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    Tu n'es qu'une pâle estampe. (Pv : Léandre )

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    #11 le 16.06.17 22:01




    Tu n'es qu'une pâle estampe
    Léandre Delacour


     


    Il fallait que je me calme, clairement. Elle était en train de m’énerver car elle me rentrait dedans sans aucune gène, sans aucune faiblesse. Elle parlait et parlait encore, s’adressait à moi comme si elle pouvait sensiblement lire en moi. Pourquoi ? Pourquoi m’avait-elle prise à partie dans cette salle obscure ? Ne pouvait-elle tout simplement pas aller voir ailleurs ? À cette idée mes sourcils se froncèrent d’eux-même. Hm, le vrai problème dans cette histoire c’est qu’elle me touchait. Elle faisait naître en moi de nouvelles émotions et sensations sur lesquelles je n’avais aucun contrôle finalement. J’étais à la fois clairement en colère contre elle et à la fois curieuse de savoir jusqu’où pouvait aller son analyse.

    Je cru d’abord un instant que tout ça venait d’une façon d’être, une façon qu’elle avait d’analyser les gens pour mieux les comprendre. Peut-être même était-elle tout simplement maladroite et s’exprimer ainsi était sa façon à elle de faire connaissance. Mais à ses mots j’avais plus la sensation qu’il s’agissait d’un jeu qu’elle essayait d’entretenir. Elle voulait me "mettre en rage" comme elle disait.

    - "Vous devriez éviter de jouer à ce jeu là avec moi. Me mettre en colère n’est pas la meilleure option pour vous, je vous le garantis."

    Elle ne devait clairement pas s’aventurer sur ce terrain là avec moi. En effet, ce genre d’émotion était difficilement contrôlable chez moi, si difficile que j’en avais soit perdu connaissance, soit perdu tout sentiment soit je m’en étais pris à la personne en face de moi, la blessant et la rendant faible à ses propres sentiments. Je n’avais pas envie de revivre ça et je n’avais pas envie d’utiliser ma colère pour quoi que ce soit, encore moins pour m’en prendre à la rousse devant moi.
    Mais elle continuait, sans arrêt. Elle continuait de me prendre la tête avec ses remarques, ses histoires de statues et autre. Je soupirai et décidai de la suivre. Pas pour la contredire mais juste par respect pour elle, car malgré son attitude j’avais beaucoup de respect pour cette femme comme pour son travail.

    - "Je vous suis."

    Je n’en dis pas plus, la laissant passer devant. Sans m’en rendre compte mes yeux glissèrent sur les courbes de son corps. Je détournai la tête, encore une fois par respect. C’était une belle femme et intelligente de plus. C’était une des seules choses que je pouvais comprendre chez elle. Quel complexité, c’était rare de nos jours. Je n’eus pas le temps de réfléchir davantage qu’elle s’arrêta sans prévenir. Encore une fois elle m’attaqua.

    - "Vous n'êtes pas vivante. Vous êtes bien terne et sans couleurs. La rage ne s'empare pas de vous alors qu'on vous démantèle et vous dévisage."

    Je ne retins que ça de son discours. Non, elle ne me connaissait clairement pas. Elle ne savait rien de ce que j’avais vécu ses derniers temps, ce que c’était de devoir cacher ses sentiments pour ne pas qu’ils explosent, pour ne pas perdre le contrôle sur ces fichus pouvoirs. Elle ne savait rien de la douleur que l’on ressent lorsque l’on blesse les gens que l’on aime juste parce que l’on est trop faible, trop émotive.. Elle me voyait terne, oh, elle ne savait vraiment pas ce que cela signifiait réellement.

    Mon visage s’éteint davantage. Comment ? Je n’en avais aucun idée. J’étais en colère certes, mais ce masque que je possédais déjà de base s’était affiché encore un peu plus. Je ne montrai aucune émotion, je n’allais pas lui faire ce plaisir. Non, j’étais éteinte, complètement éteinte. En s’attardant quelques instants dans mon regard, on pouvait le voir se perdre, totalement vide de tout. Alors je redressai mon visage vers elle, ne la fixant pas directement dans les yeux mais préférant regarder dans le fond de la pièce.

    - "Veuillez m’excuser."

    Je n’en dirai pas plus. Si elle ne voulait pas que j’explose, je devais tout simplement partir. Je ne pouvais pas rentrer dans son jeu, je devais rester stoïque même si la seule chose que je voulais actuellement faire était de la secouer un peu et de lui crier d’aller se faire foutre elle et sa curiosité, elle et son dédain, elle et ses mots si transperçants. Je serrai alors un peu la mâchoire et me retournai simplement. Je me mis en marche, ne me retournant pas une seule seconde. Je devais partir, partir, partir.

    Je passai au travers de la foule, évitant les amateurs d’art au mieux. Quelques serveurs me passèrent à côté mais ça ne fut pas le cas du derniers que je croisai. Me rentrant de plein fouet dedans, nous tombâmes tous les deux en arrière, quelques coupes de champagne se renversant sur moi. Dans un énième soupir, je murmurai quelques excuses presque inaudibles, me relevai et aidai le serveur à faire de même avant de continuer mon chemin. J’avais besoin de me rafraîchir. Je me mis en quête des toilettes que je trouvai rapidement.

    J’y entrai et me mis en face du long miroir présent au dessus de quelques lavabos à vasque posés sur un magnifiquement plan de travail en marbre noir. Là, j’allumais l’eau et remplis les paumes de mes mains de ce précieux liquide. Mon visage plongea alors au creux de mes mains encore et encore, jusqu’à ce que celui-ci soit à sont tour rafraichit. Je me relevai. Des mèches de mes cheveux n’avaient pas échappé au processus, ni une partie de mes habits. Bon sang Ael, ressaisis-toi.


    Avec : Léandre Delacour
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    #12 le 16.06.17 22:06
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    Une cruelle envie parcourt les yeux pétillants et châtaigne de la joueuse. Franchement, une menace ? Ça l'a rarement arrêtée et elle ne viendrait pas à obéir à une personne de plus juste sous prétexte qu'elle est sur le point de détruire un beau château avec de telles inconsciences. Dans un vrai d'archéologue, elle ne commence qu'à extraire les briques extérieures pour constater la lumière que les trésors d'un château peuvent produire. Il est bien mieux de connaître une chute sans vue qu'une ascension aveugle car, pour la première, on a vraiment la sensation d'être envie alors que l'autre, nous transporte dans d'autres cieux inaccessibles. Inexplicables aussi car personne ne sera en mesure d'atteindre les sentiments et les pêcher pour les faire éclore.

    De son menton qu'elle imagine relevé, cette fille garde ses larmes gouleyantes dans ses paupières, ses rougeurs mafflues de bordeaux dans le creux de ses joues et sa grande fièvre appétissante dans sa cervelle. Personne n'est autorisé à se servir à ce banquet et pourtant, on n'y est invité. « Personne », c'est ce qu'elle se dit quand, trop égoïste, elle souhaite avoir droit à ce traitement comme les autres. Hélas, Léandre s'en voit bien privé par son entreprise trop scélérate. Dans sa cruauté, elle ne se rend compte de cette métaphore où, l'inconnue comme tout autre inconnu la suit bien pendant quelques instants et profite d'un moment de répit pour se volatiliser du joug de cette femme qui ne souhaite que se nourrir des autres tel un charognard.

    Elle tente de lire dans les sentiments et pensées des autres mais se voit parfaitement sotte et incapable à ne pas lire sur des lèvres derrière elle que son sixième sens aurait dû lui indiquer. Le temps de trente secondes trop tôt, elle reste sur cette assertion et verbe performateur ; elle la suit, très bien. Le temps de trente secondes, dans les allées presque sinueuses tant elles sont bondées artificiellement par une foule de luxe, elles sont ensemble. Le temps de trente secondes trop tard, elles ne le sont plus et c'est à ce moment que Léandre, sans l'avoir vraiment entendue puisqu'elle souffle ses mots comme elle soupire sa colère ou ses pleurs, se rend compte que l'amatrice se confond à tout le reste.
    Est-elle vraiment comme tout le monde à la voir comme une pauvre folle ? Dans des temps plus anciens, c'est une habitude d'appeler une fille de son envergure une hystérique mais il s'avère que le mot semble toujours d'actualité si on s'extirpe encore de ses mains monstrueuses qui ne souhaitent que communiquer un peu de chaleur.

