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#1 le 20.01.17 12:16

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Prends des vacances et accorde-toi un jour de congé, Viktor, m'étais-je répété en boucle en constatant que mon réveil sonnait pour la troisième fois après deux rappels, sans être encore en mesure de me lever malgré tout. Le pouvais-je alors que je n'avais pas prévenu la clientèle ? Alors que rien n'était prévu et que je n'aurais rien à faire de ma journée en restant à l'appartement ? Hm. Une voix lointaine m'avait rappelé que c'était précisément le principe des vacances, mais l'envie de dormir, plus forte que tout, avait eu raison de mes doutes et m'avait assommé avant même que je n'enclenche le rappel du réveil pour la troisième fois. Ravagé par une nuit tourmentée où j'avais eu bien du mal à m'endormir, je me levai finalement aux alentours de onze heures, ce constat ne manquant pas de me laisser perplexe tant cela ne m'était pas arrivé depuis des années... Force était néanmoins de constater que ce n'était pas aussi désagréable que cela et au moins me sentais-je reposé pour une fois ~.

Prends des vacances et accorde-toi un jour de congé, Viktor, m'étais-je dit face au plan de travail de la cuisine après avoir traîné au lit quelques heures de plus à lire mon livre de chevet, contemplant désormais les poêles et casseroles sans trop savoir quoi me faire à manger. Une fois encore, j'avais écouté cette petite voix et avais opté pour un plat commandé qui me fut livré aux environs de 14 heures et que je dégustai devant la télévision en découvrant les programmes à cette occasion. Un peu plus et je prendrais goût à cette vie où le temps passait sans que l'on ne fasse jamais rien de constructif... Non. Il m'en faudrait beaucoup plus, car l'ennui ne tarda pas à poindre après mon repas, malgré le temps que je pris pour l'avaler. J'en étais même venu à regretter d'avoir pris à ce point mon temps alors que j'aurais pu ouvrir la boutique l'après-midi au moins. A croire que décidément, non, cette vie où le temps passait alors que l'on ne faisait rien n'était pas faite pour moi ; pas du tout. J'avais d'ailleurs fini par me réfugier dans ma chambre pour éplucher mes dernières notes sur les projets de potions en cours afin d'y réfléchir et de les peaufiner.

Prends des vacances et accorde-toi un jour de congé, Viktor, m'étais-je dit en me réveillant ce matin. Sur le papier, ç'avait été une bonne idée. Toute la matinée, ç'avait été une bonne idée et une partie de l'après-midi aussi. Et puis, aux environs de 17 heures, alors que je profitais d'un goûter modeste à grand renfort de biscuits caloriques, il était rentré. Il était arrivé et avait naturellement commencé son numéro habituel, lassant au possible. Comme toujours, il était revenu et il fallait dès lors que tout le monde n'ait plus d'yeux que pour lui. Ainsi était fait Nae. Le pire de tous mes colocataires, probablement, depuis que j'avais reconsidéré ma relation avec Royane. Le pire, tant par sa nature – concurrent, aussi mauvais soit-il ; du moins l'imaginais-je – que par son caractère – surtout par son caractère -.
A peine avait-il franchi la porte que j'avais songé à délaisser le canapé où j'étais installé pour rejoindre ma chambre et y trouver la paix. Et puis je m'étais dit que ce serait lui donner trop d'importance que de déserter les lieux sous prétexte qu'il était ici. Ne serait-ce pas un aveu limpide que de lui laisser ma place ; le genre d'aveu qui plaisait à ces petits merdeux que j'avais parfois pratiqués en de rares occasions ? Ils n'attendaient que cela : un signe capable de leur prouver que tout, chez eux, nous révulsait au plus haut point. Hors de question que je lui donne ce qu'il attendait de moi, tant par fierté que par bêtise, sans doute, alors que cette résistance improvisée avait marqué le début d'une volonté ridicule de mon côté : me montrer aussi con qu'il pouvait l'être.

Prends des vacances et accorde-toi un jour de congé, Viktor, m'étais-je dit ce matin. Mais quelle merveilleuse idée, Viktor ! me disais-je ironiquement ce soir alors que mes mâchoires ne pouvaient être plus soudées l'une à l'autre tandis que mon regard suivait les allées et venues de mon insupportable colocataire ; tandis que mon bras gauche était étendu sur le dossier du fauteuil et que ma main en griffais presque le tissu, d'agacement. Inutile de dire que j'avais abandonné l'idée de regarder la télévision au moment même où cet épouvantable casse-couille avait fait son entrée. D'ailleurs, le son lointain qui s'échappait du poste télé m'agaçait plus qu'autre chose, désormais, comme étant à l'origine d'un détestable bruit de fond grésillant. Ah les séries américaines et leurs rires exagérés et diablement agaçants... Comme cela se prêtait remarquablement à la situation !

Quelle merveilleuse idée que d'avoir choisi un jour de congé où Nae est disponible !

