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#1 le 25.01.17 22:48

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         Tali & Yû

        Boire les étoiles au goulot était une technique pour bloquer la machine temporelle

         

         Dans les vapeurs de sucreries deux ombres rient. Dans les effluves de parfum à la vanille, deux êtres brillent. Deux loupiotes assises sur un tapis de nuages ocres, ceux que l'on attrape les jours heureux. Ceux qui font briller les yeux et font vibrer les cordes vocales. Au milieu des couleurs tamisées un peu partout, qui flottent dans l'air et virevoltent. Papillons fébriles, prêts à disparaître en un instant. Ce sont les lucioles de Tali, ça, ses lampes un peu magiques, un peu bizarres, un peu comme elle. Fébrile et prête à disparaître au moindre impact. Mais impact c'est moche comme terme, c'est militaire, et la guerre ça aussi c'est moche, alors on va appeler ça caresse. C'est Talitha, ça, les caresses. Et puis dans tout ce bazar d'odeurs et de lumières, il y a la musique, celle que son bonhomme de pain d'épice a choisi parmi tous ces vieux disques. Vous savez, les grands disques qui tournent et qui ressemblent à des éclipses lunaires. C'est son côté de l'ancien temps, le côté vieux bibelot de Tali. Toujours à la traîne, toujours en retard sur c'qui se passe dans le monde. Toujours dans le vague pour nager dans le réel. Et y a croissant de lune. Croissant de lune, parce que ses cheveux sont aussi pâles que la dame du ciel et que son sourire est aussi beau qu'un croissant fait maison. Les croissants de l'enfance, ceux qu'on mange si vite qu'on a pas vraiment eu le temps de les apprécier correctement. Son bonhomme en pain d'épices qu'elle aime l'appeler, parfois, Talitha. Parce qu'il a l'air aussi doux et moelleux que du pain d'épice, aussi sucré et mielleux que son sourire. Il est en pâte d'amende, Yû, tellement doux que je suis sûre que la lune le jalouse, qu'elle se dit Talitha alors qu'elle se tient les côtes, par peur qu'elle s'envolent sûrement, en riant à pleins poumons.

C'est ça son pouvoir à Yû, en vrai. Pas besoin d'être nécromancien. Pas besoin de baguette magique. Il a juste besoin de faire son croissant de lune et Tali se met à rire. Et ça fait du bien, hein Talitha ? De rire à gorge grande ouverte, de laisser passer ton rire de cristal sans devoir l'inspecter avant. Pour elle, rire comme ça, c'est chanter. Chanter de joie. C'est drôle comme une seule personne arrive à faire voir le jour à une étoile ne vivant que la nuit. Cette personne, c'est ce Yû. Ce Yû et ses costumes, ce Yû et ses lunettes noires, qu'elle aimerait parfois enlever par curiosité. Juste pour voir un peu la lumière qu'il possède dans les yeux. Il vient souvent maintenant, en plus, te faire sourire. Souvent tard. Et ça la touche, parce que les gens, pas les clients, mais les gens que qu'elle aime ils passent pas si tard dans le noir. Ils dorment. Parfois, ils débarquent sans prévenir, comme des bateaux en train de couler il faut alors que qu'elle les sauve de la noyade. Mais Yû, il vient comme ça. Juste comme ça. Elle se demande pourquoi, Talitha. Pourquoi vient-il depuis maintenant un mois ? Presque chaque nuit, sans jamais aucun lapin. Est-ce que des oreilles de lapin en nuages lui irait bien ? Et son rire s'échappe à nouveau.

Pour lui, elle avait installé un coin duveteux dans la boutique. Mais elle n'a pas encore terminé les sièges alors pour l'instant on s’assoit à même les nuages d'or. Elle aime bien Tali, ça fait pique-nique, ça fait convivial. Une tasse de thé à l'essence de vanille et au caramel dans les mains. Parfois, quand Yû est là, elle espère secrètement qu'aucun client ne vienne. Comme quand on observe deux oiseaux en train de chanter, si un pas est fait, leurs chants s'envolent en même temps qu'eux. Et ça la rendrait triste Talitha, d'abandonner ses nuages ocres pour des nuages gris.

« Ah ! Yû... il se fait tard, tu ne risques pas d'être fatigué demain ? » Parfois, elle regrette un peu d'imposer ses horaires aux gens qui l'accompagnent dans la mort. Surtout quand c'est Yû et qu'il doit tenir son bar, avec l'un de ces beaux costumes et ses lunettes noires. « ...Merci de venir aussi souvent. C'est chouette. »Un peu comme toi. Merci de venir me faire rire, juste comme ça. Un sourire doux apparaît doucement sur ses lèvres couleur pivoine. Des paillettes dansent dans ses yeux en célestine. « Je me demande bien pourquoi tu t'ennuies à passer voir, aussi tard, une vieillarde comme moi, ahah.. » C'est vrai que Talitha elle est vieille. Heureusement que ça ne se voit pas, mais des fois, elle a l'impression d'être trop âgée pour ce monde. Vieille babiole qui n'arrive pas à comprendre internet et sa toile bien trop vaste. Parfois elle se demande si, comme une vieille poupée ennuyeuse, les gens finiront par la laisser au fond d'un coffre rempli de souvenirs. Les souvenirs perdurent, au royaume des morts ?

Ou se transforment-ils en poussière, comme les visages qu'ils emportent avec eux ?





HRP : J'espère que ça te conviendra~ keur sur toi
AVENGEDINCHAINS