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Terminé #1 le 01.01.17 17:40

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Les basses entraînantes de la dernière chanson en date d'Amy Winehouse – oui, elle continuait une carrière dans l'au-delà ~ – faisaient remuer mes pieds en rythme alors que j'étais allongée sur mon lit, les jambes tendues à la verticale sur le mur, le regard perdu vers le plafond un brin psychédélique. Le casque audio résolument vissé sur mes oreilles, j'avais fini par délaisser mon bouquin pour ne plus me laisser absorber que par mes pensées ; et diable qu'elles étaient agaçantes. Je me posais trop de questions, comme d'habitude. Voilà plus de trois jours que je n'étais plus sortie de l'appartement, errant simplement entre la chambre, la salle de bain et la cuisine pour subvenir à mes besoins primaires, à savoir dormir, me laver, manger et occasionnellement, faire manger mes colocataires. Les raisons d'un tel sédentarisme ? Je ressemblais à la fiancée de Frankenstein depuis une semaine, maintenant que ma potion ne faisait plus effet.

Hors de question que j'aille pleurer chez Viktor pour qu'il m'en fournisse une autre. Je m'étais interdite de remettre les pieds chez lui depuis notre dernier petit tête à tête dans son arrière-boutique. Et qu'importe que j'ai encore une dette envers lui ! Il avait poussé le bouchon un peu trop loin et j'entendais bien le lui faire savoir.
Non. J'allais juste sagement attendre que Carl ne supporte plus de me voir errer dans le salon avec cette mine de cadavre ambulant et qu'il me file une des potions qu'il conservait dans sa boutique d'antiquités. Il finissait toujours par craquer de toute manière. Et si ce n'était pas lui, c'était Domen. Patience Giuli' ~

CUI-CU ! CUI-CU-CUI-CU ! 

Les couinements désagréables de la sonnette de l'appartement Bozo – le mien donc, ô joie – surplombent un instant la mélodie suave d'Amy, me poussant à augmenter le volume du lecteur mp3, sans me soucier de savoir qui était à la porte. Quelqu'un allait bien finir par lui ouvrir à cette personne, non ?

CUI-CU ! CUI-CU-CUI-CU ! CUI-CU-CUI-CU 

A nouveau la sonnette, une minute plus tard. Suivie d'une salve de couinements ininterrompus dont je pouvais sentir émaner l'impatience, même si les sons ne me parvenaient qu'en sourdine. N'y avait-il donc personne dans cette appart' !? Soupirant, je retire mon casque et abandonne ma position si confortable pour me relever et sortir de ma chambre, attrapant au passage mon ample sweat-shirt pour masquer ne serait-ce qu'un peu mes formes un brin défraîchies et décharnées que laissait voir mon top moulant et mon mini-short. Dans le salon, je guette qu'il n'y ait personne – j'avais toujours l'espoir d'envoyer quelqu'un d'autre accueillir notre invité –, puis je rabats ma capuche sur ma crinière brune, faisant mon possible pour dissimuler mon visage pâle et émacié, de même que mes traits tirés. Nul doute que je ferais peur à n'importe qui comme ça, même à l'importun là-dehors, quel qu'il soit.

Dans un nouveau soupir de lassitude, je regagne donc la porte d'entrée, gardant le visage baissé alors que j'ouvre la porte à l'inconnu. Mon regard bleuté se fige d'abord sur la forme élancée de la canne, la suivant jusqu'à atteindre la main de son propriétaire, pour dévier radicalement sur le visage de ce dernier : Viktor Matveïev. Comme d'habitude, ses lèvres arboraient ce même sourire narquois et détestable. Moi, blasée au possible même si cette visite aurait bien eu de quoi me sortir de mes gonds, je me contente de laisser la porte se refermer devant lui après avoir vaguement haussé un sourcil, trahissant ma totale indifférence.

Me déranger pour lui n'en valait pas du tout la peine. Je n'avais pas même envie d'entendre ce qu'il avait à me dire. J'espérais néanmoins qu'il s'agisse de plates excuses vis-à-vis de son comportement de merde. Mais de toute évidence, je ne les entendrai pas, décidée que j'étais à retourner dans ma chambre ~
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Terminé #2 le 02.01.17 14:04

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- Au plaisir de vous revoir prochainement ! souris-je en saluant le dernier client, de l'entrée de la boutique.

Ah ! Une bonne journée de passée. Les affaires allaient fort depuis que j'étais en mesure de contrôler un peu mieux mon pouvoir, et plus encore alors que je n'avais plus à endurer ces pertes de conscience intempestives, particulièrement agaçantes lorsqu'il me fallait traiter avec un client. Non, aujourd'hui avait été parfait, et il le serait d'autant plus que je m'étais prévu une soirée distrayante, à supposer que ma cavalière toute désignée daigne accepter mon invitation.
Sans surprise, Giuliana n'était pas reparue après notre dernière entrevue au cours de laquelle elle m'avait avoué la façon dont elle était morte, après que je lui ai forcé un tantinet la main. Cela faisait très exactement trois semaines qu'elle avait filé sans demander son reste et était portée disparue à mes yeux. Trois semaines, donc, que les potions à tester s'entassaient sur la paillasse de l'arrière-boutique, mais ce soir, plus rien n'importait. En moyenne, les potions que je fournissais à Giuliana pour lui permettre de profiter de son apparence normale duraient deux semaines, la dernière ayant été précisément fournie la semaine ayant précédé notre dernier rendez-vous, soit, peu ou prou il y a trois semaines. Or, si la belle brune ne me faisait pas d'infidélité – mais vu les moyens dont elle semblait disposer, cela me paraissait peu probable -, elle devait s'être retrouvée à sec depuis plusieurs jours maintenant, son corps se décomposant à nouveau, lentement, à défaut de pouvoir profiter du pouvoir régénérant des potions. Autant dire que c'était pile poil le moment de revenir sur le devant de sa scène, pour son plus grand déplaisir.

