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#21 le 05.03.17 12:14

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Pressentant son regard posé sur moi, je détournai les yeux de sa cicatrice pour me heurter à ses iris bleutés, ne reportant mon attention sur sa balafre que lorsqu'elle la mentionna. Ainsi donc, sa cicatrice était directement liée à ses souvenirs, et plus encore à ceux qui lui étaient douloureux ? Entre les lignes, il me semblait comprendre que par « souvenirs douloureux », elle évoquait ceux qui se rapportaient à sa mort et tout ce qui y était rattaché de près ou de loin. Je ne pus m'empêcher de me demander si la douleur s'était éveillée lors de notre dîner au Sant-Pau, lorsque le couple à la table d'à côté avait eu la folie de se dire oui pour l'éternité.
Ma main retrouva silencieusement la sensation du matelas lorsque Giuliana se déroba à mes caresses, pivotant sur elle-même pour s'étirer d'abord, puis se redresser jusqu'à rejoindre le salon d'une démarche qui attira mon regard et étira mon sourire. La façon qu'avaient ses hanches de se balancer sensuellement au rythme de son avancée éveillait en moi les braises d'un désir que j'avais pourtant cru comblé. Reprends-toi Viktor !, m'étais-je dit en songeant que je régressais autant que je rajeunissais. Décemment, le costume de l'amant infatigable à la soif d'amour insatiable n'était plus taillé pour moi. J'avais passé l'âge et devais me faire une raison malgré ce que mon corps semblait désireux de me faire croire.

- Un peu d'eau, s'il te plaît, avais-je répliqué à sa demande, directement inspiré par son propre choix alors que j'avais eu grand mal à me convaincre de ne pas la détailler encore et encore, lorsqu'elle s'était accroupie d'abord, puis lorsque son corps s'était étiré alors qu'elle s'était gracieusement relevée.

Je réprimai un frisson en récupérant la bouteille qu'elle me tendait, jugeant que la fraîcheur de l'eau apaiserait peut-être mes ardeurs puisque ma raison n'y parvenait apparemment pas, seule. C'est plus ou moins à ce stade de mes réflexions que l'italienne hasarda une question salvatrice : elle avait raison, il lui fallait occuper mon esprit.
Achevant de boire encore quelques gorgées d'eau, je soupirai de bien-être en lui rendant la bouteille, pivotant sur le ventre en croisant mes bras sur l'oreiller afin d'y apposer ma tête et me convaincre ainsi, peut-être, de retrouver un semblant de calme quand des torrents se déchaînaient à l'intérieur de mon corps.

- La première est assez classique, elle est censée stopper la sensation de satiété, parce que certains spectres sont apparemment soucieux de maintenir leur ligne, ici-bas également, souris-je en dardant mon regard sur elle, J'en conviens, ça ne te concerne guère, mais peut-être pourrais-tu la tester une journée seulement ? Si tu n'as jamais faim, c'est que ça marche et il n'y aura pas grand chose de plus à faire. Je ne nourris guère de doutes quant à l'efficacité de celle-ci. Les seuls bémols possibles peuvent-être le goût ou un arrière-goût quelconque, avouai-je en tâchant de mobiliser mon esprit pour un exercice productif : la réflexion.

Aborder le sujet de la seconde potion était un peu plus délicat de par ce que son test impliquait, cependant. Si je ne voulais pas gâcher cet instant de quiétude auquel nous gouttions elle et moi, il me faudrait m'appliquer et mettre les formes en espérant que mes intentions finales sauvent la perspective peu engageante de tester une potion de la sorte.

- La seconde est un peu plus originale, et ne serait destinée qu'aux zombies, avouai-je comme pour l'avertir avant de poursuivre, Je me suis inspiré de la potion « coup d'éclat » tout en décortiquant ses effets. La potion que tu devras tester devrait supprimer l'odeur de putréfaction qui affecte les zombies lorsque leur corps se décomposent.

Conscient qu'une telle annonce ne plairait guère à Giuliana, je me redressai prestement, porté malgré moi par ce même enthousiasme qui m'avait saisi lorsque j'avais eu l'idée du projet général. Assis en tailleur désormais, je bougeais inconsciemment mes mains en même temps que je lui expliquais l'ensemble de mon entreprise, m'improvisant italien face à une digne représentante de ce pays.

