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Terminé #11 le 15.02.17 22:49
Le brouillard s’atténuait. Les contours se précisaient mais n’étaient pas encore tout à fait distincts, encore recouverts par l’obscurité de la nuit. La température devait s’être réchauffée ou l’eau de l’onsen s’était refroidie un peu, sans doute. Ael gémissait de douleur. Shirley avait vu sa silhouette être projetée sur la pierre. La brune qui était habituellement si douce n’avait pas su contrôler sa force — quoique pas très impressionnante… — sous l’effet de la panique. Mais la jeune lémure ne s’en souciait pas vraiment. Elle restait sur ses gardes et se méfiait de chacun des gestes de son interlocutrice, prête à la repousser et à reculer de nouveau si elle tentait de se rapprocher.

La métisse se releva, puis demanda des explications à son agresseur. Avant même qu’elle puisse poursuivre, Shirley la coupa en s’exclamant de ne pas s’approcher.

Pour ne pas rassurer la jeune femme, Ael se mit à la contempler avec attention. Son regard glissait sur son corps qu’elle peinait à cacher sous ses mains et ses bras. Il s’attardait aux larges cicatrices peu esthétiques qui couvraient son corps ici et là. C’était sans issu : les vêtements de Shirley étaient restés aux vestiaires et sortir de l’eau ne ferait que dévoiler un peu plus les nombreuses marques qui enlaidissaient son corps. Lorsqu’elle s’apprêtait à lui demander de regarder ailleurs, Ael fit quelques pas vers l’arrière.

Je suis désolée, je ne voulais pas vous mettre dans une telle position, vous mettre mal à l’aise de la sorte.

Ses excuses ne suffisaient pas. Son ton simple et doux qui n’était pas teinté de cette pitié exécrable dont faisait souvent preuve Shirley non plus. Quoi qu’il arrive, ses cicatrices ne devaient être vues par personne. Personne ne devait être témoin de sa laideur. Surtout pas cette beauté sans défauts. Cependant, le vouvoiement et le ton qu’elle employait laissait croire qu’Ael avait pu entrapercevoir ses cicatrices et son visage défiguré, mais qu’elle ne l’avait pas reconnue. Cette possibilité l’apaisait un peu.

Vous êtes une très belle femme. Vous n’avez pas à vous cacher de moi vous savez.

Quoi? Une très belle femme? Ça suffit. La jeune femme commençait à se douter de quelque chose. Elle sait qui je suis pour dire des trucs pareils, c’est évident! Elle se moque de moi. Comme elle l’a sûrement fait à la bibliothèque… Elle se braqua et recula à nouveau. Cette fois-ci, la brune s’efforçait de garder son sang-froid. Il ne fallait pas fuir comme elle l’avait fait après ce baiser. Néanmoins, Shirley n’avait pas cette assurance qui lui permettrait de la confronter d’une voix assurée. Sa petite voix fragile n’inspirerait pas spécialement le respect et donc Ael en profiterait pour l’embarrasser et l’humilier une fois de plus. Elle ne peut pas être sincère… Étant très complexée par son physique depuis sa mort, Shirley le prenait très mal qu’on la tourne au ridicule… Pourtant, cette fois-ci elle ne baissa pas misérablement la tête. Les paroles d’Issui raisonnaient dans son esprit. Il ne faut pas se laisser faire. Sans même se douter qu’il s’agissait d’un vulgaire malentendu, persuadée qu’on lui voulait du mal, la brune décida pour la première fois de s’affirmer un peu. Elle extérioriserait cette douleur au creux de sa cage thoracique et peut-être que la belle Métisse cesserait de la tourner au ridicule. Ou elle ne comprendra pas… et en rigolera.

A-Arrête de te foutre de moi, s’il te plait. T-tu m’embrasses à la bibliothèque et tu me dis ça même a-après avoir vu mon visage… Tu aimerais qu-qu’on se moque de toi comme tu le fais en ce moment? demanda-t-elle presque dans un murmure fragile, affecté. Je suis laide m-maintenant, tu en pro-profites pour me rabaisser encore plus en riant de moi. Je ne v-veux pas savoir pourquoi, je veux juste que tu arrêtes. J'ai été méchante, m-mais on arrête la guerre, l-là...

