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#11 le 31.01.17 21:21

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Quoique mes yeux soient tout à la grâce dont elle faisait preuve en battant les cartes, je ne pus empêcher l'un de mes sourcils de se hausser. Ainsi donc, elle avait tout de même pris le temps de lire la pancarte à l'extérieur de ma boutique et connaissait mon pouvoir ? J'étais surpris, je l'admettais. Je pensais en effet, jusque là, que son intérêt pour moi était parfaitement inexistant et que ses allées et venues dans la boutique n'étaient liées qu'à ses obligations à mon égard. Peut-être devrais-je me montrer méfiant : qui sait ? Peut-être m'observait-elle lorsque je pensais être à l'abri !
Pourtant, la suite de ses paroles – sa justification plutôt – me poussa à détourner les yeux sur les cartes, à nouveau. Pourquoi avais-je tant de mal à la croire, lorsqu'elle me disait – lorsqu'elle prétendait – ne pas s'intéresser à ses souvenirs passés ? Parce qu'elle m'avait avoué peu avant s'être rendue en Sicile, il y a de cela quelques semaines à peine, peut-être. Parce que je ne parvenais pas à l'imaginer plus forte que moi sur ce point, et que je ne faisais pas exception aux autres qui me sollicitaient continuellement, sans doute. S'il m'était en effet donné de profiter de mon pouvoir, j'en userais pour revoir le visage de ma fille qui s'obscurcissait de plus en plus au fil des jours. Comme si le souvenir que j'avais d'elle avait sa propre conscience et réalisait qu'à défaut d'être renouvelé, il s'éloignait de plus en plus de la réalité. Or, devenu mensonge, il n'avait plus lieu d'exister et préférait encore disparaître, simplement.

Volontiers porté par l'enthousiasme de la zombie – pour une fois qu'elle mettait un tant soit peu de cœur à l'ouvrage ! -, j'obtempérai en silence, réajustant ma position après lui avoir donné le coussin réclamé et récupéré sa coupe que je posai sur la table de chevet, me calant, comme demandé, contre la tête du lit – non sans avoir pris la peine de décaler ma veste encore dissimulée sous les couettes pour lui épargner quelques plis malvenus -.

- Évidemment, soufflai-je en écho à sa précision ultime.

Pourquoi prenait-elle la peine de préciser cette règle alors qu'elle était effectivement constamment sous-entendue chez elle ? Parce qu'elle ruinait, à elle seule, tout le stratagème que j'avais élaboré pour espérer converser avec elle ? Sans doute. Mais au moins, ce que cette règle ajoutée par ses soins laissait entendre flattait mon ego : si elle prenait la peine d'ajouter cette précision, c'est qu'elle se voyait subir mes questions et me présageait donc gagnant des parties de cartes à venir.

Alors que j'attendais patiemment qu'elle daigne installer le jeu convenablement, mes sourcils se froncèrent furtivement à l'instant où elle entreprit de retirer certaines cartes du jeu. A quoi bon avoir pris la peine de tout mélanger si elle perdait maintenant du temps à retirer tous les chiffres ? De plus en plus sceptique, mon regard sonda le sien lorsqu'elle m'imagina un court instant cartomancien. Sérieusement ? Avais-je vraiment la tête de la parfaite Madame Irma ? Croyait-elle vraiment que je perdais du temps avec cela ?
N'étant décidément pas au bout de mes surprises avec elle, je fus étonné d'apprendre qu'elle se débrouillait apparemment pour lire les cartes. Qu'elle arrête de rêvasser cependant : nul besoin du « moi aussi ». Je n'étais pas de ces manipulateurs là. Je me considérais plus subtil qu'eux. Ainsi donc, si, certes, le Tarot de Marseille était réputé pour la cartomancie plus que pour le tarot lui-même, je ne l'avais en ma possession que pour deux raisons aussi banale l'une que l'autre : la première, en ce que ce jeu là, précisément, plus que les autres, avait attiré mon œil – j'avais un faible pour le style des dessins, je devais le reconnaître - ; la seconde, en ce que le Tarot de Marseille me rappelait la France, la France, me faisant penser à mon ex-femme, et mon ex-femme, à ma fille. Une fois n'est pas coutume.

