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    Pactes Diluviens

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    23Masculin24Sasuke Uchiwa - NarutoMichalak30522325Féminin07/03/2017complèteEtsu Morugawa | Toulouze Ka | Juunko Naonori
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    #1 le 30.10.17 15:29


    Pactes Diluviens

    Les rues de Tokyo étaient toujours emplis de spectres trop pressés. Trop enjoués. Aux rires saturés résonnant dans ces rues décharnés. Entre les plumes colorées des chimères agacées, les regards troublés des hommes coincés dans des ruelles encrassées. L'odeur de la pluie tombant sur le bitume emplissait les poumons de chacun, détrempant les vêtements de ceux qui n'avaient pris le temps de se couvrir convenablement, gouttant dans les mèches sombres des japonais qui couraient parfois sous l'averse pendant que des enfants sautaient dans les flaques avec leurs godasses déchirées, se fichant bien de mouiller leurs chaussettes et leurs pieds. Jour d'automne commençant sous des hospices moroses et des effluves de bitume et d'huile moteur.

    Les parapluies ouverts décoraient la rue de leur design simple ou étrange. Tu les voyais passer sous tes perles sombres, tes pas s'accélérant de seconde en seconde alors que les nuages grondaient davantage au-dessus de la ville. L'eau s'était déjà bien infiltrée dans tes vêtements sombres, supposés protéger ta peau blafarde mais surtout ces plaies qui lézardent tes bras. Elle suintaient sous les savants bandages que tu avais réalisé dans la matinée, tu pouvais le sentir au picotement discret qui traversait ta peau froide et humide de pluie. Une nouvelle qui ne t'enchantait guère et te mettait plus mal à l'aise qu'autre chose car tes pas ne te menaient pas à l'agence où tu pourrais retrouver cet appartement de l'enfer qui te donnait parfois envie de vomir à cause de ses murs en gâteau. Mais vers une petite boutique cachée dans un quartier que tu ne connaissais pas très bien.

    L'annonce avait été rédigé dans un petit journal qu'un des employés du restaurant où tu travaillais t'avait donné. Acte de piété quand il avait entendu dire que tu avais été licencié. Encore. Les larmes amères et rageuses montèrent jusqu'aux yeux sombres, chassées par le dos de ta main qui essaya également de faire tomber le trop plein d'eau qui couvrait ton visage, sans succès. À quoi donc dois-tu bien ressembler Liam ? Avec ton jean noir mouillé jusqu'aux genoux, ton gros pull gris faiblement protégé par ce long manteau en tissu noir détrempé ? À pas grand chose. Tu n'oses même pas faire face à ton reflet dans une vitre d'une épicerie devant laquelle tu passes, pour ne pas voir le désastre de ses cheveux aplatis sur ton crâne et ta peau plus pâle que d'habitude. Tu n'oses pas et quelque part, tu n'as pas le temps. Il te faut te rendre à cette boutique. Rapidement. En vitesse.

    Les immeubles défilèrent, tes pas se pressant quand enfin, la boutique se présenta devant toi. Les mots inscrits sur la petite annonce défilent à nouveau, réapparaissent en souvenir comme les images d'un vieux film en noir et blanc que l'on arrive pas à oublier, dont les paroles restent pourtant plutôt mal explicitées. Des mots qui se suivirent tel des moutons dans un énorme troupeau, perchés dans une vallée faites de buildings et de bétons. « Besoin d'un assistant. Payé à l'heure. » c'était principalement ce que tu avais retenu, le reste restant relégué au second plan. Une histoire de babioles et de potions, une affaire dirigée par une nécromancienne au nom français qui jurait fortement avec l'atmosphère qui émanait de la ville tokyoïte. Une âme perdue peut-être ou une amoureuse de la culture de ce pays. Tu n'en savais rien et quelque part, tu t'en fichais. La seule chose importante à la lecture de cette annonce avait été l'argent. Juste l'argent. Et la perceptive d'avoir un autre activité que celle de végéter entre les murs en biscuit de ta chambre. Mais encore fallait-il que cette femme veuille bien engager un larron dans ton genre.

    Et vu comment tu te présentes dans ces vêtements dégoulinants, c'était plutôt mal barré.

    Un tremblement parcourut ta colonne vertébrale. Frisson de froid ou d'angoisse, tu n'en sut jamais rien alors qu'après avoir soufflé un bon coup, tu pousses la porte de la boutique avec précaution. Silence de marbre. Poussière volante. Atmosphère étrange. Un léger malaise s'insinua dans tes veines où le sang courait déjà à perdre haleine, ton cœur tapant dans un rythme effréné contre tes côtes. Calmes-toi Liam. Ça va bien se passer. Enfin... on verra bien.

    - Euh... bonjour ?

    ft Léandre Delacour
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    nécromancien
    #2 le 30.10.17 19:31
    rain may reign over pain.
    Entre le dehors et l'intérieur, en apparence, il ne semble rien avoir de commun puisque séparés par une gigantesque vitrine présentant plusieurs artefacts qu'on nomme encore chinoiseries. La blonde, en apparence, ne fait que scruter ce dehors depuis l'intérieur ; quitte à s'y plonger.
    Néanmoins, n'y est-elle pas déjà ?
    Le bois sur lequel son coude se repose pour ensuite permettre à sa paume d'écraser sa joue lassée par le mauvais temps lui offre probablement un avant-goût. Tant par la teinte sombre que le toucher froid, ce bois de premier prix voulant imiter du chêne est ignoblement humide.