    Quand elle se retourne, elle ne perçoit que des apparats faits de boutons dignes de bijoux de famille de chemises, de longueurs essorées de robes, de talons richement laqués et agrandis d'escarpins ou encore des mites en nœuds papillons. La brune semble introuvable mais n'est pour autant pas à assimiler à ses gens et aussitôt, Léandre se secoue la tête pour penser ainsi. C'est une remarque acerbe qu'elle aurait pu lui asséner plus pour la provoquer que pour la tancer brutalement sur quelque chose de forcément bien faux de la réalité. 
    Toutes deux sont bien différentes ; bien différentes de tout ce monde de de stéréotypes qu'on tente d'atténuer, de luxe de pauvres, de méchanceté hypocrite. N'étant pas des grains arénacés face à tous ces grains de sable présents dans ce désert d'hommes, les deux femmes sont deux bijoux du Sahara qu'on aurait du mal à trouver. Une perle nacrée sur toute la circonférence pour se garder son propre espace et une Léandre plus transparente et aussi inaltérable que le temps. Cependant, si elles sont introuvables pour quiconque, elles le sont aussi l'une pour l'autre car le vent ne fait que les rencontrer pour une bataille navale, rapidement, et se repousser directement pour un long temps.

    Léandre pivote et danse sur elle-même comme perdue dans tout le désert. Les légers pans de sa robe à peine serrée contre son corps flottent au rythme du siphon dans lequel le monde l'avale et dans lequel, la perle s'est sans doute retrouvé aussi avalé. Elle affiche une mine assez déçue puisqu'elle pense avoir fait une erreur ou plutôt, ne pas en avoir assez puisqu'elle est trop butée pour revenir sur les problèmes qu'elle aurait pu causés. Peut-être n'a-t-elle pas été assez tactile comme l'autre l'aurait désiré ? Ou pas assez provocatrice, allez savoir ? Mais ce temps n'est pas aussi indémodable qu'elle et le temps à retourner ces questions ne l'aident pas.
    Au travers tous ces sillons tumultueux en bavardage, elle est à la fois poussée comme happée. Certains cherchent à se creuser une place auprès des tableaux mais des serveurs dignes de vendeurs à la sauvette près du Colisée ou de la Tour Eiffel lui offrent ou plutôt, balancent des coupes de pétillant au visage. Cela reste agaçant mais elle l'est encore plus quand une main obscène ose toucher son épaule qui n'est heureusement pas dénudée et, grâce à sa légèreté digne d'une hirondelle, parvient à la détourner de son but caché dans toute la foule, au bout du couloir. Juste pour savoir ce qu'elle ou plutôt, la théorie, pense du tableau le plus célèbre du moment. Elle s'en fiche.

    — Je n'ai pas le temps, réprimande-t-elle d'un ton sec mais elle reprend plus poliment. Désolée.

    Juste par précaution et générosité qu'elle fait part de politesse et s'en va vers d'autres horizons qu'elle ne connaît pas ou plus. Elle n'a pas de boussole pour rechercher sa perdition bien qu'elle puisse avoir une carte du musée. Elle ne sait pas où l'aiguille peut bien aller si ce n'est quitter les lieux. Mais cette jeune femme est-elle du genre à abandonner la partie même si elle dit ne pas vouloir jouer au jeu de Léandre ? En tout cas, cette dernière préfère en douter même si la retrouver tenait peut-être du miracle comme on aurait cru en la possibilité que l'inédie puisse être recevable pour la survie. 

    Elle aurait pu se poser quelque part, le long de cette colonne de marbre pour patienter et ne pas jouer aux croisades fantômes avec l'asiatique mais pour Léandre, se prosterner devant les minutes infinies de ce pilier s'éternisant jusqu'au plafond qu'il soutient. 

    Plutôt qu'attendre qu'elle puisse venir à elle, la solution est peut-être justement, d'user de ces gens qui viennent à elle directement. Alors qu'elle reste immobile, une serveuse lui tend une énième coupe. Puis, trente mètres plus loin, un serveur. Puis, trente secondes plus tard, un autre. Pour faire rencontrer temps et espace, elle n'hésite pas à agir de manière extrême et recruter tous ses employés. Elle ne peut pas dire que l'amour la pousse à faire ceci mais la détermination de pousser le jeu plus loin semble être la chose la plus palpitante pour commencer une aventure.
    Ainsi, à tout employé qu'elle a embauché pour la soirée, elle demande à procéder de cette manière :

    — Si vous trouvez une femme asiatique aux longs cheveux bruns et le visage potentiellement inexpressif, amenez la moi à l'entrée. Même si vous n'êtes pas sûr(e) que ça soit elle, ramenez la. Elle est introuvable et j'ai à parler de choses capitales avec elle. Merci beaucoup.

    Ce qu'elle a manqué à faire, c'est de lui demander son prénom. Le titre d'une œuvre est important pour vraiment en parler autour de soi.
    REA
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    #13 le 16.06.17 22:24




    Tu n'es qu'une pâle estampe
    Léandre Delacour


     


    Je n’aimais pas ça. Je n’aimais pas cette soirée qui avait pourtant bien commencé. Je n’aimais pas cette femme et ce jeu qu’elle avait instauré entre nous. Je n’aimais pas son comportement, son attitude, sa franchise déconcertante. Je n’aimais ni son pouvoir, ni cette façon qu’elle avait de me regarder, attendant que je rentre dans ce tête à tête atypique. Mais ce que je détestai par dessus tout, c’était mon comportement. Cette façon que j’avais eu de fuir au lieu de lui tenir tête. La lâcheté m’imprégnait et je n’avais pas l’habitude d’être ainsi. Quelques sois les aspects de ma vie. Je n’avais pas fui devant mes relations, je n’avais pas fui devant mes pouvoirs, je n’avais pas fui devant mon travail. Je n’étais pas une lâche.

    Le poing serré, la mâchoire crispée, j’observai cette femme dans le reflet du miroir. Ses longs cheveux noirs d’ébène, ses yeux gris perçant, ses lèvres qu’elle se mordait presque à sang. Une veine vint doucement caresser sa tempe et se disperser près de sa chevelure encore humide. Un énième coup d’eau sur le visage. Elle n’était pas moi et je n’étais pas elle. Elle, qui pensait avoir vaincu sa peur de l’autre se retrouvait à me regarder avec inquiétude, comme perdue dans ses songes, dans ses émotions. Nerveusement, j’avais envie de la serrer contre moi, mais nerveusement je l’effaçai peu à peu de ce reflet, essayant d’apercevoir une ombre de force en face de moi. Je la vis dans mon don.

    Me concentrant un peu, je me souvenais de ce moment aux archives où mes sentiments avaient disparu. Mon inquiétude, mes peurs, mes peines, ma colère, tout était devenu transparent, inexistant. Je connaissais les risques d’une telle application. Mais aujourd’hui, à la différence d’hier, je connaissais mon pouvoir, ses limites comme ses avantages. J’étais capable ; et seulement pour ça, seulement pour cette confiance que j’avais en lui par rapport à cela, je l’utilisai. Mes paumes devinrent chaudes et luisantes comme à leur habitude, mes pensées se perdirent et en quelques secondes je me retrouvai apaisée, apaisée mais sans émotions. Je savais simplement qu’il fallait que je rentre chez moi pour me retrouver enfin. En attendant je fixai cette carapace sur moi, cette armure, me protégeant de tout et de tous. Je décidai enfin de quitter cette pièce malodorante.

