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    #11 le 05.01.17 10:11
    Si ses premiers mots avaient fait perdurer un temps mon sourire, ne serait-ce que parce qu'il continuait à se montrer suave avec moi, comme il l'avait fait depuis qu'il était venu me chercher ; force était de constater que la suite me fit serrer les dents. Alors qu'il me remet correctement à ma place, ne manquant pas de me rappeler mon méfait passé, ce fameux soir, dans sa boutique, son rictus moqueur refait surface, me faisant automatiquement perdre le mien. A choisir, je préférais encore quand il était faux-cul. Ce cynisme me hérissait carrément le poil, même si je n'en montrais rien pour l'heure. Néanmoins, au fur et à mesure qu'il débite ses fausses excuses avec une ironie tout à fait palpable, je me sens de plus en plus minable. Mais oui Giuli ! Comment as-tu osé te dresser comme ça contre lui alors que tu accumules tous les torts à son égard ? T'es vraiment pathétique, commente ma moi intérieure avec dédain. Lorsque Viktor a fini, je ne me souviens même plus vraiment pour quelle raison je dois lui en vouloir, ni même pourquoi j'avais soudain décrété qu'il était temps de m'insurger, moi qui d'ordinaire ne savait que me laisser faire sans broncher.

    Sa mine sévère n'arrange rien. Il avait réussi à me retourner le cerveau en quelques secondes à peine, si bien que mon regard se baisse instantanément, mes doigts jouant presque nerveusement avec le socle de ma flûte de champagne. Mentalement, je prie pour qu'il s'arrête, pour qu'il me laisse tranquille et ne revienne plus jamais sur le sujet. Mais je me contente de la fermer, confuse, même si je m'efforce de garder sur mon visage un masque de dignité. Autour de nous, personne ne semblait remarquer à quel point l'échange était violent – Viktor se gardait bien de hurler ou quoi que ce soit –, mais de là où j'étais, ça me faisait l'effet d'une énorme claque, en plein sur ma joue.

    « Voilà un scoop pour toi : je me moque de savoir si je t'inspire la haine ou le dégoût, comme un écho à celui qui t'a trompée à nouveau, à peine arrivée dans ce nouveau monde. Tu as une dette envers moi. Si tu ne l'éponges pas par le test des potions, ce sera en cash, que tu le devras », menace-t-il alors que je me borne à fuir son regard, d'abord en contemplant les tables avoisinantes et le ballet des serveurs, puis enfin  ma fourchette que je me mets à triturer entre mes doigts.

    Cette dernière menace m'apparaît comme le parfait coup de grâce, au point que j'en frémis légèrement. Mes iris bleutés sondent un instant ceux du bellâtre, comme pour m'assurer qu'il était bel et bien sérieux.

    « La sortie se trouve par là-bas. Si tu es adepte du cash, je t'en prie : pars. », m'ordonne-t-il, directif. Il était donc sérieux... « Sinon, tâche de trouver un sujet de conversation. Pourquoi pas m'expliquer comment une femme qui ne compte pas l'alcool parmi ses amis, en connaît autant sur les mariages des vins avec les différents mets », s'enquiert-il finalement, au cas où j'étais encline à reprendre une discussion des plus convenables après tout ça.

    En étais-je réellement capable ? J'avais l'impression que le sol s'effondrait sous mes pieds. Un instant, j'hésite à prendre mon sac à main et à m'enfuir en courant. Un peu plus et je sentais les larmes couler sur mes joues. Mais non. Je ne pouvais pas faire ça. Parce que je n'étais pas une ''adepte du cash'', comme il disait, et ça, le nécromancien le savait très bien. Alors je déglutis et ravale le peu de fierté qu'il me reste. C'est bon Giuli, remets toi, ce n'est ni la première ni la dernière fois qu'un type te recadre comme ça. Alors tu endures et tu la fermes....

    J'acquiesce à moi-même, faiblement, presque mécaniquement, puis je m'empare de ma coupe de champagne pour la finir d'une traite. Au diable les restrictions. Je n'ose plus regarder Viktor en face, pas même lorsque je me laisse retomber dans le creux de mon siège, après avoir reposé le verre.

    « … Mon père. », commencé-je finalement après avoir pris une profonde inspiration pour me donner du courage. « Il était amateur de vin, comme beaucoup de siciliens. Il possédait un joli vignoble près de Marsala, où il produisait du Nero D'Avola et un peu de Chardonnay... », réponds-je avant d'ajouter en haussant légèrement les épaules. « Je ne sais pas pourquoi je parle au passé. Ça doit toujours être le cas j'imagine... ». La précision n'avait été qu'un murmure, presque indistinct.

    Je me risque à un regard sur le grand brun, le baissant automatiquement sur la bougie qui trônait entre nous, me perdant dans la lueur rassurante de la flamme pour ne pas être tentée de croiser à nouveau ces prunelles d'or en fusion.

    « Ils n'ont pas de bons vins, en Russie... ? », le questionné-je finalement, histoire d'entretenir la conversation, selon son bon désir.

    Le serveur arrive néanmoins à cet instant, brisant momentanément l'instant en déposant un pichet de vin blanc et nos entrées, annonçant pompeusement le nom de chacune d'elles ainsi que les ingrédients dont elles étaient composées. Après qu'il ait rempli de moitié le verre de Viktor pour qu'il goûte, le serveur s'incline et repart aussi vite qu'il était arrivé. Je le remercie d'un signe de tête bref, puis attrape mes couverts à salade pour commencer à picorer dans mon assiette, tout en écoutant le Russe, après lui avoir poliment souhaité un bon appétit.

    « Giuliana... ? »

    La voix qui m'interpelle, dans mon dos, me fait sensiblement grimacer, interrompant la trajectoire de ma fourchette en direction de ma bouche entrouverte. Je repose le couvert et me tourne vers l'homme, ce dernier ne manquant pas de nous rejoindre avec un sourire en coin, tenant au bras une grande brune pulpeuse et incroyablement sexy. Trop sans doute, pour ce genre d'établissement. Je la soupçonnais être une collègue.

    « Je me disais bien que c'était toi... », me susurre-t-il en s'inclinant, prenant ma main pour la porter à ses lèvres, comme avait pu le faire Matveïev un peu plus tôt dans la soirée.
    « Bonsoir Monsieur Matsumoto... », réponds-je au type en costard cravate, me forçant à un sourire feint. « Vous allez bien ? »

    Zero Matsumoto était un homme de taille moyenne, la cinquantaine passée, plutôt bien bâti malgré une légère bedaine à peine discernable sous sa chemise taillée sur mesure. Il était plus ou moins un client régulier. En général, il faisait appelle à moi lorsqu'il cherchait à assouvir des penchants peu avouables, nécessitant quelques instruments coupants et une fille à qui la douleur importait peu. Mais avant, il se plaisait à m'offrir de bons restaurants, comme le Sant Pau par exemple.

    « Je me demandais où tu étais passée, ça fait un petit moment que je n'ai pas eu le plaisir de te revoir au Seven Deadly Sins... Madame Misty commence à s'inquiéter d'ailleurs. », m'expose-t-il avec une amabilité sincère.
    « Je... oui, je devrais y retourner plus régulièrement dès ce soir. », lui apprend-je en lançant un regard furtif à Viktor. Il devait trouver cette conversation curieuse, voire étrange.
    « Hm, parfait ! Nous nous y verrons peut-être, alors... », sous-entend-il  avec un petit clin d’œil, avant d'accorder un peu d'attention au Russe. « Mais je vois que tu es en bonne compagnie ! Monsieur... Je vous souhaite de bien profiter de votre soirée... », lui enjoint-il poliment, tout à fait inconscient de la nature de mes relations avec le nécromancien.