    Les aménagements sont à refaire mais la boutique fait presque faillite. La boutique pleure comme la pluie diluvienne s'écroule.
    D'un regard blasé, la jeune femme ne fait qu'orienter sa tête sans bouger le socle dont sa main manucurée fait office. Ses commissures sont loin d'être heureuses lorsqu'elle se retourne sur le dédale de babioles que représente sa boutique ; car après tout, personne n'a d'intérêt à pénétrer en ces lieux si ce n'est acheter la dernière potion à la mode qui consiste à conférer les oreilles pointues pour un court instant.
    Non, elle n'en vend pas bien qu'elle porte cette caractéristique des elfes comme une bonne publicité.
    Puis on repart souvent bredouille ou alors on finit par juger l'inutilité de ce lieu du regard avant d'insulter un amiable « au revoir, bonne journée ».

    La journée n'est pas belle et les journées ne sont pas belles tout court.
    Filomena n'ose pas s'aventurer dans le cercle de ses meubles. Autrement, elle a de la peine pour ses meubles et se mesure à leur offrir un peu de réconfort en les lustrant ou en s'asseyant sur cette bonne vieille chaise datant de l'époque victorienne. Mais aujourd'hui est une journée encore plus mauvaise lorsque l'eau s'écoule et inonde ses espoirs minimes.
    Alors elle reste là, un bouquin ouvert sur le comptoir mais à peine feuilleté. Peut-être tourne-t-elle la page de temps à autre sans lire. Il y a aussi, quelques centimètres plus loin, une tasse de thé absolument froide. Si d'habitude se trouve une assiette vide pour le reste de sa dînette, le fraisier reposé sur cette dernière n'a même pas été entamé.

    Léandre ne va pas bien, c'est certain.
    Même un peu de visite ou de critique lui ferait lui plus grand bien.

    Ce n'est que quelques heures plus tard que son voeu semble se réaliser. Probablement puisqu'elle a trop fait rutiler le métal des embouts d'un porte-manteau vintage dans le coeur de sa boutique ; envoyant ainsi de leurs étincelles pour créer une étoile filante artificielle dans le ciel.
    Ainsi le métal d'un carillon sonne et laisse entrer une présence encore plus humide dans la boutique. Ne s'étant pas davantage penché vers le paysage morose que lui offre la vitrine, la nécromancienne s'en est retourné à sa lecture plus que passive du dernier bouquin à la mode Frappe toi le coeur d'Alfred de Musset ; un livre de SF bien ennuyeux.

    Aussi ennuyeux que la visite puisqu'elle ne se retourne pas immédiatement.

    — Buongiorno.

    Faisant tarder son visiteur, la jeune femme effectue l'action la plus lente de sa journée en retournant sa tête dans la direction opposée à son livre, c'est-à-dire, vers ce jeune homme plus perdu que vraiment intéressé. N'étant pas plus choquée que ça en remarquant son égarement, elle s'en va à parler italien plutôt que débuter dans un anglais par lequel il a commencé. Néanmoins, elle reprend, les bras croisés et barrant sa poitrine, cette fois-ci, en anglais. Elle ne paraît pas vraiment aimable. À vrai dire, elle ne l'a jamais été mais sans doute encore moins aujourd'hui bien que sa question est neutre :

    — Je ne vous ai jamais vu. Vous cherchez quelque chose en particulier ?

    Elle pourrait rester assez douce si elle ne se limite qu'à cette simple question en guise d'accueil mais elle ne peut s'empêcher de presque réprimander plutôt que proposer à son client de s'essuyer les pieds sur le tapis effilé avant de rentrer à l'intérieur.
    Le temps que l'homme s'y prête, elle le dévisage sans méchanceté, essayant de fonder une analyse avant qu'il ne formule une quelconque demande. Ce n'est pas comme si elle manque de temps mais si c'est encore pour une stupide affaire, elle préfère s'en débarrasser assez vite.

    Vêtements humides puisque l'averse n'a jamais cessé, certes, mais le papier dans sa main paraît encore plus illisible ; pas la peine de demander à le voir. Mais, un papier ? Qu'est ce que ça signifie ?

    — Qu'est ce que c'est que ce papier ? Je vous préviens, si vous cherchez une potion pour les oreilles pointues, je ne peux absolument pas vous aider ! Je ne sais pas pourquoi tout le monde ici en espérant que j'en ai.