Cette fois, je n'avais pas dans l'idée de la contrarier – encore que j'en étais apparemment capable sans guère fournir d'effort -, et cherchais au contraire à rétablir la relation d'antan – après tout, elle me rendait service à s'improviser ainsi cobaye -, à défaut de vouloir me racheter, car j'estimais en effet ne pas avoir à m'excuser pour ce que je lui avais fait subir, aussi désagréable cela ait-il pu être. Quoi de mieux qu'un restaurant pour ce faire ? Si l'italienne était effectivement cigale plus qu'elle n'était fourmi, elle ne cracherait pas sur un dîner offert. Peut-être cracherait-elle sur un dîner offert dès lors qu'il se ferait en ma compagnie, mais j'avais de quoi pallier cette éventualité et la convaincre remarquablement facilement – du moins l'espérais-je – de supporter quelques heures en mon ennuyeuse compagnie avant de retrouver son quotidien. Encore que je n'étais pas certain de faire mouche : même si la belle devait être en décomposition partielle, elle avait bien spécifié, lors de la conclusion de notre accord, que je ne pourrais la solliciter les soirs pour une raison qu'elle n'avait pas encore cru bon d'expliciter – ceci étant dit, cela m'importait peu -. Qu'importe ! Je ne perdais pas grand chose à aller voir si elle se trouvait à son appartement, sinon quelques minutes à peine, puisqu'il était, comme tous les autres, situés dans l'Agence et, si ma mémoire était bonne, juste un étage au-dessus du mien.

Porté par un enthousiasme que je ne me connaissais guère, je réunis mes affaires en hâte, fermai la boutique et rejoignis l'Agence aussi rapidement que me le permettait ma hanche droite. Arrivé à l'appartement, je ne prêtai guère d'attention à mes colocataires ou, en tous cas, à ceux présents – j'étais certes enthousiaste mais pas devenu volubile ni affable pour autant, il ne fallait pas exagérer ~ -, posai mes affaires dans ma chambre et regagnai la douche pour me préparer. En l'espace d'une trentaine de minutes, j'étais lavé, parfumé et habillé – en costume, comme d'habitude, quoiqu'il soit, ce soir, digne d'un smoking remarquablement élégant ; hommage au lointain souvenir de l'homme que j'avais été dans une autre vie, avant la naissance de ma fille, alors que j'étais encore préoccupé par la vie de ma compagne, puisque pas encore totalement dévoré par la mienne -, de sorte qu'il ne me restait plus qu'à choisir une belle canne assortie avant de partir – question d'une ou deux minutes, tout au plus -. Fin prêt, je ne m'attardai pas dans l'appartement et regagnai le couloir après avoir vérifié à au moins cinq reprises que j'avais bien pris mon porte-feuille, celui-ci se trouvant calé dans la poche intérieure gauche de ma veste.

Rapidement, je rejoignis le deuxième sous-sol après avoir vérifié préalablement que c'était bien là que Giuliana vivait – après tout, elle passait plus souvent à la boutique que nous nous voyions chez l'un ou l'autre ; du moins le faisait-elle jadis ~ -, trouvant sans peine son appartement et pressant la sonnette... Ah la sonnette. Je l'avais oubliée, celle-là.
Patient, j'attendis qu'on vienne m'ouvrir avant de soupirer, appuyant plus longuement une seconde fois. Allons. Giuliana n'allait pas me faire l'affront de sortir sans être présentable, alors que j'avais misé toutes mes chances sur la honte qu'elle tirait de sa nature-même et sur sa pénurie de potions ?!
Des pas à l'intérieur me soulagèrent en partie – rien ne garantissait qu'il s'agissait bien de l'italienne toutefois – avant que mon sourire ne s'étire en voyant la silhouette de la belle brune se dessiner dans l'entrebâillement de la porte. La morphologie correspondait et le regard aussi, après coup ; l'allure qu'elle avait également, puisqu'elle me rappelait la petite zombie égarée qui avait essayé de voler ma boutique, par le passé. A peine eus-je le temps de croiser son regard bleuté que la porte se referma néanmoins, interrompue dans sa course par ma canne bloquant sa fermeture. Sans me départir de mon sourire, j'entrai comme si l'italienne m'y avait invité, restant cependant sur le pas de la porte après avoir refermé cette dernière derrière moi.

- Tu es ravie de me voir, à ce que je vois, ricanai-je avant de glisser ma main droite dans ma poche, l'autre s'amusant à faire pivoter le pommeau de ma canne, Écoute. J'ai bien conscience que nous nous sommes quittés en mauvais termes, alors je venais te proposer de remédier à cela ! lançai-je sans la quitter des yeux alors qu'elle semblait manifestement décidée à rejoindre la pièce qui était probablement sa chambre, Accepterais-tu de m'accompagner au restaurant ? Je te laisse choisir celui qui te plaira... Étant entendu que j'ai ici de quoi te rendre digne du restaurant le plus chic de ce Tokyo spectral, ajoutai-je en écartant le pan droit de ma veste, la poche intérieure s'y trouvant abritant une potion qu'elle reconnaîtrait sans peine, Qu'en dis-tu ? Je promets d'être de bonne compagnie et de ne faire aucun impair ~
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Terminé #3 le 02.01.17 16:44

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Et voilà qu'il se permettait d'entrer maintenant. De mieux en mieux, il gravissait à vitesse grand V l'échelle du parfait sans-gêne. Ce type ne reculait décidément devant rien pour arriver à ses fins, quelles qu'elles soient. Plus agacée que réellement surprise par cette intrusion, je soupire en me figeant au milieu du salon, plongeant mes mains dans les profondes poches de mon sweat-shirt avant de me tourner à-demi, dissimulant toujours partiellement mon visage derrière mon ample capuche. Un seul regard vers lui me suffit à revoir son sourire moqueur, me faisant momentanément froncer les sourcils.

« Ravie n'est pas le mot, non. », lancé-je froidement au bellâtre en suivant distraitement du regard les mouvements de sa canne. Je savais bien qu'il ironisait, mais autant ne pas lui faire de cadeaux dès le départ.

La suite de son discours parvient tout de même à attirer mon attention. Si sa première phrase m'avait d'abord fait espérer des excuses de sa part – comme j'aurais bien entendu été en droit de le demander, n'est-ce pas ~ – , je dois bien avouer que je ne m'attendais pas à la proposition qui en découlait. Intriguée, même si je m'efforce de ne pas le lui laisser voir, je me tourne un peu plus, plissant sensiblement les paupières en essayant de chercher où était sagement cachée l'arnaque. Je commençais à croire qu'il y en avait toujours une avec Viktor, même si au départ il m'avait semblé être un homme plutôt juste et professionnel. 
Lentement, mes prunelles passent de son visage à la poche interne de sa veste, qu'il me désigne, me laissant aisément deviner la forme caractéristique du flacon d'une potion que j'affectionnais tout particulièrement : la fameuse « coup d'éclat ». Je hausse sensiblement le sourcil.