    D’un pas sûr, j’avançai vers la porte et l’ouvris. La sortie se trouvait quelques salles plus loin et je n’avais qu’un objectif, éviter de croiser cette femme et rentrer chez moi le plus rapidement possible. J’avançai encore et encore et passai la première pièce sans aucun problème. Arrivée au milieu de la seconde, j’entendis un "madame" au loin. Je me retournai donc voyant alors un serveur me faire un signe afin que je m’arrête. Je n’avais pas le temps pour ceci, mais mon inconscient, toujours actif, me disait de me stopper un instant, juste au cas où. Il arriva rapidement à ma hauteur. "Mademoiselle Delacour vous demande, pouvez-vous me suivre ?" Il me souriait alors malgré le ton de sa voix assez formel. Encore elle. Ne pouvait-elle pas m’oublier un instant. Sans aucune autre réaction de ma part je l’ignorai et me retournai. Il me saisit alors le bras et dans un geste violent je m’en défis rapidement, continuant alors ma traversée. La troisième salle fut plus compliquée à traverser. Deux serveurs m’appelèrent et une nouvelle fois je les esquivai, mais arrivée près de la sortie, une énième main se posa sur moi. S’en était trop. Malgré mon pouvoir toujours présent, j’avais cette sensation d’être un cochon sur lequel on s’acharnait avant de l’amener à l’abattoir. J’étouffais et j’avais clairement envie de sortir.

    Alors je posai mes mains sur les deux serveurs derrière moi. Une sur chacun d’entre eux. Je leur insufflai toute la colère possible, toute la haine inimaginable. Et toujours neutre, je fis alors demi-tours. Il ne suffit que d’une dizaine de secondes pour que les plateaux commencent déjà à voler dans la salle. Des cris se firent entendre et rapidement un des deux hommes atterrit sur une des toiles d’Hokusai. Les clients se mirent à se plaindre et à se disperser. Le chaos régnait peu à peu et je n’avais qu’à me mêler à la foule pour sortir tranquillement. Je n’aimais pas agir ainsi, mais j’aimais encore cette position dans laquelle elle m’avait mise.
    Essayant de passer inaperçue, je vis rapidement l’entrée du musée devant moi. En espérant que personne ne me voit, je restai collée à un maximum de monde afin de passer ces portes qui m’apparaissaient de plus en plus proches.



    Avec : Léandre Delacour
    Mots : 998


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    #14 le 19.06.17 18:01
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    — Et bien, ce n'est pas trop tôt.
     
    Tout son foyer volant en éclats, Filomena en était étrangement satisfaite. Elle n'était pas humaine. C'était un monstre sorti droit des enfers. Lâchant foudres, feux et sang dans des batailles qui n'en valait pas le coup, elle misait tout un paquet de cartes juste pour s'emparer d'un trésor des plus misérable et qui n'en valait pas toute une chandelle. 
     
    Impertinemment assise sur un chesterfield, elle aurait pu croiser les jambes, regardant son adversaire sans le défier du regard ni réfléchir, l'air bien ailleurs et au-dessus de tout. Léandre était agaçante mais dans cet acte d'impolitesse qui n'allait pas à sa noblesse, elle était par-dessus tout sans jaugeage, sans limite, sans gentillesse. On l'aurait dite sadique à sacrifier toutes les pièces de sa partie d'échiquier en le renversant mais c'était en bousculant tout le plateau, en se créant des dommages, qu'elle en provoquait aussi à son adversaire. Toujours sur la défensive, elle s'en fichait réellement d'en finir avec des regrets car elle préférait ne jamais y penser, en tentant d'oublier au fil du temps ses impairs. Le temps était sans doute la meilleure confiance et épaule sur laquelle elle se reposait ; pas sur des choses trop concrètes comme les sculptures ou les corps ni sur des choses trop abstraites comme les peintures, leurs idées et les âmes.
     
    D'une plénitude paradoxale, elle était si calme dans sa posture reposée et patiente mais si déchaîné dans le regard ambré, pris de vivacité et de mouvement. Elle suivait les danses d'invités paniqués et de serveurs emportés. Elle n'aurait su déterminer l'origine comme elle n'avait aucune preuve mais la logique la conduisait vers l'asiatique qu'elle avait commandé de retrouver. De son rictus immortel, elle défit le coude qu'elle avait posé, depuis quelques minutes, contre la colonne et traversa les éclats glacés. Du verre de contenant et de protection pour les cadres mais la pagaille empêchait de distinguer lequel provenait duquel. Une chose à la fois. Elle devenait avant tout revenir aux racines du problème avant les branches. Mais ses propres employés qui étaient auparavant les bourgeons de cette soirée s'étaient retrouvés dingues et fous de colère. Même si elle connaissait les bases, ce n'était pas suffisant pour y remédier. De son pouvoir, elle aurait pu en immobiliser un, tout au plus. De sa voix beuglante, elle n'aurait pu en neutraliser absolument aucun. 
     
    Elle s'était clairement mesurée à quelque chose d'une taille plus imposante que la sienne. Une vraie humaine. Mais ce n'en était que plus divertissant pour une cinglée comme Léandre. Cinglée et psychopathe puisqu'elle poussa même plusieurs personnes pris d'effroi qui venait lui demander de l'aide. Elle n'avait pas besoin d'enchantement pour être ensorcelée. Cette femme, pleine de sentiments, c'était un vrai potentiel pour les chimères qu'elle ne voudrait en aucun voir s'éteindre là-bas. Dans son pectoral et coeur pris d'adrénaline se logeait tout de même des graines d'effroi. Elle ne voulait pas la voir partir et se faner dans quelque chose d'aussi malsain que cette association de chimères. Si cette inconnue était trop recluse et pas assez prise dans les sentiments, il n'aurait suffit que de recueillir les larmes visibles même à travers une carapace.
     
    Bien qu'elle dit être tranquille, sa position si confortable n'est qu'une parade, qu'un croisement au fer qui voudrait la meurtrir. Léandre, si elle n'a pas peur de se blesser, à bien peur de ne plus rien faire et encore perdre des libertés dont elle manque déjà cruellement. Ainsi, elle se dédouanait donc de tout ce désastre en ne murmurant pas une seule excuse à l'attention des victimes du musée hanté. 
    Sans excuse et sans civilité, c'était le chaos dans cet établissement si bien que le monde se précipitait vers les portes extérieures pour fuir un édifice digne d'un musée naturel où on aurait exposé des dragons qui auraient soudainement pris vie. Ils étaient assimilables à des écoliers sortant du lycée pour fuir les cours. Cependant, tout le monde prit le temps et la responsabilité de prendre sa veste pour affronter le dehors printanier, toujours un peu frais, chose dont elle n'avait guère le temps de s'occuper. Elle se mit même à enlever les talons handicapants pour repartir à la poursuite d'une humaine sauvage capable de finir piégée. 
     
    Sans respiration pionnière, elle n'enjamba même pas les trois marches, faisant flotter sa silhouette pour atterrir sur le sol et chemin d'entrée. À la vitesse d'une moto, elle fit de quatre pas un seul. Puis, elle mira maintenant ce qu'on pouvait qualifier de sortie pour les visiteurs, cherchant au loin un indice. Ses analyses étaient bien furtives et elle ne passa pas éternellement sur les lampes à pied qui traçaient le chemin de galets du musée Nezu dans des parterres de fleurs. Les graines avaient bien germés au printemps, sous le soleil couchant de cette soirée et ainsi elle put distinguer une plante grimpante, s'enfuyant.  
     
    — L'expression tout ou rien vous va à merveille, dis donc, ricana l'italienne.
     
    Elle ne chercha pas à la rattraper, sachant bien qu'une telle remarque pourrait au moins la faire ralentir le temps qu'elle l'entende, l'écoute puis la décrypte pour déchiffrer à qui appartenait la voix. Pendant ce laps de temps trop court, elle procéda donc au repêchage de cette, finalement, trop grande victime de la mère dragon. Pour l'instant, elle n'était pas encore celle qui avait jeté les flammes mais les avait insufflées dans une forme humaine et plus innocente qu'elle.
     
    La seule innocence qui vivait en Filomena, c'était cette irritation au contact qu'elle prévoyait dans des retranchements ou dans des recours derniers. Son pouvoir n'était qu'une option, pas un moyen de persuasion. En l'occurrence, elle préféra se montrer prudente tout de même. Inutile de faire la vaniteuse trop longtemps sinon, c'était perdu d'avance. 
    Prudente donc dans les conséquences comme dans l'effleurement d'une peau, elle essaya donc d'imiter le même geste que l'inconnu avait fait pour la saisir, tout à l'heure. Une geste dont elle se rappelait et qui la marquait. Elle, le marquait bien autrement.
     