Sa petite voix fluette, ses légers tremblements provoqués par le froid et la panique et son regard fuyant révélaient toute sa vulnérabilité et sa fragilité. Sa piètre estime de soi aussi. Le manque d’assurance du petit être face à Ael avait quelque chose d’attendrissant. Dans ses paroles prononcées sur un ton ridiculement frêle, on percevait avec aisance qu’elle n’avait jamais été suffisamment rassurée. Par ses parents, ses amis, ses amants, n’importe qui. Parce qu’on lui avait bien souvent donné l’impression qu’elle n’était pas importante, à moins de servir à quelque chose et de tendre la main aux plus malheureux. Le doute d’être prise pour une conne ou d’être secrètement haïe persistait toujours dans son esprit, peu importe la situation. Shirley fit quelques pas vers l’arrière à nouveau, voulant se fondre dans les ténèbres et être dissimulée une bonne fois pour toute du regard d’Ael. Il ne fallait pas dévoiler ces failles honteuses.

T’approche pas. Reste loin, fit-elle d’un ton à peine plus assuré.
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Terminé #12 le 16.02.17 0:16



Ael se rendit alors vite compte de ses paroles. Peut-être étaient-elles déplacées ? Finalement elle ne connaissait pas cette femme mais étrangement elle ressentait quelque chose qui l’attirait. Peut-être ce sentiment familier vu plus tôt dans la soirée. Dans tous les cas elle avait tout simplement voulu lui dire qu’elle ne la jugeait absolument pas et qu’elle comprenait si il fallait qu’elle garde ses distances.

La jeune femme devant elle semblait beaucoup moins enclin à la discussion qu’Ael. Elle le remarqua, car même si la brune avait déjà prit ses distances cela n’empêchait pas le spectre caché par la brume de reculer davantage.  Était-ce si difficile pour elle de se montrer ainsi ? Peut-être était-elle habituée à des moqueries en tout genre. La métisse ne comprenait pas, elle ne comprenait pas ce comportement. Pourquoi s’éloigner autant d’elle ? Elle n’avait fait qu’être douce et gentille et au contraire la soirée se passait plutôt bien. Elle voulu alors parler afin de la rassurer davantage quand elle fut coupée dans son élan.
 
- "A-Arrête de te foutre de moi, s’il te plait. T-tu m’embrasses à la bibliothèque et tu me dis ça même a-après avoir vu mon visage… Tu aimerais qu-qu’on se moque de toi comme tu le fais en ce moment? Je suis laide m-maintenant, tu en pro-profites pour me rabaisser encore plus en riant de moi. Je ne v-veux pas savoir pourquoi, je veux juste que tu arrêtes."

Il fallut un moment à Ael afin d’emmagasiner autant d’informations. Elle resta bouche bée. C’était elle, c’était bien elle. Elle ne l’avait pas revu depuis un bon moment déjà et sincèrement après ce qu’il s’était passé à la bibliothèque elle avait perdu espoir de la rencontrer à nouveau. Mais non elle était là, à lui sortir toutes ces bêtises. Elle essaya de décortiquer chacune de ses phrases, une après l’autre. Elle ne se moquait pas, si il y avait bien une chose de vraie dans tout ça c’était bien les sentiments d’Ael envers elle, tout cette attirance qu’elle-même ne comprenait pas mais qui était bien présente. Elle n’avait jamais dit le contraire, à aucun moment de leur "relation" elle n’avait osé la critiquer ou rire d’elle, bien au contraire. Et encore là, après tout ce qu’elle venait de voir, elle la trouvait toujours aussi belle. Il y avait quelque chose de fragile qui se dégageait de cette femme, quelque chose qui donnait envie qu’on la protège.
Elle la regarda alors avec les yeux les plus tendres de la terre. La seule chose à laquelle elle pensait c’était de lui dire que tout ce qu’elle lui avait avoué était vrai, que tout ce qu’elle avait ressentit et vécu avec elle était vrai. Et pour une fois elle ne pourrait pas fuir, pour une fois la jeune femme en face d’elle n’avait aucun échappatoire.
 