#2 le 21.01.17 3:01

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La douce odeur de la cannelle mixée à l'orange remonte jusqu'à ses narines et Nae abaisse doucement ses paupières, profitant de cet instant de paix, avec lui-même et le monde, portant la tasse à ses lèvres. Les deux cubes de sucre qu'il y a ajouté ont suffit à rendre la mixture plus sucrée que nécessaire, mais c'est un sourire qui apparaît sur son visage serein. Il n'irait pas jusqu'à dire que le thé a un véritable effet apaisant sur sa personne, seulement rien ne l'empêche de mettre deux secondes de côté son horrible personnalité pour apprécier une bonne tasse. Son regard se pose sur la fenêtre à sa droite et sur les passants qu'il s'amuse à observer un moment, chassant loin de lui ses pensées.

Il doit y retourner.

Personne n'aurait su deviner son tourment intérieur, dissimulé derrière son sourire narquois et les moqueries qui quittent ses lippes, à n'en plus finir, jamais à court d'une critique. Personne n'aurait pu dire qu'il lui était possible de ressentir quelque chose autre qu'un amusement certain, que dans sa poitrine glacée se cache bel et bien un cœur battant. Un léger soupir lui échappe alors qu'il repose sa tasse vide et qu'il comprend que plus rien ne le retient au café, qu'il est temps de retourner chez lui. L'irlandais n'a pas envie de mettre un pied dans cet appartement qui, loin de lui appartenir, n'a que son nom sur la porte, perdu entre quelques autres.

Nae se lève et quitte l'établissement, prêt à affronter ses propres démons ; et il n'aurait su être plus juste, quant à son destin inévitable. En levant le nez en l'air, confrontant son regard chocolaté aux étincelles dorées au soleil orangé et chaleureux, il a une petite pensée pour les occupants actuels de l'appartement, qu'il ne considère pas plus comme des colocataires que eux ne pensent de lui qu'à un bienfait. Certains ne cachent pas l'animosité qu'ils ressentent envers la nuisance qu'il représente, tandis qu'à chacun de ses passages éclairs, il ne laisse derrière lui qu'une poudre blanche au goût de glace. Ses yeux se plissent, trouvant la lumière trop forte et désagréable, puis ses pensées préfèrent se tourner vers le thé dont il sent encore la chaleur l'envahir et le réconforter.

« Je ! Suis ! Rentréééé ! » S'exclame-t-il dès que la porte est ouverte, laissant entrer sa longue silhouette, sans avoir vérifié qu'une quelconque âme se trouve à l'intérieur pour l'entendre et l'accueillir.

Sans tarder, quelques pas effectués, son attention se porte sur l'homme présent qu'il dérange visiblement. Des secondes lui sont nécessaires pour remettre un nom sur ce visage malgré les nombreuses fois que leurs chemins se sont croisés ou même que le fameux nom soit marqué sur la porte qu'il vient de traverser. Un petit sourire amusé prend place sur ses lèvres au souvenir qui lui revient et il se plaît dans cette ignorance feinte que Viktor lui inflige. Même silencieuse, l'animosité est présente et visible par le cœur. Le jeune brun n'en ressent aucune douleur, bien au contraire, cela ne fait qu'attiser son désir, augmentant son envie de se faire remarquer.

Les mots ne cessent de s'envoler de sa bouche, tandis qu'il s'active à chercher ce pour quoi il a débarqué. Nae raconte la bonne journée qu'il a eu, comme il est ravi qu'elle ait été tant productive, qu'il est fier de lui-même pour avoir réussi une simple potion mais l'une de ses premières, que ça se fête et qu'il a bien l'intention de célébrer ça au soir-même. Il expose sa vie, conscient que l'autre homme ne l'écoute probablement pas, ou que plus son flot de parole continue, plus son taux d'agacement s'élève. Ce genre de type, sérieux à l'allure froide, ont toujours un problème avec les bavards égocentriques dans son style. Il le sait, le petit nécromancien, c'est exactement pour cette raison qu'il joue cette carte dès que Viktor entre dans son champ de vision.

Mais où est passé ce fichu livre ? Un petit grognement l'interrompt dans son récit passionnant. Il ne parvient pas à remettre la main dessus après avoir fouillé jusqu'au fin fond de son sac de vêtement. Akira est une femme absolument adorable, faisant le ménage pour les autres, à leur place, leur épargnant cette tâche, mais elle touche un peu trop aux affaires des autres et voilà que Nae ne comprend plus rien à rien, chaque fois qu'il revient. C'est un bazar différent du précédent. Est-ce de sa faute, pour être si peu régulier dans ses visites imprévues ? Non, bien sûr que non. Il se redresse en glissant une main dans sa chevelure sombre et soupire, tournant par hasard les yeux vers l'autre occupant de la pièce qu'il avait presque oublié.