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    #3 le 26.12.17 14:33


    Pactes Diluviens

    Ce n'était pas comme le tonnerre. Ou le grondement sourd de la foudre. Plutôt comme les éclats brutaux et stridents des gouttes trop lourdes s'écrasant sur le sommet du crâne, glaçantes et surprenantes au points qu'elles poussent à lever le nez au ciel pour lui demander pourquoi il nous en veut autant. Tu te demandes ce qui peut bien lui arriver à cette femme bien trop sévère, au regard droit et indifférent qui te tétanise presque. Elle n'avait pas l'air commode, mais alors pas du tout. Peut-être était-ce à cause de l'averse. Ou de manque de client dans sa boutique. Peut-être s'ennuyait-elle trop. Ou bien était-ce ta présence qui l'insupportait ? Peut-être bien que la lourdeur de tes vêtements trempés gouttant sur le sol ne lui plaisait guère, tout comme le morceau de journal glissé entre tes doigts.

    Sa prestance n'avait d'égal que sa beauté. Tout comme la fermeté de ses traits et la dureté des sons qui filtraient entre ses lèvres desserrées. Duchesse d'une autre époque, coincée dans une boutique sombre aux multiples pièces de musées abandonnées. Spectacle étrange pour un mort qui n'avait rien vu d'autre que les murs en bois des bâtisses de sa ville méprisante, les parois froides de béton de sa geôle, les cloisons sucrées écœurantes de sa funeste chambre. Cela te faisait bizarre Liam, de te retrouver dans un endroit pareil, devant une femme pareille, les cheveux détrempés et le visage gelé, à te demander si tu avais bien fait de te présenter à cette porte. Sûrement que le fait de rester dans ton appartement à ne rien faire d'autre que pleurer et déprimer était devenu trop pesant pour toi. Pour les autres aussi. Pour ceux qui te côtoyaient et parfois, n'en pouvaient plus de ta personne. Sûrement que tu t'étais dit qu'avoir un nouveau travail, dans un lieu différent, te lancer sur une route où tu n'aurais plus à vivre ce que tu vivais ces derniers temps. Mais comme si les choses pouvaient changer aussi facilement...

    L'anxiété se faisait sentir. Vile et fourbe, comme toujours à chaque fois qu'il fallait que tu t'exprimes face à un inconnu. Il ne s'agissait pas, qui plus était, d'une personne très avenante en apparence et sa remarque sèche t'avait déjà conforté dans l'idée que si tu devais travailler en ces lieux -pensée qui bizarrement devenait de plus en plus improbable- tu en verrais des vertes et des pas mûres. Malgré tout, malgré les lèvres tremblantes et le regard quelque peu fuyant, tes lèvres se délièrent, laissant résonner dans l'espace fermé ces quelques mots peu convaincants et peu sûrs.

    - Ce n'est pas... pas pour des oreilles. Je viens pour l'annonce.

    La pression ambiante s'écrasait sur tes épaules. Tout du moins, tu l'imaginais. C'est dans ta tête Liam. Dans ta tête. Avances et parles au lieu de faire cette tête. Avances et parles distinctement. Sinon, tu n'auras rien du tout.

    - Pour le poste en boutique. Je viens me présenter pour le poste.

    Encore un déglutissement craintif. Malaise et incertain. Ciel Liam, tu n'arriveras à rien ainsi. Pas si tu doutes si fort, pas si tu crains trop fort. Elle ne va pas te manger cette bonne femme. Alors tiens toi droit et ne trembles plus.

    Sinon oui, tu vas vraiment te faire manger...

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    #4 le 09.01.18 20:21
    rain may reign over pain.
    Sur tous les étages se prolifèrent sa perdition.

    Le jeune homme n'a pas l'air d'être sûr d'où il est, ni et encore moins, en tout cas, d'être sûr de ce qu'il fait là. Les phalanges blanchies par la rudesse de l'averse, elles tremblent et manquent de faire choir ce papier imbibé plus d'eau que d'encre. Les mots imprimés sur ce morceau maintenant dilués, ils n'en demeurent pas moins plus parlant que l'état de cet homme complètement démuni.
    La perdition de ses mots.


    Pendant un moment, aucun son ne s'échappe du sanctuaire bouché. Il reste ainsi, dans le centre de l'entrée de la boutique, sur un tapis décoratif qui, à priori, ferait désormais office de carpette d'entrée. Elle aurait bien voulu lui faire remarquer mais ne sachant vraiment si elle s'adresse à une de ses statues parce qu'elle en devient folle, si elle rêve, plus simplement ou si cela est vraiment vrai, elle ne dit rien pour le moment ; laissant probablement autant qu'elle, l'individu trouver ses marques dans sa prise de position et possession du lieu.

    Immobile alors qu'elle tourne autour et l'analyse, il ne se repère peut-être pas non plus dans l'espace si ce n'est savoir qu'il est entre nuages et terre. Elle finit son analyse une dizaine de fois et celui-ci ne semble toujours pas bouger. Même pas des lèvres : Ça fait presque deux minutes que le silence est intact.
    Ne trouvant pas le temps court ou utile, elle songe néanmoins à chasser cette personne, voyant qu'il ne prend aucune décision orale. Bien que le rejet serait un peu peiné.