Au fond en y repensant bien Ael finit par se demander si son comportement venait de la ? Elle pensait qu’elle se moquait d’elle ? Peut-être pensait elle que la brune ne faisait que jouer alors que ce n’était absolument pas le cas. Au final elles s’étaient simplement très mal comprises sur le fond. Elle se rapprocha alors avec douceur mais cela ne fit que la faire se reculer davantage. La pauvre elle était piégée entre elle et cet énorme rocher. Ael fit un pas de plus.

- "T’approche pas. Reste loin."

Sa voix tremblait. Elle était faible et incertaine mais il y avait une certaine force dans ses paroles, force qui ne suffit pas un seul instant à arrêter la brune. Elle ne voulait pas rester loin. Elle ne voulait pas non plus que la jeune femme fuit à nouveau. Il fallait qu’elle se calme elle aussi, il fallait qu’elle arrive à se comporter normalement pour une fois avec elle.

- "Tu ne devrais pas dire de choses pareil. Je t’ai vu d’assez près poule pouvoir dire que tu es une très belle femme. "

Sa voix était à la fois assurée et à la fois tendre. Comme si elle essayait de la protéger par un simple son. Elle savait au fond d’elle que tout ceci serait inutile. Vu la haine qu’elle avait hurlé envers elle même, il y avait très peu de chance qu’elle arrive à la convaincre de quoi que ce soit par la parole.
Alors elle s’avança encore un peu jusqu’à ce que le brouillard devant elles ne les cache absolument plus. Peut-être que le corps de la jeune femme en face d’elle était marqué de cicatrices - car oui, a présent elle pouvait bien les distinguer - mais celui d’Ael était entièrement recouvert d’hématomes. De sa poitrine jusqu’à ses hanches on ne pouvait distinguer que des mélanges de bleu et de violet. Ainsi elle était vulnérable et elle le savait. À ses yeux ce n’était rien, que quelques égratignures. Mais en réalité cela faisait peur à voir. Mais elle s’en moquait, la seule chose qui comptait à ses yeux c’était elle, là, à un mètre, cette jeune femme qu’elle fixait sans aucune retenu.

Ael fit un pas de plus, s’exposant de plus en plus. Elle s’avança l’air déterminé et se retrouva à quelques centimètres d’elle. Elle pouvait voir son visage, son visage qu’elle cachait d’une main. Elle la fixa tendrement et doucement. Elle vint alors prendre sa main dans la sienne, tira un peu dessus afin de pouvoir l’observer entièrement. Il n’y avait plus ces affreux bandeaux, il n’y avait plus rien pour la cacher. Juste elle, ses cicatrices et Ael. Elle ne lâcha pas sa main et continua de la regarder sans vraiment aucune gêne.

- "Tu es si.. belle."

Elle ne pouvait pas être plus sincère, plus vraie, plus douce. Elle lâcha alors la main de la brune et frôla alors ce visage si marqué avant de se perdre dans ses cheveux. Le temps s’arrêta un instant et machinalement sans vraiment réfléchir elle déposa alors un doux baiser sur cette large cicatrice.

- "Tu es tellement..." murmura t-elle.  "Tu ne devrais pas te cacher, encore moins de moi.."

Elle se recula alors de quelques centimètres, lui laissant un peu d’espace pour respirer.
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Terminé #13 le 19.02.17 1:01
Ael se rapprochait dangereusement de Shirley. Son dos était contre une pierre. Elle n’avait plus d’échappatoire. Finalement, le même scénario se reproduisait encore et encore. Une fois de plus, on la coinçait et on l’empêchait de se faufiler pour éviter les autres et leurs contacts. Ça l’agaçait, mais elle était bien trop préoccupée à cacher du mieux qu’elle le pouvait son corps et son visage des regards indiscrets de la Métisse. D’une voix inaudible, elle la supplia d’arrêter de la reluquer et de s’éloigner.