    Je déglutis et me contente de sourire à Matsumoto, plongeant dès lors à nouveau le nez dans mon assiette une fois qu'il part avec sa belle, suivant le serveur jusqu'à la table qui leur était attribuée.

    « Et donc … tu disais ? », m'enquiers-je en piquant une nouvelle fois dans mon assiette, l'air de rien.

    De mieux en mieux. Maintenant, Viktor avait connaissance du club dans lequel je traînais mes guêtres pour escompter faire quelques passes. Qu'allait-il penser de moi à présent ? Son estime à mon égard était de toute évidence déjà bien basse... peut-être que quand il se rendrait compte qu'il dîne avec une pute, c'est lui qui partirait sans demander son reste.
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    #12 le 07.01.17 12:44
    Avais-je réussi à lui rabattre son clapet pour la convaincre d'être un peu plus reconnaissante à mon égard, compte tenu de ce que je lui avais gracieusement concédé ? Je l'ignorais encore mais en tous cas, Giuliana ne me regardait plus alors que mon regard restait indéfectiblement figé sur elle. Il ne dévia pas lorsque, loin de se lever, elle enchaîna sur le sujet de conversation que je lui avais proposé. Il ne dévia pas non plus lorsque le serveur vint apporter les entrées et le vin que je goûtai presque machinalement sans lui adresser un regard, sans une gentillesse ni un sourire. Il ne dévia toujours pas lorsque nous fûmes interrompus et il n'y a bien que lorsque Matsumoto s'adressa directement à moi que je lui concédai un coup d’œil ainsi qu'à sa compagne. Le temps d'un hochement de tête simplement, après quoi mes orbes retrouvèrent leur cible initiale et se posèrent une nouvelle fois sur l'italienne, sans que je n'ai encore cru bon de lancer un regard à mon plat. Je n'avais de toute façon pas très faim lorsque j'étais contrarié.

    - Je disais « Hm », répliquai-je sans chaleur.

    Car c'était tout ce que j'avais répondu à la question avancée sur les vins russes. Un comportement que je lui imposais en écho au sien, pour qu'elle se mette quelques secondes à ma place et réalise combien elle pouvait parfois être de mauvaise compagnie. Sans hypocrisie, je m'imposais à elle sans chaleur, le regard sévère et la mine dénuée de toute expression. Un air naturel, donc, qui, manque de chance pour elle, me donnait l'aspect de quelqu'un de froid et d'intransigeant – sans doute le côté « Russe » qui ressortait un peu trop -. Sans me forcer donc, et pour lui faire comprendre combien ses « Je ne t'aime pas » transpiraient de chacun de ses sons, j'avais simplement répliqué un « Hm. » sec et franc, signifiant aussi bien « oui » que « non », selon sa convenance, puisqu'elle n'oserait indéniablement pas insister comme je ne le faisais jamais – jamais, sauf cette fameuse fois, il y a de cela trois semaines -. Mais sans doute cette gêne constante que je ressentais à son contact, la percuterait à peine tant il ne lui paraissait pas naturel d'entretenir la conversation. Pour toute autre personne en revanche, essayant tant bien que mal d'instaurer un dialogue, cherchant, de fait, à renouveler sans cesse les sujets ou espérant secrètement que l'on rebondisse à certaines remarques... C'était une torture. Quelque chose de si désagréable, qui mettait si mal à l'aise et nous convainquait peu à peu de nous replier sur nous-mêmes, que l'on finissait par ne plus faire aucun effort et laisser le silence s'installer. Au diable les convenances, au diable la politesse et la bonne volonté : on ne s'aimait pas, soit ! Prenons-le pour acquis, restons l'un et l'autre fermement bornés à nos premières impressions et n'en démordons pas. J'étais un insupportable nécromancien, pourri jusqu'à la moelle et proprement détestable ; elle était une voleuse complètement paumée, méritant tout juste la corde pour se faire pendre.

    Considérant néanmoins que la leçon ne rentrerait jamais si elle n'était d'ores et déjà pas comprise, je décidai de mettre ma très mauvaise volonté de côté en détournant enfin mes yeux pour étudier mon assiette, lui préférant cependant une gorgée de vin pour l'heure. Elle avait fait le choix de rester, bien. Conversons, alors, ou du moins essayons ; car au moindre impair de sa part, j'appliquerais sa doctrine et quitterais les lieux pour retourner à mon appartement, étudier de nouvelles formules et ainsi, ne plus perdre impunément mon temps en si mauvaise compagnie.

    - Pour être plus précis : la qualité des vins russes a subi des aléas et ils étaient plus ou moins bons selon les périodes de l'Histoire. Depuis le début des années 2000, la qualité s'est arrangée, mais j'avais déjà basculé du côté des vins français par le truchement de ma femme, précisai-je en reposant enfin mon verre que j'avais, jusque là, agité méthodiquement et machinalement pour libérer les arômes.

    Ainsi, la petite Giuliana avait un père dans le milieu, et c'était pour cela qu'elle en savait tant. Inconsciemment, je retins les noms des vins énoncés ainsi que le lieu de situation de son père. Si j'avais l'occasion de croiser un vampire, peut-être pourrais-je lui demander de me ramener une bouteille pour voir ce qu'il en retournait... Peut-être pourrais-je même en proposer à Giuliana, sans trop savoir si cela lui ferait plaisir ou, au contraire, la plongerait dans une mélancolie palpable, dès lors qu'elle n'aimait guère l'alcool et que cela ne manquerait pas de lui rappeler une vie désormais inaccessible.
    Enfin, je daignai me saisir de mes couverts pour entamer mon entrée afin de faire un minimum honneur à ces plats hors de prix, même si le cœur n'y était plus vraiment. Qui sait ? Peut-être Giuliana me surprendrait-elle agréablement. Je pouvais toujours rêver, et l'imaginer « vivre » sans filtre comme je l'avais entraperçue il y a de cela trois semaines, même si cela n'avait été que furtif, et uniquement pour laisser exprimer une colère noire.

    - C'est l'un de tes clients ? hasardai-je sans transition et sans préciser de qui je parlais.

    Mais n'était-ce pas évident ? Une seule personne était venue nous importuner et sa venue avait apparemment déplu à Giuliana, ou en tous cas l'avait gênée, à en croire le coup d’œil furtif qu'elle m'avait lancé en pleine conversation, comme pour voir si j'écoutais effectivement tout ou non – pas de chance pour elle, pas un détail ne m'avait échappé -.
    Si je me fiais d'ailleurs à la conversation qui avait précédé entre l'homme et l'italienne, elle semblait travailler au Seven Deadly Sins sous la direction de « Madame Misty ». Étrange appellation. Cela faisait aussi bien mafieuse que maquerelle, mais qu'importe. Sans connaître l'endroit, son nom me laissait croire que Giuliana devait être danseuse, ou peut-être barmaid. Qu'il s'agisse de l'un ou l'autre, elle semblait décidée à y retourner le soir-même, après notre repas, et probablement parce qu'elle avait pu profiter des bienfaits de ma potion.
    Cela aussi, je le gardais en mémoire : si j'avais l'occasion de passer dans le secteur, je pourrais toujours faire un tour du côté du Seven Deadly Sins. Non pas pour y surprendre Giuliana – connaître son adresse dans l'Agence me suffisait sans que j'ai besoin de connaître son adresse professionnelle en plus -, mais plutôt pour voir le cadre de son lieu d'embauche. J'avais du mal à imaginer une danseuse aussi peu souriante qu'elle – encore qu'elle savait parfaitement jouer la comédie -, mais il est vrai qu'elle était plutôt bien proportionnée et devait être belle à voir en pleine action.