    Ce n'est qu'après un moment que le trempé se met à prendre une parole feutrée, beaucoup moins stridente que Filomena et plus froissée que la pluie. Il n'ose à peine rompre chacun d'eux. De sa prestance timide et pusillanime, Léandre aurait attendu des excuses et se retrouve étonnée de ne pas en recevoir mais elle n'est pas lésineuse au point de lui en demander alors qu'elle n'en demanderait pas à un individu plus engagé.
    Sa mine sévère se transforme en moue frappée par la pitié lorsqu'elle essaye de percevoir les mots faibles de ce vent qu'il tente de provoquer. Encore une fois, elle ne cherche pas à être méchante mais comme elle a pu l'être avec Ael lors de leur première rencontre, elle se montre maladroite :

    ▬ Je n'entends pas ce que vous dîtes. Articulez s'il-vous-plaît.

    Puis, le garçon s'exécute mais pas parce qu'elle lui demande. Il prend son courage à deux mains et s'avance vers elle alors qu'elle n'a pas fait un pas. Elle a juste tourné son regard sur toute sa silhouette et n'a pas pris la politesse de l'accueillir avec amabilité. Néanmoins, elle salue le courage d'un être pudique dont elle ne comprend pas pour autant d'introversion.
    Fermée face au reste du monde ne veut pas dire pour autant qu'elle l'est avec les autres. Elle ne fait pas d'efforts, ça serait mentir, puisque c'est spontané. Mais elle ne perçoit pas pourquoi certaines personnes ne savent aller de l'avant par un médiocre pas. Ce n'est pas beaucoup, après tout, il n'y a juste qu'à le franchir et il l'a fait. Elle aurait envie de lui faire remarquer mais, derechef, s'abstient, de peur de le blesser, lui et son courage temporaire.

    Néanmoins, comme il est plus proche, elle peut distinguer sa pomme d'Adam qui glisse dans le fond de sa gorge pour se terrer et ne plus revenir.
    Il se ronge tout seul. Il va finir par se manger.
    Ses efforts sont recevables mais il les met automatiquement en doute. Ainsi, elle veut se donner pour mission de lui affirmer qu'il n'a pas tort.

    Il n'a pas tort, non, mais cet article qu'il tient doit être périmé depuis un moment.
    À en voir la boutique, c'est d'une évidence que la gérante n'a absolument pas besoin d'employés mais ses surestimations au lancement de sa boutique l'ont poussé a rédigé un tel article, croyant qu'elle aurait besoin d'une main d'oeuvre conséquente. Mais elle est trop aveugle et s'effondre après tant d'arrogance. Personne ne s'est présenté en tant que client et encore moins en tant qu'employé à part ce jeune homme.

    ▬ J'ai écrit cet article, il y a un moment, mon grand, elle utilise cette appellation puisqu'elle n'arrive pas à le voir autrement qu'un adolescent. Comme vous pouvez le voir, je n'ai pas vraiment besoin de quelqu'un mais c'est très gentil de venir toquer à ma porte.
    Elle n'a pas besoin de lui, clairement.
    Mais lui a besoin de quelqu'un, en revanche. Elle en veut pas qu'il retourne dans cette scène diluvienne. Elle a l'impression que la pluie va s'intensifier s'il sort. Que d'autres gouttes vont tomber.
    Ainsi, avant qu'il ne se retourne, elle se met à tousser et à dévier le regard. Trop gentille, elle se montre, là, trop soudainement. Léandre suffoque d'autant d'ouverture, elle devient malade parce que le garçon a ouvert subitement sa porte alors qu'elle ne s'y est pas attendue.
    Il a besoin d'elle ou de quelqu'un, au moins, c'est certain.

    ▬ Écou... Écoute, elle hésite dans la politesse ou la familiarité, déjà, reste un moment ici avant que la pluie se calme. On peut voir si tu peux m'être utile quelque part.

    Elle jette un oeil sur le panorama de meubles qui se dresse, plus imposant, juste derrière l'inconnu, l'attendant presque. La blonde sourit.

    ▬ J'ai pas mal de meubles dont des chaises. Tu devrais trouver ta place.

    Adepte du double-sens, elle sait que ses interlocuteurs ne sont pas assez poétiques ou trop sensoriels au monde pour comprendre le parallélisme lyrique. Baskets devenant babouches pour des contes de mille et une nuit, elle tente de le faire rêver, discrètement.
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    #5 le 09.01.18 23:07


    Pactes Diluviens

    Il y avait quelque chose d'un peu étrange dans le comportement de cette femme. Une chose que tu n'arrivais pas à discerner derrière les lourdes mèches brunes tombant tes yeux qui fixaient un peu le sol sombre de cette boutique désertée. Une chose qui n'était chez aucun autre, un peu fluctuant et instable qui te donnait l'impression d'être sur la proue d'un bâtiment aux milieux de rapides. Un équilibre précaire et chahutant digne de l'apprentissage de la marche que chaque nourrisson effectue pendant sa croissance mais que toi, de ton point de chute dans cette boutique, tu dois apprendre à réaliser de nouveau pour faire face à cette femme. T'adresser à elle malgré ce qui ressemblait à de la froideur et de l'exaspération mais qui au fond, et bien plus doux qui dans ton état aboulique désuet te donnait une petite force pour avancer et persévérer. Seulement, bien que les mots sont bien moins durs que ce que tu n'aurais pu le croire, les doigts crispés sur ce morceau de journal imbibé des larmes grossissantes du ciel, ils ne t'enchantèrent guère. Pire, ils accrochèrent sur ton visage l'expression même de la déception et du désarroi à la nouvelle que te lança la gérante de cette échoppe. Honte et incompréhension se lisaient sur tes traits d'enfant trop vite grandi tandis que les gouttes de pluie se déversaient sur tes joues comme des larmes acrimonieuses et lacérantes en sillons sanglotant de désillusion. Oh Liam, ce n'est pas si grave tu sais, tu feras mieux la prochaine fois. Ce n'est pas ta faute. C'était juste trop tard...