L'apothéose – du moins le pensais-je – poignit lorsqu'elle me proposa d'essayer, adoucissant ma méfiance première et apparemment évidente par la promesse d'un jeu prochain. Mais sans même attendre que je ne lui réponde, les cartes étaient déjà étalées et sa main m'enjoignait à en tirer quelques unes, et plus précisément trois, comme elle daigna me l'indiquer ensuite.
En dépit de mon scepticisme, je devais reconnaître que ce soir, Giuliana m'étonnait. Ou du moins m'étonnait-elle depuis quelques minutes, alors qu'elle semblait désormais avoir oublié la colère et l'incompréhension premières, nées à l'instant même où elle m'avait vu assis dans cette chambre de la maison close dans laquelle elle travaillait. Elle me surprenait agréablement, plus encore alors qu'elle semblait si souriante – oserais-je dire épanouie ? -. S'il n'y avait que cela pour la ravir, elle aurait dû me le dire et je lui aurais sorti ce jeu de cartes bien plus tôt.

- Bien, adjugeai-je en obtempérant enfin, me redressant pour observer le dos des cartes alignées entre elle et moi, Puisque je n'ai plus rien à craindre dans la mort, ce serait idiot de ne pas connaître ce que me réserve mon avenir, des dires des cartes, souris-je en levant les yeux sur Giuliana.

Quittant ma cuisse sur laquelle elle se trouvait appuyée, ma main droite s'étira jusqu'à se placer à hauteur des cartes, stationnant au-dessus d'elles en cherchant peut-être à ressentir quelque chose de différent, dans l'espoir de tirer un bel avenir. Était-ce cependant nécessaire de prendre de telles précautions ? Au-delà du fait que je n'y croyais pas, à supposer que les cartes disaient effectivement vrai lorsqu'elles s'exprimaient, n'était-ce pas à dire que ma destinée était toute écrite ? A quoi bon me concentrer pour choisir des cartes, en ce cas, puisque tout était supposément pré-écrit, y compris le tirage ? Que je prenne mon temps ou me presse, le résultat serait identique. D'autant plus identique qu'une fois encore : je ne croyais pas, par avance, ce qu'elle pourrait bien me dire ensuite.

- Tu pourrais être une experte ou une menteuse que cela ne changerait guère de choses à mes yeux, cela dit, soufflai-je en observant les cartes, abattant ma main sur une première pour la retourner, Je ne sais pas lire les cartes et quand bien même, je ne prendrais pas la peine de le faire pour mes clients. L'avenir est, par définition, incertain. J'aime en tous cas à penser qu'il l'est, ne serait-ce que pour donner un sens à l'existence. Quel plaisir y a-t-il à vivre si tout est déjà gravé dans la pierre ? Dans une telle situation, autant se laisser porter et attendre que les évènements viennent à nous plutôt que de les provoquer, ou, au contraire, les contourner, poursuivis-je en levant brièvement mes yeux sur elle, choisissant ensuite une seconde carte que je retournai pareillement, Je m'efforce de paraître le plus crédible possible aux yeux de mes clients, et préfère fonder mon gagne-pain sur le passé, solide, plutôt que l'avenir, diffus. Je gagne bien plus de clientèle à rappeler aux gens ce qu'ils ont oublié, ou à leur montrer une nouvelle fois ce qu'il savait déjà, plutôt qu'à leur inventer un futur qui les décevra de toute façon. Car ainsi sont les clients, n'est-ce pas ? Éternels insatisfaits, y compris lorsqu'on leur donne ce qu'ils avaient pourtant formulé. En ce cas, c'est leur formulation qui est imparfaite, peut-être même leur désir qui est inexact, mais jamais ils ne se remettent en cause. Sans doute parce que le client est Roi, souris-je en hésitant sur la dernière carte, optant finalement pour une autre au dernier moment, que je retournai également.

Sourire aux lèvres, je me laissai basculer en arrière pour m'adosser à nouveau à la tête de lit, n'accordant plus guère d'attention aux cartes maintenant que trois d'entre elles étaient retournées, préférant au contraire observer Giuliana à l’œuvre. Je ne l'avais jamais vue concentrée sur une chose, toute à ce qu'elle faisait... Me ferait-elle l'honneur de découvrir ce pan de sa personnalité, maintenant que je la voyais si souriante ?

