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#1 le 06.02.17 9:18

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Rien à faire. Je n'arrivais décidément pas à dévier mes prunelles de ce spectacle sanglant. La salle de bain – ou du moins le lavabo et une bonne partie du miroir qui le surplombait –  était éclaboussée de sang ! Que ce soit de l'hémoglobine véritable – j'en doutais mais tout était possible dans ce foutu monde – ou de la sauce tomate en boîte, la scène était vibrante de réalisme. L'auteur de ce méfait avait semble-t-il souhaité recréer à l'identique une horrible scène du célèbre roman de Stephen King, dont le personnage principal était un affreux clown sanguinaire, allant ainsi de paire avec le thème de notre appartement. Lorsque je dis "auteur de ce méfait", il ne fait bien entendu aucun doute que tous mes soupçons se tournent vers une seule et unique personne : Domen...
J'avais d'abord observé tout ça comme n'importe quelle personne l'aurait fait en pénétrant dans la pièce au sortir de sa sieste : avec un air ahuri et hébété. Puis, une fois les battements de mon cœur apaisés, j'avais fini par ronger mon frein, m'empêchant de hurler à l'adresse du petit plaisantin. Où était-il cette fois ? Caché derrière le canapé avec un masque de clown, attendant que je me tourne pour crier BOUH ?

La sonnerie du téléphone me sort momentanément de ma torpeur et, abandonnant l'idée de taper du poing sur la table pour engueuler mon colocataire – ça n'était pas vraiment mon genre de toute manière –, je regagne ma chambre pour récupérer mon smartphone et m'enquérir du message qu'on m'avait laissée. Encore une fois, mon cœur manque un battement lorsque je lis le prénom de son destinateur. Lynn !? Est-ce qu'elle a un problème ? ne puis-je m'empêcher de penser, cette impression s'amplifiant d'autant plus lorsque je comprends que la jeune fille est attendue dans le bureau du superviseur vampirique en personne. Ni une ni deux, je réponds un bref : « OK j'arrive ! » à la demoiselle et m'empresse de me préparer pour la rejoindre.

Cinq minutes plus tard – oui, je m'étais habillée et coiffée en quatrième vitesse et j'avais dévalé les marches comme une sprinteuse jamaïcaine jusqu'au premier sous-sol –, j'attendais sagement devant le bureau du Vampire. Lynn n'était pas encore là. Et si elle était entrée sans moi ? Non... elle ne m'aurait pas fait venir sinon. Devrais-je... toquer ? Non il valait mieux encore attendre. A quoi ressemblait ce fameux Akio Yamada dont Joshua m'avait déjà parlé, parfois – souvent même ~ – pas en bien... ? Tant de questions qui restaient sans réponses...
Et dire que je vais laisser Lynn s'engouffrer dans l'antre de la bête d'une minute à l'autre !, songé-je en entortillant mes longues mèches brunes entre mes doigts, de manière à en faire une tresse lâche et pour le moins négligée, à l'instar du reste de ma tenue d'ailleurs. Exit les fringues sexy habituelles ; dans ma hâte, je n'avais enfilé qu'un jean et un t-shirt noir basique, laissant de côté mes talons pour privilégier, plus pragmatiquement, mes vieilles tennis.

A mon grand soulagement, la jeune vampire ne tarde néanmoins pas à montrer le bout de son nez constellé de jolies petites tâches de rousseur. M'efforçant de lui sourire, autant pour la rassurer elle que moi, je lui fais la bise et la laisse ouvrir la porte du bureau, m'y engouffrant à sa suite dans un silence religieux. Mes prunelles parcourent distraitement la pièce, somme toute assez sobre comparée à n'importe quelle autre endroit dans cette agence, puis je dévisage placidement le grand brun, détaillant les traits de son visage, à la fois fin et emprunt d'une dureté implacable. Mes iris azurés s'attardent sur son regard noir hypnotique et je baisse finalement les yeux, gênée, même si je fais passer ça pour un signe de tête pour le moins révérencieux.

« Bonjour... », me contenté-je de murmurer une fois les présentations faites, suivant ensuite la jeune fille pour m'installer sur le fauteuil d'à côté, face au bellâtre et à son sourire que je devinais affable.

Comme toujours, mon visage blasé ne trahit rien de mon trouble et pourtant, je pouvais presque sentir la nervosité de ma voisine qui triturait sa jupe sans même s'en rendre compte. Avec douceur, je tends discrètement la main pour venir effleurer la sienne du bout des doigts, la pressant légèrement pour l'inciter au calme. Pour l'instant, tout se passait à merveille, non ? Et puis il n'avait pas l'air si terrible ce type...

Pour l'instant...


Spoiler:
Je sers pas à grand chose déso