    - Je... de rien. Désolé de vous avoir dérangé.

    Les pétales des fleurs de ton innocence se fanèrent un peu plus, tombant sur le sol froid et presque inondé de cette boutique qui n'avait pas réellement besoin de toi. Comme bien d'autres boutiques et bien d'autres gens avant toi. Pétales flétris qui attirés par le bas rejoignaient lentement la terre des morts qui n'avait rien à envier à celle des vivants. Ils n'étaient pas si différents, tous, ne se souciant guère de ce que tu pouvais faire ici bas, sur ces pavés de boue et de goudron décharnés sur lesquels tes pieds ne savaient pas correctement marcher. De tes pas lents et sinueux, tu t'avançais encore sur des chemins disparus et peu sûrs, ne sachant où aller, te demandant que faire, pour que les jour sur cette terre soient si différents de ces précédents. Mais il fallait croire que quelque chose de plus puissant que toi ne souhaitais pas que les choses changent véritablement. Que tu continues d'évoluer dans la boue, le pas trainant et la mine basse, à te battre sans vaincre contre des forces bien plus puissante que toi.

    Pourtant, derrière le son de la pluie battante que cette averse impétueuse abattait sur la tête des spectres arpentant avec accroc les ruelles submergées de Tokyo, la voix claire de cette femme à l'autre bout de la pièce se mit à résonner entre les murs sombres et les meubles anciens de cette boutique qui d'un coup, s'illumina d'un éclat bien étrange. Tes iris sombres, jusque-là juchaient sur le sol, se redressèrent dans un sursaut d'assourdissement soudain, tes paupières papillonnant à une vitesse qui n'avait rien d'humaine pendant que tes lippes s'entrouvraient sous l'éclat des mots prononcés avec une douceur insoupçonnée. La femme aux longs cheveux blonds, qui te faisait jusqu'alors naviguer en eaux troubles, te dirigea vers une route maritime bien plus calme et nouvelle que tu n'aurais pu l'imaginer jusque-là. Où des horizons qui ne ressemblaient à rien à ce que tu avais pu voir depuis lors.

    - Vous êtes sûre ? Je ne voudrais pas abîmer quoi que se soit. Enfin... j'ai déjà trempé votre tapis.

    Tu avais pu apercevoir son sourire, doux sourire qui quelque part te rappeler celui de Miu ou de Côme quand elles s'adressaient à toi avec tes douceurs. Juste un coup d'oeil à la va-vite, une crainte viscérale rongeant toujours tes entrailles à l'idée de croiser le regard de quiconque tandis que tu observais la marre dégoulinante autour de tes chaussures complètement foutues. C'était presque si tu n'allais pas saboter tout le mobilier dans ton état, pourtant, tes perles sombres allèrent observer l'ensemble de la boutique d'un air curieux, passant du comptoir déserté à la grande vitrine où des dizaines d'objets régnés. Tu pouvais voir plusieurs sièges posés dans diverses coins, bien plus chers que tes propres vêtements et tu doutais fort que cela soit une bonne idée de t'asseoir dessus dans ton état. Tu allais vraiment faire du mal à un de ses meubles en posant tes fesses dessus et tu n'avais aucune envie de causer du tord à cette femme. Quand bien même elle t'avais donné l'hospitalité face à l'averse violente qui pleurait au-dehors.

    - Je veux bien vous aider. Enfin là tout de suite, je risque plutôt de mettre de l'eau partout...

    Une grimace étirait tes traits, finissant en moue hésitante pendant que tu faisais la navette de tes yeux onyx de l'ensemble de la pièce, sans vraiment observer la propriétaire. Elle t'acceptait en ces lieux suintant la tiédeur d'un temps passé et l'accalmie d'une toute autre dimension. Un endroit à part et hors du temps qui contrairement au monde extérieur, donnait plus l'impression de t'accepter toi et tes chaussures couvertes de boue que la terre craquelée de ces terres où les autres t'ont envoyé.

    Un endroit qui peut-être donnait l'impression de bien vouloir de toi.

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    #6 le 14.01.18 17:34
    rain may reign over pain.
    Il n'a ni le chic ni l'adresse de déguiser les détails sur lesquels elle tente de faire abstraction. Certes, ce sublime tapis qui aurait pu emmener un revenant aux milles et une nuit plutôt que les faire patauger dans de misérables mares lui est précieux et, qui plus est, elle est assez matérialiste. En tant que vendeuse, elle accorde une place importante à chacun de ces objets en exposition qui ont une valeur éclatante à ses yeux. Alors pourquoi les vend-elle ?
    Possiblement car elle cherche à partager d'une manière ou d'une autre, bien que le contact lui soit profondément difficile à entamer pour elle. Le contact humain est très difficile. La passation de biens ou de leçons se véhicule de manière plus commerciale et plus aisée pour elle. Elle essaye de considérer que même ce tapis est fichu, il n'est pas ruiné. Pas sur l'entrée, le jeune homme ose, grâce au décès d'un ornement dédié au pédestre, métaphoriquement poser d'autres pas, plus loin.

