Invité

#1 le 09.03.17 0:11

avatar
Invité
saul & maliva
Take me away from reality.
La nuit était douce et ses pas légers. Il marchait sans trop penser, quoi qu'il ne puisse s'empêcher de regarder à droite et à gauche les autres passants, les gens s'agitant ou ceux qui, comme lui, prenaient leur temps pour aller dieu seul sait où. Les rues étaient encore éclairées par les enseignes des différentes boutiques, mais il n'y portait guère d'attention. Peut-être semblait-il perdu, mais au fond il ne l'était pas vraiment ; Sa destination se trouvait à quelques mètres de là et il s'y était déjà rendu quelques fois auparavant. Une boutique parmi les autres, quoi qu'il y soit rentré un peu par accident la première fois, cherchant à se cacher d'un orage soudain, il avait été curieux et s'était vaguement entretenu avec la propriétaire ; Elle avait quelque chose de mystique, quelque chose d'inconnu pour un jeune fantôme comme lui. Tout de ce monde avait quelque chose d'inconnu à ses yeux. Il découvrait à chaque jour les mystères de l'au-delà et elle en faisait partie. Lorsqu'il était entré la première fois dans sa boutique, il avait eu comme une drôle d'impression. Un malaise. Il s'était senti au mauvais endroit, pas à sa place, puis soudainement s'était souvenu qu'il n'était à sa place nulle part. Il n'avait pas d'endroit pour lui. Constat fait, il s'était finalement intéressé à l'endroit et à elle ; Maliva. Elle l'avait fasciné d'un seul regard, comme les œuvres d'art dans un musée il n'avait su comment poser les yeux sur elle sans la dévisager ; Sans malice, évidemment, sans méchanceté, simplement par curiosité et une pointe d'admiration.

Lui n'avait rien d'unique, il n'était qu'un fantôme, un mort et pas des plus intéressants. Un mort triste, jeune et misérable, un mort malheureux, mais certainement pas un mort qui vaut le détour. Il y avait de ces fantômes qui avaient des choses à raconter, qui avaient vécu fort longtemps et dans ce monde encore plus. Secrètement, il s'intéressait à eux, sans même se l'avouer à lui-même. C'est cependant ce qui l'avait fait rester, puis revenir dans cette boutique. Maliva était une chimère et une nécromancienne, elle n'avait rien d'un fantôme ennuyeux et banal. Elle avait vécu plus deux deux cent ans et elle le fascinait, tout simplement. Rares étaient les gens dont le savoir ou dont les paroles avaient une forme d'intérêt à ses yeux ; Il était ainsi, tout simplement. Sa vie mortelle lui avait appris qu'il ne partageait rien avec "ces gens là" et même avec elle, que partageait-il ? Pas grand chose, et pourtant ses pas l'avaient emmené jusqu'à la porte de sa boutique une fois de plus. Hypnotisé.

Peut-être était-ce pour sa gentillesse qu'il revenait, qui sait ? Peu de gens avaient été tendres avec lui de son vivant, peu de gens avaient eu envie de lui sourire car lui-même ne souriait pas. Pourtant elle ne l'avait pas chassé de sa boutique et elle avait eu bonne âme pour lui. Alors il revenait toujours, sans chercher vraiment à comprendre ; Sa main s'était posée sur la porte pour la pousser doucement et il pénétrait dans la petite boutique.

Ses doigts quittèrent doucement la porte qui se refermait derrière lui et des yeux il chercha l'apothicaire. Ne la voyant pas directement, il se dit qu'elle devait être à l'arrière boutique, mais certainement que la bruit de la porte la ferait apparaître rapidement. Saul profita donc de ce nouvel instant de solitude pour s'approcher des étagères, observant la marchandise que vendait Maliva. Il y avait un peu de tout, mais surtout des drogues et quelques potions variées aussi. Il ignorait ce qu'elles pouvaient bien procurer comme effet, mais bien que sa curiosité le titille à ce sujet il n'osait pas imaginer trop de folies. À la place, il se contentait de tourner doucement les flacons pour remettre les étiquettes du bon côté et pouvoir lire ceux-ci ; Parce que regarder ça n'avait jamais tué personne.

Alors qu'il effleurait du bout de son doigt un flacon dont le contenu avait une couleur vive, il entendit un bruit derrière lui. Sans réaliser qu'il s'agissait évidemment de la propriétaire, il sursauta un peu, faisant vaciller ledit flacon sans que celui-ci ne tombe, retenu de peu par l'une de ses grandes mains. Alors il releva les yeux vers la femme, l'air un peu embarrassé sur son visage naturellement fort peu à l'aise.