- Comme pour tous les autres spectres, il y a plusieurs mentalités parmi les zombies. Certains, comme toi, ne supportent pas leur apparence véritable et d'autres s'en moquent. Logiquement, il y a différents niveaux de richesse également, parmi vous, aussi je pensais décortiquer les effets de la potion « coup d'éclat » pour ces différents niveaux de richesse, puis, sans doute, améliorer la potion « coup d'éclat » en elle-même. Je ne sais pas si j'y parviendrai, c'est une entreprise assez vaste, mais j'ai le sentiment que ça pourrait être utile, et plaire aux zombies. Je ne sais pas ce que tu en penses, avais-je avancé en espérant son approbation, Cette potion que je t'ai portée serait le seuil le plus bas de la gamme. Sans empêcher le processus de décomposition, il en stopperait l'odeur pour une durée que j'estime entre dix et quinze jours à peu près, vingt maximum. Le second niveau attaquerait précisément le processus de décomposition : il le ralentirait au moins, voire l'arrêterait tout à fait, sans pour autant régénérer les tissus comme le fait la potion « coup d'éclat ». Le stade supérieur de la gamme est la potion « coup d'éclat » en elle-même. C'est une potion à succès mais elle est assez complexe à réaliser : elle demande beaucoup de temps et énormément d'ingrédients. En la décortiquant comme je le fais, j'espère cibler chaque élément qui la compose pour les renforcer et la rendre plus efficace, à terme, achevai-je en reprenant mon souffle, réalisant seulement maintenant que je m'étais laissé emporter par la perspective d'avoir autant de travail de recherches dans les jours, les semaines, voire les mois à venir.

Et puis je revins à la réalité, réalisant que Giuliana était peu à l'aise avec sa nature et que je la forçais pourtant à entendre tout du processus qu'elle vivait au quotidien lorsqu'elle ne pouvait bénéficier de la potion « coup d'éclat » ; réalisant que je lui demandais pourtant ouvertement de ne pas user de cette potion qui la faisait revivre à chaque utilisation, pour voir si j'avais été capable ou non d'isoler le bon élément et de le doser justement.

- ... Tu n'es pas obligée de tester cette gamme de potions, si tu ne le veux pas, tu sais. Je connais d'autres zombies et pourrai toujours m'arranger pour leur faire essayer le tout, lui assurai-je en esquissant une ébauche de sourire, cherchant à la rassurer, Après tout, les potions à tester ne manquent pas !

C'est pourtant en pensant à elle que j'avais eu l'idée de ces potions. A croire qu'après être devenue mon cobaye, elle s'était finalement imposée en muse.
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#22 le 26.03.17 23:12

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Une fois qu'il s'est désaltéré, je récupère la bouteille d'eau largement entamée que le nécromancien me tend et je me relève pour retourner auprès du mini-bar et la ranger dans le frigo, tout en écoutant les explications qu'il me fournit au sujet des potions. Si la description de la première potion me fait passablement sourire - autant dans le fond que dans la forme ~ - , force est de constater qu'il n'en va pas de même avec celle de la seconde.
Il me faut toutefois avouer que dans les grandes lignes, la réflexion du bellâtre m'intrigue. Je me demande quels mécanismes enfouis dans son cerveau lui permettaient de constamment innover ; je m'efforce de comprendre pourquoi il éprouvait ce besoin de toujours fignoler son art en repoussant plus loin toutes les limites susceptibles de s'opposer à lui. Il y a bien une forme de perfectionnisme derrière tout ça, mais je ne peux m'empêcher de croire qu'en latence, ce besoin est aussi motivé par l'argent. Par le sadisme également peut-être ? Il y a quelques heures à peine, j'aurai affirmé que oui. Maintenant... je ne suis plus sûre de rien.

Il savait qu'il marchait sur des charbons ardents en évoquant les effets de sa future gamme de potion spéciale zombie. Je pouvais le voir à son expression, à son sourire presque désolé alors qu'il m'exposait les bienfaits supposés que pourront en retirer ceux de ma race maudite. Tout ce temps pourtant, mon expression était restée neutre au possible, malgré le sourire qui avait animé mes traits au commencement de son monologue explicatif. Je m'étais contentée d'aller récupérer une cigarette sur la table de nuit tout en faisant mine de l'écouter distraitement, puis je l'avais allumée et avais profité d'une longue latte salvatrice de poison.

Finalement, alors qu'il termine enfin son laïus, je me permets de lui sourire en expirant sensuellement une volute de fumée éthérée.