    Il communique un entrain qu'elle n'a pas soupçonné mais dont elle est satisfaite au point de tout accepter, comme une mère comblée. Qu'importe ce qu'il casse, si ça lui permet de se sentir ravie d'un tel travail, elle ne l'en blâmera pas. Après tout, ce tapis, avant d'être chargé d'eau du caniveau et de larmes, n'a rien pour lui. Le jeune homme a importé une valeur sentimentale à celui-ci, bien que maintenant affreux.
    Ce qui fait le caractère matérialiste de Léandre, c'est que chaque objet transporte une certaine énergie affective ; un moyen de diffusion. Le prendre directement, avec le toucher,c 'est beaucoup trop brûlant et elle risque de s'en mordre les doigts alors que s'asseoir sur la même chaise indiqué pour ce garçon plus tard, elle revivra les souvenirs, ancrés dans le dossier de ce meuble.
    Évidemment, elle opine de la tête :

    ▬ Tu n'as pas tort mais je ne vais pas te laisser attendre debout alors qu'on s'apprête un peu à discuter. Ça serait très grossier de ma part.

    Dans son exploration aussi modeste qu'indéterminée, il tâtonne seulement de son regard les lieux, les trouvant commodes ou inconfortables. Par effet de politesse ou de dégoût, le garçon ne traite pas la demande de la propriétaire, préférant derechef s'interroger à son corps plutôt qu'à son regard. Elle suppose qu'il n'est pas assez audacieux pour la croiser véritablement ; ses yeux bleus étant trop froids encore, probablement et rappelant les souvenirs d'une pluie glacée déjà traversée depuis au moins une bonne heure.
    Soit ne la considère-t-il pas encore comme accueillante, soit il est gêné de déprécier ces lieux. Pourtant, l'âtre proche d'une bibliothèque serait censé dégager une atmosphère plutôt exclusive, digne d'un cocon et recluse de cette pluie en extérieur. Ce pourquoi ce petit bout de femme s'y dirige, éloignés et éloignée de la vitrine où les clients peuvent, d'habitude, la remarquer, ennuyée à son comptoir.

    De cette manière, elle montre qu'elle n'est pas là ; pas là pour sa boutique, entre autre. Ce n'est pas le souci actuel, ils y reviendront ultérieurement.

    ▬ Je pense avoir une idée mais je te la proposerai plus tard puisqu'il est inutile de t'atteler à cette tâche maintenant.

    Elle porte sa main au niveau de son menton comme pour faire mûrir cette idée et en évaluer la pertinence. Elle ne s'avouera pas intelligente mais cette idée s'avère pertinente pour la boutique. Néanmoins, elle n'est peut-être pas pertinentes quant aux compétences du garçon qui se montre être un parfait timide. Dans une crampe de la fossette, Filomena joue l'embarrassée avant de renchérir sur le propos en question, pour en avoir une preuve véritable. Elle espère que ses hypothèses sont fausses. Ou qu'elles peuvent être transformées.

    ▬ Avant tout, j'aimerais bien apprendre à te connaître pour voir à qui j'ai affaire. Non loin de moi l'idée de douter de toi mais je préfère assurer mes arrières, en général.

    Dans un geste d'accueil, il aurait fallu qu'elle invite cet individu dans le coeur de sa boutique mais elle ne lui présente que d'une main comme plateau d'argent la précédente scène décrite. Ca, en effet, dans ce magasin, se trouve un aspect plutôt cosy, plutôt atypique. À l'image de la reconstitution d'une scène de famille, il se trouve dans le fond de la pièce encombrée, une cheminée et deux sièges pour maintenir une discussion qu'elle souhaite.
    Cependant, reprenant son sérieux et déglutissant, cet échange est loin d'être aussi familial que le décor veut le faire ressentir. Il doit être formel et non compatissant.
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    #7 le 22.01.18 16:10


    Pactes Diluviens

    L'eau ruisselait au-dehors, sur les trottoirs et dans les rues que les spectres trop pressés empruntés avec rapidité et maladresse. Elle ruisselait aussi de tes lourdes mèches sombres dont certaines collaient désagréablement à ta peau, tout comme le tissu de tes vêtements chargés de gouttes lourdes et froides qui gelaient ton corps déjà glacé par les courants d'air qui t'avaient porté jusqu'ici. Mais au sein de la boutique de cette femme qui n'avait alors plus l'air si froide et sévère, l'atmosphère sembla se réchauffer quelque peu tandis que malhabilement, tu te dirigeais vers cet espace qu'elle te présentait, tes pas avançant avec prudence. Tes billes curieuses continuaient d'observer les lieux comme le ferait un enfant dans un musée tandis que tu marchais vers ce siège qu'elle t'offrait avec bienveillance. Pendant quelques instants, tu eus l'impression d'être à l'appartement en présence de Miu, de la douceur se ressentant dans des gestes de la propriétaire qui malgré tout, continuant sans le vouloir de te mettre mal à l'aise. Mais sûrement était-ce dû au fait que ton manteau était bien trop lourd et humide sur tes épaules et que tes bras, collés à ta chemise à carreaux détrempé, ne cessaient de te démanger depuis de longues minutes.