« Qu'en dis-tu ? Je promets d'être de bonne compagnie et de ne faire aucun impair ~ », tente-t-il de me rassurer, ces mots achevant pourtant d'attiser ma méfiance à l'égard du Russe.

Cependant... la perspective d'obtenir une potion gratuite – du moins, si on partait du principe que dîner avec Viktor Matveïev ne constituait pas un prix trop cher payé – me faisait sensiblement reconsidérer mes prérogatives. Avec cette potion, je pourrais retourner travailler et  ainsi rattraper mes quelques jours de chômages forcés...
D'un air méfiant toujours, je m'approche de lui, plantant mes iris azurés dans les siens avec intensité.

« Je t'accorde un dîner d'une heure trente maximum. Pendant que je vais m'habiller, tu réserveras au Sant Pau. Bien sûr tu régleras toute la note de cette soirée en ma compagnie, ça va de soi. », énoncé-je une fois à sa hauteur, de ma voix monocorde aux accents chantants de la méditerranée. « Si tu me pousses à nouveau dans mes retranchements, je pars. Si tu me demandes de tester une de tes potions, je pars. Si tu me forces à faire quoi que ce soit, je pars. », le préviens-je néanmoins, comptant bien ne pas me faire avoir cette fois. « … Puis-je avoir cette potion ? »

Mon regard se fait plus insistant sur la poche interne de sa veste et je lui tends la main pour qu'il me donne le flacon. Si je me préparais tout de suite, nous aurions peut-être une chance de manger  pour 21h00 et ensuite... ensuite j'aurai la nuit devant moi.
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Terminé #4 le 02.01.17 17:56

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Sans me départir de mon sourire ni détourner les yeux, je la fixais. D'abord blasée, elle m'était ensuite apparue sarcastique, puis méfiante à l'excès. Comment le lui reprocher après ce que je lui avais fait endurer ? Mais tant qu'à être méfiante, pourquoi faire les choses à moitié ? Ne pensait-elle pas que j'étais parfaitement capable de mettre une potion lambda dans la fiole de la « coup d'éclat » ordinaire ? Ne pensait-elle pas que j'aurais pu mettre n'importe quoi, pour la faire souffrir un peu plus encore ? Elle se méfiait de moi, mais pas assez encore. Pour ce soir, cela ne lui porterait guère préjudice puisque c'était bel et bien la bonne potion que je lui proposais, mais son comportement m'avait donné l'idée, aussi devrait-elle être plus vigilante à l'avenir... Qui sait ce que je pourrais bien lui réserver, au péril de notre partenariat ?

Malgré son évident scepticisme, elle approcha de moi sans dévier son regard, énumérant ensuite une litanie d'exigences - qui ne manquèrent pas d'entretenir mon sourire -, à commencer par la durée du dîner. Savait-elle seulement que je n'étais ni maître des cuisines, ni maître des serveurs ? Du temps imparti, je ne pouvais en garantir le respect ; il n'y avait guère que le reste, qui relevait de mon bon vouloir. Avait-elle espéré me voir blêmir à l'évocation du Sant Pau ? Ce serait mal me connaître, ne serait-ce que parce que je ne comptais pas dévoiler aussi explicitement mes émotions. Tant qu'à dîner, autant le faire dans un restaurant chic, a fortiori alors que j'avais sorti mon plus beau costume. Si elle pouvait s'habiller autrement que dans un mini-short et un sweat-shirt probablement plus à ma taille qu'à la sienne, alors soit : je réserverais au Sant Pau selon son bon désir. Quant au règlement de la note... Cette exigence-ci m'avait fait rire. N'avais-je pas dit que je l'invitais ? Probablement cela m'avait-il paru évident. Comment solliciter une quelconque réconciliation si je ne lui offrais pas le restaurant dans lequel je lui proposais de m'accompagner ?
Parmi les conditions restantes, seule une revêtait une difficulté supérieure – la première -, dès lors que nous n'avions pas la même notion de la limite des retranchements concernés. En tous cas, je n'avais aucune potion à lui faire tester ni aucun désir de la forcer à quoi que ce soit – sinon le fol espoir de la voir converser avec moi plus que ses sons habituels, limités, à peu de chose près, à des « hm » et toutes espèces de variations difficiles à décrypter -.

- Challenge accepté, soufflai-je en souriant, mes deux mains posées sur le pommeau en argent de ma canne, au moins jusqu'à ce que l'une d'elle se saisisse de sa main tendue pour feindre de la porter à mes lèvres en un baise-main tout droit tiré d'un autre temps, Quant à la potion : c'est non. Je serais sot de te la donner alors que tu pourrais librement t'enfermer puéril... T'enfermer dans ta chambre, repris-je en me corrigeant avant qu'elle ne me reproche d'être désagréable, Prépare-toi comme si tu bénéficiais de ses bienfaits. Je te la donnerai au sortir de la cage d'escaliers et t'attendrai, pour ce faire, au palier conduisant au hall, souris-je en libérant sa main, amorçant déjà un demi-tour en fouillant dans ma poche arrière droite de pantalon pour en extirper mon portable, Je réserve pour 21 heures. Fais en sorte d'être prête, je te prie, ajoutai-je en mettant les formes alors que je quittais l'appartement aussi silencieusement que me le permettait le bruit de l'embout de ma canne heurtant le sol à intervalle régulier.