    — Veuillez m'excuser, je pense avoir eu mauvais usage de mon pouvoir, je n'avais pas prévu ça.
     
    Avant que la brune ne puisse se retourner, Léandre n'afficha rien d'hypocrite rien sur le visage bien que ce « mauvais usage » était complètement voulu. Quelque part, elle ne semblait pas maîtriser quelque chose mais son don n'en était pas la cause. Elle ne maîtrisait pas les gens et encore moins cette femme.
     
    — J'ai bloqué votre bras par inadvertance. C'est ça, de toucher les gens. On finit par provoquer des choses qu'on ne soupçonnerait pas.
     
    Dans ses doubles-sens habituels, elle rappelait à quel point le contact primaire qu'elles avaient pu avoir n'avait pas été aussi anodin qu'il aurait pu l'être pour une autre personne. Léandre se montrait grande et forte, à tout bousculer mais Filomena était la timide parfaite, prude au toucher et de l'intérieur. Si elle avait touché l'asiatique, elle s'était tout de même mordu la lèvre au préalable pour goûter le sang de lion et du courage dont elle avait besoin.
     
    Mais, pour revenir à ce double-sens, il ne fallait pas négliger l'étendue d'excuses qu'elle déversait sans en donnait les spoilers. Elle ne donnait ici que les prémisses, rien d'autre.
     
    Excusez-moi. Je suis cruelle mais c'est ainsi. Ne m'en voulez pas.
     
    C'était là tout ce qu'elle pensait mais qu'elle ne disait pas parce qu'elle voulait paraître toujours assez forte et pas trop faible pour s'avouer complètement vaincue, même dans une situation où le tort lui revenait de droit.
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    #15 le 20.06.17 17:21




    Tu n'es qu'une pâle estampe
    Léandre Delacour


     

    Je m’échappai. J’en voyais enfin les couleurs, de cette nuit noire et intense que j’avais auparavant trouvé douce et agréable. Cette quiétude s’était vite brisée au contact de cette femme, femme que j’avais réussi à semer. Un pas, deux pas, trois pas, quelques enjambées et je fuyais le chaos laissé derrière moi. J’avais semé un désastre dans une exposition qui me tenait à coeur. Il y avait là des questions à se poser. Comme une envie de lui prouver que je n’étais pas froide et dénuée d’émotions, comme pour me prouver à moi-même que j’étais capable de m’éloigner d’elle, de cette force si terrifiante qu’elle dégageait. Avais-je fuis mes émotions ou l’avais-je fuis, elle ? Sans un regard, sans un geste, je m’étais cachée de tout, d’elle mais aussi de ce que j’étais, de ses pouvoirs que j’arrivais, aujourd’hui, à contrôler parfaitement. Mais une chose était certaine, je ne restais pas ici, non, j’allais rapidement trouver un taxi et allais me cacher sous ma couette, oubliant cette soirée et cette Léandre. Marchant rapidement vers cette sortie qu’étais la mienne, je m’arrêtai net, me retournant, connaissant cette voix, cette voix que je ne désirai plus entendre.

    - "L’expression tout ou rien vous va à merveille, dis donc."

    Je me retournai apercevant non loin de moi cette crinière rousse, cette posture droite et ce regard si insistant qui me déstabilisait au plus haut point. Elle arrivait vers moi et je savais au fond, qu’il n’avait pas été très intelligent d’arrêter ma course ainsi. J’eus beau essayer de repartir, j’en fus incapable. Un main ferme me stoppa. Mais ce n’est pas juste mon corps qui s’arrêta là, non, mon bras était entièrement paralysé. Il n’y avait pas trente six mille possibilités. Cette femme était une nécromancienne et elle se servait de son pouvoir pour m’arrêter. Enfin, j’en avais fait de même pour m’enfuir. Mais pouvait-elle bloquer entièrement mon corps ? C’était une idée qui ne me plaisait réellement pas en réalité. Mais si je partais, allait-il rester ainsi ? Je ne connaissais ni l’antidote, ni le moyen de lutter contre. Et merde.

    - "Veuillez m'excuser, je pense avoir eu mauvais usage de mon pouvoir, je n'avais pas prévu ça. J'ai bloqué votre bras par inadvertance. C'est ça, de toucher les gens. On finit par provoquer des choses qu'on ne soupçonnerait pas."

    Devais-je la croire ? Pourquoi avais-je la sensation qu’elle me mentait encore et encore ? Pourtant cette femme semblait être franche. Était-ce son ton délibérément malicieux et à double tranchant qui me faisait ressentir cela ? En attendant j’étais coincée, complètement coincée. Je pouvais me libérer, essayer au moins et voir ce qu’il se passe, après tout je ne savais même pas ce qu’elle cherchait. D’un coup d’un seul je dégageai mon bras inerte de son emprise la faisant se rapprocher de moi à une vitesse folle. De ma main encore muable je la repoussai alors violemment.

    - "Mais qu’est ce que vous me voulez à la fin ?!"

    Je regardai alors mon bras, toujours dur, toujours si froid. Il n’avait pas bougé d’un iota. Plus que la colère, c’était de l’inquiétude que je ressentais à présent, celle de rester ainsi et surtout celle de devoir lui demander des explications.

    - "M’intimidez vous amuse, je l’ai bien compris. Mais de là à figer mon bras. N’est ce pas un peu trop ?!" Je me rapprochai alors d’elle violemment, lui attrapant le poignet avec force. "Changez ça !"

    Pourquoi fallait-il qu’elle ait cette tête là, ce sourire si malin, ce regard si profond. Pourquoi fallait-il que je sois le pion de ce jeu qu’elle s’amusait à alimenter. Cela ne me plaisait pas. Je n’appréciais ni sa désinvolture ni cette élégance si hautaine qu’elle présentait face à moi. Dans un excès de colère et qui sais-je que j’en avais quelques uns ces derniers temps, je la tirai alors vers moi, me mettant à marcher près d’une ruelle un peu en contrebas de la rue. Là je m’y enfonçai, la tirant avec moi. D’un bras et d’une force que je ne me connaissais que trop bien, je la poussais alors contre un mur de béton bien trop abrupte pour accueillir amicalement le dos d’une si belle femme. De rage, je lui maintins alors le torse de mon avant bras raide et posais ensuite une de mes mains sur son visage. D’un regard dur et d’un ton ferme, je la menaçai alors.

    - "Rends-moi mon bras ! Ne m’oblige pas à te convaincre!"

    Une envie acerbe me pris alors à la poitrine. J’avais autant envie de lui faire du mal que d’apprendre à la connaitre. Je me dégoutais.


    Avec : Léandre Delacour
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    #16 le 24.06.17 0:41
    any piece of art has a heart
    À force de taper sur le coquillage de l’huître, elle avait fini par débloquer quelque chose qui la ravissait. La valse des peintures au musée Nezu suffisait à lui prouver la violence des sentiments de cette femme mais le constater directement et de ses propres yeux était d’autant plus satisfaisant. Ce fut sans doute la meilleure raison pour expliquer cette ruse qui florissait en sourire.
     
    Épines venimeuses faisant toute la monarchie de son corps, elle n’en demeurait pourtant pas moins aussi princière que galante en haut, par ses pétales blancs et purs. Empêcher la jeune femme de se volatiliser bien loin avait bien une justification d’ordre général plus que personnel. Loin de là, elle n’avait en aucun cas l’idée de la garder contre son gré ou pour son propre intérêt. Ainsi, la ruse n’avait pas d’autres explications que sa réussite de l’avoir retenue pour le bien d’une société. Alors non, elle ne s’amusait pas à l’intimider. D’ailleurs, elle ne voulait jamais intimider. Cet aspect lui était aussi incontrôlable qu’une république. Aussi incontrôlable que cette femme qu’on aurait pu nommée Marianne, qui un jour, voulait la guerre, un autre, la paix.
    La guerre résidait dans ses gestes violents et colériques alors que la paix se nichait dans ses paroles inoffensives, ne demandant qu’armistice pour enfin comprendre. Or, Léandre ne souhaitait pas se bagarrait avec elle quand bien même son tempérament était d’un naturel nerveuse et qu’elle aurait pu la défier. Elle se contenta juste d’appréhender le geste en inspirant profondément pour calmer le rouge virulent aux taureaux. Son regard se concentrait dans une complexion plus sérieuse ; elle était plus perçante mais rien de plus. Du moins, sans être trop menteuse, elle gardait ce sentiment d’ire en elle pour ne pas engager un duel sans fin. Ce n’était pas ce qu’elle souhaitait obtenir de cette brune.
     