    J'avais un peu plus de mal à comprendre pourquoi ce Matsumoto m'avait souhaité de bien profiter de ma soirée, en revanche. Pensait-il qu'elle danserait pour moi après le repas, ou me servirait un cocktail personnalisé ? Était-elle de ces employés susceptibles de « partir en déplacement » également, afin de danser ou servir chez les clients, lors de fêtes diverses, peut-être ? Mais en ce cas... Avais-je véritablement la tête d'un homme susceptible de faire la fête ? Sauf à ce qu'il me souhaite de passer une bonne soirée tant que j'avais encore Giuliana sous la main, et, donc, avant qu'elle ne retourne à son travail. En ce cas, il me fallait en déduire qu'elle était probablement plus agréable avec les autres qu'elle ne l'était avec moi. Merveilleux : j'avais donc droit à un traitement de faveur. C'était trop d'honneur que la jeune femme me faisait.

    - Depuis le temps que nous nous fréquentons, je ne sais toujours pas ce que tu fais, d'ailleurs, lui fis-je observer sans ajouter que cela n'avait rien d'étonnant vu la sympathie mutuelle que nous semblions nous porter, peu désireux de réinstaurer ce climat désagréable entre nous, alors même qu'il n'avait guère eu le temps de s'apaiser, Pour travailler dans un lieu portant un nom pareil, j'imagine que tu dois être danseuse. Ou barmaid, peut-être ?

    Une chose m'étonnait dans tout cela. Sans prendre en compte le peu de sympathie qu'elle me portait, je ne comprenais pas pourquoi elle m'avait caché son métier jusqu'à ce jour. Il n'y avait pas de honte à être barmaid ou danseuse. Certes, la réputation attachée à ces femmes n'était pas toujours resplendissante, mais je n'étais pas de ces hommes à mettre les personnes dans des cases selon qu'elles fassent ceci ou cela, que les autres, présumés « respectables », ne faisaient pas.
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    #13 le 08.01.17 16:18
    Ah oui. « Hm ». C'est bien ce qu'il m'avait semblé lui entendre dire. Autant dire que s'il n'avait prononcé mot, ç'aurait été la même chose. Mais je suppose que c'était de bonne guerre. Il devait encore être ronchon suite à son petit discours moralisateur à mon égard, à moins que ce soit là sa manière de prendre définitivement le dessus sur moi : en apparaissant aussi désagréable et indifférent que je devais peut-être l'être avec lui. Selon lui, en tout cas. De mon point de vue, j'étais juste naturelle.
    Lorsque je risque un regard vers lui, à nouveau, je croise son regard dur, figé sur ma personne. Frissonnant légèrement, j'avale ma bouchée avant de tendre la main pour me servir de l'eau, ne me concentrant plus dès lors que sur le flux serein de l'eau coulant de la cruche jusqu'au fond de mon verre. J'en bois une gorgée, histoire de faire passer la pilule. Bien bien... Si nous étions condamnés à finir nos assiettes en silence, qu'il en soit ainsi. Le silence ne me déplaisait pas. Le regard intransigeant du Russe, si, quant à lui. Mais je tâchais de n'en rien montrer.

    « Pour être plus précis », commence-t-il, rompant enfin le silence qui s'était installé autour de notre table : « La qualité des vins russes a subi des aléas et ils étaient plus ou moins bons selon les périodes de l'Histoire. Depuis le début des années 2000, la qualité s'est arrangée, mais j'avais déjà basculé du côté des vins français par le truchement de ma femme. »

    Sans trop vraiment savoir pourquoi, je note dans un coin de ma tête la petite précision dont il me fait part. Pas celle concernant le vin russe, non, mais celle sur sa femme. Il avait donc été marié, lui ? A une française apparemment...
    Ce détail me fait prendre conscience qu'en fin de compte, j'en savais bien peu au sujet de Viktor. Juste ce qu'il me laissait entrevoir. Un peu comme moi, au fond. J'acquiesce poliment, comme cela se fait pour remercier quelqu'un – après tout, il n'attendait peut-être que ça, que je le remercie de bien vouloir poursuivre alors que je m'étais montrée si peu amène avec lui, depuis le début.  

    « C'est l'un de tes clients ? », me demande-t-il après avoir enfin entamé son foie gras.
    « Oui. », me contenté-je de répondre en haussant sensiblement les épaules, après lui avoir jeté un bref coup d’œil.

    Je craignais qu'il s'engage sur un terrain glissant, et cette première question était déjà la parfaite entrée en matière pour dériver vers le sujet le plus sensible me concernant. Mais de toute évidence il en avait déjà trop entendu, ou pas assez justement. Aussi n'était-ce plus qu'une question de minutes, voire de secondes, avant qu'il ne découvre le pot aux roses. Il y avait toujours la solution du mensonge, cela dit. Mais je n'avais plus grand chose à perdre, au point où j'en étais. Tout en prenant mon verre entre mes doigts pour le porter à mes lèvres, mes iris suivent les gestes précis du bellâtre enfournant méthodiquement les petits toasts qu'il se faisait après avoir étalé le foie gras sur le pain grillé. Je les voyais, les mots suivants. Palpables, presque. Il les avait au bord des lèvres et je m'apprêtais à les voir se déverser à tout moment.

    « Depuis le temps que nous nous fréquentons, je ne sais toujours pas ce que tu fais, d'ailleurs.» Et voilà..., me dis-je ; la brèche était ouverte et il s'y engouffrait allègrement. « Pour travailler dans un lieu portant un nom pareil, j'imagine que tu dois être danseuse. Ou barmaid, peut-être ? »

    Donc, il ne connaissait pas le Seven Deadly Sins... C'était loin d'être un mal d'ailleurs. On ne pouvait pas vraiment dire que ce tripot soit un lieu à connaître absolument, ici dans ce Tokyo spectral. S'il cherchait des filles, Viktor avait bien d'autres choix qui s'offraient à lui. Des établissements bien plus attractifs – et aussi plus cher – pour un type de sa... renommée. S'il était ce genre d'homme, évidemment. Je n'arrivais toujours pas à le cerner, sexuellement parlant ~.

    A présent que la question – ou plutôt l'hypothèse, dans ce cas précis – est mise sur le tapis, je plisse sensiblement les paupières tout en prenant le temps de mâcher mon morceau de crabe. Je l'avoue, intérieurement, j'hésitais encore à tout lui dévoiler. Une partie de moi, indifférente à toute chose, estimait que de toute manière, qu'il le sache ou non, son estime à mon égard ne baisserait pas plus, puisqu'elle était déjà à son seuil minimum. Une autre, en revanche, craignait de voir la déception se peindre plus encore sur les traits du nécromancien. D'abord une voleuse, ensuite une ingrate invétérée, puis finalement une pute... Sans doute était-ce dans la continuité des choses.

    « En quelque sorte... », commencé-je en haussant encore les épaules, évasive, après m'être resservie en eau.

    C'était plus ou moins vrai, il m'arrivait de danser pour appâter les clients. Si on me demandait, d'ailleurs, je répondais toujours que j'étais danseuse. Après, les gens s'imaginaient ce qu'ils voulaient. Mais Viktor avait vu Matsumoto et... quelque chose me disait qu'à l'aune de cette rencontre, le bellâtre ne se contenterait pas de cette simple réponse. Je prends donc le temps de porter mon verre désormais plein à mes lèvres, croisant brièvement le regard de Viktor, absolument sûre, dès lors, qu'il n'était pas dupe.