« Ca fait un moment que tu m'regardes. J'savais pas que j'étais à ton goût. » Balance-t-il en terminant sur un clin d'œil que l'autre doit trouver répugnant. Il en a marre de chercher et de se baisser, son dos lui fait mal à force, alors il prend une pause qu'il compte consacrer à Viktor. Puisqu'il n'a aucunement l'intention de repasser avant la semaine suivante, il pouvait bien tenter de le faire sortir de ses gonds, juste une fois.

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#3 le 23.01.17 20:37

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Couplé aux grésillements de la télé, son soliloque interminable n'avait de cesse de mettre mes nerfs à vif sans que je ne réalise plus le fixer. Concentré sur lui sans finalement l'être véritablement, je l'observais en n'espérant plus le voir s'échapper, n'entendant pas même ce qu'il me racontait, comme plus rien ne m'atteignait finalement concrètement. Il n'y avait qu'un tout abject et informe pour m’oppresser et entretenir mon mécontentement. De retour à la réalité, je n'aurais cependant pu désigner ce qui, de tout ce qui m'irritait, relevait du pire. Était-ce sa voix décidément trop présente ? L'absurdité de la série à laquelle je n'accordais plus un regard ? Le vacarme qu'il faisait en fouillant les placards ou le désordre qu'il semait derrière lui ? Était-ce l'amer constat du prolongement de sa visite lorsqu'il se contentait la plupart du temps d'allées et venues aussi épisodiques que furtives ? Était-ce sa façon d'être ou de se tenir, fièrement, sur ses deux jambes, sans besoin d'une canne ridicule ? Était-ce sa jeunesse apparente, son insolence à toute épreuve, son sourire figé ou son exubérance ? Non. Parmi tout cela, je n'aurais su choisir. Mais tout m'énervait désormais, au-delà du supportable.

Alors, lorsqu'il s'arrêta et croisant mon regard ; lorsqu'il avança une énième réplique, qui, cette fois, me semblait directement adressée ; lorsqu'il sembla mettre un terme à sa recherche pour me consacrer toute sa piètre attention, je me sentis basculer. L'infime espoir qu'il s'arrête et reparte bredouille avait décidément contribué à me précipiter dans les abîmes lorsque, non content de ne pas s'en aller, il se figea pour ne plus s'attarder que sur moi. Cruelle déception.

- Ah.. ? soufflai-je après avoir soutenu encore son regard un moment, réalisant à peine qu'il ne parlait plus tant cela relevait de l'inconcevable, C'est qu'au fil des secondes, je ne réalisais que trop bien que tu étais de cette race que l'on préfère avoir en peinture. Tous ces hommes et ces femmes qui ne sont pas si désagréables à regarder, mais que l'on ne saurait supporter du fait de leur caractère, ou de leur volubilité, en ce qui te concerne.

Sans doute le fait qu'en ce monde, je pouvais encore brûler tout tableau pour m'en débarrasser définitivement sans avoir à supporter le terrible échec de voir un mort survivre à l'immolation par le feu, avait eu son importance dans l'attribution de Nae à cette race pré-exposée, mais passons. Sa réflexion m'intriguait tout de même en un sens : s'il n'était pas à mon goût, il y avait sans doute en ce monde – et peut-être même en l'autre – des gens pour lui trouver une belle allure... Mais comment diable ces personnes-ci pouvaient-elles le supporter ? Finissaient-elles, comme moi, par se déconnecter du monde réel pour naviguer au gré de leurs pensées en ne réalisant que trop bien la grave erreur qu'elles avaient commise en entamant une conversation avec l'individu ? A moins qu'il ne puisse décemment séduire quelqu'un qu'en l'abrutissant de paroles : bercés par ses interminables récits, peut-être certains finissaient-ils par baisser leur garde sans même le réaliser.
Au fond, il me faisait penser à ces personnages fictifs de tragédie grecque auxquels on attribuait de célèbres monologues. Nullement affecté par une quelconque tragédie – ou alors il cachait merveilleusement bien son jeu derrière son flot ininterrompu de propos – c'était néanmoins à ses spectateurs qu'il en faisait vivre une.

- Ceci étant, si c'était un mal nécessaire pour que tu la boucles et retournes d'où tu viens, ajoutai-je après un court instant de réflexion, Je vendrais volontiers ce qu'il me reste d'âme pour escompter un jour au moins, renouer avec le silence.

Grognant, je desserrai enfin mes doigts du dossier du canapé en récupérant ma canne pour me relever, prenant l'excellente initiative d'éteindre le poste de télévision afin de réduire au mieux le brouhaha ambiant et essayer, probablement en vain, d'apaiser la colère et l'exaspération que je sentais poindre, tapies l'une et l'autre au creux de mes entrailles, s'entretenant mutuellement, car se nourrissant l'une de l'autre pour mieux grossir et s'imposer à moi.