    Elle n’aurait su décrypter ses intentions initiales lorsqu’elle l’avait remarqué, de dos, si ce n’était une curiosité piquante pour une humaine qui, même de dos ou de face, n’évoquait rien. Puis, elle en avait esquissé quelques traits sans vraiment la comprendre, comme pour en deviner un brouillon qui ne manquait qu’à être améliorer vu son potentiel. Une fois les travaux lancés, elle se montrait « déchaînée ». C’était une étape qu’elle avait prédit dans le cheminement mais elle ne pensait pas que ça serait aussi complexe de comprendre cette créature. Ce qu’elle voulait, à la fin, c’était juste la comprendre et l’aider.
     
    — Quand êtes vous devenue aussi susceptible pour croire que je vous veux du mal et vous intimidez ! s’écria-t-elle avant de pouvoir prendre en considération la demande de remède. Oui, c’est vraiment tout ou rien, je confirme. Soit vous n’écoutez rien, soit vous n’écoutez plus que vous ne voulez entendre.
     
    Cependant, les paroles de Filomena étaient celles qu’elles avaient toujours été ; nuages et poudre qui s’étouffaient en une vapeur encore plus dispersée dans les nuits d’une société. Le soir tombant et coulant comme le verdict du jury, elle n’avait plus son mot à dire puisqu’elle était emportée par la jeune femme. Elle avait beau se retrouver intimidante ou insolente, l’autre était plus imposante que puissante. La maigre force de la noble n’était clairement pas de taille mais elle n’aurait pas soupçonné non plus que cette créature pouvait s’emparer de son bras avec l’autre d’une telle puissance. Elle aurait pu essayer de le bloquer mais ne le fit pas, jugeant qu’il ne fallait pas canaliser une colère qui aurait explosé et vexé davantage car au bout d’un moment, relâchée. Peut-être était-il temps de crever l’abcès pour la guérir.
     
    Ainsi, la rousse ne garda qu’une attitude hautaine et condescendante plus que chercher à répondre à des piques directement qui n’auraient rien eu de pertinent si elles s’en lançaient sans que l’une n’écoute l’autre. Comme avait bien pu le prouver le manque de réponse de l’inconnue, l’impatiente devait se montrer patiente pour modérer des sentiments trop forts. Maintenant, elle se tut et se laissa conduire par ceux-ci, histoire de peut-être les atténuer avec la course courante qu’elles connurent. Cependant, la seule chose charriée fut Léandre par cette brute, dans une ruelle juste plus basse à celle du musée.
    La rue n’était qu’à peine éclairée si ce n’était le hasard de vouloir illuminer deux femmes se chamaillant par une lanterne au-dessus d’elle. La rue aurait pu être de pavés mais elle était juste défoncée par les coups de roues et marche les traversant quotidiennement. Contre un mur solide et épais, la tête de Léandre ricocha et se vit mis en joute par le visage de l’inconnu, en face d’elle. Blessant mais surtout malaisant et encore, ce n’était pas le pire. Au vu du bras non articulé qu’elle commençait déjà à se défaire en fléchissant le coude, Léandre s’apprêtait à recevoir un châtiment similaire par l’autre main. Assez timide par les contacts, la jeune femme ne se mit pas à frémir mais plissa fortement les yeux et le nez, se recroquevillant et se faisant plus basse. Sauf que l’autre main ne vint qu’encadrer son visage ; une menace toujours présente mais moins virulente qu’elle en ouvrit les yeux pour défier de nouveau, comme si ce moment de peur ne fut que passager à l’imager d’un châle qu’on ôte à son aise. Plus à l’aise, donc, elle le fit.
     
    — Sinon quoi ? Vous allez encore saccager mon exposition ? C’est déjà fait. Et qu’ai-je à craindre si vous me dîtes que je suis si intimidante ?
     
    Le problème était qu’elle paraissait peut-être franche mais moins crédible quand elle avait laissé un instant de faiblesse. Ces petits yeux d’ambre qui s’étaient plissés par peur physique et non pas par peur des mots l’avait peut-être trahi mais elle ne bascula pas la tête ailleurs et resta fière dans son discours pour certifier de son caractère bien trempée ou plutôt bien têtue. Dans cette haine qui la poursuit, elle ne pouvait s’empêcher de cracher ces mots :
     
    — Il ya  un juste milieu à prendre et visiblement, vous êtes trop entêtée à ne pas savoir doser ça. Vous êtes trop entêtée à vous isoler de tout. Vous avez gâché mon exposition comme une rustre et une lâche.
     
    Mais, pour autant, elle ne voulait pas s’attaquer ou l’embêter ; juste la pousser à aller bien plus loin que là où elle restait bloquée : Une vision peu contrastée et butée. La différence avec l’italienne était que cette japonaise ne voulait pas écouter le monde alors qu’elle, voulait le changer selon sa démagogie tranchée :
     
    — Est ce que vous voulez bien m’écouter ?
     
    Tu ne vois pas que j’essaye de te guider ?
     
    Encore une fois, il fallait obéir aux dogmes royalistes voire anarchistes de Léandre, s’y plier. Quand bien même il y avait une part de gentillesse dans cet appel, il y avait aussi une part de direction. Elles n’étaient pas si différentes mais elles entraient forcément en conflit dans leur échappement du monde. Elles s’échappaient entre elles. La rousse tenta de s’échapper du contact tactile contre sa joue en glissant encore plus bas contre le mur sur lequel elle avait été plaquée crûment.
     
    — Je n’ai jamais dit que je n’allais pas corriger ça mais calmez-vous avant de m’enlever de la sorte. J’ai besoin de calme  et de temps pour corriger ça, vous comprenez ?
     
    Elle n’avait aucunement la science ou les choses en main et ne pouvaient pas contrôler ce don ou cette personne si facilement. Il lui fallait les ressources pour.
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    #17 le 05.07.17 11:08




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    Léandre Delacour


     
    Si il y avait bien une chose que je n’aimais pas c’était finalement de faire mal aux autres, de s’en prendre à des plus faibles et de mal comprendre la situation. Il ne fallut qu’un instant , un tout petit instant pour remarquer tout cela chez Léandre. Elle avait peur de moi. En quelques secondes, elle s’était recroquevillée sur elle-même de peur de souffrir surement, de peur que je la frappe. Mais mon corps était déjà trop engagé et j’avais alors posé ma main sur son visage enfin d’utiliser -probablement - mes pouvoirs.

    - "Sinon quoi ? Vous allez encore saccager mon exposition ? C’est déjà fait. Et qu’ai-je à craindre si vous me dîtes que je suis si intimidante ? Il ya  un juste milieu à prendre et visiblement, vous êtes trop entêtée à ne pas savoir doser ça. Vous êtes trop entêtée à vous isoler de tout. Vous avez gâché mon exposition comme une rustre et une lâche."

    Il était vrai que j’avais anéanti son exposition. Moi, une mangemort, moi, Ael, celle qui détestait plus que tout ce genre de comportement. J’avais saccagé un lieu public, mis en danger la vie des autres, utilisé mon pouvoir sur des civiles sans aucune raison particulière et m’étais enfuie des lieux sans aucun remord finalement. Je me rendais compte que la colère était une émotion bien plus difficile à gérer et que malgré le fait que je puisse entièrement gérer mes pouvoirs, j’avais encore du mal à me gérer moi et ces foutus sentiments. Quelques mots supplémentaires de Léandre me sortir de mes pensées, puis je la sentis essayer de s’échapper. Instinctivement et parce que je m’en voulais je la lâchai alors, reculant rapidement.

