et lourde, lui donnant vraiment l'impression d'avoir le courage et la force de la bête sur ses épaules. C'était peut-être la raison pour laquelle elle se sentait si confiante de se lancer à la chasse d'une chimère qui passait sur son territoire. C'était une occasion rare et elle allait en profiter. Purifier cette âme perdue qui a choisit de devenir une bête, insultant les Kami et s'assurant une réincarnation triste...

Sa cible de la soirée était croisée avec un lièvre. Elle était rapide et agile et se faufilait entre les arbres avec une précision nerveuse, cet instinct de survie presque légendaire des lagomorphes semblait lui donner une conscience innée des moindres détails de son environnement. Saturday faillit la perdre plusieurs fois dans sa chasse et c'est après l'avoir retrouvé par chance une autre fois qu'elle se décida enfin à ingérer sa fameuse potion sensorielle. Après quelques gorgées elle expérimentait le monde sous des sens nouveaux et gagna l'avantage sur sa proie en fuite. Une flèche bien placée lui transperça l'avant bras  et cloua la hase à un arbre. La chasseresse, toujours sous l'effet de sa potion, s'approcha de sa proie pour être bien sûre d'en finir rapidement.

Un cri strident, une douleur renversante, le monde qui se retourne.

~***~

Saturday ouvrit les yeux. Ou est-ce qu'elle les fermaient? Ils devaient être ouverts puisqu'elle voyait. Elle ne savait pas où elle était, ce qu'elle y faisait, comment elle y était arrivé ou pourquoi les couleurs étaient toutes dans la mauvaise teinte. Ce que la chasseresse savait, c'était qu'elle avait mal. Elle ne pouvait pas dire où ou décrire la douleur, mais elle était là. Elle se leva, le sol glissant sous ses pieds comme s'il n'était qu'une masse grouillante d'insectes gigotant. Elle marchait tant bien que mal, grinçant des dents sous les sons que ses pieds faisaient en écrasant les carapaces du sol. Elle s'arrêta contre un arbre qui se mit à lui parler. Elle l'écouta mais se rendit rapidement compte que, et bien, premièrement elle ne parlait pas le feuillu, elle ne savait que demander son chemin en conifère et, deuxièmement, que les arbres ne sont pas censé parler. Saturday décida donc de l'ignorer et de marcher vers ... cette direction. Vous savez, celle-là. Elle s'était dit que si les insectes ne voulaient pas se faire écraser, qu'ils n'avaient qu'à ne pas monopoliser le sol, ces égoïstes. L'archère se retourna et cria, du haut de son mutisme, aux arbres d'arrêter de parler aussi fort!

Elle déboucha dans un endroit aussi étrange que d'où elle venait. Une observation du ciel lui appris qu'elle devait surtout regarder devant elle parce qu'elle se heurta à quelque chose de froid, solide et surtout, immobile. Le sol devint si stable sous ses pieds que l'archère perdit l'équilibre et s'étala contre le sol. Saturday se redressa, et s'adossa au mur contre lequel elle s'était heurté. Ce qu'elle avait soif. Sa bouche était sèche et elle avait l'impression d'avoir prit une bonne grosse bouchée de terre... ce qu'elle avait probablement fait. Quelque chose sur sa ceinture faisait un bruit bien liquide et elle ne réfléchit pas deux fois à attraper la bouteille et s'envoyer le liquide bleuâtre dans le gosier. La bouteille vide se fracassa contre le sol alors que les ténèbres s'installaient et que Saturday s'écroulait, molle comme un poisson sans arêtes.

~***~

Le cri ne l'avait pas que désorienté. Il était venu griffer l'intérieur de son crâne. Avec ses sens sensibles, l'effet a été instantané et lui a arraché un hurlement de douleur silencieux. Saturday avait perdu conscience et l'avait reprise à moitié. Elle flottait dans un monde d'insanité et d'hallucinations sensorielles. Elle avait marché sur une très grande distance sans s'en rendre compte et s'était retrouvée sur les quais. Ce qu'elle avait bu était sa potion sensorielle et la quantité ingérée fut suffisante pour causer l'effet secondaire dans l'immédiat et elle tomba, amorphe, sur des rouleaux de cordages. Elle était fiévreuse, ses yeux fixaient le vide et clignaient lentement mais sa respiration était normale... Par contre dans les ténèbres de son extinction des sens, son esprit était un enfer de folie et de nonsense, le subconscient humain restant un nid des pires horreurs... et Saturday y était maintenant enfermée.

Même dans la mort les marins restaient des gens superstitieux et c'est pourquoi les travailleurs du port ne l'avaient pas touché, croyant qu'elle apporterait la malchance... Ils l'avaient entouré, l'avait observé d'assez près pour se mériter une flèche si elle avait été consciente mais l'avaient laissé là. Après tout, ils étaient tous morts et elle n'était pas tombée en poussière donc elle ne pouvait pas aller si mal que ça... Non ?
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