Tu ne devrais pas dire des choses pareilles. Je t’ai vue d’assez près pour pouvoir dire que tu es une très belle femme.

Vas-t-en, gémit-elle faiblement.

Le ton doux et tendre qu’elle avait employé ne l’avait pas rassurée comme prévu. Les paroles qui auraient dû être agréables n’avaient aucun effet sur elle. Tout ce que désirait Shirley, c’était que cette femme qui se permettait d’envahir un peu trop son espace personnel fasse quelques pas vers l’arrière. Mais elle continuait d’avancer vers elle. Elle voyait la distance entre elles réduire et elle paniquait. Plus Ael se rapprochait, mieux Shirley pouvait discerner son visage et son corps. Son regard la parcourut longuement — un peu trop peut-être. Sa peau pourtant si blanche et si délicate était couverte d’hématomes foncées. Un corps si parfait flétri par d’injustes violences. Que s’est-il passé? La jeune femme se surprit à éprouver beaucoup de pitié pour cette femme qu’elle détestait pourtant du plus profond de son cœur quelques jours plus tôt. Fascinée par les disgracieuses taches foncées et blessures qui la recouvraient cruellement, elle en oublia un peu ses propres cicatrices exposées à la vue de la Métisse. Ma pauvre Ael… Face à la souffrance d’autrui, Shirley ressentait immanquablement une tendresse infinie. Même s’il s’agissait de celle qu’elle enviait le plus… Je veux te soigner.

De ridicules petits centimètres à peine les séparaient. Les deux femmes se regardaient presque sans la moindre hésitation, captivées par leurs blessures. Toutes les deux se scrutaient silencieusement d’un œil doux, voire affectueux. Avec la même délicatesse, Ael attrapa la main de Shirley pour la dégager de son visage pour mieux l’observer. La Canadienne la laissa faire mollement en plantant son regard dans le sien. Voyant que la demoiselle ne lâchait pas sa main, Shirley serra doucement ses doigts. Les terribles ecchymoses qui gâchaient la beauté de son ennemie jurée l’attendrissaient. Cette fragilité la touchait. Ael était humaine. Fragile, comme elle. Les coups lui laissaient des marques à elle aussi. Et si je peux vraiment lui montrer mes cicatrices?

Tu es si.. belle, fit la jeune femme, le plus sincère du monde.

Les joues de la brune s’empourprèrent, mais elle ne détourna pas le regard. Elle analysait son regard pour vérifier la véracité de ses paroles. Elle le pense vraiment? Shirley n’avait trouvé que de la sincérité pure au fond des iris gris rivés sur elle. Jamais un compliment ne l’avait aussi touchée.

Ael lâcha la main de son amie(?) avant d’effleurer de ses doigts fins le côté de son visage ravagé par son accident. Cette dernière ne la repoussa pas. Cette femme qu’elle avait tant détestée avait le droit de toucher à cette gigantesque cicatrice qu’elle s’évertuait à dissimuler jour après jour sous des bandelettes de tissu. Cette femme qu’elle avait tant haïe avait le droit de partager ce moment si doux avec elle alors qu’elle s’était promise de ne plus se laisser fourvoyer par les belles paroles et les gestes tendres après sa mort. La main sur sa large cicatrice glissa jusqu’à ses cheveux et alla se perdre dans ceux-ci. Shirley baissa les yeux avant de sourire légèrement, à la fois embarrassée et charmée. Elle restait silencieuse comme si elle attendait quelque chose.

La jeune femme se pencha vers elle, réduisant un peu plus la maigre distance qui les séparait. Elle vint déposer un baiser sur sa joue meurtrie.

Tu es tellement… souffla-t-elle. Tu ne devrais pas te cacher, encore moins de moi..