Bonté divine. Voilà bien des années que je n'avais plus pris la peine de me montrer à ce point poli. Exit les sous-entendus désagréables et petits adjectifs bien choisis disséminés ça et là au gré des phrases que je pouvais prononcer. Exit les moqueries et autres railleries ouvertement lancées à mes interlocuteurs. Il me fallait, ce soir au moins, soigner mes tournures autant qu'il m'était nécessaire de retrouver une galanterie que je ne pratiquais décemment plus.
Cette soirée qui s'était annoncée si bien, initialement, abordait cette fois un virage que je n'étais pas sûr de franchir. Je redoutais l'interminable repas où le silence n'était troublé que par les couverts s'entrechoquant ; pis que tout, je redoutais d'endurer cela pour rien, alors qu'elle ne reviendrait pas pour autant à la boutique pour tester mes potions, comme nous en avions initialement convenu.
Soupirant, je m'appuyais contre la balustrade de la cage d'escaliers au niveau du rez-de-chaussée, dégainant mon portable pour réserver une table au Sant Pau en attendant que l'italienne daigne me rejoindre... Si tant est qu'elle le fasse, seulement.
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Terminé #5 le 02.01.17 22:08

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Je frissonne malgré moi du contact de ses doigts autour des miens, plus encore de son souffle qui effleure ma peau alors qu'il se penche sur mon poignet. Pourvu qu'il n'ait pas remarqué ce trouble, moi-même ne sachant trop de quel sentiment il était né – probablement du dégoût –, préférant d'ailleurs ne pas y songer du tout. De toute manière, ce frisson d'égarement disparaît bien vite au profit d'une nouvelle montée de méfiance à l'égard du Russe. Je plisse instantanément les paupières lorsqu'il me dit qu'il ne me donnera la potion qu'une fois habillée et fin prête pour partir. Hm. Me prenait-il à ce point pour une reine de l'arnaque ? L'idée de l'entourlouper ne m'avait pas même effleuré l'esprit, et je m'en voulais que ça n'ait pas été le cas d'ailleurs. Tu es trop sotte Giuli ~, me souffle comme toujours mon moi intérieur, si prompt à me juger. Dans tous les cas, entre Matveïev et moi, il était évident qu'il était le plus fourbe des deux.

Je le regarde un bon moment ainsi – peut-être bien une trentaine de secondes ! –, histoire de guetter un potentiel mensonge ou un autre de ses vilains tours, tout en écoutant les instructions qu'il me donnait. J'acquiesce finalement, heureuse de retrouver ma main, puis fais un pas en arrière après un regard entendu. S'il réservait pour 21h00, alors nous étions au moins sur la même longueur d'onde, s'agissant de ce point précis. Sans plus me soucier du nécromancien, je regagne donc ma chambre, aussitôt accueillie par Pablo, roulé en boule dans son panier, la queue frétillant de joie à mon approche.

« Oui... maman repart au travail... », lui confirmé-je après une petite tape sur le front, ouvrant ensuite mon armoire en quête d'une tenue convenable pour dîner dans un restaurant aussi chic que le Sant Pau.

Une vingtaine de minutes plus tard, je ressortais donc de l'appartement aussi présentable que possible, étant donné mon état de décomposition actuel. Je m'étais rapidement lavée, puis j'avais coiffé mes cheveux en une longue tresse épi que je laissais pendre sur mon épaule. Sous mon trench coat entrouvert, on devinait la robe la plus compatible que je possédais pour ce genre de restaurant : une jolie robe fourreau noir au bas finement dentelé qui, d'ordinaire en tout cas, moulait agréablement mes formes et laissait voir mon décolleté assez modérément. De mon avis personnel, je me trouvais tout à fait ridicule, alors que mon corps décharné remplissait à peine le corsage de ma robe...
Le pire restant néanmoins le maquillage : je m'étais en effet efforcée de me maquiller comme d'habitude, mais ma peau légèrement putréfiée et donc peu malléable se prêtant bien mal à l'exercice, j'avais été forcée de me passer juste un peu de mascara sur les cils ainsi qu'un trait d'eye-liner léger. Cela avait suffi, à mon sens, à me faire ressembler à un clown. Mais pour le reste, nous verrions en route, une fois que ce satané Viktor m'aurait donné ma potion.

Du haut de mes escarpins, je rejoins Viktor dans la cage d'escalier, enroulant une écharpe autour de mon cou et vissant des lunettes de soleil sur mon nez pour dissimuler partiellement mon visage, qu'importe qu'il n'y ait ni soleil ni même lumière ici.

« Comptes-tu pousser le vice jusqu'à me faire déambuler dans le hall dans cet état ridicule ou puis-je espérer boire cette potion maintenant... ? », demandé-je, blasée, croisant les bras sur ma poitrine en attendant qu'il me tende enfin ce maudit flacon.
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Terminé #6 le 02.01.17 22:57

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Adossé contre la rambarde de l'escalier, je lançai un regard en contrebas pour apercevoir l'arrivée de Giuliana, quelques trente minutes après avoir quitté son appartement. Malgré moi, je ne pus m'empêcher de sourire à son arrivée, amusé – tout autant que dépassé, je dois l'avouer - par la façon qu'elle avait eu de masquer au mieux son état de décomposition partielle au moyen de larges lunettes de soleil et d'une écharpe enroulée autour de son cou. Amusé, je l'avais encore été par sa réplique, tenant plus de la lassitude que du cynisme cependant. Sans me départir de mon sourire en coin, je me redressai sensiblement en glissant une main dans la poche intérieure de ma veste où je saisis la potion que je tendis à la belle brune.

- Chose promise, chose due, me contentai-je de répliquer en suivant des yeux la jeune femme, réunissant mes mains sur le pommeau de ma canne après qu'elle ait récupéré le précieux objet.

Contrairement à ce qu'elle semblait croire, je ne comptais pas pousser le vice jusqu'à la faire déambuler dans le hall alors qu'elle semblait si peu sûre d'elle, compte tenu de son état. Je le comptais d'autant moins que j'aimais à penser qu'elle ne reculerait plus maintenant qu'elle avait l'assurance de dîner dans l'un des plus chics restaurants de Tokyo, même s'il lui fallait pour cela, me supporter plus ou moins une heure et demi.
Loin de l'état dans lequel je l'avais surprise en arrivant à l'improviste à son appartement, Giuliana était chiquement vêtue désormais, coiffée et, j'imagine, maquillée, bien que ses accessoires soient décidément de trop. Ne pouvant néanmoins la forcer à quoi que ce soit et présageant qu'elle prétexterait le moindre impair pour me fausser compagnie, je pris partie de ne pas lui demander, ni même l'inviter à retirer tout cela, maintenant qu'elle disposait de la potion et pouvait profiter de ses effets. Quelque part, cela lui donnait des allures de grande star cherchant à passer incognito – à moins qu'elle ne veuille pas être reconnue en ma compagnie ~ -.

- Si vous voulez bien vous donner la peine, ma dame ~, soufflai-je en souriant, proposant à la belle brune mon bras gauche alors que ma main droite se raffermissait sur le pommeau de ma canne.