- Que cherches-tu ? sifflai-je en reposant la télécommande, m'approchant de la cuisine où il s'était arrêté dans ses recherches, apparemment peu enclin à les reprendre de sitôt, quoique je ne sois pas prêt à accepter ce fait, Résume en quelques mots. Épargne-moi les détails, si tu en es seulement capable, ordonnai-je en levant un œil sur lui, parcourant des yeux toutes les affaires qu'il avait sorties et qu'il ne rangerait pas une fois le Graal trouvé, nous le savions tous les deux, Que je t'aide, et qu'on en finisse.

Oui. Que je l'aide, et qu'il se casse.

#4 le 26.01.17 14:35

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Était-ce un mensonge, destiné à lui-même, que de dire que son flot interminable de paroles n'était qu'une pure moquerie envers Viktor ? Il n'aurait su supporter cet endroit, s'il avait été plongé dans le silence, un silence que le vieux nécromancien semble désirer plus que tout à cet instant. Il ne comprend pas, Nae. Pourquoi désirer le silence ? Ne le trouve-t-il donc pas si bruyant ? Chaque fois que l'irlandais se retrouve seul, dans un endroit abandonné, isolé du monde, il ne peut s'empêcher de remarquer à quel point le silence est assourdissant. Il peut encore le sentir meurtrir ses tympans, s'immiscer sournoisement dans son cœur pour l'écraser dans un étau de fer, froid, si froid. Alors il secoue la tête, ne voyant pas pour quelle obscure raison il terminerait son long discours inintéressant, car là n'est pas le sujet. Il veut juste couvrir le brouhaha du silence.

Durant quelques secondes, son attention reste sur l'autre homme, observant son geste qui doit sûrement être devenu une habitude, mauvaise pour son âme, que de prendre appui sur cet objet pour marcher. Quelque part, tout au fond de lui, il a pitié de cet homme, mais peu importe ô combien Nae est insolent, bruyant et moqueur, jamais ne se permettrait-il de jouer sur ce terrain. Il est bien trop glissant pour lui. Le retour du bâton serait bien trop douloureux à encaisser pour lui, alors il se tait, il se détourne de cette vue comme si elle n'avait jamais existé, et s'intéresse de plus près au contenu du réfrigérateur. Compte tenu de son échec dans ses recherches pourtant minutieuses, tant que l'appartement ressemblait à une jungle, il peut se permettre un écart, un prolongement de pause et un petit délice pour les papilles.

« Tu parles drôlement joliment, tu sais ? J'sais pas d'où ça te vient, et honnêtement, j'm'en tape autant que tu t'en fiches de c'que je raconte, mais c'est sûr que ça doit être bien plus charmant que mon langage des rues. » Remarque-t-il, inutilement, pour la conversation qui n'a pas lieu d'être. Il jette son dévolu sur une pomme, se demandant ce qu'elle peut bien faire là-dedans ; il pense aussi que s'il la voulait ainsi froide, il lui suffit de la tenir entre ses doigts. Peu importe. Il la porte à sa bouche et croque à pleine dents dedans, appréciant l'acidité du fruit, cette petite touche sucrée venant du jus qui, hélas, s'écoule le long de son menton mais très vite il l'essuie du revers de la main. Ça lui déplairait d'avoir à décoller une larme de glace goût pomme collée à sa peau.

Pris de court par la proposition du russe, il en manque de s'étouffer avec son morceau de pomme – ce qui aurait été franchement ironique. Tapant sur son torse pour le faire passer, il lance un regard interrogateur à ce cher Viktor, l'esquisse d'un sourire moqueur apparaissant à la commissure de ses lèvres alors qu'il songe à l'offre. S'il peut s'épargner une recherche longue et ennuyeuse à souhait, il serait sot de refuser. Avalant enfin, il fait volteface et vient s'appuyer contre le plan de travail, croisant les bras et inclinant la tête, comme s'il jaugeait son interlocuteur, puis les mots sortent enfin de sa bouche. « J'cherche un livre, malheureusement j'me souviens plus du titre. La couverture est rouge, genre, comme mon t-shirt. » Explique-t-il rapidement, terminant sa phrase en tirant entre ses doigts le tissu indéniablement écarlate qui couvre son torse.

Quelque chose lui dit qu'il s'avance sur un terrain miné, que ses prochains mots vont causer sa perte, et il sent presque son appui disparaître, devenir fumée et l'entraînant dans les abysses. Plus communément, on nomme ça un très mauvais pressentiment. Loin d'être du genre à suivre son instinct, particulièrement lorsqu'il le devrait, Nae ignore la petite voix qui le supplie de tenir sa langue dans sa poche, de ne pas poursuivre et s'en tenir aux explications données, mais c'est plus fort que lui. Il creuse, ironiquement, sa propre tombe. « J'me souviens qu'au moment où j'le lisais, j't'avais entendu parler avec Akira, vous parliez de... Ta fille, j'crois ? Et le personnage principal a l'même nom, ça m'a fait marrer. J'ai oublié le nom en question mais, tu dois l'savoir, puisque c'est celui d'ta fille. J'crois me souvenir que ça commençait par un A... » Poursuit-il, sans savoir qu'il saute les pieds joints dans un volcan, nonchalant comme à son habitude, agitant la pomme dans les airs pendant son discours jusqu'à sa fin, où le fruit retrouve sa bouche et perd un nouveau morceau de son être.