- Alors dis-moi ! Quel sera mon avenir amoureux ? Professionnel ? Mince... Quel est le troisième élément déjà ? murmurai-je en réfléchissant à haute voix avant de ricaner en le retrouvant, Ah oui ! La santé ! Je suis tout particulièrement curieux de connaître ce dernier point, tiens ! ironisai-je sans pouvoir me départir de mon sourire en coin.
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#12 le 02.02.17 17:26

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Il mettait du temps à se décider – déjà, l'espace d'un instant, j'avais bien cru qu'il me refuserait ce futil petit plaisir dans un soupir las par avance –, ses doigts furetant au-dessus de la ligne de cartes comme prêts à dénicher celles qui les appelleraient, celles qui seraient, indéniablement – mais tout à fait fictivement –, maîtresses du destin futur de Viktor. Alors qu'il opte enfin pour l'une d'entre elles, la déposant face retournée devant moi, je souris en découvrant qu'il était loin d'être cartomancien. Selon ses propres dires bien sûr. Que ce soit de la fausse modestie, de la honte ou la simple vérité m'importait peu en fin de compte. L'imaginer tirer les cartes à ses clients m'amusait malgré tout, je préférais donc garder cette vision à l'esprit. Si cela pouvait me permettre de l'apprécier un peu plus, il n'allait tout de même pas s'en plaindre !?
J'écoute toutefois sa vision de l'avenir, qu'il oppose à un passé selon lui plus solide. Comment pourrait-il en être autrement ? Le passé était déjà ancré, sûr et tangible. De par ma formation, j'étais moi-même de celles qui s'étaient raccrochées au passé, à l'Histoire avec un grand 'H', pour mieux prévoir le futur ou le présent, pour mieux le commenter. Mais il y avait cependant une ombre à son joli tableau moralisateur, selon moi. Et je m'empresserai de le lui faire remarquer, au moment voulu.

« Tire encore six cartes. Tu en apposeras deux sous chacune des trois premières. », lui demandé-je alors qu'il m'interroge déjà sur la signification des premières. Mentalement, je dresse déjà le tableau principal de ce que j'allais lui raconter. Quel avenir allais-je lui prédire ? « Effectivement, il est sans doute plus rassurant et plus tangible de se raccrocher au passé... », lui concédé-je enfin pendant qu'il tirait les autres cartes demandées. « Cependant le passé est souvent décevant. Trop souvent d'ailleurs. Et même s'il subsiste des parts de joie, de petits bonheurs... je suppose qu'on sait tous que ce ne sont que de simples tours de passe-passe. Des jeux du destin. », souris-je faiblement en gardant le regard rivé sur le tirage. « L'avenir, même s'il est incertain, même s'il est plus imprévisible, me semble apporter plus d'espoir. », avoué-je comme pour contrer son point de vue, me forçant à regarder le nécromancien sans pouvoir empêcher mes iris de se tâcher d'un voile de tristesse. Croyais-je vraiment à cette histoire de destinée ? M'imaginais-je encore qu'un avenir meilleur m'attendait au-delà des murs du Seven Deadly Sins ?
Hm... je n'étais sans doute pas le meilleur exemple qui soit.

« Quoi qu'il en soit, voyons donc ce que le tien te réserve, Viktor Matveïev ~ », commencé-je en me penchant, apposant mon index sur la carte la plus à gauche en souriant en coin. « Ici, tu as tiré la Reine de Cœur. Il y aura donc une femme, j'imagine bien une jolie brune, ou une belle métisse à la peau mate ~ », ricané-je, amusée. Pourquoi une brune et pas une blonde ou une jolie rouquine ? Parce que je trouvais que ce type de femmes irait bien avec le bellâtre. N'avait-il donc pas assez de grandes blondes dans son pays pour tomber encore une fois sur le charme de l'une d'entre elles, dans l'au-delà. ? « Comme elle est couplée à l'Amoureux, c'est une femme qui va prendre de l'importance pour toi. Tu en tomberas follement amoureux, sans que tu puisses y faire quoi que ce soit... Mais ce ne sera pas chose facile. L'Étoile représente un but enviable mais quasiment hors de portée ~ ».

Mentalement, je me demandais si ma petite histoire parlait à Viktor. Connaissait-il une jolie brune dans son entourage, susceptible de lui plaire jusqu'à en tomber amoureux ? Avant de m'attaquer au trio de cartes suivant, je jette un regard discret au visage du grand brun, comme pour deviner ses pensées, en vain évidemment.