Le bras qui cachait sa poitrine se décolla de son corps et elle attrapa avec délicatesse le bras d’Ael pour s’assurer qu’elle ne s’éloigne pas. Leurs visages étaient à nouveau si près. Le souvenir du baiser qu’elles avaient échangé à la bibliothèque surgit dans son esprit. Ces lèvres obsédantes qui se plaquaient contre les siennes avec désir et ce corps très différent de celui d’un homme contre le sien... Elle s'en souvenait parfaitement. À nouveau, un sourire réservé étira ses lèvres et son regard se fit fuyant. Mais Ael fit quelques pas vers l’arrière. La réminiscence du baiser s’estompa aussitôt. Mais cela ne découragea pas la brune. Elle serra un peu plus fort le bras de la lémure pour éviter qu’elle recule de nouveau et, sous l’impulsion du moment, posa ses lèvres contre les siennes. Doucement et tendrement, sans la brusquer. Presque chastement. Sa main libre se glissa sur sa délicate hanche avec précaution pour éviter que ses blessures la fassent souffrir au contact de ses doigts.

Leurs bouches se séparèrent après quelques trop courts. Ses pensées ne tardèrent pas à revenir à toute allure pour la réprimander pour son comportement déplacé.

Non mais quelle salope. Il suffit qu’on te susurre quelques compliments et tu te jettes au cou d’inconnus. Elle va te dire qu’elle t’aime bien et tu vas vouloir te retrouver sous la couette avec elle! C’est déjà arrivé quelques fois. Tu me dégoûtes. Fille facile. Et naïve surtout. Ta mère avait raison. Tu t’habillais en salope et encore aujourd’hui, 32 ans et supposément mature, tu te livrerait entièrement à tout ce qui a un peu de considération pour toi. Non mais quelle salope. De toute façon, quoi que cela ait voulu dire — si ça avait une quelconque signification d’ailleurs — tu ne t’attacheras pas à cette femme. Tu vas tomber amoureuse. Les femmes t’intéressaient un peu auparavant, hein? T’as jamais fait le pas, par manque de courage, mais ELLE, elle est dangereuse parce qu’elle est clairement aux femmes. Et tu risques de t’encombrer encore de quelqu’un. Tu te revois revivre l’enfer d’être en couple? Non. Ce n’est pas parce que les femmes aiment différemment des hommes que tu vas prendre le risque de retourner dans cette galère. Tu es indépendante maintenant. Tu n’as besoin de personne. Tu n’as jamais été aussi heureuse depuis que tu as laissé de côté l’amour. Pas vrai?

Oui, c’est vrai. Mais…

Tu vas la détester. Compris?

D’accord. Je la détesterai.

Ne lui fais pas trop mal, tout de même…


Shirley s’éloigna un peu et reposa son dos contre la pierre. Un léger soupir s’échappa de ses lèvres alors qu’un air à moitié inquiet, à moitié attristé était suspendu à son visage. Elle n’osait plus regarder Ael en face. Elle ne voulait pas la rejeter. En avide d’amour et d’affection inavouée, elle n’avait jamais su dire non et ne savait toujours pas comment faire aujourd’hui. Ce besoin handicapant, presque pathologique, d’être aimée lui avait si souvent nui… Quand on ne sait pas s’aimer soi-même, on cherche à être aimée par les autres. Et on devient si vulnérables, si facilement bernables. La jeune Lémure ne pouvait pas laisser avoir une énième fois. C’était trop difficile. L’amour n’était pas fait pour elle, pourtant elle se faisait si facilement piéger dans celui-ci. Il n’y avait que dans les films et les romans à l’eau de rose où les beaux sentiments et le romantisme cicatrisaient pour de bon les vieilles blessures et comblaient une fois pour toute les manques qu’on avait toujours ressentis.

J-je sais pas pourquoi j’ai fait ça, mentit-elle.

C’était dit sur une voix qui vacillait, peu convaincante. Ael avait peut-être déjà percé à jour son mensonge. Shirley avait croisé les bras et cachait de nouveau sa poitrine. Les cicatrices qui parcouraient disgracieusement son visage et son corps étaient toujours à découvert, mais elle ne se faisait plus beaucoup de souci pour ça. D’autres pensées la torturaient...