Ça, Nae, c'était le morceau de trop.
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#5 le 29.01.17 21:29

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A cheval entre le désespoir et une profonde lassitude, je le regardais s'étouffer à demi du morceau de pomme qu'il venait à peine d'ingurgiter. Désespoir et dépit nés de son incapacité ridicule à se sustenter normalement. Lassitude et déception nées d'une survie qui lui était acquise, puisqu'il était déjà mort et ne saurait succomber une seconde fois. Quel dommage, songeais-je en le voyant se remettre peu à peu de sa mésaventure tout en sachant par avance qu'il s'agissait là de la seule issue possible.
Après s'être levé au plafond dans un élan d'exaspération, mon regard parcourut les placards ouverts, vomissant presque leur contenu en un désordre inadmissible. Un livre rouge, donc. C'est là tout ce que j'avais comme indice pour escompter le chasser plus tôt ? Un livre « rouge, genre, comme son tee-shirt » horriblement criard - de quoi, à lui seul, faire naître les prémices d'une migraine persistante - ?

Et puis il y eut la parole de trop. Celle qui fit tressaillir tout mon corps et le figea, purement et simplement, alors que je levais pourtant un bras vers un placard pour y chercher le fameux bouquin. Une mention malheureuse, quoique furtive, d'un être précieux dont il n'aurait pas dû connaître l'existence.

- Anja..., soufflai-je d'une voix éteinte, à peine audible, plus pour moi-même que pour lui, alors que j'étais proprement sous le choc.

Comment avais-je pu me montrer à ce point négligent ? Comment cet insupportable insecte osait-il seulement la mentionner ? Comment osait-il le faire d'une manière aussi désinvolte.. ?
Happés par le vide trop longtemps, mes yeux recouvrèrent leurs pleines facultés, se détournant presque furieusement sur Nae qui, innocemment, fidèle à l'être détestable qu'il était habituellement, mangeait sa pomme comme si de rien était. Non content de venir troubler ma quiétude ; non content de foutre systématiquement la merde derrière lui comme les ouragans ne laissaient sur leur passage que la mort et le désespoir ; ce pitoyable nécromancien osait me laisser chercher le foutu bouquin qu'il n'avait pas été capable de ranger lui-même, me donnant, pour seul indice, le prénom de l'héroïne qu'il n'avait pas eu la décence de retenir. Un bien ? Un mal ? Je n'aurais su le dire. Et en l'état, je m'en fichais.

Ultime affront d'un outrage grossier alimenté continuellement depuis le glorieux retour de l'enfant indésiré, ce fut l'impertinence habituelle de Nae, cristallisée dans la nonchalance qui émanait de lui alors qu'il était adossé au plan de travail et attendait que je lui serve de larbin, qui fit déborder un vase déjà bien trop plein. Pis que tout... Comment ce nuisible pouvait-il éveiller autant de souffrances chez moi.. ?
Mes mâchoires se serrèrent, me faisant presque grincer des dents alors que je le fixais toujours, dévoré par autant de colère que de tristesse, désormais, envahi par le manque de ma fille, gonflant chaque jour de cette seconde existence, creusant toujours plus le trou béant que son absence avait laissé dans ma poitrine.

- Casse-toi..., haletai-je en usant d'un langage cru qui m'était peu habituel mais qui me semblait de circonstance et me permettrait au moins d'être immédiatement compris, Casse-toi ! crachai-je à nouveau, plus fort et avec plus de virulence.

Et puisqu'il ne s'exécutait pas assez vite à mon goût ; puisqu'il avait suscité la tristesse en moi – lui ! -, je crus bon de lui donner une bonne raison de partir, motivé aussi bien par la vengeance que par le désir de retrouver la paix. Brusquement, les doigts de ma main droite lâchèrent ma canne et s'abattirent sur son avant-bras, l'enserrant alors que je ne pensais plus qu'à ce que je ressentais actuellement ; à cette souffrance gargantuesque.
Et Melancolia fit le reste.
L'espace de quelques minutes, elle nous plongea l'un et l'autre dans un bref état d'inconscience au cours duquel il revit l'un des souvenirs les plus tristes de son existence. Un souvenir que j'aperçus par bribes, par le biais d'un filtre flou et déformant. Je vis, du point de vue de Nae, une femme qu'il n'avait de cesse de solliciter sans qu'elle ne daigne jamais lui accorder d'importance, voire qui le repoussait lorsqu'il se trouvait dans ses jambes. Je l'entendis réclamer, l'appeler, en vain, ne percevant finalement que deux mots « anniversaire » et « maman », donnant assez de sens aux images aperçues pour me faire sombrer dans la démence.