« C'est amusant, cet opportunisme mal placé qui vous anime tous, vous autres nécromanciens... », susurré-je d'une voix douce, dénuée de quelconques reproches. Je tenais à ce que l'ambiance demeure au beau fixe dans cette chambre. « ...Vous semblez prendre un malin plaisir à créer des monstres tels que moi, pour ensuite mieux les arnaquer et les rendre accro à des produits délétères mais hors de prix. », ironisé-je en m'installant sur le lit, derrière Viktor.  « C'est une remarquable idée que tu as eu là ~ », avoué-je toutefois alors qu'il me tournait le dos, toujours assis en tailleur.

Je m'adosse à la tête de lit en souriant faiblement, glissant la cigarette entre mes lèvres avant de me redresser pour agripper l'épaule du grand brun et l'attirer contre moi, l'invitant à s'allonger sur mon ventre, la tête sagement calée contre ma poitrine. Je retire la cigarette d'entre mes lèvres charnues et souffle un nouveau nuage de fumée avant de glisser le bâton de nicotine entre ses lèvres à lui, souriant en coin.

« Je testerai tes potions... ça fait partie du deal... », soufflé-je contre son oreille avant de soupirer d'aise en appuyant ma tête sur l'oreiller.

Doucement, presque tendrement, ma main glisse le long du torse du russe qu'elle caresse distraitement. Les doigts de l'autre s'égarent dans ses mèches brunes, improvisant un massage du cuir chevelu comme pour meubler par les gestes le silence et la quiétude dans lesquels nous baignions tous les deux. Bercée ainsi, je me surprends à cogiter sur le talent de Viktor : ce pouvoir étrange qui avait le don de me fasciner et de m'effrayer tout en même temps.

« ...Comment fonctionne-t-il... ? », m'entends-je demander dans un murmure, mon regard azuré rivé au plafond, comme absent ou à demi conscient. « Ton ''pouvoir''. Comment fonctionne-t-il... ? », précisé-je, consciente qu'il ne comprendrait peut-être pas l'évidente pertinence - dans mon esprit en tout cas -  de ma question.

Je baisse à nouveau les yeux, poursuivant distraitement mes caresses tout en observant en coin le visage de mon amant.

« … Par exemple, si je te demandais de me montrer un souvenir des plus insignifiant, ni bon, ni mauvais, en serais-tu capable ? »

Ma curiosité à l'égard de ce fameux pouvoir de mélancolia était peut-être forte, mais je n'étais pas prête à jouer les cobayes pour ressasser des souvenirs qui, indéniablement, me ferait plonger un peu plus dans mes ténèbres habituelles.
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#23 le 07.04.17 22:36

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Alors que je l'observais fumer jusqu'alors, ses paroles firent apparaître un voile flou devant mes yeux, me laissant songeur quant à ce qu'elle venait de m'énoncer. Elle avait raison sur toute la ligne. Je créai moi-même des zombies et tout autant de potions pour maintenir leur apparence spectrale telle qu'elle était à leur arrivée en ce monde ; comme alimentant mon propre système pour mon profit personnel... Mais je réalisai une chose avec horreur. Jusqu'à maintenant, j'avais toujours cherché à instrumentaliser les zombies, leur nature et leurs besoins pour en tirer des avantages souvent conséquents et plus odieux encore. Jusqu'à cette gamme. Quand j'avais créé toutes les autres potions « pour moi » avant tout, j'avais eu l'idée de cette série de potions en pensant à elle, et ce, non plus « pour moi », mais « pour eux ». Pour les... Aider ? Plus que de l'amusement, c'était de l'ironie désormais. De deux choses l'une : soit je me bonifiais avec le temps à son contact, soit au contraire, je m'enfonçais plus encore dans les limbes de la cruauté pour m'improviser Sauveur alors que j'avais été en premier lieu Bourreau et n'entendais, du reste, pas y mettre un terme. Du moins, je n'y avais pas encore réfléchi et ce ne serait indéniablement pas ce soir que cela commencerait.

Je songeais encore à mon attitude autant qu'à ses paroles lorsqu'elle regagna le lit, réalisant à peine qu'elle se plaçait dans mon dos ; réalisant tout juste qu'elle m'attirait contre elle. Sentir la chaleur de sa peau à même mon dos fit cependant s'envoler tout ce qu'il me restait de réflexions pour me plonger dans un état de quiétude qui s'accentua lorsqu'elle glissa sa cigarette entre mes lèvres - pas assez pour que je ne la remercie pas d'un murmure pour son engagement cependant -, puis atteint son paroxysme à l'instant où elle entreprit de caresser mon torse et mon cuir chevelu. Nul doute que si elle n'avait pas parlé à trois reprises, je me serais laissé emporter par un repos ô combien tentateur.