Son regard s’était perdu dans le vide. La jeune Lémure cherchait ses mots, des mots qui suffiraient à éloigner la jolie femme qui s’était visiblement éprise d’elle. Elle aurait pu lui crier toutes les insultes du monde, mais il ne fallait pas lui faire mal. Et son comportement l’aurait, en plus de la blesser, très certainement intriguée. Passer d’un baiser à des insultes… On la prendrait pour une folle. Shirley devait la repousser en douceur. On ne se connait presque pas, je ne vais pas lui faire très mal je pense… J’aurai peut-être la conscience tranquille, cette nuit. Pour se donner du courage, la brune inspira, puis lâcha sans même la regarder dans les yeux :

J’ai dû faire ça parce que… parce que… Pour te faire plaisir. C’est ça. Ne t’imagine rien, d’accord? Je ne sais pas si tu voulais juste avoir une conquête ou si tu voulais plus, mais peu importe. Dans tous les cas, ça ne va pas être possible. J’aime les hommes. Je ne suis pas intéressée. Et même si j’aimais les femmes, je ne pense pas qu’il se passerait quoi que ce soit entre nous. Je ne t’apprécie pas beaucoup… Tu as dû le remarquer. Je ne suis pas célibataire non plus dans tous les cas. J’aime mon copain. Il me plaît beaucoup plus que toi. À partir de maintenant, si on se recroise, on ne s’embrasse surtout pas. Je n’aime pas ça. Je ne veux pas non plus qu’on s’adresse la parole. J’aimerais qu’on oublie tout ce qui s’est passé. L’incident de l’ascenseur, la fois où on s’est embrassées à la bibliothèque, ce qui vient de se passer et même toutes les fois où on s’est croisées à l’Agence sans forcément se parler. Je ne t’ai jamais voulue dans ma vie, ça n’a pas changé aujourd’hui. Excuses-moi. C’est gentil ce que tu m’as dit, mais je ne t’aime pas du tout.

J’ai été cruelle, constata Shirley. Mais ce qui était dit était dit. Son discours avait néanmoins le mérite d’être clair. Plus jamais elles ne se reparleraient, et c’était mieux ainsi. Ce discours à lui seul avait pu écarter tous les risques de tomber amoureuse de cette pure étrangère qui l’avait flattée avec ses belles paroles et ses douces caresses. Cela aurait dû la réjouir, pourtant, elle sentait sa peine s’agglutiner au creux de sa gorge en une boule désagréable et un poignard transpercer sa poitrine. En quelques instants à peine, elle s’était accrochée si facilement à Ael alors qu’elle l’avait haïe dès la première fois que leurs regards s’étaient croisés. La sincérité dans ses mots, sa beauté qu’elle appréciait non sans amertume, sa bienveillance et son aura de femme inatteignable l’avait séduite. Je suis ridicule.

Je t’interdis de parler de mes cicatrices à qui que ce soit, lâcha Shirley avec difficulté.
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Terminé #14 le 19.02.17 1:06



Elle était douce, la jeune lémure en face d’elle était emplie d’une douceur qu’elle ne lui connaissait pas. Elle ne la repoussait pas, ne la regardait plus avec cette haine habituelle, bien au contraire elle se laissait faire, elle s’abandonnait de plus en plus à Ael. Mais celle-ci ne voulant pas en faire de trop, s’était reculée, lui laissant tout l’espace nécéssaire dont elle avait besoin. Elle ne referait pas l’erreur deux fois, elle ne la brusquerait plus. Plus jamais.

Finalement vu sa douceur elle ne s’attendait pas vraiment à ce qu’elle soit en colère mais elle s’attendait encore mois à ce qu’elle la rattrapa avec autant de délicatesse. Ce n’était pas la même femme, ce n’était plus elle. La croyait-elle enfin ? Croyait-elle enfin en ses sentiments ? Ce qu’elle fit par la suite confirma alors ses pensées.

Dans un premier temps elle l’observa. Elle observa davantage son corps qui n’avait plus aucun moyen de se cacher. Elle sentait les doigts de la jeune femme faire pression sur son bras puis elle se sentit tirée vers elle. Ael était complètement perdue. Perdue par se rapprochement soudain, perdue par son comportement, perdue par ses sentiments qui ne faisaient que grossir dans sa poitrine.