De retour au conscient, je réalisai avoir partiellement basculé sur le plan de travail pour y trouver un appui précaire, peinant à défaire mes doigts de sa peau glacée et n'y parvenant que par un geste brusque et mécanique, comme si, un instant, mon pouvoir et le sien avaient contribué à nous lier physiquement aussi concrètement que j'avais pu être proche de lui psychologiquement, à une époque de sa vie, et au moins furtivement.
Et puis je balayai la peine derrière un masque d'hilarité, sentant peu à peu le rire grandir dans mon thorax pour agiter mes épaules, étirant ensuite mes lèvres jusqu'à me convaincre de ricaner alors que ma main libre venait cacher mes yeux. Momentanément, j'oubliai la mention d'Anja, toute la colère et l'exaspération qu'avait créé la venue de Nae. Momentanément, j'oubliai la peine et l'injonction que je lui avais faite, qui m'avait presque paru ridiculement vitale dans cette mort. Il ne subsistait plus que l'ironie. La moquerie. La cruauté.

- Pauvre Nae... Encombrant et indésiré jusque pour sa mère, ricanai-je en écartant deux de mes doigts pour chercher, au travers, son regard de mes yeux viciés.

Le vice. Voilà longtemps que j'y avais succombé, et alors que je pensais ne plus pouvoir être davantage infecté, le contraire m'était soudainement démontré.
Quel être abject j'étais devenu. Quel détestable plaisir j'en tirais, au prix d'une souffrance plus grande encore.

#6 le 11.02.17 22:01

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Il ne réalise rien, en avalant le morceau de pomme, encore hors de portée de la fureur grandissante de son colocataire dont il ignore l’existence. Nae est simplement là à déguster son fruit en balayant le reste de la pièce à se questionner sur la cachette possible de ce fameux bouquin. Même en entendant le murmure de Viktor, il ne remarque rien, si ce n’est que celui-ci se souvient bel et bien du prénom de sa fille, mais surtout qu’il ne s’était pas trompé. Il se dit que ce n’est pas impossible d’oublier le prénom de sa progéniture, celui-ci même qu’ils lui donnent à sa venue au monde, mais ça le rassure quelque part que l’autre nécromancien ne soit pas ainsi.

En reportant son regard sur lui, probablement parce qu’il avait senti l’intensité de celui du plus vieux, Nae réalise. Il tient là un joli morceau, un beau secret à exploiter, une faiblesse avec laquelle jouer. Ainsi fonctionne son esprit et c’est bien malheureux pour lui, peu importe les corrections, jamais l’irlandais n’apprend de ses erreurs et il les refait systématiquement. Il ne sait jamais s’il doit regretter ses actes ; s’il recommence, c’est qu’il doit aimer ça, quelque part. Cela ne l’empêche pas d’éprouver des émotions nouvelles à chaque confrontation avec les conséquences de ses bêtises.

La pomme à moitié entamée qu’il amène encore à ses lèvres reste loin de ces dernières, le geste arrêté à mi-chemin, et la surprise se peint sur son visage. Une expression rare qui aussitôt lui soutire un rictus moqueur. L’ordre de Viktor est clair, comme de l’eau de roche, mais Nae s’obstine à demeurer à sa place, s’amusant de sa réaction excessive. Tout ce qu’il a eu besoin de faire pour obtenir cette attention particulière, a été de mentionner sa fille, nonchalamment et sans ce but précis en tête. Il manque de lui ricaner à la figure, mais la situation s’envenime d’elle-même et en un instant, il ne comprend plus rien à rien.

Le fruit échappe à sa poigne et tombe au sol, mais ni l’un ni l’autre n’y prête attention. Ils sont perdus ailleurs, dans un endroit spécial, terriblement sombre où se cache les secrets. Cette simple main posée sur son bras et voilà que Viktor a forcé son coffre intérieur ; sa boite de pandore est ouverte. Devant ses yeux écarquillés, il n’y a plus ce vieux boiteux, cette cuisine bordélique, le monde des morts. À la place, il y a sa vie qui défile à grande vitesse, s’attardant sur les points les plus obscurs, l’ignorance dont il a été victime qui a façonné son horrible personnalité, le rejet violent de sa mère envers lui, sa solitude démontrée par ce gâteau d’anniversaire acheté par lui-même pour lui-même. Il ne parvient pas à se souvenir de la dernière fois qu’elle lui a prêté attention, de la dernière fois qu’elle l’a regardé autrement que derrière un rideau de larmes.