C'est fièrement que nous traversâmes – c'est en tous cas ainsi que je traversai – le hall de l'Agence pour rejoindre l'entrée d'où je hélai un taxi rôdant, comme d'innombrables autres, en quête du chaland du soir. Galant, j'ouvris la porte à mon invitée le temps qu'elle s'engouffre dans le taxi, contournant ensuite le véhicule pour rejoindre la banquette arrière aux côtés de la belle italienne. L'adresse donnée, le chauffeur se permit un sifflement à notre encontre, initiant et entretenant une conversation que nous n'avions pas encore – ou que nous n'aurions peut-être jamais, qui sait ; comme un présage de ce qui nous attendrait éventuellement plus tard, attablés en tête-à-tête à attendre désespérément la venue de nos plats –, pour notre plus grand soulagement, probablement, même s'il ne manqua pas de m'agacer à force de renouveler sans cesse les sujets de conversation en nous sollicitant à grand renfort de « Hein ? », dans l'attente que nous confirmions l'un ou l'autre – ou les deux – ses spéculations fantasques.

Dans ces conditions, l'arrivée au Sant Pau fut un véritable soulagement, mais je m'efforçai de régler la course avec le sourire, ne serait-ce que pour remercier cet homme de nous avoir épargné, à Giuliana et moi, un silence gênant auquel nous ne manquerions indéniablement pas de goûter à un moment donné de la soirée. Sortant de la voiture le premier, j'en fis le tour pour ouvrir la porte à l'italienne, lui présentant à nouveau mon bras alors que nous foulions l'entrée prestigieuse du restaurant. A peine la porte franchie, un serveur élégamment habillé se proposa de prendre trench coat et veste tandis qu'un deuxième venait à notre rencontre, à peine le premier parti.

- Bonsoir, Madame, Monsieur. Auriez-vous réservé ?
- Une table pour vingt-et-une heure, au nom de Matveïev.
- Un instant, je vous prie. Oui ! Une table pour deux, confirma le serveur après avoir jeté un œil à son registre, se composant un sourire hypocrite à faire pâlir ceux que Giuliana esquissait toujours, Veuillez me suivre, je vous prie, poursuivit-il en récupérant deux cartes des menus qu'il glissa habilement sous son bras droit.

Emboîtant le pas au serveur, nous pénétrâmes dans la salle où plusieurs couples dînaient déjà, les rires courtois – pour ne pas dire guindés - et les tintements de couverts en argent étant de mise. Dieu... Que cela faisait longtemps que je n'avais plus connu cela. Étrangement, cela ne m'avait guère manqué mais passons ; j'avais besoin que Giuliana teste mes potions et avais, de fait, besoin qu'elle me voit sous un meilleur jour à compter de ce soir, pour la convaincre de reprendre notre relation passée, quoique celle-ci soit fondée sur un échange sensiblement déséquilibré à mon profit, j'en conviens.
Droit comme un « i », le serveur s'arrêta devant la table concernée qu'il désigna d'un élégant geste de la main en attendant que nous prenions place. Toujours attentif au moindre de mes gestes, je tirai la chaise de la belle brune pour qu'elle s'y installe, avant d'en faire de même.

- Voici pour vous, Madame, dit-il en tendant la carte muette à Giuliana, répétant la manœuvre avec moi - quoique les prix figurent sur la mienne -, après un « Monsieur », Ce soir, la suggestion du chef est une selle d’agneau « Allaiton » accompagné d'un velours de trompettes de la mort et de choux de Bruxelles, le tout, servi avec un jus infusé au citron confit, précisa-t-il avant de s'éclipser, me laissant pantois quant à la proposition énoncée avant de me plonger dans l'étude de la carte.
- Le cadre te plaît ? Tu étais déjà venue ? m'enquis-je en levant furtivement les yeux de ma carte pour la sonder, au cas où elle serait aussi peu bavarde que d'ordinaire.

Bien. Que la bataille commence.
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Terminé #7 le 03.01.17 17:49

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Mes doigts s'emparent presque avidement de la potion qu'il me tend, avec ce sourire en coin toujours fiché sur son visage. A croire qu'il n'avait que cette expression en réserve ! A moins qu'elle me soit entièrement consacrée, auquel cas, c'était bien trop d'honneur pour ma pauvre petite personne ~.
Bien qu'il ait les yeux rivés sur moi, je bois rapidement le contenu du flacon et lui rends ce dernier en prenant une profonde inspiration, satisfaite de sentir déjà sur moi les effets revigorants du « coup d'éclat » tant attendu. Ça y est ! Enfin je me sens redevenir à peu près humaine, à peu près normale. C'était bien là la seule chose qui me faisait avancer en ce bas-monde ; cette quête inlassable de la normalité, même si elle m'était pour toujours insaisissable à présent. Au moins tentais-je...

Plus ou moins surprise par la galanterie exacerbée – trop peut-être ? – dont faisait preuve le nécromancien, j'agrippe docilement le bras qu'il me tend, sans trop vraiment y réfléchir, comme j'avais pu le faire avec des centaines d'autres. Même si a priori, la soirée ne finirait pas de la même manière avec lui qu'avec ces centaines d'autres en question. Ce n'est qu'une fois dans le taxi que je m'autorise à retirer lunettes de soleil et écharpe, fourrant le tout à la va-vite dans mon sac à main tout en essayant d'en extirper une petite trousse à maquillage. Lorsque j'ouvre mon miroir de poche face à mon visage, le chauffeur allume obligeamment la lumière réservée aux passagers de la plage arrière tout en continuant à nous taper la causette. De ma part, il n'obtiendra que des réponses courtes et banales, tout juste des ''oui'' ou des ''non'' monocordes, alors que je peaufinais l'aspect de mon teint et recouvrais mes lèvres d'un rouge carmin vif. Voilà qui me semblait déjà mieux pour attaquer une nouvelle nuit de travail.

Le Sant Pau était un restaurant que j'affectionnais particulièrement car il était fait sur le modèle de son homonyme espagnol. J'aimais cette décoration moderne, éminemment occidentale, avec ces nappes immaculées et ses tableaux de maîtres catalans ornant les murs, le tout baigné dans une atmosphère tamisée emprunte d'une volupté toute ibérique. Bien entendu, je n'avais nullement les moyens de me payer quoi que ce soit ici, mais de toute évidence, les hommes qui m'emmenaient dans ce restaurant savaient à quoi s'attendre. Tout comme Viktor d'ailleurs. Sans quoi il ne se serait pas donné la peine de me tirer la chaise pour que je m'y installe, en parfait gentleman. Souhaitait-il à ce point que je retourne tester ses potions ? Naïvement, je m'étais toujours imaginée qu'il avait à sa disposition quelques cobayes alléchés à l'idée d'une prime. Évidemment, il fallait les rémunérer, ce qui n'était malheureusement pas mon cas...