    Peu sûr et hésitant, tes jambes te portèrent jusqu'à ce morceau de bois qui semblait bien plus cher à tes yeux que ton ancien salaire avant que tu ne te débarrasses rapidement et difficilement de ton manteau afin de le tenir sur tes genoux une fois assis. La pâleur de tes joues rougissaient à mesure que les secondes s'écoulaient, la température dans la pièce n'ayant rien à voir avec celle sous l'averse et un éternuement sonore t'échappa avant même que tu ne puisses y faire quoi que se soit. Gêne et surprise se firent sentir pendant que tu penchais à la tête pour t'excuser, le visage encore plus rougie par l'embarras. Reprends contenance Liam. Tu n'as pas que ça à faire. Un raclement de gorge et une prise de courage te furent nécessaire pour reprendre une apparence décente, tes perles sombres allant se poser sur la jeune femme sans pour autant rencontrer son regard. Comme tu le faisais toujours.

    - Je comprends parfaitement Madame. Je m'appelle Liam Gold et euh... bah je suis sans emploi pour l'instant.

    Tes doigts fins vinrent caresser la naissance gracile de ta chevelure désordonnée retombant sur tes oreilles rosissantes, une petite moue apparaissant sur tes lèvres gercées mutines qui ne semblaient plus disposées à prononcer le moindre mot. Fallait-il encore que tu dises une bêtise pour qu'elle te fiche à la porte, la crainte refaisant surface d'un coup comme une bouée remonte à l'eau sous la poussée d'Archimède. Pauvre garçon. La nervosité fit crisper tes mains venues jouer entre elles, cherchant à faire passer cette angoisse froide qui étreignait ta poitrine pendant que sous le tissu de ta chemise rouge foncée par la pluie, tes plaies te tiraillaient d'inconfort. Tout cela était ridicule, une part de toi le savait pertinemment. Malheureusement, malgré cette connaissance aux allures de chimères désuètes, tu ne pus t'empêcher de frissonner sous l'embarras. Et le froid. Aller Liam. Tu sais faire mieux que ça.

    - Je sais faire pas mal de trucs. J'ai travaillé dans un magasin il y a quelques mois. J'apprends vite aussi et je parle couramment japonais aussi. Enfin... si je peux vous être utile, même en passant le balai, moi ça me va.

    Tes lèvres se serrent, mouvement convulsif d'une appréhension qui se lit bien trop sur ton visage. C'en était presque exaspérant pour ceux qui n'avaient la patience de faire face à ton ménage, comme beaucoup d'employeurs que tu avais pu rencontrer jusque-là et qui au bout de trois jours, n'avaient pu supporter ton comportement parfois trop hésitant. Seulement, entre les murs de cette boutique sortie d'une autre époque, les conditions étaient différentes et bien que la crainte rongeait ton estomac et tes cicatrices, il n'en restait pas moins qu'elle avait peut-être quelque chose pour toi. Et si cela pouvait être autre chose que passer le balai, ce n'en serait que plus gratifiant.

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    nécromancien
    #8 Aujourd'hui à 4:22
    rain may reign over pain.
    Sans aucune illusion, ses rivières rondes se plongent, cavalières seules, dans les prunelles voisines, plus absentes. Les macules temporaires qui virent au cramoisi ne font que sentir le roussi et confirmer la réflexion que la blonde a établi jusqu'alors. Ce garçon n'est pas capable de maintenir une discussion aussi sereinement qu'elle ne peut le faire, elle.
    La timidité au-delà et écartée de la pudeur des sentiments et du corps l'a toujours fasciné et interpellé. Se voulant plus empathique, Filomena ne perçoit tout de même pas pourquoi un pas est si difficile à franchir alors qu'il ne s'agit que d'une parole qu'on a pas forcément besoin de corriger. Ce garçon, justement, semble s'excuser pour n'importe quoi et même débuter ses phrases par un défaut d'assurance qu'il présente à quelqu'un ; qu'il soit interlocuteur ou ennemi.

    Cela dit, le jeune homme semble avoir embrayé la machine complexe qu'est son système vocal, la langue se mettant en place et ne fourchant absolument pas. Seul sa gorge peu éclairée débute mal la prolongation plus approfondie de leur conversation prenant ou non un tournant intéressant pour lui. C'est une chance qu'il doit saisir mais en bonne enseignante, Léandre ne favorise tout de même pas tout et n'importe, indiquant les erreurs qu'il commet et ce, directement. En guise d'exemple contre la timidité, elle n'hésite pas à faire des remarques qu'elle considère qu'un être plus discret n'aurait pas oser déployées. Néanmoins, il faut admettre que cela relève aussi de ses caprices de femme exigeante. Mais l'exigence ne fait de mal à personne si ce n'est le faire persévérer. C'est ainsi qu'elle le conçoit lorsqu'elle l'interrompt et ne remarque que par la suite.