Même une fois revenu au moment présent, Nae reste absent, l’esprit bloqué sur ces visions qu’il juge sans mal comme étant cauchemardesques et pourtant d’une réalité effroyable. Son souffle lui manque, il oublie de respirer, comme si ça importait dans ce monde-ci. Nae déglutit et, après quelques secondes, reprend ses esprits, ou du moins une part suffisante pour qu’il réagisse, bouge et s’appuie quelque part au risque que ses jambes faibles et tremblantes ne le lâchent. Le léger son, aisément reconnaissable, d’un ricanement tant semblable à ceux que l’enfant indésiré peut produire, lui fait lever les yeux et chercher derrière ce voile brumeux qui couvre ses prunelles la provenance du bruit. Durant un instant, il croit qu’il ne s’agit rien de plus que de lui-même, mais la voix qui s’infiltre dans ses oreilles n’est pas la sienne et il blêmit.

Nae a toujours pensé qu’il était maître de lui-même. Ses émotions sont sous contrôle et, à moins qu’il ne le veuille, ça ne déborde jamais. Parfois, quelques malins s’amusent à lui voler son rôle, et perce des trous dans le récipient qui contient tout. Ça coule. Un peu partout autour de lui, des arabesques glacées se forment, chaque surface avec laquelle il est en contact est touché par le phénomène auquel il ne peut rien. Il ne le remarque même pas. Son esprit s’embrouille davantage et malgré le remue-ménage de son intérieur, l’air affiché sur son visage n’a rien de plus qu’une simple surprise, pareil à l’ouverture d’un cadeau. Après tout, n’est-il pas ravi de constater que dans la mort, ses émotions existent toujours ?

Ça t’éclate de jouer au même jeu que moi ? De t’abaisser à ça ? T’as pris ton pieds à constater qu’même ma mère m’supporte pas ? Ouais, j’suis détesté par la terre entière. Ravi ? Putain mec, t’oses penser que j’suis un connard – je sais que tu l’penses, mais tu réagis tellement plus violemment qu’moi. J’ai juste dit que ta fille avait l’nom d’un perso. C’quoi ton problème ? Elle a clamsé avant toi ? T’es mort à cause d’elle ? Elle te déteste ? C’pour ça tu t’énerves pire qu’un gamin de quatre ans ?

Et ça continue, c’est interminable, pareil à un torrent, seulement au bout d’un moment, il réalise. Oui, aucun de ces mots n’a dépassé la barrière de ses lèvres. Il est comme gelé sur place. Incapable de prononcer le moindre mot. Ça aurait été avec plaisir qu’il l’aurait insulté, mais ça ne se fait pas à voix haute. Il ne peut pas. Sa voix reste bloquée au fond de sa gorge. Puis, Nae ne s’emporte jamais, c’est bien connu. Il n’est rien de plus qu’un gamin dont personne ne veut la charge et qui a grandi dans le froid au point d’en devenir une part de lui, juste de la glace. Exactement, c’est un homme froid et ses réactions sont nulles, inexistantes mis à part ce maudit pouvoir qui s’emballe et tâche son environnement. C’est celui-ci même qui ne répond pas à la provocation du boiteux, le fixant avec froideur, une pointe de haine masquée au fond de ses perles cuivrées, ensuite il se détache de son appui – littéralement.

J’en ai pas besoin de c'livre, pense-t-il en s’écartant et contournant Viktor, se dirigeant en des pas lents qu’on aurait pu penser calmes si on omet la glace qui se forme autour de chacun d’eux, traçant sa route jusqu’à la porte. Il l’habille également d’un manteau givré en empoignant la poignée, et quitte l’appartement dans un presque calme qui annonce une tempête. Pour le nettoyage, ce fichu nécromancien peut bien se débrouiller. Aussi, se promet-il de ne plus jamais mettre les pieds.

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#7 le 14.02.17 20:39

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J'avais sombré. A l'instant même où ces images m'avaient percuté, où j'avais réalisé que ce petit con avait peut-être plus souffert encore qu'il ne parvenait à faire souffrir son entourage ; à l'instant où mes paroles avaient franchi la barrière de mes lèvres, la démence m'avait saisi. Violente. Implacable. Elle m'avait renversé et emporté dans son torrent, abolissant mes réflexions préalables, inhibant momentanément la peine et l'angoisse, coupant court à des émotions trop fortes, à une trop grande sensibilité qui ne me seyait pas ; qui ne me seyait plus. Elle n'avait conservé que le pire, cette noirceur en mon cœur qui grandissait au fil des jours, gangrenant tout mon être, grignotant ma raison et mes principes d'antan. Que la vision du souvenir de Nae avait alors été du pain béni ! Je n'aurais su demander mieux, même dans mes désirs les plus fantasques.
Alors, j'avais ri. Raisonnablement, d'abord, puis son visage superficiellement incrédule avait convaincu mon sourire de s'élargir davantage, à tel point que ma main n'avait plus suffi à le couvrir. J'avais alors ri ouvertement, sans plus me soucier des balafres que chaque éclat tranchait à même sa chair. J'avais ri jusqu'à en pleurer. Si fort, que mes zygomatiques m'avaient longtemps torturé après ce fou rire insane. Si longtemps, que je n'avais réalisé son départ qu'avec un retard de plusieurs minutes, probablement.