    « Je ne suis pas certaine que tu aies envie de savoir ce que je fais Viktor. », poursuis-je avec un air qui avait tout de l'excuse, en reposant mon verre devant mon assiette. « Ce n'est pas le genre de chose qu'on avoue entre deux plats dans un restaurant de luxe. », lui confis-je en baissant à nouveau le regard vers mon assiette que je m'emploie à terminer.

    Peut-être comprendrait-il déjà, par cet aveu du bout des lèvres, que je n'étais pas qu'une simple danseuse. Encore moins une barmaid. Mais puisqu'il valait mieux être directe, pour éviter tout quiproquo, autant ne pas y aller par quatre chemins.

    « Je vends mon corps. C'est le plus vieux métier du monde, il paraît. », lancé-je en reposant mes couverts de part et d'autre de mon assiette, m'essayant à un faible sourire tout en m'adossant à nouveau doucement dans le dossier de mon siège en gardant mes mains contre mon giron.

    « Puis-je prendre vos assiettes Monsieur, Dame ? », s'enquiert le serveur, sorti de nulle part alors que je gardais obstinément les yeux rivés sur les quelques morceaux de laitue qui traînaient dans le fond de mon plat.
    « Oui, c'est bon pour moi, merci... », soufflé-je en regardant ailleurs, tout pour ne pas croiser les prunelles de Viktor, par crainte sans doute d'être déçue de sa réaction.
    « Tout s'est bien passé ? », insiste-t-il, probablement intrigué par mon air étrange.
    « Oui oui... c'était parfait. », réponds-je en me forçant à lui adresser un bref sourire.

    N'allait-il donc pas nous laisser tranquilles ? J'avais l'impression qu'on m'avait mise sur le billot, que le bourreau avait levé sa hache et que j'attendais l'interminable moment où la lame trancherait mon petit cou gracile.
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    #14 le 08.01.17 20:26
    « En quelque sorte » ? Je levai les yeux de mon assiette face à une telle réponse. Comment pouvait-elle diable répondre « En quelque sorte » à une question aussi simple que : « Es-tu danseuse ou barmaid ? » ? Tout dans le comportement de l'italienne me laissait penser qu'elle cachait quelque chose ou ressentait de la gêne dans ce qu'elle faisait. Il y avait un problème que je ne discernais pas encore, mais ce problème suffisait, à lui seul, à expliquer pourquoi la belle brune faisait si peu de cas de son métier ; pourquoi elle ne m'en avait pas encore fait part ; pourquoi elle m'avait simplement indiqué être indisponible chaque soir de la semaine. En silence, je la regardais faire à intervalle régulier, la voyant se servir encore un verre d'eau, comme pour se ménager d'une pression décidément trop forte ; la voyant boire ensuite, trop souvent pour que cela paraisse naturel et ne trahisse pas une trop grande nervosité. Giuliana était mal à l'aise, plus encore que lorsque je l'avais rabrouée, et jusqu'au dernier moment, je ne compris pas pourquoi. Je ne compris pas le sens de ses alertes ; ni même où pouvait être le mal. Quoi, elle était strip-teaseuse, alors ? Je les classais dans les danseuses, l'effeuillage étant désormais un art.

    Et puis elle avoua. Une phrase furtive, pleine de sobriété, poussant mes yeux à s'écarquiller momentanément avant que la venue du serveur n'attire toute mon attention.

    J'étais presque certain qu'il n'avait rien entendu de la conversation, même si j'ignorais d'où il venait. J'en étais presque sûr, et pourtant, sa présence autant que son insistance semblait déranger Giuliana, peut-être convaincue, à l'inverse, qu'il n'avait rien raté de notre échange. Je n'aurais su dire ce qui me poussa alors à prendre sa défense. Peut-être une réminiscence de ce que j'étais autrefois. Peut-être cette propension que j'avais à ne pas juger ce genre de métier. Peut-être ce désir que j'avais de comprendre pourquoi, au risque d'ennuyer la belle et de commettre l'impair qui la convaincrait de partir en mettant à exécution la menace explicitée dès son appartement.

    - Pour ne rien vous cacher, c'était si parfait qu'il nous tarde d'avoir les plats, désormais, répétai-je en souriant et me montrant particulièrement insistant sur le dernier mot, dardant mes iris dans les yeux du serveur qui capta un instant mon regard avant de s'incliner poliment, s'éclipsant les bras chargés de nos assiettes après un « Bien, Monsieur ». En voilà un autre qui me trouverait particulièrement rude et désagréable.

    L'homme disparu, mon regard mit un certain temps avant de revenir à la table. Sans avoir besoin de la regarder, je sentais Giuliana mal à l'aise, et craignait d'accentuer ce mal-être quoi que je fasse, aussi bien en rebondissant sur le sujet, qu'en m'en écartant. Si j'insistais, si j'essayais de comprendre, voire lui proposait de m'assister à temps complet dans la boutique, elle pourrait, au-delà de la gêne première, considérer ma proposition comme l'expression d'une pitié quelconque, alors même que ce n'en était pas. Si j'éludais, elle pourrait prendre cela comme une sorte de déni, un « Faisons comme si tu n'avais pas répondu et continuons » particulièrement déplacé. Mais que mes craintes soient ou non fondées, au fond, j'avais déjà pris ma décision avant même d'envisager toutes les hypothèses.

    - Puis-je me permettre de te demander pourquoi ? avançai-je poliment en reportant mon attention sur elle, brièvement, avant de me saisir de mon verre de vin pour le porter à mes lèvres et en boire une gorgée.

    C'était un sujet qui m'avait toujours intrigué, alors que les prostituées étaient nombreuses à Moscou, soit dans les bars, soit dans des lieux moins enviables et ce, bien malgré l'interdiction posée par la loi. Étudiant – jeune et con, donc – et accompagné d'amis, il nous était arrivé parfois de nous rendre dans ces bars où, moyennant supplément, l'on pouvait monter avec les danseuses dans les appartements des immeubles donnant sur l'arrière-cour du bar. Je n'avais jamais profité de ces extras mais m'étais toujours demandé ce qui pouvait motiver ces femmes, dont certaines n'étaient pas plus vieilles que les camarades que nous fréquentions sur les bancs des écoles ou des universités. Toutes étaient motivées par l'argent, cela allait sans dire, mais y en avait-il parmi elles, pour faire cela par plaisir également ? Comment en venir à faire ce métier plutôt qu'un autre, lorsque, comme Giuliana, l'on était pourtant à même d'exploiter ses capacités d'une toute autre manière ?

    - Pourquoi cela, alors que du peu que nous avons échangé, tu me sembles être une jeune femme sensée et, quoique tu en penses, intelligente ? repris-je en jouant avec l'un de mes couverts en attendant la venue du plat.

    Était-ce les coups bas endurés à deux reprises, en très peu de temps - d'abord par son époux, ensuite par un nécromancien -, qui avaient annihilé sa confiance en elle et l'avait convaincue d'être catin ? Elle n'avait tout de même pas été catin du temps de sa vie également, si ?

    - Je sais qu'ici, le travail est différent ; que tes compétences d'antan ne te servent pas nécessairement, ajoutai-je en lâchant mon couvert pour observer ma main, songeur, … Mais il y a d'autres possibilités.