« Voyons ce qui se passe du côté professionnel... », poursuis-je en souriant plus largement, désignant la carte du milieu en tapotant doucement de la pointe de l'ongle sur la scénette qui y était dépeinte. « Le Chariot est synonyme d'un dur labeur, mais comme le Valet de cœur lui est adjoint, cela tendrait à signifier qu'une aide te sera apportée. Une aide désintéressée, qui vient du cœur. Néanmoins, tu as aussi tiré le Diable et celui-ci est facétieux... », dis-je en faisant une petite moue, l'air très sérieux bien que je brodais au fur et à mesure. « Il faudra te méfier de quelqu'un. Quelqu'un qui pourrait bien devenir ton rival direct. », acquiesce-je en reportant à nouveau mes iris azurés dans ceux du nécromancien. « Quant à la santé, je ne vois pas l'intérêt d'en parler donc... adaptons cela à la chance. », souris-je enfin d'un air faussement charmeur en déplaçant mon index sur la troisième des premières cartes tirées, la lui désignant également du regard. « Eh bien eh bien... tu as le Monde à tes pieds on dirait. C'est bon signe, ça veut dire qu'on t'accordera plus facilement sa confiance. Associé à la Roue de la fortune, il veut surtout dire que tu auras de la chance aux jeux.... » m'amuse-je en haussant le sourcil, sourire en coin. « Peut-être bien au cours de quelques parties de tarot en compagnie d'une jeune femme dans un bordel miteux, qui sait ~ », ricané-je en sourdine avant de déplacer mon pouce sur la toute dernière carte encore non commentée. « Néanmoins, l'Impératrice est manipulatrice et qui plus est, elle joue de ses charmes pour mieux perdre les hommes. Tout n'est donc pas encore gagné très cher... », soufflé-je suavement sans quitter le nécromancien du regard.

Diable ! Je me prendrais presque au jeu ~. Après quelques secondes néanmoins, je ramasse toutes les cartes pour en refaire un tas ordonné, y ajoutant les chiffres retirés un peu plus tôt avant de tendre le paquet reconstitué à Viktor.

« Tu distribues... ? », hasardé-je en recouvrant une mine un peu plus neutre, maintenant que j'avais joué mon rôle – et non sans une certaine adresse et un véritable professionnalisme, je dois bien l'admettre !  –. Place au jeu, comme promis...


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JOYEUX ANNIVERSAIRE MON AMOUUUR ♥
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#13 le 04.02.17 13:45

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J'avais exécuté ses demandes et l'avais écoutée avec attention, le moment venu, suivant parfois ses gestes, soutenant d'autres fois son regard. J'étais cependant perplexe. Non pas qu'elle me fasse douter dans mes résolutions – il était clair que je ne croyais pas en ces sornettes -, mais je ne l'avais pas crue lorsqu'elle m'avait dit savoir tirer les cartes. Or, à l'entendre, elle semblait s'y connaître, alors... Giuliana savait-elle réellement s'y prendre ou était-elle douée d'une imagination débordante que je ne lui avais pas un instant prêtée - pour diverses raisons, à commencer par la plus évidente : je n'y avais tout bonnement jamais pensé - ?
Souriant légèrement en coin, je récupérai les cartes en gardant ce silence que j'avais conservé tout du long de son explication, battant les cartes sur son modèle avant de les distribuer.

- Tu sais ce qui m'amuse le plus, dans cette incroyable vie que tu me prédis ? soufflai-je en disposant des cartes entre nous – huit petit tas chacun, de deux cartes dont la carte supérieure, visible -, sur le lit, pour les besoins de notre jeu à deux, Ce n'est pas tant le contenu en lui-même que le cœur que tu mets à l'ouvrage. Très sincèrement, je crois que tu as parlé plus ce soir que tu n'as jamais parlé, en cumulant toutes les semaines depuis que nous nous sommes rencontrés ! ricanai-je en poursuivant ma distribution, constituant peu à peu le « chien » sur le tapis, ainsi que les deux paquets de cartes avec lesquels Giuliana et moi devrions jouer.