Elle n’était plus qu’à quelques centimètres de son visage. Il fallait qu’elle se contrôle. Elle ne ferait plus le premier pas, elle attendrait là, essayant de comprendre les désirs de la lémure. Elle la regarda alors intensément se mordant la lèvre discrètement. Et la jeune femme sourit alors. En vérité c’était la première fois qu’elle la voyait ainsi et elle avait le plus beau des sourires. Il était discret mais sincère et la métisse ne pu s’empêcher à son tour d’adoucir davantage son visage. Elle ne lui ferait plus jamais de mal, elle ne manquerait plus jamais de tact avec elle, elle voulait prendre soin d’elle, elle en avait tellement envie. Mais elle recula, Ael recula de quelques centimètres, essayant de se contrôler au mieux. Elle sentit à nouveau cette pression sur son bras et releva alors le visage en direction de sa belle. En quelques secondes elle sentit alors ses douces lèvres se poser une nouvelle fois sur les siennes. La brune soupira à ce contact tellement il lui avait manqué finalement. Elle profita de ce cours instant avant de sentir une main se poser sur sa hanche nue. Elle s’avança alors instinctivement, collant son corps au sien. Il faisait peut-être frais dehors mais sa peau à elle était d’une chaleur enivrante. Elle était douce et Ael se laissa penser quelques secondes que tout ceci était possible, que tout ceci était réel.

Mais elle s’éloigna. Ael la regarda faire un peu étonnée et fixa alors son regard. Il n’y avait ni joie ni colère dans ses yeux, mais plutôt de la peine, de la pitié presque. La brune fronça un sourcil se demandant ce qui allait se passer à présent. Finalement elle était un peu habituée au comportement de la jeune femme, a ses allées et venus si égoïstes qu’elle avait fait dans sa vie, à ses oui puis ses non. Elle commençait inévitablement à s’habituer à tout ça et c’était triste, juste triste.
Mais cette fois-ci elle ne savait ce qui allait se passer.  C’était une expression nouvelle pour elle. Elle ne la regardait même pas, elle n’osait même pas. Et pourtant Ael la sentait inquiète, en pleine réflexion peut-être. Peut-importe elle attendait.

- " J-je sais pas pourquoi j’ai fait ça."

Et voila. On y arrivait, à une énième déception à un énième rejet de sa part. Ael avait le coeur tellement serré dans sa poitrine qu’elle ne remarqua même pas cette voix si vacillante qui essayait tant bien que mal de cacher une toute autre vérité. Non la seule chose qu’elle voyait c’était celle qui venait de l’embrasser avec tendresse qui à présent la regardait ainsi, qui à présent s’était éloignée et se cachait à nouveau. Elle n’avait pas l’air d’avoir fini mais Ael avait mal, elle sentait les mots arrivaient, elle sentait encore une fois sa poitrine se tordre de douleur. Elle recula alors d’un pas et les mots de la jeune femme sortirent au même moment.

- "J’ai dû faire ça parce que… parce que… Pour te faire plaisir. C’est ça. Ne t’imagine rien, d’accord? Je ne sais pas si tu voulais juste avoir une conquête ou si tu voulais plus, mais peu importe. Dans tous les cas, ça ne va pas être possible. J’aime les hommes. Je ne suis pas intéressée. Et même si j’aimais les femmes, je ne pense pas qu’il se passerait quoi que ce soit entre nous. Je ne t’apprécie pas beaucoup… Tu as dû le remarquer. Je ne suis pas célibataire non plus dans tous les cas. J’aime mon copain. Il me plaît beaucoup plus que toi. À partir de maintenant, si on se recroise, on ne s’embrasse surtout pas. Je n’aime pas ça. Je ne veux pas non plus qu’on s’adresse la parole. J’aimerais qu’on oublie tout ce qui s’est passé. L’incident de l’ascenseur, la fois où on s’est embrassées à la bibliothèque, ce qui vient de se passer et même toutes les fois où on s’est croisées à l’Agence sans forcément se parler. Je ne t’ai jamais voulue dans ma vie, ça n’a pas changé aujourd’hui. Excuses-moi. C’est gentil ce que tu m’as dit, mais je ne t’aime pas du tout."