    - "Je n’ai jamais dit que je n’allais pas corriger ça mais calmez-vous avant de m’enlever de la sorte. J’ai besoin de calme  et de temps pour corriger ça, vous comprenez ?"

    Se mordant la lèvre par culpabilité finalement, j’acquiesçai de la tête, comprenant qu’avec la jeune femme, cela ne servait à rien d’être en colère et qu’une bonne explication valait mieux que tout. Je soufflai donc un bon coup avant de m’exprimer à nouveau.

    - "Écoutez, je vous demande pardon pour ce qui s’est passé à l’intérieur. J’ai perdu mon sang froid car je sais que vous avez raison sur beaucoup de point. Mais vous ne me connaissez pas, ni moi, ni mon histoire et vous ne pouvez pas vous permettre de parler aux gens ainsi. C’est déplacé et malaisan. Là, j’aimerais juste rentrer chez et oublier cette soirée."
    Je respirai un bon coup. "Je vais vous calmer et vous allez soigner mon bras. S’il vous plait. Et ensuite vous retournerez à votre exposition et moi, chez moi. Je reviendrai demain si vous avez besoin d’aide pour ranger et d’argent bien sur pour les dégâts occasionnés par mon comportement." Je me rapprochai à nouveau de Léandre.

    - "Mais pour le moment ne bouger pas et ayez confiance en moi s’il vous plait."

    Je voulais faire le bien et cela se voyait. Je posais à nouveau ma main sur son visage sans qu’elle n’ait le temps de l’esquiver et pensai alors à une quiétude des plus totale. Quiétude que je lui transmis via la chaleur de ma paume. En quelques seconde je lui insufflai un sentiment d’apaisement, tout comme je me l’insufflai à moi-même. Ça faisait un bien des plus fou. Je lui souris alors, sans doute le premier sourire apaisé que je lui fis de la soirée, et la relâchai.


    Avec : Léandre Delacour
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    #18 le 05.07.17 21:58
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    Les doigts de la colérique se fondaient sur sa peau opaline. Au final, elle n'aurait su y attribuer une métaphore correcte pour exprimer le contact qu'elles avaient actuellement. L'inconnue, à les positionner ainsi, trouvait peut-être ce geste trop anodin alors qu'une éruption de sensations jaillissait depuis Léandre. Il n'était question que de relativité. Intérieurement et extérieurement, malheureusement et heureusement. Elle ne pouvait contrer les tâches violacées qui s'imprégnaient et masquaient ses tâches de rousseur encore visibles sous le maquillage. Tant bien que mal, elle essayait de garder son calme en respirant en même temps que la jeune femme, à son rythme, dans le but de la calquer pour ces éternelles raisons : La comprendre et comprendre sa propre dissipation.

    En somme, c'était à peine si Léandre ne s'était rendue compte de comment elle avait réagi. Obnubilée par ses intérêts et sa protection, elle s'était défendue en montrant sa peur pour attirer la pitié, depuis son inconscient. Jamais elle n'aurait permis un tremblement si la situation avait été toute autre. Alors que l'asiatique se mordit la lèvre, elle reconnut cette culpabilité en elle. Certes, elle était consolatrice mais ce n'était pas forcément ce que Léandre voulait obtenir d'elle. Ne voulant pas apaiser les tensions, l'italienne ne voulait pas non plus apaiser ce contact qui la gênait, ni apaiser cette dispute puisque c'était du temps avec quelqu'un. Elle ne la connaissait pas, certes, mais ainsi pouvait-elle l'étudier comme elle en rêvait toujours, en examinant ses réactions et en admirant son visage sévèrement serein. À l'instant, cette dernière semblait mieux faire preuve de contrôle alors que l'autre s'était vanté du sien et avait reproché celui de sa voisine.

    — Je vois. J'en suis donc navrée. Mais je suis aussi désolée de vous annoncer que je suis ferme. J'aurais du mal à fonctionner autrement que vous analysez.

    Effectivement, elle se canalisait difficilement et malgré l'aide que la jeune femme voulait lui apporter par des moyens inconnus ou occultes, elle rougissait de plus belle plutôt que chercher à l'écouter. Les rôles s'étaient en quelque sorte inversés en quelques fragments de secondes ; comme si Léandre n'était plus maîtresse des lieux parce que la brune l'avait amené dans son territoire et qu'elle passait justement sur son territoire charnel.

    — Je ne veux pas paraître acerbe mais est-ce vraiment nécessaire de me toucher ainsi ? Je ne pense pas que vous le faîtes vraiment inconsciemment.

    Approximativement, elle aurait pu déduire que les doigts sur sa joue étaient producteurs de corps étrangers qui la chatouillaient. Sa raison lui disait clairement non, que c'était irritant plus qu'autre chose mais son coeur penchait pour l'accepter, l'apprécier. Ce que, du bout des doigts, l'apparente nécromancienne insufflait en elle, la rendit plus docile et moins colériques, estompant sa façade colérique qu'elle portait pourtant fièrement comme la médaille d'un soldat après la guerre. Elle n'était pas du tout fausse, ni dans l'excès mais au naturel et sans le maquillage, ses joues étaient couvertes de tâches de rousseur de rougeurs exprimant son comportement bien plus pudique, bien plus conciliant.
    Elle se qualifiait de ferme mais c'était une première apparence pour illustrer sa méfiance. Elle ne lui faisait toujours pas confiance mais elle n'était pas méfiante non plus. Après tout, la brune ne l'avait ni frappé, ni caressé plus que cela. Filomena n'était pas à l'aise mais résidait un peu moins dans ce stade défiance.

    Mais c'était étonnant de poser cette question à elle plutôt qu'à sa voisine qui semblait agacée, il y a quelques minutes, par son comportement, prétextant que Léandre se jouait d'elle. En somme, il n'y avait aucune notion de réciprocité. Trop d'efforts et pas assez à la fois ; pas assez de contrôle mais de temps à autre, beaucoup ; beaucoup d'ouverture au premier abord puis s'en vont... et reviennent. Elles n'étaient jamais le même diapason.

    — Pensez-vous que j'ai fait ça par pur hasard ou juste pour vous tirailler ? Croyez moi, je ne veux pas votre mal ni de taquineries.

    Elle déglutit en prononçant cela. Si l'amatrice cherchait à l'aider, elle devait saisir cette chance. Après tout, c'était ce qu'elle avait désiré ; elle n'allait pas faire des caprices sur le toucher ou autre. Léandre se positionnait sur les sacrifices. C'était la meilleure solution : « Se blesser, suer pour réussir. »

    — C'est un peu stupide à entendre de la part d'une parfaite inconnue mais votre solitude m'inquiète. Je ne la comprends mais je la ressens, si on peut dire ça comme ça.

    Mais trop d'honnêteté n'était jamais blessant pour Léandre. Elle n'avait pas peur d'être mal vue. Elle avait juste peur qu'on la rejette dans une autre case et qu'on prétende qu'elle ne peut pas être comme les autres en étant elle-même.
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    #19 le 08.07.17 13:30




    Tu n'es qu'une pâle estampe
    Léandre Delacour


     
    Je m’étais éloignée d’elle, espérant qu’elle utilise ses pouvoirs sur moi, qu’elle me libère de son enchantement. Mais à la place elle semblait rougir, rougir et parler encore et encore. Pour ça Léandre ne manquait pas de mots. Elle avait toujours quelque chose à me dire et finalement j’apprécias cela en elle, même si j’aurais souhaité aborder un autre sujet que ma propre personne.  Au moins elle était consciente de sa propre analyse sur moi, consciente et désolée d’être dans la quasi obligation d’être ainsi enfin de me comprendre. Mais pour le coup c’était moi qui ne comprenais pas. En faisait-elle autant avec tout le monde ? Avec chaque personne qu’elle rencontrait ? Car finalement nous n’avions échangé que quelques mots qu’elle était déjà en train d’essayer de structurer mes pensées.
    Mais mon comportement par la suite n’avait pas été des plus compréhensif non plus et je lui devais sans doute une explication pour tout ce qui s’était passé ce soir et se passait encore actuellement.