Malgré tout ce que je pouvais dire cependant, tant en affirmant que je n'y croyais pas qu'en prétendant que je préférais l'entendre parler, simplement, plutôt que de m'intéresser à la teneur même de ses paroles, je ne pouvais m'empêcher de penser à ce qu'elle avait affirmé.
La femme dont elle avait parlé, de qui je « tomberais » éperdument amoureux m'avait immédiatement fait penser à Royane. Non pas que j'éprouvais des sentiments pour elle, mais j'en avais éprouvé du fait d'un filtre d'amour et n'avais effectivement pu m'empêcher d'être fou amoureux d'elle, alors, même si j'avais finalement retrouvé la raison. Était-ce à dire qu'il me faudrait endurer un nouveau coup du sort de ce genre, ou que cela se ferait naturellement, cette fois ? Pis : qui serait la malheureuse élue, en ce cas ? Je ne manquais pas de brunes dans mon entourage - à commencer par celle que j'avais sous les yeux - mais n'avais encore pas rencontré de métisse.
Professionnellement parlant, je ne voyais pas encore qui pourrait m'apporter une aide désintéressée, venant du cœur – Ael, alors qu'au fil de nos rencontres, nous tendions à nous rapprocher et nous trouver des points communs ? - pas plus que je ne voyais se profiler l'ombre du rival qu'elle avait mentionné – mais n'aurait-ce pas été trop simple, dans le cas contraire ? -.
Quant à ma chance, puisqu'elle avait adapté la santé à cela, selon son bon vouloir manifestement, ou peut-être celui de la destinée, il ne me restait plus qu'à espérer pouvoir convaincre Misty de ce que nous passions une agréable soirée, Giuliana et moi, et réussir à battre la belle italienne aux cartes malgré les charmes dont elle pourrait potentiellement user pour me troubler.

- Ces deux rangées appartiennent à ton camp et celles-ci au mien. On doit chacun les prendre en compte dans le décompte de nos points, pour nos paris futurs, exposai-je pour le bon déroulement du jeu après avoir fini la distribution des cartes, Tu sais, je me demande, tout de même... Sais-tu vraiment lire les cartes ou était-ce de l’esbroufe ? De toi à moi, je ne sais pas ce qui me troublerait le plus. Je doute parce que je ne t'imaginais pas maîtriser la cartomancie. Pour une historienne qui s'appuie sur des faits solides, reconnais que ce serait original. Mais tu m'as l'air calée, alors pourquoi pas ? Puis s'il me fallait envisager la seconde hypothèse... Eh bien en ce cas, je dois avouer être particulièrement impressionné par ton imagination et la façon que tu as d'inventer si facilement des histoires et des prédictions. Tu devrais envisager une reconversion professionnelle, si tu veux mon avis ~.

Souriant en coin, je me saisis du paquet de douze cartes à mes côtés, observant ma main ainsi que les huit cartes disposées sur le lit. Compte tenu des règles particulières du tarot à deux, j'étais tenu d'annoncer d'office un pari et de commencer, normalement, par une petite... Mais je me sentais en vaine, peut-être tant par ma main que par les prédictions de l'italienne.

- Je tente une garde, soufflai-je après quelques secondes de silence, levant furtivement les yeux sur Giuliana.

Les paris clos, je retournai le chien, laissant le temps à la belle brune de contempler les cartes avant de retirer six cartes de ma main pour entamer vraiment le jeu. C'était le moment de voir si les prédictions de Giuliana étaient justes ~.
Tout du long en tous cas, qu'elle rafle les cartes ou que je les lui vole, mon sourire ne me quitta pas et je pris plaisir à revenir sur ce passé qu'elle semblait maudire et cet avenir en lequel elle croyait.

- Alors comme ça tu ne trouves au passé rien d'attrayant ? repris-je sans lever le nez des cartes, Nos avis divergent apparemment. Je te rejoins néanmoins : l'espoir ne peut être qu'en l'avenir, puisque l'espoir va de paire avec l'incertitude. Tant que l'on ne sait pas, on peut espérer toujours, mais inutile d'espérer que le passé soit meilleur : figé, il ne peut être changé, lui fis-je remarquer en fronçant brièvement les sourcils, insatisfait du jeu que je venais de faire alors qu'elle me volait des points pour ce tour, De fait, l'avenir apporte nécessairement plus d'espoirs que le passé, mais ce n'est pas pour autant qu'il plaît plus aux gens. Peut-être préfères-tu l'avenir au passé parce que tu te considères au plus bas et estimes donc ne plus pouvoir que remonter. Quelqu'un qui serait au sommet et se saurait envié redouterait l'avenir et chérirait le passé où sa vie était peut-être moins prestigieuse mais plus tranquille. Pour ma part, je préfère encore vivre au jour le jour et faire avec ce qui vient. Inutile de s'appesantir ni d'espérer : on perd trop de temps à penser et on en oublie de vivre, poursuivis-je en ramassant les cartes, cette fois – n'avais-je pas été un peu trop optimiste en annonçant une garde.. ? Je commençais à me le demander -, Mais j'ai remarqué depuis longtemps déjà que quelque soit le sujet, la météo, la situation personnelle, professionnelle, l'être humain n'est jamais content de ce qu'il a ou a eu, ricanai-je presque amèrement.