Une fois assise, j'ouvre la carte après l'avoir récupérée, écoutant distraitement les suggestions du serveur sans pour autant m'y intéresser véritablement, tant les premières mots de sa déclamation m'avaient déçue : j'avais horreur de l'agneau.

« Le cadre te plaît ? Tu étais déjà venue ? », me demande-t-il, visiblement désireux d'entamer la conversation, maintenant qu'il n'y avait plus personne pour nous venir en aide en cas de silence prolongé.

« Oui. Ça m'est arrivée deux ou trois fois... », lui apprends-je sans relever le nez de ma carte, étudiant avec attention chacun des mets qu'elle contient. Après quelques longues secondes de lecture, j'avais d'ores et déjà fait mon choix. « Et toi... ? », lui demandé-je en reposant ma carte sur la table, croisant son regard : « Tu n'as pas vraiment l'air du genre à fréquenter ce type de restaurant. », ajouté-je cependant, m'enfonçant un peu plus confortablement contre le dossier de mon fauteuil tout en croisant sensuellement les jambes. Consciente toutefois que ma phrase pourrait être mal interprétée, je m'empresse d'ajouter, plongeant mes prunelles azurées dans celles du Russe : « Non pas que tu n'as pas les moyens de t'offrir ce qu'il y a sur cette carte, je sais que tu gagnes bien ta non-vie. C'est simplement que... enfin, c'est plutôt un établissement prisé par les couples ou les amants en devenir.», soufflé-je en haussant les épaules, comme s'il s'agissait là d'un fait relevant de l'évidence.

A dire vrai, je l'avoue, il me paraissait évident que Viktor ne collectionnait pas les conquêtes. Mais je pouvais peut-être me tromper... sans doute même. Après tout, il était très bel homme. Néanmoins, son handicap, quoique léger, lui mettait peut-être des bâtons dans les roues. Et puis il n'avait pas l'air de s'intéresser vraiment à ça. J'en veux pour preuve que depuis que je le connais, il n'a jamais posé un regard ambigu ou déplacé sur mon corps, pas même lorsque, la dernière fois, je m'étais quasiment mise à nue devant lui.

« Madame, Monsieur... », se présente le sommelier en s'inclinant humblement. « … Puis-je me permettre de vous offrir en apéritif, cette petite coupe de champagne … ? Un de nos grands crus. », s'enquiert-il, déposant sans attendre de réponses de notre part deux flûtes de mousseux pétillant. « Mon collègue viendra s'enquérir de vos choix dans un instant. », souffle-t-il avec un sourire affable, avant de s'incliner à nouveau pour aller voir une autre table, proposant le même apéritif.

Mon regard n'avait pas dévié de celui de Viktor durant toute l'intervention du serveur. Puis je le détourne pour observer distraitement le verre, non sans faire une petite moue. Certes, j'évitais religieusement l'alcool, soupçonnant ce dernier d'accélérer ma décomposition mais... puisque c'était offert. Et puisque je venais de prendre une potion quelques minutes avant...
Alors timidement, le bout de mes doigts effleure la tige de la flûte avant de jouer avec, tandis que je reporte mon attention sur le nécromancien.
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Terminé #8 le 03.01.17 19:52

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Attentif à la réponse de la belle brune, je reportai néanmoins mon attention sur la carte dès lors que sa voix se fit distinctement entendre. Était-ce le prestige du restaurant qui me valait de profiter de mots et non pas de simples sons ambigus ? Je tendais distraitement l'oreille en parcourant la carte des yeux, m'interrompant néanmoins après avoir perçu sa supposition et levant les yeux sur elle comme pour voir si elle ne plaisantait pas – hérésie de la part de Giuliana ~ -. Si j'avais d'abord haussé un sourcil à sa remarque, ce qu'elle ajouta ensuite acheva de m'amuser et me poussa à rire un peu, quoique je sois rapidement interrompu par la venue du sommelier. Tout au long de sa tirade cependant, je ne pus m'empêcher de sourire peut-être un brin plus naturellement que je ne le faisais d'ordinaire, et en tous cas d'une façon bien moins moqueuse que lorsque je souriais en coin. A l'instar de l'italienne, je posai ma carte sur la table – mon choix avait été finalement assez simple – après le départ du sommelier pour me saisir de la flûte de champagne, quoiqu'avec un peu plus d'enthousiasme qu'elle.

- A quoi pourrions-nous trinquer... Je sais ! A ta bienveillance, ta compassion ou que sais-je, bref, à ce qui t'a poussée à accepter mon invitation pour me laisser une seconde chance, souris-je à nouveau en coin en levant mon verre à son adresse, sans la quitter des yeux, ne reportant mon attention sur la flûte de mousseux pétillant que lorsque je l'approchai de mes lèvres, sentant d'abord sa fragrance avant d'en déguster une première gorgée. Hm. Un grand cru, oui, cela se sentait.

Distraitement, je reposai la flûte de champagne sur la table en réajustant un peu ma position, calant mon bras gauche sur l'accoudoir de ma chaise en levant une nouvelle fois les yeux sur Giuliana. Revenons-en à ce qui m'avait fait rire un peu plus tôt, et ce qui continuait d'ailleurs d'entretenir mon sourire malgré moi.

- Si je suis ton raisonnement, je ne suis donc pas en couple et suis un piètre amant, pour ne pas venir là chaque jour de cette seconde vie. Le second point expliquerait peut-être le premier, d'ailleurs ~, ricanai-je en baissant momentanément les yeux, ne les relevant que pour répondre un peu plus sérieusement à sa question initiale, sans me formaliser des remarques qui avaient suivi, Je viens rarement, ici. Pas avec une compagne, ni avec des amantes, simplement avec de riches clients, soit qu'ils soient très exigeants, soit qu'ils aient besoin de trop importantes quantités pour venir à la boutique, et souhaitent donc discuter des modalités d'approvisionnement, exposai-je calmement après avoir repris mon sérieux, quoique le vestige de mon sourire demeure légèrement sur mes lèvres, Tu m'as dit être venue à deux ou trois reprises ici, dois-je en déduire que tu es de ces femmes ou de ces amantes mentionnées plus tôt, par tes propres soins ? souris-je à nouveau sans trop savoir si la question ne la brusquerait pas. Elle ne me paraissait pas effrontée ni déplacée, mais je n'étais apparemment pas un modèle d'appréciation.