- Je peux tout faire depuis un moment, affirmai-je, un brin prétentieux sans guère le réaliser, Au début, je ne pouvais que raviver des souvenirs aléatoirement, mais mon pouvoir a évolué. A force d'être utilisé, j'imagine, soufflai-je sans prendre la peine de rouvrir mes yeux alors que je les avais instinctivement fermés à l'instant où elle avait commencé ses caresses, Maintenant, il me suffit de penser à un souvenir personnel teinté d'une émotion particulière pour que Melancolia cherche et ravive, chez le client, un souvenir émotionnellement similaire. Niveau pratique, il faut que tu saches que mon pouvoir provoque une inconscience furtive aussi bien pour moi que pour le client, mais on ne craint pas grand chose ici, il me semble, ajoutai-je en rouvrant les yeux à demi le temps de fixer le mur d'en face, et plus particulièrement ce tableau insupportable derrière lequel la maquerelle aurait tout le loisir de nous voir étendus, si elle revenait, Il est rare qu'on me demande un souvenir neutre, mais il me vient une pensée à l'esprit, assez neutre, quoiqu'une sorte de bien-être, voire d'ataraxie figure en arrière-plan. Si ce sentiment te convient, on peut tenter l'expérience, proposai-je en levant ma main gauche dans l'attente qu'elle y glisse la sienne, la droite demeurant suspendue mollement au-dessus du vide, calée sur le matelas, laissant la cigarette se consumer entre mon index et mon majeur, Ah, une dernière chose : mon pouvoir évolue encore. J'arrive à voir des bribes du souvenir en question, mais je le comprends rarement sans l'aide du client. A tes risques et périls, donc, murmurai-je en guise d'ultime avertissement avant que le silence ne retombe paresseusement entre nous.

Se refermant mollement sur eux, mes doigts ne se rouvrirent que pour laisser passer la main de Giuliana avant de l'emprisonner avec douceur. Les yeux clos à nouveau, je me concentrai cette fois sur ce souvenir neutre qui m'était venu, pas franchement heureux et certainement pas malheureux ; l'un de ces moments auquel on n'apporte pas suffisamment d'importance compte tenu de sa criante inutilité. Ni bon, ni mauvais ; ni noir, ni blanc. En ce qu'il n'est pas marqué par l'excès, il passe pour quelque chose de futile et d'inutile alors, pourtant, qu'il participe à rendre la vie plus douce et à faire réaliser, à ceux qui l'oublient parfois, combien elle peut être simplement belle malgré les difficultés qu'elle nous réserve parfois.
Pour satisfaire les désirs de Giuliana, j'avais songé à l'une de ces soirées lointaines où, après une journée de travail éreintante, j'avais été faire mon footing quotidien. C'était à une journée d'été que j'avais songé plus particulièrement, l'une de celle où il faisait chaud et où l'air commençait à devenir respirable au coucher du soleil seulement. C'était cet instant que j'avais capté en traversant le parc dans lequel j'avais coutume de courir. Instant rendu futile par sa prévisibilité et son rythme cyclique, arraché au temps, ce coucher de soleil baignant l'horizon d'un orange vif que même les plus hauts buildings ne parvenaient pas à dissimuler m'avait fait réaliser et vivre l'instant présent sans songer à la veille ni au lendemain. Il m'avait fait réaliser la beauté du paysage, aussi bien lointain que tout proche - puisque le parc que je me contentais de traverser la plupart du temps sans plus faire attention à ce qu'il était, était tout bonnement superbe lui aussi -. Un bol d'air frais dans une existence surchargée. J'avais perdu conscience au milieu de cette contemplation, pour ne plus percevoir que des sons et des images brouillées ne m'appartenant plus. Imbroglio incompréhensible qui me prêta à sourire d'abord, lorsque je revins à moi, puis à rire enfin.

- J'ai rien compris..., avouai-je en ricanant, rompant ainsi le silence régnant dans la pièce.

Profitant de l'éveil de l'ensemble de mes facultés tant que Giuliana n'adoucissait pas mes mœurs en me caressant de toute part, je pivotai sur moi-même en frissonnant une nouvelle fois du contact de son épiderme contre mon torse, mon visage se frayant naturellement un chemin jusqu'à son cou pour humer sa fragrance et sentir, tout contre mes lèvres, la douceur de sa peau d'albâtre.

- Tu m'expliques.. ? soufflai-je sans m'écarter d'elle alors que, au contraire, tout mon corps effleurait le sien.