Elle parla encore un peu manière d’en rajouter un peu.

- "Je t’interdis de parler de mes cicatrices à qui que ce soit."

Ael recula. Son visage qui était si doux ne changea pas en réalité. Il avait toujours cette même douceur quand elle la regardait, ce même amour. Mais son regard était le plus triste et le plus désespérée possible. Des larmes se formèrent aux coins de ses yeux et Ael se concentra un peu pour ne pas paraitre plus faible que ce qu’elle ne l’était déjà. Cette femme avait joué avec elle pendant des semaines, elle l’avait baladé encore et encore. Et ce soir c’était une nouvelle fois la même chose. Qu’il était difficile de se faire rejeter ainsi, qu’il était difficile d’y avoir cru pendant quelques instants. Son coeur lui faisait mal et son corps tremblait de toute part. Elle ne pouvait pas se défendre, elle ne pouvait rien argumenter à vrai dire. Elle l’aimait et pas elle, c’était plus ou moins clair. Mais elle s’était faite manipuler pendant des jours et des jours et c’était ça au final qui la faisait s’effondrer. C’était cet espoir, c’était cette chaleur qu’elle avait pu lui offrir pour finalement détruire toutes ses espérances. Et puis concrètement, elle venait de complètement la perdre.

"Excuses-moi. C’est gentil ce que tu m’as dit, mais je ne t’aime pas du tout." Je ne t’aime pas du tout. Pas du tout. Finalement ça n’avait été que ça ? Ael s’était donc tant trompée ? La jeune femme en face d’elle avait le chic pour la mettre dans tous ses états mais cette fois-ci c’était sans doute la fois de trop. Cette fois-là où, finalement, on fini par abandonner tout espérance concernant l’amour et les relations qu’il entraine.
Les épaules d’Ael se baissèrent un peu, comme fatiguée de tout ça. Des petites larmes perlaient un peu sur ses jours mais elle finit par lui sourire. C’était une scène des plus atroces en réalité. Elle ne voulait pas de ça, elle avait mal mais elle n’arrivait pas à s’empêcher de la regarder avec une tendresse infinie. Dans le fond, elle se sentait coupable. Quand une chose pareil se passait elle se sentait juste coupable. Elle qui n’arrivait pas à contrôler ses foutus sentiments, elle qui finalement était bien plus impulsive et émotive qu’elle ne l’avait imaginé. Elle la perdait complètement et elle n’y pouvait rien.

Alors elle inspira un peu, un larme coula sur sa joue, et elle fixa son beau regard. Elle se rapprocha alors d’elle une toute dernière fois. Elle lui caressa à nouveau le visage de ses doigts fins et délicats et laissa retomber sa main près de son corps. D’une voix des plus triste et mélancolique elle lui chuchota alors quelques mots.

- "Je suis désolée pour tout ce que j’ai pu faire ou dire.. Je.. Je me suis trompée en ce qui te.. vous concerne. Ça n’arrivera plus.. "

Elle ne s’en rendait peut-être pas compte mais Ael pleurait, elle pleurait et ne pouvait se retenir. Sa vision se troublait et elle se sentait simplement très faible, physiquement comme émotionnellement. Elle se sentait brisée.

- "Je.. Je vais y aller, je ne voudrais pas vous.. importuner davantage. Je.."

Elle ne termina pas sa phrase et se recula de quelques pas. Elle se retourna assez fébrilement et se rattrapa à un rocher non loin d’elle. Elle posa sa main sur sa poitrine, puis sur ses côtes et se redressa. Elle ne regarda pas la lémure, elle ne la regarderait plus. Elle continua son chemin essayant tant bien que mal de trouver la sortie dans cette brume qu’elle avait fini par détester.