Je ne saurais dire si je tirais cependant cette amertume du constat que je venais de lui faire partager ou de la partie que nous jouions, alors que j'abattais déjà mes dernières cartes. Ainsi, lorsque vint le moment de compter les points, je le fis par principe plus qu'autre chose, conscient que j'avais mal joué ou, plus modestement, joué de malchance. Le résultat fut édifiant et me prêta à rire alors que je posais mon bloc de cartes entre nous deux.

- Crois-moi ou non mais j'ai rencontré une diseuse de bonne aventure juste avant de venir. Elle m'a prédit de la chance aux cartes, entre autres détails. Ah ! Un charlatan de plus en liberté ~, ricanai-je en calant à nouveau mon dos contre le bois du lit, soutenant le regard de la belle italienne. Peut-être était-elle l'Impératrice, après tout ? Alors, votre majesté impériale ? Souhaitez-vous faire mentir la diseuse de bonne aventure une nouvelle fois au cours de la belle ? Sauf à ce qu'une question vous brûle naturellement les lèvres ? Puisque vous avez gagné, vous seriez en droit de la poser ~.

Si nous n'étions pas si confortablement installés et si je n'avais pas de problème à ma hanche droite, nul doute que je lui aurais fait une courbette pour enfoncer le clou ~.


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#14 le 09.02.17 18:18

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Un  ricanement léger, à peine audible, fait vibrer faiblement mes cordes vocales à sa remarque, alors qu'il s'employait comme convenu – et assez méthodiquement – à distribuer les cartes entre nous. Je devais bien l'admettre, même si ce n'était qu'à moi seule : Viktor avait raison. Jamais je n'avais été si volubile en sa compagnie. Je n'en avais jamais réellement éprouvé le besoin d'ailleurs. Notre relation étant purement professionnelle et, tout à fait entre nous, plus qu'inégale ; j'estimais donc ne pas avoir à faire la conversation avec un homme à qui j'offrais mon corps – si je puis dire ça ainsi ~  – sans rien recevoir en retour si ce n'est l'effacement d'une dette stupide et ô combien honteuse pour moi. Mais alors qu'est-ce qui avait changé ?
C'est bien là que le bât blesse...
Depuis quelques temps, Viktor semblait s'intéresser un peu plus à moi. Comme s'il voulait... Je ne sais pas. Te connaître un peu mieux ?, hasarde ma petite voix intérieure, soucieuse visiblement de tirer cette histoire au clair elle aussi. Oui, c'était peut-être bien ça après tout. Mais il s'y était pris comme un manche ! Raison pour laquelle je gardais de la rancune à son égard. Raison pour laquelle j'avais été déterminée à ne plus foutre les pieds dans son antre maudite !

Et puis il y avait eu ce restaurant. Et puis... il avait appris ce que je faisais de ma foutue non-vie et, à en croire sa présence ici, il s'en souciait un tantinet. Je n'étais toujours pas très contente qu'il soit là, c'était un fait, néanmoins... Ça te fait plaisir qu'il ne te voit pas différemment maintenant qu'il sait ~, intervient encore ma moi intérieure jusqu'à ce que je la chasse vindicativement dans une partie sombre de mon esprit pour ne plus me concentrer dès lors que sur les explications fournies par Viktor, récupérant sagement mes cartes en prenant connaissance de mon jeu, l'air de rien.