« Ah... Bonsoir Maliva.. »

Il ne savait jamais vraiment comment se tenir, comme si son corps et son esprit s'étaient mis de pair pour lui retirer à tout jamais la chance d'être à l'aise en la présence d'autrui. Il replaça doucement le flacon coloré à sa place, puis passa distraitement une main dans ses cheveux trop longs qui tombaient sur ses épaules frêles. Comme à chaque fois, il ne la regardait pas directement dans les yeux ; C'était pareil avec tout le monde, il en était incapable. À la place il fixait un peu le vide derrière elle, sans vraiment regarder quoi que ce soit..

« En fait.. J'étais un peu dans le coin et j'me suis dit que j'pouvais passer.. » Demi-mensonge, il s'ennuyait chez lui et avait décidé de venir ici malgré l'heure quelque peu tardive, en espérant s'occuper un peu l'esprit. Se l'occuper avec autre chose que ses pensées sombres, autre chose que des bouquins sur l'au-delà où il se trouvait et, surtout, autre chose que ce manuel de Japonais qu'il étudiait depuis son arrivé ici. Ça, c'était le pire. Avec Maliva, il pouvait parler anglais et c'était une autre de ses qualités. « Je t'embête pas j'espère..? »

Elle ne l'avait jamais chassé, évidemment, et elle ne l'avait jamais traité comme un moins que rien, bien qu'il ait traîné là de longs moments sans jamais vraiment être l'un de ses clients. Pourtant, il demandait toujours, car il était fait ainsi ; Les gens lui faisaient peur, Maliva tout autant que les autres. Elle était plus douce, certainement, curieusement intéressante aussi, mais il n'arrivait pas à s'enlever de la tête l'idée qu'elle se contente de le supporter.
Invité

#2 le 18.03.17 15:38

avatar
Invité

La journée avait été très fructueuse comme d'habitude. Peut-être même davantage qu'en temps normal. Cela arrivait souvent que des vagues de clients débarquèrent subitement au sein de l'échoppe de Maliva pour pouvoir rafler toutes les potions disponibles car ce n'était pas très aisé de trouver des aphrodisiaques dans l'au-delà à vrai dire. La métisse semblait en effet être la seule à en vendre. Il était donc normal que ses potions s'épuisaient comme de véritables petits pains. La boutique était désormais normalement fermée aux nouveaux clients vu l'heure tardive bien que l'entrée demeurait ouverte. Ce n'était pas dans la politique de Maliva de fermer à clefs l'échoppe tant qu'elle s'y trouvait encore. La demoiselle était néanmoins occupée à réaliser l'inventaire de tout ce qui lui restait et qu'elle devait se hâter de réapprovisionner dans la petite pièce située à l'arrière de la boutique. Elle notait tout de manière scrupuleuse et soignée afin d'éviter la moindre erreur ou un malencontreux oubli.

La petite clochette de la porte d'entrée carillonna subitement ce qui la surprit et la déconcentra dans son inventaire. Elle alla sur le champ se rendre dans la pièce principale de l'échoppe pour voir ce qui se passait et vit aussitôt Saul. Elle lui adressa un chaleureux sourire. Le bout de chou ne lui avait pas rendue visite depuis un moment et commençait à lui manquer. Maliva ne pouvait s'empêcher de l'assimiler à un petit enfant en manque de tendresse et d'attention. La demoiselle se rapprocha alors de lui sans plus tarder et l'enlaça très tendrement à l'instar d'une mère préoccupée par le retour beaucoup trop tardif à son goût de la chair de sa chair. La métisse avait décelé un certain malêtre en lui. Il ne pouvait pas le lui cacher, surtout à passer au sein de son échoppe à une heure aussi incongrue.

Bonsoir Saul. Bien sûr que non que tu ne m'embêtes pas. Tu seras toujours le bienvenue ici voyons. Raconte-moi ce qui ne va pas. Je me doute bien que quelque chose te perturbe pour venir à une heure aussi tardive.

Elle lui ébouriffa tendrement la tignasse puis alla verser dans un verre une potion dont le goût serait celui de sa boisson préférée dès la première gorgée. Un petit artifice qui remonterait certainement le moral de Saul. La demoiselle revint vers le jeune fantôme avec le verre à la main qu'elle lui tendit généreusement. Elle avait encore envie de le serrer dans ses bras parce qu'elle le trouvait carrément trop adorable mais se retint. Peut-être que le lémure n'apprécierait pas autant d'affection de sa part même si c'était plus fort qu'elle. La métisse se montrait encore plus attentionnée envers les plus jeunes. Cela lui faisait de la peine de voir leur vie au sein du monde des vivants écourtée de manière aussi abrupte, tout comme la sienne.

Bois. Cela te fera le plus grand bien je te le promets.

Origami