    Les compétences d'antan n'étaient plus nécessairement utiles, non - et je me sentais presque con de le lui faire remarquer, comme si elle n'avait pas elle-même pesé le pour et le contre de chaque situation avant de se lancer dans la prostitution -. Quelque part, l'ingénierie mécanique me manquait, car malgré mes supérieurs insupportables et l'ambiance détestable au travail, j'aimais ce que je faisais ; la matière que je travaillais. J'aimais réfléchir et concevoir. Étais-je seulement encore en mesure de le faire, désormais ? Je n'en étais plus certain.
    Mais au-delà de l'utilité potentielle du métier d'antan, ici-bas, certains ne faisaient pas le poids par rapport à d'autres : dans ce monde, j'avais plus d'intérêts à être nécromancien qu'à être ingénieur mécanique. Ici, on ne courrait pas après le progrès. On ne cherchait pas sans cesse à dépasser les autres pays dans le seul but d'escompter toujours plus de profit.

    - Malgré la morale que je t'ai faite il y a quelques minutes à peine, tu mérites mieux que de supporter des types comme Matsumoto et d'autres, pires encore, j'imagine, conclus-je en reprenant mon jeu préalable avec mon couvert.

    Matsumoto... Sa phrase prenait une toute autre tournure et pour une raison qui me dépassait, son seul nom sorti de ma bouche avaient crispé mes muscles et incitait mes mâchoires à se resserrer. Quel enfoiré. Il était un client de l'italienne, mais de quel genre était-il ? Et la belle brune qui l'accompagnait, beaucoup trop jeune pour lui et bien loin du canon de beauté à sa portée, était-elle elle aussi une catin qu'il amenait là avant le vrai boulot ? … Était-ce ce que Giuliana avait voulu dire, lorsqu'elle m'avait parlé de rendez-vous d'affaires, plus tôt dans la soirée ?
    Inconsciemment, mes yeux étaient braqués sur Giuliana et pourtant, ils restaient dans le flou. J'étais ailleurs, trop occupé à me repasser le film de cette soirée à l'aune de ce que je venais d'apprendre. Certaines de ses phrases, certains de ses gestes et quelques uns de ses comportements prenaient un tout autre sens, désormais. Nous nous fréquentions depuis un moment maintenant, mais j'en savais si peu sur elle...
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    #15 le 09.01.17 15:48
    La manière qu'a Viktor de congédier le serveur me surprend, si bien que je me risque à lui jeter un regard en coin. Il semblait encore contrarié et, secrètement, j'espérais que c'était le seul serveur qui en était la cause.

    « Puis-je me permettre de te demander pourquoi ? », me demande-t-il, croisant brièvement mon regard avant de boire une gorgée de vin, m'offrant tout le loisir de baisser à nouveau les yeux sur la place désormais vide qu'occupait auparavant mon assiette. « Pourquoi cela, alors que du peu que nous avons échangé, tu me sembles être une jeune femme sensée et, quoique tu en penses, intelligente ? »

    Était-ce une bonne chose qu'il se pose la question ? Son incompréhension m'apparaissait logique dès lors qu'il me voyait comme une fille intelligente et sensée. Aucune fille de ce genre ne vendrait son corps ainsi après tout. Qu'il devait être déçu alors, comme je l'avais pressenti avant de lui avouer tout ça. Je ferme un instant les yeux pour chercher à me concentrer, tout en écoutant le reste de ses propos. Lorsque je les ouvre à nouveau, mon visage arbore la froide indifférence qui me caractérise ordinairement. Il n'y a bien qu'un sourire, très faible, pour faire tressaillir mes lèvres lorsque le nécromancien évoque la vie – ou plutôt la non-vie – meilleure que je suis censée mériter. Que savait-il de moi pour s'imaginer de pareilles choses ? Rien. J'estime largement mériter mon sort, en ce qui me concerne.

    « Que veux tu que je te dise... », murmuré-je en remontant mes mains sur la table histoire de pouvoir triturer quelque chose. « Je suis faible, je me laisse facilement embrigader ~ », avoue-je en accentuant cet aveu d'un bref ricanement forcé. « Et puis... c'est une manière facile de gagner de l'argent, voilà tout... ».

    Je ne trouve rien d'autre à ajouter, ces derniers mots faisant presque office d'excuses capables de tout expliquer, selon moi. Était-il vraiment nécessaire de lui raconter la débâcle endurée depuis mon arrivée ici ? Ne comprenait-il donc pas que tout ce que j'étais susceptible de faire ici participait progressivement à mon lent processus d'auto-destruction ? Tout n'était qu'une succession d'échecs plus ou moins conséquents, éraflant peu à peu celle que j'avais été autrefois et à l'inverse, contribuant à forger cette carapace que je m'évertuais à porter chaque jour comme un fardeau.

    « Oh oui ! OUI AKIO ! », s'exclame soudain une jeune femme à la table voisine.

    Sa main cachait ses lèvres, probablement étirées en un sourire béat, tandis que ses prunelles étaient voilées par des larmes de joie. Moi, avant même que mon regard ne se tourne pour voir le spectacle, je savais de quoi il en retournait. Mes mâchoires s'étaient automatiquement serrées au moment même où la demoiselle avait dit « oui » avec tant d'émerveillement empressé. Au final, je n'avais pas même besoin de les observer pour savoir quelles seraient leurs gestuelles mutuelles. Elle pleurerait à chaudes larmes en trépignant d'impatience, alors que lui ferait son possible pour ne pas trembler tout en gardant la main de sa belle entre la sienne, l'autre essayant de lui glisser l'anneau au doigt, priant pour qu'il passe, sans doute.

    « C'est... c'est vrai !? », s'écrie le jeune homme à son tour, se levant en renversant sa chaise en arrière, par excès d'enthousiasme, ce qui ne manque pas de faire converger tous les regards vers eux. Y compris le mien.

    Un seul coup d’œil me suffit néanmoins à me rappeler cet instant, sur cette terrasse du restaurant surplombant les rives de l'Arno, à Florence. Je me remémorais chaque détail comme autant de poignards qui pénétraient ma chair, en l'instant : le sourire de Selim, charmeur à souhait, le petit écrin renfermant la bague, sa douceur lorsqu'il me la passe à l'annulaire avec fierté, mon propre sourire, éclatant d'un bonheur sincère, et mon regard pétillant d'excitation....

    Autour de nous, tout le monde se met à applaudir le couple. Les félicitations fusent à l'adresse des futurs mariés et, à mesure que perdurent les rires, je sens mon souffle s'altérer sans que je puisse y faire quoi que ce soit. Je déglutis, n'arrivant même plus à sourire. Fébrilement, je farfouille dans mon sac à main, attrape mon paquet de cigarette et me redresse soudainement.

    « … Excuse-moi un instant Viktor, j'ai besoin de prendre l'air... », soufflé-je, assez fortement pour me faire entendre au milieu de tout ce brouhaha, du moins je l'espère.

    En tous les cas, je ne me détourne pas pour vérifier, préférant filer jusqu'à la sortie du restaurant, mes pas se faisant plus rapides dès lors que j'aperçois la porte s'ouvrir devant moi. Une fois dehors, je prends une profonde inspiration, fermant les yeux en laissant couler les quelques larmes qui menaçaient depuis mon départ de la table. Mon souffle était encore haletant ; je peinais à le calmer malgré tous les efforts employés pour ce faire. J'ouvre mon paquet et attrape une cigarette entre mes lèvres, récupérant également mon briquet, que je laissais toujours dans le paquet pour ne pas le perdre. Mais mes lèvres tremblent, de même que mes doigts et j'arrive à peine à actionner la roulette pour faire jaillir cette maudite flamme. Ce n'était guère le froid, pourtant mordant, qui me faisait trembler ainsi, je le savais. C'étaient les prémices de la douleur qui ne tarderait pas à poindre le long de ma colonne vertébrale, comme à chaque fois que s'éveillaient les souvenirs douloureux.

    « Raah.... VAI A FARTI FOTTERE !! », râlé-je en italien, jetant ma cigarette à mes pieds, en même temps que mon paquet, avant de balancer rageusement le briquet de l'autre côté de la rue. Le portier devait me trouver bien étrange.