A dire vrai, je devais l'avouer, il me paraissait évident que Giuliana ne collectionnait pas les conquêtes. Mais peut-être me trompais-je. Sans doute, même. Après tout, elle était une très belle femme. Néanmoins, ses tendances à paraître trop rarement – voire jamais, me concernant – pétillante et à ne s'exprimer que d'une voix monocorde lui mettaient peut-être des bâtons dans les roues. Et puis elle n'avait pas l'air de s'intéresser vraiment à ça. Je l'imaginais d'ailleurs assez peu flirter avec quiconque, mais encore une fois : peut-être me trompais-je.

- Hm. Dans un tout autre registre, mais peut-être ai-je mal interprété tes expressions : si tu n'apprécies pas le champagne, n'hésite pas à commander autre chose. Ils ne manquent pas de choix, et je me satisferai de ce que tu veux, précisai-je après avoir remarqué, au moment où les coupes de mousseux nous avaient été apportées, que Giuliana n'avait paru qu'à demi emballée.
- Madame, Monsieur, avez-vous fait votre choix ? s'enquit le serveur après être revenu discrètement à notre table, le sourire aux lèvres, forcé et contraint.
- Hm. Oui, répliquai-je après un regard à la belle italienne pour le confirmer.
- Parfait. Je vous écoute, Madame, répliqua le serveur en dégainant son petit carnet pour prendre en note la commande de Giuliana, d'abord – galanterie oblige -, avant de reporter son attention sur moi en m'invitant à prendre commande à mon tour, d'un « Monsieur » bienveillant.
- Je prendrai votre foie gras de canard poché, puis vos suprêmes de pigeon, s'il vous plaît.
- Très bien. Et que désirez-vous boire avec ceci ? s'enquit le serveur en relevant le nez de son carnet pour reporter instinctivement son regard sur moi.
- Voyez avec Madame, répliquai-je en souriant en coin, le serveur tournant aussitôt la tête pour prendre le choix de Giuliana en note avant de s'éclipser, les cartes sous le bras, avec une courbette et un « Je vous remercie, Madame, Monsieur » décidément trop guindé.

Presque soulagé du départ du serveur, je soupirai silencieusement en me saisissant de ma flûte de champagne. Décidément, ces lieux n'étaient plus vraiment faits pour moi et si le champagne inspirait une moue légère à l'italienne, c'était tout le restaurant qui m'en inspirait une identique. Et dire que j'avais été dégoûté de tels endroits par des imbéciles de collègues et de supérieurs n'ayant que l'envie de réussir et de gagner toujours plus, par tous moyens, sans se soucier des dégâts causés... Et dire que j'étais de ces hommes, à présent.

- Tu as quelque chose de prévu, après, si ce n'est pas indiscret ? m'enquis-je sans détourner le regard de mon champagne, songeur, A moins que tu ne puisses m'accorder plus d'une heure et demi de ton temps, sans risquer de... Hm, non, rien, conclus-je en perdant peu à peu mon sourire.

« Sans risquer d'exploser », avais-je d'abord songé, m'auto-rectifiant en « Sans risquer de me sauter à la gorge », pensant finalement que ni l'une, ni l'autre expression n'était la bonne, comme trop proches de ce que nous avions vécu et du sujet que nous avions abordé il y a de cela trois semaines.

- Le toast y contribuait, mais je tenais à le faire plus ouvertement : merci d'avoir accepté mon invitation, Giuliana, réitérai-je pour changer de sujet. C'était encore plus prudent.
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Terminé #9 le 04.01.17 11:17

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« A quoi pourrions-nous trinquer... Je sais ! A ta bienveillance, ta compassion ou que sais-je, bref, à ce qui t'a poussée à accepter mon invitation pour me laisser une seconde chance »

Inconsciemment, mon sourcil se hausse un peu alors que, par mimétisme, je lève à mon tour ma coupe de champagne. Je rêve ou il fayote allègrement, là ? Ma « bienveillance » ? Ma... « compassion »... ? Il se foutait de moi ou quoi ? Il savait très bien que je n'étais venue avec lui que pour bénéficier des effets de sa potion, alors pourquoi faire à ce point dans l'emphase, hm .. ? Mais soit. Fidèle à moi-même et en toute ironie bien sûr, je me contente de sourire en coin en levant mon verre à la hauteur du sien.

« Oui... à ma légendaire... compassion ~ », murmuré-je en buvant une gorgée de champagne, le dégustant en essayant bien de me convaincre qu'il était hors de prix et que j'étais en droit d'en profiter sans culpabiliser un tant soit peu.

Tout le long de ce petit toast improvisé, Viktor n'avait jamais perdu son sourire. A croire que mes paroles l'amusaient. Au moins il ne les avait pas mal prises. Et quand bien même, j'avoue que ça ne me faisait ni chaud ni froid. J'écoute ses explications – même si je n'avais demandé aucune justification de sa part – tout en sirotant à nouveau ma flûte de mousseux. Je ne peux m'empêcher de sourire plus avant, toutefois. J'avais donc vu juste : Matveïev était un célibataire. Endurci ? Peut-être bien. Après tout, je n'avais jamais rencontré un type travailler autant. Parfois, je me demandais même s'il ne dormait pas dans sa boutique... Quel genre de femme apprécierait vivre une relation avec un bosseur pareil ?

« Tu m'as dit être venue à deux ou trois reprises ici, dois-je en déduire que tu es de ces femmes ou de ces amantes mentionnées plus tôt, par tes propres soins ? », me demande-t-il finalement, avec un naturel plus ou moins touchant. D'autres auraient été gênés de me la poser celle-là ~

« Eh bien... », commencé-je en reposant mon verre sur la table, réfléchissant à la meilleure tournure de phrase possible. « Disons que comme toi, il m'arrive de venir ici pour affaires ~ », avoué-je simplement, sans en ajouter plus. Il n'avait pas besoin de tout savoir pour le moment... J'estimais de toute manière qu'il en savait déjà bien assez, après son petit numéro de la dernière fois ! « Quant au champagne, ne t'inquiète pas il est très bon... L'alcool n'est pas mon ami c'est tout. », réponds-je directement avant de voir approcher le serveur et son amabilité feinte.