« Qui sait Viktor... Apparemment ce ne serait pas la première fois que je te surprends. Ta réaction au Sant Pau, lorsque tu as découvert en quoi consistait mon job, était assez évocatrice je dois dire. », souris-je simplement tout en mettant un peu d'ordre dans mon éventail de cartes, jetant furtivement quelques regards au bellâtre, par-dessus celles-ci. « Peut-être ai-je un don véritable, ou peut-être suis-je une baratineuse hors paire mais ça... ce sera à toi de le découvrir ~ », poursuis-je, presque moqueuse.

Je le laisse parier une garde, bien que vu les cartes du chien et les quelques perles que j'avais en main, je me demandais pourquoi il tentait ainsi le diable. Ma prédiction l'aurait-elle fait gagner en confiance ? J'acquiesce, donc, posant d'ores et déjà un de mes deux rois pour lui voler sa reine, empochant la mise en souriant davantage. Je la sentais bien cette partie.
Mes prunelles ne délaissent pas le jeu alors que le nécromancien se lance à nouveau dans une discussion philosophique. Monologue serait peut-être un terme plus approprié, étant donné que je ne trouvais rien de bien intellectuel à redire à toutes ces théories. Il avait plus ou moins raison, mais cela ne m'empêchait pas de penser – naïvement peut-être – que le futur était plus intéressant, lorsqu'on était en quête d'espoir, et ce quelque soit notre condition sociale.

« Oui, j'imagine que tu as raison. », me contenté-je donc de répondre, souriant de la tannée qu'il était en train de se prendre. « Et pour en revenir à ce que tu as dit... ce n'est pas que je ne trouve rien d'attrayant au passé, au contraire, c'est juste que je ne trouve rien d'attrayant au mien. A partir du moment où le passé devient personnel, ça ne vaut pas le coup de creuser ~ », explicité-je tout de même, histoire de remettre les choses dans leur contexte, avant de poser ma dernière carte avec un petit air triomphal. « Gagné je crois ! », énoncé-je, ce qui ne manque pas de le faire rire.

« Crois-moi ou non mais j'ai rencontré une diseuse de bonne aventure juste avant de venir. Elle m'a prédit de la chance aux cartes, entre autre détails. Ah ! Un charlatan de plus en liberté ~  », ricane-t-il après avoir compté les points, même si c'était inutile, mon tas étant bien plus fourni que le sien ~. Je ris à mon tour, récupérant ses cartes ainsi que les autres pour les réunir en un seul paquet que je m'efforce de remettre en bon ordre. « Alors, votre majesté impériale ? Souhaitez-vous faire mentir la diseuse de bonne aventure une nouvelle fois au cours de la belle ? Sauf à ce qu'une question vous brûle naturellement les lèvres ? Puisque vous avez gagné, vous seriez en droit de la poser ~. »

Je souris en coin, délaissant momentanément ma besogne pour plonger mes iris dans les siens. Je devais avouer que c'était assez plaisant de converser avec lui. Viktor savait se montrer charmant et c'était un type drôle en fin de compte, quand on prenait le temps de s'y intéresser. Même s'il était bien souvent plus moqueur que véritablement drôle ~.
Mais tout de même... Il y avait une raison à ce sourire étrangement ancré sur mes lèvres d'ordinaire blasées et si peu expressives, non ?

« Je veux bien refaire une partie... », réponds-je en reportant mon regard sur le jeu, le laissant couper préalablement le tas de cartes avant de le reprendre pour distribuer à nouveau. « Quant à ma récompense... », commencé-je, hésitante, cherchant ce que je pouvais bien lui demander. Je n'avais pas tellement envie de me lancer dans un questionnaire sérieux, de peur d'avoir droit à la même chose si d'aventure, j'essuyais un revers de fortune. « … Bien. Voici ma question : Pensez-vous mettre un peu plus de cœur à l'ouvrage si nous nous lançons dans un strip-tarot digne de ce nom, Monsieur Matveïev... ? », ricané-je faiblement, un brin amusée. J'avais posée une question légère, espérant qu'il me rendrait la pareille s'il gagnait cette partie ou une des probables suivantes. « Et si tel est le cas, j'espère que vous n'êtes pas pudique. A titre indicatif, je ne le suis pas ~ », annoncé-je, énigmatique, dès lors que je prenais connaissance de mon propre jeu.

Le défi était lancé, de même que les cartes étaient à présent en nos mains respectives.

« A mon tour de tenter une garde, si tu veux bien... », proposé-je, confiante et résolument décidée à lui mettre à nouveau une belle dérouillée.