    Qu'ils aillent tous se faire foutre, d'ailleurs, songé-je en m'agrippant à un des lampadaires devant l'entrée, les doigts crispés sur le métal froid, les mâchoires résolument serrées et le dos légèrement arqué en avant, le temps que la douleur passe.
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    #16 le 09.01.17 17:59
    Mes yeux se plissèrent à la réponse qu'elle apporta. Alors c'était par facilité, qu'elle faisait cela ? Mes lèvres s'entrouvrirent dans la foulée mais je n'eus pas le temps de répliquer quoi que ce soit, coupé par le cri suraigu d'une jeune femme à la table voisine. Sourcils froncés, mon regard se détourna sur elle et sur son homme, en face, tous deux en un monde que j'avais jadis côtoyé et qui me semblait, d'ici, détestable à souhait. Quelque chose d'horriblement difforme qui n'apportait décidément que la tristesse et la peine. Un monstre d'univers qui m'avait recraché après m'avoir mâché et brisé de toute part. Imbéciles, songeai-je en la voyant des étoiles plein les yeux et en le voyant se relever en renversant sa chaise. Imbéciles, songeai-je en les entendant tous applaudir. A quoi bon les encourager à se déchirer l'un l'autre, et à se haïr autant qu'ils s'étaient jadis aimés – ou l'avaient en tous cas cru - ? Au milieu des félicitations apparemment de rigueur, une voix fusa, discordante, attirant mon regard sur Giuliana que je vis rapidement partir. Qu'est-ce qu.. ? Prendre l'air, maintenant ?

    Et comme sa révélation passée donna sens à un large pan de nos discussions antérieures, un nouveau regard vers le couple phare de ce soir fit la lumière sur son comportement. Bon sang. Pourquoi diable nous fallait-il endurer une demande en mariage alors qu'elle avait été tuée par son époux, quelques heures à peine après avoir dit « oui » ? Pourquoi, alors que je l'avais moi-même rudoyée à l'instant, usant de paroles dures et de mon air habituellement froid ? Pourquoi, alors qu'elle était déjà mal à l'aise de m'avoir avoué ce qu'elle faisait de sa vie ?
    Au milieu des applaudissements interminables, je me relevai avec lenteur, saisissant ma canne pour traverser la salle sur les pas de l'italienne, quoiqu'à une allure bien plus modérée – ne serait-ce que pour glisser à l'oreille du futur époux un « Prévoyez un contrat de mariage » bienveillant mais ô combien déplacé, je le crains -. Un signe de main au serveur suffit à le rassurer autant qu'à l'aiguiller quant à la suite à réserver aux évènements, et me permit de regagner le hall en toute quiétude. Y chercher Giuliana ne fut qu'une question de secondes, dès lors que son parler italien ne tarda pas à se faire entendre au dehors, me convainquant de la rejoindre sans bruit – si l'on occultait celui de ma canne -.

    Arrêté un pas derrière elle, je gardai le silence en entreprenant de déboutonner mon veston, m'avançant ensuite pour le poser sur les épaules de la belle brune avant de me pencher pour ramasser barre de nicotine et paquet de cigarettes. Je contournai alors l'italienne et regagnai un muret formant l'allée du restaurant pour m'y appuyer et y caler ma canne le temps de réarranger un peu le paquet de cigarettes de la jeune femme, sans l'offusquer d'une parole ni d'un regard. Je n'étais probablement pas celui qu'elle désirait voir, si tant est qu'elle souhaite croiser qui que ce soit dans son état, mais étais en tous cas le seul à portée, en mesure de comprendre son ressenti. A la fois parce que les demandes en mariage ne me plaisaient guère à titre strictement personnel, comme ravivant trop de mauvais souvenirs, que parce que je savais désormais ce qu'elle avait vécu. Soigneusement, j'ouvris le paquet de cigarettes de la jeune femme et en extirpai une avant de fouiller dans ma poche de pantalon pour y trouver mon briquet, glissant alors la barre de nicotine entre mes lèvres – à peine, pour ne pas la souiller de ma détestable nature ~ - le temps de l'allumer pour la proposer ensuite à la belle brune, toujours sans un mot.

    Mon regard s'égara finalement sur le paysage, et plus encore sur le ciel nocturne, décidément trop éclairé par les lumières artificielles de ce Tokyo spectral pour que l'on devine ne serait-ce que la plus petite lueur d'une étoile. Rien qu'un ciel à cheval entre le gris et le noir, rendu opaque par les nuages et les coloris des divers néons - trop de panneaux publicitaires ; trop de logos d'agences -. Pourtant je tirais une certaine sérénité de cette observation, aussi futile soit-elle. Une sérénité sensiblement troublée par les applaudissements à l'intérieur, encore présents, quoique moindres.

    - Tout ça pour qu'ils divorcent d'ici quelques années à peine... Au moins n'auront-ils pas l'occasion, ici, de faire un enfant qui souffrira de leur séparation ! soufflai-je d'une voix enrouée, m'essayant à un rictus moqueur sans détourner mes yeux de ce ciel décidément captivant.

    Une réplique que j'avais cru utile de murmurer à l'adresse de l'italienne dans l'espoir, peut-être, qu'elle trouve à s'amuser du futur que je prédisais à ce couple de pacotille – mal assorti de surcroît, mais cela ne tenait qu'à moi -... Mais à quel prix ? Parler mariage, divorce et enfant me replongeait dans un pan sombre de ma vie où je n'avais tenu le coup qu'en me plongeant davantage dans le travail – une habitude que j'avais apparemment conservée dans la mort, m'empêchant de penser et de déprimer comme de trop nombreux autres spectres -. J'étais déchiré entre les moments heureux et les moments tristes que j'attribuais à ma femme, sans doute autant que Giuliana se retrouvait partagée entre le souvenir de joie de l'époque où elle ne connaissait pas encore les projets de son époux, et la vision qu'elle en avait aujourd'hui. Il était toujours plus simple de se juger lorsque l'on connaissait la fin de l'histoire ; plus aisé de se trouver con et de remarquer toutes les erreurs commises et les indices qui n'auraient pas dû tromper. J'en voulais à Anaïs de m'avoir enlevé ma fille, de s'être remariée à un collègue aussi vite, et de l'avoir probablement fréquenté alors même que nous étions encore légalement mariés... Mais je me savais seul fautif. Et pourquoi lui en vouloir alors même que j'avais fini par ne plus l'aimer ? Hm. J'avais besoin d'une cigarette.

    - Pour être tout à fait franc, ils me dégoûtent autant qu'ils t'insupportent probablement, avouai-je en cherchant mon paquet de cigarettes dans ma poche de pantalon, en sortant une habilement que je coinçai entre mes lèvres pour l'allumer rapidement et espérer ainsi m'embrumer l'esprit à chaque nuage de fumée recraché, Alors si tu ne veux pas y retourner, ça ne me dérangera qu'à moitié, ajoutai-je après avoir inspiré une bouffée, ne reportant mon attention sur Giuliana qu'après avoir recraché la fumée au-dessus de ma tête en trouvant encore l'énergie pour sourire un peu, comme une incitation à ce qu'elle revêtisse elle-même ce masque que je m'évertuais pourtant d'ordinaire à essayer de faire tomber, Je n'oserais même pas te proposer de finir cette soirée autre part, sachant que ma compagnie ne vaut guère mieux que ces deux imbéciles qui seront trop occupés à se bécoter et se dire des mots d'amour tout le reste de notre repas... Donc si tu veux que je te raccompagne et que nous clôturions ici cette tentative avortée de renouveau relationnel, libre à toi. Considère que je te libère de tes obligations.