    - "Je pense que vous l’avez compris mais je suis une nécromancienne. Je contrôle les émotions des gens et peut influencer les miens. Mais j’ai eu énormément de difficultés avec eux. Ils m’ont rendu parfois folle, parfois insensible. Aujourd’hui j’en ai un total contrôle, mais c’est de moi-même dont j’ai peur. Vous m’avez parlé de froideur, et je vous l’accorde, j’essaye peu à peu de construire des murs autour de moi, des murs me permettant d’être plus seule, plus forte lorsque je ne suis pas entourée. J’ai la capacité de faire mal aux autres et j’aimerais éviter au maximum."

    Je soupirai encore un peu m’éloignant d’elle un peu plus.

    - "Ce soir vous avez touché un point sensible, un point dont je ne voulais pas parler et que je voulais garder au fond de moi. Et vous m’avez mise en colère ce qui a été accentuée par mes dons. Dons qui ont fait de vos serveurs de vraies furies. Et pour cela, j’en suis réellement désolée."

    Elle essayait de me comprendre, je le voyais bien mais je n’étais pas certaine de le vouloir non plus, cette femme me faisait peur. Clairement peur car elle avait sur moi un emprise que je n’appréciais pas.  Je n’aimais pas que l’on sache tout ça de moi. Ça me rendait faible et je l’avais été assez bien longtemps à mes yeux.

    - "Pour ce qui est de ce contact, je m’en excuse également." Je rougis. "Je devais vous toucher pour nous calmer, pour que l’on puisse échanger normalement, sans rancoeur dû à cette soirée et a tous ces évènements. Le contact était obligatoire pour que j’y arrive. Et puis je voulais retrouver mon bras.. "

    Malgré son attitude désinvolte, malgré son envie de tout contrôler, j’appréciais ses mots, son inquiétude envers moi. Parce que finalement il était rare que les gens s’inquiètent, ou le montre. Seul Etsu avait cette envie de prendre soin de moi. Mais aujourd’hui c’était elle qui avait besoin d’aide et je n’avais plus personne à qui parler.

    - "Je vous remercie pour votre considération. Vous semblez être quelqu’un de bien un peu impulsive mais ce n’est pas moi qui dirait quoi que ce soit la dessus. Je n’aime pas les conflits et agir de la sorte, j’espère que vous me pardonnerez un jour pour votre exposition. "

    Je lui souris timidement, me mordant la lèvre. Ah ce vieux tic de la gène, cela faisait longtemps que je ne l’avais pas vu ici.  Je voulu parler plus, faire la paix avec elle peut-être même, quand j’entendis de l’agitation dans la rue principale.

    - "Restez là, je reviens."

    Pourquoi revenir vers elle ? Ah oui mon bras sans doute. Furtivement je courrai vers l’extérieur de la petite ruelle tout en longeant les murs. Ma tête passa discrètement sur le côté enfin d’en savoir plus sur ce qu’il se passait.  Une patrouille de mangemort était là accompagnée de quelques invités de la soirée.

    - "Oui, ce sont les serveurs qui ont tout provoqué. Ils ont commencé à se battre dans l’établissement, sans raison, et ont tout détruit. Ils s’en sont même pris à nous.  C’était terrifiant, on aurait cru des bêtes sauvages." Il marqua une pause et son visage prit une forme très étrange, médisante presque. "Ça ne m’étonnerait pas que la conservatrice soit de mèche vous savez. Elle nous a quasiment ignoré de toute la soirée. Si elle faisait attention à ses employés aussi.."

    S’en était trop. J’avais déjà assez causé de tord comme ça. Il fallait que je me rattrape. Alors je tournai la tête vers Léandre et la rejoignit rapidement. Je lui mis alors ma carte dans la poche.

    - "Je n’ai pas le temps de vous expliquer mais je dois réellement y aller. Prenez ma carte et appelez moi. V-Vous devez me rendre l’usage de mon bras."

    Dans une impulsivité et sans doute par culpabilité je posai alors ma main sur son épaule, avec tendresse, avant de repartir dans la direction opposée, me rendant une nouvelle fois devant le musée, près de la patrouille.
    Je m’avançai alors vers les quelques colporteurs.

    - "Veuillez m’excusez messieurs dames, mais je trouve ça réellement ignorant de votre part de me confondre avec mademoiselle Delacour. Celle qui a brillamment gâché la soirée, c’est moi. Ayez un peu de respect voyons. Vous êtes tous si manipulables et ignares. Cela en serait presque drôle."

    Un léger rire sadique sortit de moi. Mon dieu qu’il était difficile d’avoir ce comportement. Je ne comprenais vraiment pas les gens pouvant se permettre ce genre de commentaires naturellement. Je me tournai alors vers Sam, un collègue mangemort à moi que j’avais reconnu. Je m’approchai de lui tout en lui faisant signe de ne pas dire un mot. Son regard acquiesça pour lui et je lui murmurai quelques phrases à l’oreille.

    - "J’ai déconné ce soir Sam. Mais rien de grave n’est arrivé. Passe moi les menottes s’il te plait, la réputation du musée et celle de la conservatrice ne doivent pas être remis en cause. Allez dépêches toi."

    Il me retourna alors et me plaqua face la première contre la voiture. Il me passa les menottes avec difficulté.

    - "J’espère que tu sais ce que tu fais Ael." Il haussa la voix. "Ael Shanks, vous êtes en état d’arrestation pour abus de pouvoirs, manipulation et destruction de biens publiques. Fermez-là et entrez dans cette foutue bagnole." Il regarda alors les invités qui ne se gênaient pas pour me fixer des plus intensément possible. "Allez messieurs dames, vous pouvez rentrez chez vous, la situation est sous contrôle, nous avons arrêté le coupable."

    Je le vis entrer dans la voiture. Il démarra et avança la voiture, sans un mot pendant quelques kilomètres. Il s’arrêta et me passa les clefs des menottes dont je me défis.

    - "Je ne veux pas savoir ce qu’il s’est passé. Tu as de la chance d’être tomber sur moi Ael. Je te ramène chez toi."

    Je lui souris alors, coupable mais reconnaissante.

    - "Merci Sam."




    Avec : Léandre Delacour
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    BY MITZI
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    #20 le 09.07.17 0:36
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    Sa faculté pour analyser les gens s'était étendue à devenir une passion. Elle espionnait tout de ce regard si aigu sans pour autant dévisager autrui d'une mauvaise manière — certes, certains apriori prenaient le dessus pour qu'elle adopte un jugement primesautier — de sorte à comprendre une personne et la ranger, sans pour autant s'adapter. Léandre n'était pas un caméléon et la procédure restait la procédure. Jamais elle n'agissait différemment pour quelqu'un d'autre. Sa méthode d'approche pour cette femme s'était avéré différente seulement dans la provocation puisqu'elle ne lui dévoilait pas tout ce qu'elle voulait, c'était seulement en ça qu'une part changeait puisque d'autres étaient bien moins secrets mais du coup, bien moins intéressants.

    Quand la serrure de cette femme s'était ouverte, elle avait pu sentir le fer et l'or de son coffre chauffer d'une ire presque insurmontable. Mais, toujours, le jeu en valait la chandelle et même s'il y avait des rimes dans les cicatrices et les sacrifices, elles menaient toujours vers les prémices d'un bénéfice.
    L'or n'était plus aussi fondant et à présent, Léandre fut en mesure de le palper de ses doigts, de le toucher, par la force du mental, la concernant, bien entendu. Si ses hypothèses n'en étaient que jusque là, les certitudes se concrétisant, elle put ainsi être sûre qu'elle n'avait pas fait fausse route compte de la fragilité émotionnelle mais secrète de cette asiatique. Elle lui attestait d'ailleurs clairement maintenant, une fois reposée. À priori, les fortifications étaient nécessaires pour la canaliser et éviter de blesser mais Filomena n'était pas d'accord. Pour elle, la brune se blessait elle-même à se confronter à ces propres murs.