Fébrile, je me redressai en prenant appui contre les meubles à mes côtés sans pouvoir me départir de mon sourire ; en faisant même fi du désordre ambiant tant j'étais désormais de charmante humeur. N'étais-je pas à nouveau seul, après tout ? N'avais-je pas retrouvé le calme tant espéré ? N'avais-je pas gagné en le brisant ? Nae s'en était allé sans esclandres, dans un silence quasi parfait – en tous cas parfait de mon point de vue tant j'avais été assourdi par mon rire, alors – que l'oreille attentive aurait connu troublé par un crépitement glacé infime, caractéristique de l'herbe se cristallisant au contact d'une source trop froide.
Les conséquences de ce fou rire heureux avaient néanmoins été au-delà de mes espérances. Nae n'était pas revenu le lendemain, ni le surlendemain, pas plus qu'il n'était venu le week-end suivant ni la semaine d'après. Une certitude que j'avais acquise en demandant, mine de rien, tantôt à Royane, tantôt à Akira si l'enfant prodige avait montré le bout de son nez, au cas où l'appât que j'avais laissé en évidence sur la table du salon – son fameux livre rouge, retrouvé par hasard, trois jours après notre algarade silencieuse - ne suffirait pas à ferrer l'animal.

Nae n'était rentré que deux semaines environ après l'« incident », son passage étant perceptible autant par le bordel laissé dans la cuisine que par la disparition soudaine du livre rouge qu'il avait un jour cherché. Finalement, il avait mordu à l'hameçon et plutôt que de m'en satisfaire, je ne pus que déplorer la façon qu'avait le garçon d'être décidément trop prévisible. C'en était presque indécent.
Aussi imprévisible puisse-t-il être, ce fut néanmoins le hasard, seul, qui me poussa à croiser sa route à nouveau. Heureux hasard, pour ma part, car aussi sûrement que j'avais ardemment désiré son départ lors de notre dernière rencontre, j'escomptais aujourd'hui le revoir avec tout autant de ferveur, convaincu que j'étais depuis quelques temps, fort prétentieusement sans doute, d'être la nouvelle bête noire de l'enfant mal-aimé. Toujours inconstant dans ses allées et venues à l'appartement, il l'était d'autant plus depuis notre dernière altercation et je me complaisais dans la croyance que j'en étais le seul responsable.

Ce jour, j'avais reconnu Nae de loin alors qu'il se dirigeait promptement vers l'entrée de l'Agence, tandis que j'étais arrivé par sa gauche en souriant de le revoir plus tôt que je ne l'avais espéré. Sur les pas de l'indésiré tout autant que l'indésirable, j'avais regagné l'étage de l'appartement quoiqu'à une distance respectable – suffisante pour qu'il ait déjà fermé la porte de l'appartement sur lui alors que j'ouvrais à peine celle de l'escalier menant aux couloirs en tous cas, car il aurait été dommage de faire fuir la bête après l'avoir traquée si longtemps – et m'étais posté devant la porte d'entrée, la fixant sans encore entrer. Non pas que je n'ose pas, mais je guettais l'instant parfait : celui où, certain de m'avoir échappé, il repartirait d'un pas aussi déterminé que celui qui l'avait mené là ; celui qui serait le plus susceptible d'altérer ses traits plus franchement que son quotidien morne. Débuta alors une attente qui ne me pesa guère tant j'étais intérieurement impatient et excité, tant je m'imaginais de multiples scénarios à ce qui allait bientôt suivre. Dans cet état second, je n'aurais su dire s'il s'écoula cinq minutes ou cinquante entre mon arrivée et le moment où j'entendis distinctement des bruits de pas approchant à l'intérieur de l'appartement, mais peu importait le temps perdu tant la finalité en valait la peine.
Sourire aux lèvres, ma main se leva sur la poignée et l'actionna apparemment peu de temps avant que Nae ne songe à le faire.

- Ah ! L'enfant prodige. Si nous n'étions pas dans ce monde, j'aurais pu te croire mort, ironisai-je d'entrée en m'imposant dans l'appartement, le contraignant à reculer pour avancer sans lui laisser l'opportunité de passer alors que je refermais déjà la porte derrière moi comme la porte du piège se refermait sur le renard trop peu rusé, finalement, C'est à croire que tu fuis quelque chose pour te montrer si rarement. A moins qu'il ne s'agisse de quelqu'un ? Tes démons, peut-être.. ? souris-je en soutenant son regard.

Qu'il me tardait déjà de mettre les choses au clair ; de voir comment se comportait ce petit morveux lorsqu'il était face à un reflet mûri de l'être détestable et abject qu'il était, dans l'incapacité de rire dans son dos et contraint, au contraire, de lui faire face pour le sonder dans toute son inénarrable hideur.
Comme j'aimerais qu'il s'effraye de cette image que je lui renvoyais.