    En l'état et compte tenu de ce qui nous attendait à l'intérieur, je n'aurais su dire où allait ma préférence alors que je me savais capable de la convaincre de revenir à la boutique un beau jour.
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    #17 le 10.01.17 18:55
    Le son caractéristique de la canne de Viktor battant le pavé me fait me raidir davantage. Rapidement, je sèche mes larmes, essuyant les fines rainures salées qu'elles ont laissées sur mes joues, puis je tâche de me composer un air calme, sans grande conviction toutefois. Pourquoi fallait-il qu'il me suive... ? Craignait-il que je m'évade en douce ? Que je le laisse sur sa faim alors que sa curiosité à mon égard devait avoir atteint son paroxysme ? Mon sac à main et ma veste étaient toujours à l'intérieur, il n'avait donc pas de souci à se faire...

    Lorsque je le sens déposer avec délicatesse son veston sur mes épaules, je ne peux m'empêcher de frissonner davantage, comme si mon corps tout entier ne prenait conscience du froid ambiant qu'à cet instant précis seulement. Automatiquement, mes mains attrapent les deux pans du veston pour les maintenir fermés contre ma poitrine, me coupant ainsi de la morsure du froid. J'observe le bellâtre se pencher pour ramasser mon paquet de clopes et lui souffle un simple « merci », on ne peut plus sincère pour une fois. Le calme dont il faisait preuve en l'instant avait tendance à m'apaiser, sans que je ne comprenne vraiment pourquoi. Peu à peu, je sens la douleur s'estomper, la brûlure de ma cicatrice se consumer brièvement pour finalement disparaître.
    Mes doigts tremblent encore légèrement lorsqu'ils attrapent la cigarette que le nécromancien m'a allumé. Je la glisse entre mes lèvres avec reconnaissance, apposant la marque de mon rouge à lèvres à l'endroit précis où il avait dû poser les siennes. Un autre « merci », à peine murmuré, s'échappe de mes lèvres entrouvertes après avoir pris une longue bouffée de ce délicieux poison. C'était juste ce dont j'avais besoin, là, tout de suite, alors que dans le restaurant les félicitations se propageaient toujours comme une traînée de poudre candide.

    « Tout ça pour qu'ils divorcent d'ici quelques années à peine... Au moins n'auront-ils pas l'occasion, ici, de faire un enfant qui souffrira de leur séparation ! »

    Profitant du fait que le Russe se concentre sur le ciel nocturne, je le rejoins et m'adosse contre le muret, à ses côtés, promenant mes iris azur sur son visage, examinant ses traits avec attention, comme pour y chercher la faille derrière cette pseudo-plaisanterie. Il souriait, moqueur, comme à son habitude, mais j'avais cru percevoir dans le ton de sa voix une espèce de vague à l'âme que je ne lui connaissais pas. Cette réplique sous-entendait que son mariage – celui-là même que j'avais appris un peu plus tôt – n'avait pas duré, n'est-ce pas ? Et s'il parlait d'enfant, je m'imaginais également qu'il en avait laissé un là-bas, dans le monde des vivants. Il faudrait que je le lui demande un jour. Peut-être... Mais pas ce soir. Instinctivement, je ne pouvais alors me retenir d'éprouver une certaine empathie pour cet homme que je connaissais si peu et dont j'avais appris beaucoup plus en à peine une heure qu'en plusieurs semaines. Tout comme moi, il cachait les secrets douloureux de sa vie passée, quand bien même il laissait entendre que rien ne devait être tabou, pas même notre mort... Tout ça n'était qu'une façade, sans doute.

    « Pour être tout à fait franc, ils me dégoûtent autant qu'ils t'insupportent probablement », poursuit-il en cherchant une de ses propres cigarettes dans sa poche. Il marquait un point me concernant, mais je ne m'étais pas imaginer que pour lui, ce sentiment allait jusqu'au dégoût. « Alors si tu ne veux pas y retourner, ça ne me dérangera qu'à moitié »

    Nos regards se croisent et je détourne le mien alors que le bellâtre me sourit. Mes paupières se plissent un peu lorsque j''exhale une longue bouffée de fumée éthérée vers le ciel, contemplant à mon tour la nuit tokyoïte. J'acquiesce simplement après avoir reniflé brièvement. Ça ne valait pas le coup de retourner là-dedans. Pas si nous étions tous deux d'accord sur le côté désagréable de ce qui nous y attendait.

    « Je n'oserais même pas te proposer de finir cette soirée autre part, sachant que ma compagnie ne vaut guère mieux que ces deux imbéciles qui seront trop occupés à se bécoter et se dire des mots d'amour tout le reste de notre repas... Donc si tu veux que je te raccompagne et que nous clôturions ici cette tentative avortée de renouveau relationnel, libre à toi. Considère que je te libère de tes obligations. »

    Cette fois, je détourne volontairement les yeux vers lui, essayant de décrypter ses intentions sans y parvenir pour autant. Était-il en train de me dire qu'il me rendait complètement ma liberté ? Que je n'aurai plus besoin de venir à sa boutique ? Non... Impossible. Pas après tout le speech qu'il m'avait fait quelques minutes auparavant tout de même. Il devait sans doute me libérer de mes obligations « pour ce soir »...
    Puisque c'est proposé si gentiment ~ 

    « Ta compagnie est bien plus agréable que tu ne le penses... », admets-je en tirant une nouvelle latte de ma cigarette. « Sauf quand tu me rabroues ou que tu me pousses dans mes retranchements ~ », nuancé-je toute de même en échappant sensuellement une volute de fumée, histoire qu'il ne s'imagine pas m'avoir conquise ou que-sais-je, avec son petit numéro de gentleman de l'Est.

    « Désolée Viktor. Je... je n'vais pas pouvoir honorer le contrat pour ce soir. », murmuré-je après un soupir de lassitude, mon regard ayant préalablement dévié sur la pointe de mes escarpins. « Tu n'as qu'à considérer que tu as réussi ton coup. Appelle-moi quand il faudra que je passe à la boutique... », poursuis-je en haussant vaguement les épaules, comme si tout cela n'avait que peu d'importance.

    J'avais conscience de me jeter à nouveau dans la gueule du loup et de mon plein gré, qui plus est. Mais il avait eu raison tout à l'heure, à table. J'avais une dette à payer. J'avais trop de dettes à payer, pas qu'envers lui d'ailleurs. Et tôt ou tard, il faudrait que je me résolves à les rembourser. Mais ce soir Viktor attendrait. Je n'avais plus le goût de faire bonne figure. Je comptais juste me perdre dans le travail et qu'importe qu'il soit sale, qu'importe que j'en souffre physiquement, tant qu'il me faisait oublier tout le reste.