    ▬ Oh mon dieu, pas de madame avec moi ! C'est vrai que j'ai une paire d'années mais ça ne se voit pas quand même, si ? Je veille pourtant à ce que ma peau paraisse plus jeune que mes trente ans, passant sa main sur son menton, elle se rend finalement compte qu'elle est longue en palabre. Tu peux continuer, excuse-moi de t'avoir coupé la parole.

    Elle se met à sourire en lui accordant la parole mais ayant présenté à priori tout ce qu'il a à dire comme l'apparition du mot tabou ayant fait irruption plus tôt que cela et qu'elle a tardé à s'en inquiéter, elle reprend. Elle l'a bien écoutée, au final, bien que cet élément puisse laisser croire le contraire mais la concentration de l'italienne est assez intense sans que pourtant on ne puisse vraiment la distinguer. Elle réagit juste différemment à ce qu'on pourrait s'attendre. À croire que son sourire n'est pas là pour afficher la satisfaction.
    Et, en effet, ce n'est pas le cas. Elle l'a écoutée puisque finalement, il n'a pas dressé grand chose à son désarroi. Elle s'attend à plus. Pas que la nécromancienne pense maintenant que le dénommé Liam est un incapable mais qu'il est juste incapable, certainement, de déceler ses qualités autre que le passage du balai.

    Prisonnière de son fauteuil, elle se redresse pour ne pas garder les os ankylosés. Elle a croisé les jambes, comme à son habitude et, attentive, n'a pourtant pas croisé les bras mais les a fait balader le long des accoudoirs pour s'amuser au rythme des paroles de l'anglophone. Elle pense qu'il est américain, d'après l'accent qu'elle en a retiré. Ses ongles tapotent sur le bois pour finir par se reposer. Au niveau du genou, maintenant, elle exécute derechef ce geste qui peut paraître impatient.

    ▬ Comment veux tu que je t'écoute si tu me présentes seulement le balai sur ton C.V., mon grand ? Il ne manquerait plus que me présenter tes compétences dans la sélection des feuilles de thé et de la bonne quantité de lait dans mon thé du matin.

    Quelque part, cette dernière tâche serait une bonne idée mais plutôt qu'être un robot préconisant la robotisation et le taylorisme de la société, Filomena y voit le développement humain qu'elle a parcouru lorsqu'elle a été plus jeune et mariée à Arthur. Tout le monde mérite de s'épanouir ou d'évoluer dans quelque chose. Certes, la boutique n'est pas assez grande pour cela mais le destin semble pousser Liam, après ces plusieurs échec, sans doute, à se retrouver ici, avec elle.
    Elle n'a pas choisi ce garçon comme elle ne s'en accommode pas, à vrai dire. Elle suppose que c'est une occasion pour lui comme pour elle que la rencontre non préméditée à jouer.
    Mais avant cela, peut-être doit-elle savoir se plier à ce qu'elle considère pour l'instant, un invité, en le mettant en confiance, comme ce coin de feu.

    ▬ Je suis sûre et certaine que tu vaux beaucoup mieux que tu ne te vends, Liam.

    Déconcertante, cette fois-ci, son sourire s'érode pour finir par ce jeter dans le feu vivifié par leur échange. Mais ce compliment essaye, par son accentuation, d'éteindre les critiques ultérieures qu'elle a pu infligé au jeune homme par pure taquinerie. Oh non, elle ne veut pas le mal de ce garçon comme elle ne veut pas le faire fuir bien que la situation, au départ, a l'air de vouloir le chasser.

    ▬Comme tu le vois, je m'occupe déjà du balai car je n'ai pas grand chose, à vrai dire, à faire. Comme tu dois probablement être futé, tu as compris que je ne cherchais absolument personne.

    Sans aucune crispation du visage, sa mâchoire, cependant, grince pour émettre un bruit embêté qui fuit à l'oreille de son vis-à-vis. Néanmoins, il ne doit pas rester ancré à l'esprit. Il doit fuir encore plus loin ce pourquoi elle renchaîne en l'acceptant, comme il est, pour l'instant :

    ▬ Mais ce petit côté timide m'interpelle ! C'est un peu à l'image de ma boutique qui n'est pas trop connue mais que j'aimerai absolument faire fleurir. Même si je dois changer le nom ou même ce que je vends. Par exemple, les potions. Ca se vend beaucoup mieux, je dois le dire, d'ailleurs.

    Encore une fois la jeune femme s'écarte du sujet initial mais sans doute qu'elle fait mieux passer la pilule ainsi. De toute façon, bien qu'elle soit brusque, avec un autre aussi délicat qu'une poupée de porcelaine, qu'elle n'a pas encore à sa collection de vieilleries, Léandre ne trouve pas judicieux d'amener le travail qu'elle compte donner à Liam dans les quelques jours suivants. Pas aujourd'hui, cela dit. Cependant, il reste encore à voir si elle lui explique déjà les grandes lignes maintenant (en fonction de sa curiosité) ou le met face au fait à accomplir plutôt qu'accompli pour voir s'il se débrouille.
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