    Connaître maintenant la vérité semblait davantage inquiétant. Elle se mordit la lèvre, par compassion, ne trouvant pas vraiment les mots pour gérer les maux de cette victime d'elle-même. La meilleure chose était peut-être de se montrer attentive à la recluse et lui offrir de l'attention. Elle n'était pas douée dans ce domaine, préférant faire tourner les choses à sa façon mais elle était toujours prête à faire des efforts, non pas pour se changer elle-même mais pour changer le cours des choses car seul le monde bouge. Léandre est trop têtue, était  trop stoïque face à elle. Elle se permit un geste pour replacer sa mèche rousse qui la gênait, pas attachée dans le reste de sa coiffure travaillée par un peigne laborieux.

    Plus l'italienne cherchait l'autre du regard, cette dernière reculait bien qu'elle expliquait encore, défaisant le contact dont elle n'avait pas souhaitait. Cependant, loin d'être émétique, elle devait reconnaître que le toucher avait été médicamenteux et soulageant pour elle. S'en défaire n'était pas mauvais mais pas bon non plus alors elle ne changea toujours pas d'expression, la fixant encore de la même manière. C'était peut-être ce qui la gênait le plus pour qu'elle s'envole et s'éloigne, fragilement, comme une hirondelle, touchée sur l'aile ; son « point sensible » pour qu'elle puisse encore voler mais elle s'enfuit tout de même de ses propres moyens, affaiblie.

    La plus petite essaya de regarder ailleurs. Elle n'avait pas peur mais avait plus peur de réveiller de nouveau ses barrières qu'elle ne voulait pas que la brune s'impose. Aucune crainte pour cette dernière, ses seuls doutes résidaient dans le fait qu'elle pouvait de nouveau ériger ses barrières si elle était trop provocante alors elle se calma et porta ses yeux contre les pavés humides, émanant des égouts, de cette rue peu éclairée et peu exposée.

    Néanmoins, on pouvait distinguer que l'amatrice rougissait  pour se justifier, un peu vélléitaire, se demandant probablement si elle devait se retirer ou non. Mais l'excuse du bras fut bonne pour engager la rousse à le faire. Par politesse et pudeur, la coupable n'osa cependant le saisir, attendant plutôt une autorisation au lieu d'atteindre des dégâts ultimes qui auraient pu détruire ces instants de repos entre les deux guerrières. Elle le contempla juste, admirant sa fermeté qui expliquait la force brutale qui l'avait cloué à ce mur de briques, elle, si fragile. « Si femme » aurait-on ricané même. Mais voir qu'une femme s'était chargé de la remettre en place et la traitait de désinvolte ne lui déplaisait pas, au contraire. Le sourire mince, le bord de ses lippes se releva tout de même. Être nyctapole aurait nécessaire pour distinguer ce changement d'émotion elle qui avait été opéré par la brune via un transfert d'émotion apaisante.

    À son tour, la victime se mit à meurtrir sa lèvre à son tour. Un tic semblable à celui de Filomena qu'elle nota mais peut-être n'était-il pas dû aux mêmes raisons. Cependant, elle se montra moins bavarde après ça, comme sa comparse qui n'avait plus dit un mot jusque là.
    Hélas, ce n'était pas elle qui coupa la conversation mais des murmures citadins ou d'autrui, étranger à la discussion d'accalmie qui s'était déroulé entre elles. Sans doute était il mécontent de retrouver un peu de paix et voulait la perturber puisque l'inconnue somma Léandre de patienter. Mais elle ne connaissait pas la jeune femme, du moins, pas assez encore. Polie mais peu encline aux règles, elle bougea de quelques pas pour la suivre et l'espionner. Elle n'allait pas lui permettre de fuir alors qu'elle était si près.

    Prudemment, la rousse s'avança pour tracer la route du retour qu'avait parcouru cette femme, toute aussi espionne. À sa différence, Filomena ne pouvait pas distinguer la discussion — au moins, elle put distinguer un bavardage entre humains — qui se déroulait devant les yeux aux aguets de l'espionne qui, finalement, se retourna vers elle. Trop pressée, elle ne put remarqué le déplacement de Léandre ou ne se permit pas quelques secondes pour le lui reprocher. Après tout, elle avait d'autres reproches à lui faire mais ça serait pour plus tard.

    Si l'inconnue connaissait son nom, maintenant, Léandre connaissait son nom mais aussi son numéro de téléphone via une petite carte qui était devenu coutume d'offrir pour faire passer en excuse une invitation désirée. Par là, Léandre comprit que cette dénommée Ael voulait poursuivre leur échange et que laissait ses murs en rideaux amovibles pour elle ne lui déplaisait pas. Elle finit par sourire pour cette raison mais aussi pour la suivante :

    — Ael. C'est un très joli pré...

    Au pied de la lettre, elle avait fait de ses phrases quelque chose de performatif. Elle était en urgence mais surtout, elle était partie. L'apposition de cette main sur son épaule osseuse l'avait interpellée pour qu'elle relève la tête sur sa fuite.
    Directement, la rousse fit de sa cascade chevelue une onde qui courrait dans la rivière nocturne à la poursuite d'une autre femme qui, curieusement, se délivrait à une bande de policiers. Léandre changea les rôles et les acteurs. Cette fois-ci, elle, prit le rôle de cette espionne indiscrète qu'avait été Ael durant quelques secondes le temps d'écouter. En revanche, la brune resta toujours cette victime. Victime, non pas d'elle-même comme elle le prétendait mais victime du monde. Victime du monde de Léandre.

    Les yeux de la rousse s'écarquillèrent devant cette scène qui lui plaqua une idoine culpabilité à la face. La responsabilité dans la destruction du musée était complexe, vraiment. L'actrice d'un tel chaos avait été Ael mais la manipulatrice inconsciente, c'était Léandre. Ficelles de squelette qu'elle étend jusqu'au cerveau d'une autre, Léandre était toxique jusqu'au bout des ongles. La langue bien pendue n'avait été que des remords parce qu'elle avait du ravalé sa salive. Et quand elle voulut s'avouer coupable de ses crimes, elle dut la ravaler tout aussi amèrement.
    Elle ne déglutissait pas et se mit à courir en direction de la voiture qui filait désormais au loin. Malheureusement, sa petite stature chuta à cause de l'handicap qui lui retombait. Des talons ? Certes, elle en portait mais le fardeau de cette implication était bien gros. Elle se retrouvait maintenant à genoux, à chercher à se repentir vers cette automobile foudroyant la nuit de ses phares.

    — Attendez ! hurla Léandre.

    Son bras se leva comme pour attraper ce qui ne devenait plus qu'un point dans la nuit.

    Un silence qui fut vite coupé par un ronronnement de gorge d'un des visiteurs du musée qui s'était joint à un groupe assez influent. Ils la jugeaient, elle, plus bas que terre maintenant, la robe courte maintenant humide à être tombée.
    Pour les mesurer, la conservatrice se releva en s'époussetant inutilement l'avant de ses cuisses. Elle se fichait strictement de leur avis, quand bien même leur regard était acerbe. Elle n'avait rien contre les hommes spécialement mais la société patriarcale avait fait que tous ces critiques de haut rang en étaient. La plupart portait des lunettes qui brillaient et ricanaient de la voir déchue. Dans leu peu de dignité qui lui resta, elle s'approcha d'eux et resta amèrement hypocrite. Cependant, son ton restait assez froid alors qu'elle était hôtesse.

    — Je suis navrée mais je me dois de fermer le musée pour le reste de la nuit. Je dois appeler d'urgence les directeurs pour les réparations mais surtout pour des explications étant plus complexes que ceux qu'elles sont.

    — Ne vous donnez pas cette peine. Nous n'étions là que pour regarder les pièces que vous aviez exposés mais votre attitude s'est révélée être plus... « intéressante » lorsqu'on a remarqué votre disparition pour cette femme, dans l'allée, plutôt que l'évacuation des lieux. Nous serons ravis d'en faire part à vos supérieurs à votre place.

    Bande d'enfoirés.

    Le groupe de critiques partit, ricanant d'avoir passé une soirée digne des meilleures ou alors pires montagnes russes. En tout cas, les sensations avaient été trop fortes pour qu'ils hurlent sur tous leurs critiques l'appel au remboursement bien que l'entrée fut gratuite.
    Les mauvaises publicités courant sur le musée Nezu, le renvoi de Léandre Delacour fut d'autant plus gratuit.

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