    « Tu... tu veux bien aller récupérer mes affaires s'il te plaît ? Inutile de me raccompagner, je me débrouillerai toute seule. Je connais le quartier », lui assuré-je en terminant ma cigarette, récupérant mon paquet qu'il avait ramassé auparavant, tout en me forçant à un léger sourire en coin à l'adresse du grand brun.
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    #18 le 10.01.17 21:00
    La réplique de la belle brune me fit sourire et lever le nez de ma cigarette. Ainsi donc, ma compagnie était « bien plus agréable » que je ne le pensais ? Première nouvelle ! Il fallait donc en déduire que l'italienne cachait remarquablement bien ses émotions pour qu'elle trouve ma compagnie agréable alors qu'elle n'en avait jamais rien laissé paraître. Ceci, même si elle ne manqua pas de temporiser immédiatement son aveu en le restreignant si largement qu'il ne restait plus guère de place pour la sympathie qu'elle disait me vouer. Mais au moins la réplique m'avait-elle fait rire, jusqu'à ce qu'elle soupire encore, attirant modestement mon regard entre deux bouffées de cigarette.
    Alors comme ça, le renouveau relationnel n'était finalement pas avorté, et avait été conduit à terme ? J'en étais le premier surpris, même si je n'en montrais pas grand chose. Que Giuliana refuse de poursuivre cette soirée m'apparaissait logique compte tenu de ce qui nous attendait désormais – et cette décision ne me dérangeait d'ailleurs pas -, mais qu'elle me concède ce que j'avais désiré sans, pourtant, lui avoir offert ce que j'avais promis – à l'exclusion de la potion -.. ? C'était surprenant. Au fond, et contrairement à ce qu'elle semblait penser, elle avait assez bien honoré son contrat ce soir. Certes, elle n'était pas restée aussi longtemps que prévu en ma compagnie, mais m'avait néanmoins accompagné un temps et épargnait mon porte-monnaie en s'en allant avant l'heure, qui plus est. Plus que tout, elle m'autorisait à la recontacter selon mon bon vouloir en guise de compensation. C'était parfait.

    Distraitement, mon regard dévia sur les mains de l'italienne alors qu'elle récupérait son paquet de cigarettes, sa demande m'incitant à me redresser mollement après avoir éteint ma barre de nicotine sur le muret contre lequel j'étais appuyé. Canne en main, j'esquissai un léger sourire avant de la contourner.

    - Je reviens.

    D'un pas assuré – certes claudiquant, mais néanmoins assuré – je rentrai dans le restaurant, rejoignant la salle où les applaudissements s'étaient enfin tus et où les deux tourtereaux ne manquaient pas de se dévorer des yeux l'un l'autre, comme je me l'étais parfaitement imaginé. Ce n'est toutefois pas sur eux que s'attarda mon regard, mais sur les affaires de l'italienne, faute d'avoir trouvé notre serveur. Je ne le vis pas immédiatement et eus le temps de rejoindre la table que nous occupions, Giuliana et moi, afin de récupérer son sac à main avant qu'il ne vienne directement à ma rencontre.

    - Est-ce que tout va pour le mieux, Monsieur ? Puis-je relancer les plats ?
    - Oubliez. Madame ne se sent pas bien, aussi allons-nous écourter la soirée, lui assurai-je en soutenant son regard au travers duquel je vis passer un éclair furtif de mécontentement. Nul doute que je n'aurais rien vu si je n'étais pas habitué à susciter de telles réactions, Puis-je régler la note ?
    - Mais tout naturellement, Monsieur. Veuillez me suivre, je vous prie.

    Le serveur me ramena dans la hall, et plus particulièrement à l'accueil où je pus régler la note et gratifier l'homme d'un pourboire qui lui fit oublier ce qu'il avait un temps considéré comme une déconvenue. Le pourboire fut si généreux qu'il alla me chercher lui-même ma veste et le trench coat de l'italienne avant de me souhaiter avec décidément trop d'emphase, de passer une excellente fin de soirée ainsi qu'un prompt rétablissement pour Madame, entre autres choses.
    Je ressortis les bras chargés et tendis ses affaires à Giuliana en attendant qu'elle se serve pour ré-enfiler mon veston – après qu'elle me l'ait rendu -, puis ma veste, ne tardant guère à rallumer ce qu'il restait de ma cigarette afin d'en profiter sur le chemin du retour. Peut-être ferais-je un bout de la route à pied pour laisser mon esprit vagabonder, d'ailleurs.

    - Merci de m'avoir tenu compagnie, Giuliana, soufflai-je à l'adresse de la belle brune après qu'elle ait réajusté sa tenue, prête à affronter le froid de la nuit, Je te recontacterai dans les jours à venir, pour les potions. En attendant, rentre bien, souris-je en m'inclinant légèrement face à elle, me détournant ensuite pour partir dans la direction opposée à celle qu'elle empruntait.

    Inconsciemment, je ne pouvais m'empêcher de me demander si elle connaissait le quartier parce que le club où elle travaillait se trouvait non loin, ou parce que beaucoup de clients l'y emmenaient effectivement, mais balayai bien vite ce questionnement au profit de quelques autres d'ordre plus pragmatique et professionnel, tels que celui de savoir quelle serait la prochaine potion que je lui ferais tester.

    Tout de même. Quelle étrange soirée.
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    #19 le 11.01.17 16:37
    Je le regarde rentrer à nouveau à l'intérieur du restaurant en claudiquant sur sa canne, perdant automatiquement mon sourire puisqu'il n'y avait plus personne pour en profiter à présent. Viktor avait eu l'air content de s'en tirer à si bon compte. Peut-être même a-t-il été surpris. Aurais-je dû lui en faire baver un peu plus, comme je me l'étais à l'évidence promis à l'instant même où j'étais sortie en trombe de sa boutique, des semaines plus tôt ? Peut-être... Mais tôt ou tard, j'aurais bien été forcée de revenir. Parce qu'au fond de moi, je savais que j'étais en tort...

    Je laisse mon mégot de cigarette tomber à mes pieds, l'écrasant distraitement de la pointe de ma chaussure alors que j'entends la porte s'ouvrir. Mes lèvres s'étirent à nouveau faiblement lorsque je retire le veston dont le Russe m'avait couverte, le lui échangeant avec mon propre trench-coat que j'enfile dans la foulée, récupérant ensuite mon sac à main avant d'arranger le tout pour ne pas souffrir du froid hivernal. Tout ce temps, j'avais préféré garder le silence, concentrée à ma tâche, m'occupant de ranger mes cigarettes dans mon sac après m'en être sortie une autre que je garde en main, pour l'heure. Puis il se décide à me dire au revoir.

    « Merci de m'avoir tenu compagnie, Giuliana.  Je te recontacterai dans les jours à venir, pour les potions. En attendant, rentre bien. »

    Ce à quoi je me contente d'acquiescer en réajustant mon écharpe autour de mon cou pour masquer une partie de ma chevelure. Après un « Bonne soirée » à peine audible, je me détourne pour longer le trottoir de l'avenue, m'engouffrant dans la première rue sur la droite pour rejoindre le quartier de Kabukichô, temple infâme du vice et de la luxure, entre autres joyeusetés dont je n'avais cure.
    Au hasard d'une rue, je croise un badaud qui m'allume obligeamment ma clope, essayant ensuite de me tenir la jambe, sans succès étant donné mon naturel peu causant. Un quart d'heure de marche plus tard j'y étais. Le Seven Deadly Sins et son affreuse enseigne à néons roses.

    « Hey... salut beauté... », me souffle l'armoire à glace qui faisait office de portier/videur/gros bras pour porter les tables et les chaises parfois. Il m'adresse son sourire le plus avenant, du moins le soupçonné-je, et je le lui rends, comme à mon habitude, comme si c'était un jeu dont moi seule connaissais les règles. « Misty D. va être ravie d'te r'voir tu sais. », avoue-t-il en m'ouvrant la porte, laissant échapper une bouffée piquante de chaleur suave.

    « C'est ce que j'ai cru comprendre... oui... », me contenté-je de souffler en m'engouffrant dans le night-club sans plus accorder d'attention au type. Je ne me souvenais jamais de son prénom de toute manière.

    A peine avais-je pénétré dans la salle principale, encore relativement calme à cette heure de la soirée, que le regard de fouine de Misty entra dans mon champ de vision, quand bien même elle était installée près du bar, à une quinzaine de mètres de moi. Je soupire. Haut les cœurs Princesse...
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