Sans lui rendre son sourire, je lui commande la salade de crabe et son duo de verdures, puis le fameux caviar d'aubergine au fromage de chèvre catalan du chef. J'étais peu désireuse de manger de la viande rouge ce soir. Quant au vin, puisque Viktor ne semblait pas vouloir décider – à moins qu'il s'imagine que son choix me déplaise, comme il a sans doute songé que je n'aimais guère le champagne –, je me contente de hausser les épaules en rendant la carte au serveur.

« Pas de vin pour moi, juste de l'eau merci. Mais pour Monsieur, mettez-lui donc un demi-litre de votre meilleur Côtes du Rhône... il se mariera bien avec ses plats je pense ~ », souris-je faiblement, me renfonçant dans mon siège en jetant un regard au nécromancien. Mon père était amateur de bon vin, j'en connaissais donc un rayon.

Mes iris se promènent ensuite dans la salle, observant distraitement les clients en présence avant qu'un faible soupire ne franchisse la barrière de mes lèvres. Un peu plus d'une heure encore... Oui, ça passera vite! tenté-je de me convaincre en reportant mes prunelles sur le Russe, visiblement désireux de me faire parler ce soir. Sa dernière remarque me fait tiquer néanmoins, si bien que je plisse les paupières, sentant qu'il allait dire une connerie. Il se reprend à temps, fort heureusement, mais je continue à l'observer, même après son flagrant changement de sujet. Amusée toutefois par cette insistance indéniable au sujet de mon non-refus à son invitation, je prends la peine de me pencher, appuyant mes coudes sur la table en gratifiant Viktor du sourire le plus charmeur que j'avais en réserve – sourire de façade, cela va de soi – avant de murmurer d'une voix suave à l'accent italien :

« Attention Viktor, je vais finir par croire que c'est un rencard... ». Mes doigts fins récupèrent à nouveau la coupe de champagne et j'y trempe lentement les lèvres avant d'ajouter, après cette plaisanterie : « Tu me sembles bien trop mielleux avec moi pour que la démarche soit sincère mais qu'importe. Tu sais très bien que je suis venue pour la potion. Sans quoi je ne pourrais pas escompter retourner au travail tout à l'heure... ».

Instinctivement, ma main libre cherche mon téléphone dans mon sac à main, pendu au dossier de ma chaise. Haussant un sourcil, j'observe l'écran avant de le présenter au nécromancien, sourire en coin.

« Dans une heure et dix-sept minutes environ... », murmuré-je dans un souffle, histoire de préciser, rangeant ensuite le smartphone là où je l'avais trouvé. « Si nous passions donc directement au moment où tu t'excuses … ? », hasardé-je, souriant de plus belle. « Ça pourrait aider à repartir sur de bonnes bases ~ »

Et ce n'était pas peu dire...
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Terminé #10 le 04.01.17 19:28

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« La mort change nécessairement le spectre. Certains cherchent le pardon dans cette seconde vie et essayent de faire amende honorable ; d'autres cherchent la vengeance dans cette seconde vie, et torturent indifféremment tous ceux qu'ils croisent pour tous les vivants qui les ont malmenés ; d'autres encore se laissent happer et se laissent mourir une nouvelle fois. Le feu, initialement vibrant dans leur poitrine, encore tenace après leur mort, s'éteint finalement peu à peu, étouffé par une carapace trop épaisse qui tronque, qui dévore, tout ce qui existait auparavant. Tu es de ceux-là. De ceux qui ont baissé les armes, qui ne demandent pas pardon ni ne réclament vengeance. De ceux qui attendent que la mort passe comme la vie leur a filé entre les doigts. De ceux qui restent passifs en toutes circonstances. J'ai trinqué à ta bienveillance ou à ta compassion, faute de pouvoir identifier ce qui t'avait poussée à me suivre. J'aurais dû trinquer à ton honnêteté. Car tu es décemment trop honnête, Giuliana, pour venir ici alors que tu as obtenu la potion que tu désirais tant avant même de pénétrer dans ce restaurant ; trop honnête pour chercher à te dérober alors que je n'aurais pas même essayé de te retenir. « Une heure et dix-sept minutes environ », disais-tu ? Une heure et dix-sept minutes exactement, plutôt. Quand te mettras-tu à compter les secondes ? Avant, ou après l'arrivée de l'entrée ? Et pendant tout ce temps, que feras-tu ? Resteras-tu passive, comme tu le fais toujours, en attendant que ça passe ? Pars, je t'en prie. Ne te donne pas la peine d'attendre : pars maintenant. Épargne-toi la torture de rester avec moi et épargne-moi celle de supporter tes sourires feints. »

Telle est la réplique qui me traversa l'esprit après avoir peu à peu perdu mon sourire au fil de ses réponses. J'avais souri, lorsqu'elle avait évoqué la possibilité d'un rencart ; surpris qu'elle puisse se laisser aller à un peu d'humour, même en ma compagnie. Et puis j'avais peu à peu déchanté. La motivation de sa venue strictement limitée à l'obtention de la potion, d'abord, puis enfin - surtout -, le décompte du temps qui lui restait à passer en ma manifestement détestable compagnie ; cela, plus que tout le reste, avait suscité chez moi, sans que je ne puisse l'expliquer, un pincement au cœur en sus de la perte de mon sourire. J'avais songé lui dire tout cela, mais le souvenir de notre accord ; de sa tentative de vol et des dégâts causés m'avaient rattrapé. Elle avait une dette envers moi ; dette qui n'était pas encore épongée. Alors, elle paierait. Jusqu'au dernier étrier.

- Tu me trouves trop mielleux, dis-tu ? repris-je d'une voix suave en reportant mon attention sur la flûte de champagne dont je me saisissais, N'es-tu donc jamais contente, Giuliana ? me permis-je de lui faire remarquer sans la regarder.

Trop insistant, je la blessais dans son amour propre et la convainquais de partir ; trop mielleux, elle doutait de ma sincérité ; et trop « normal », elle se prenait pour une martyre. Se rendait-elle seulement compte du sens de notre échange ? Qu'elle seule était en tort depuis le commencement ? Qu'elle était tout particulièrement ingrate de se montrer à ce point désobligeante alors que j'avais la décence de l'inviter au restaurant pour repartir sur de bonnes bases ? Qu'elle ne pouvait pas se permettre d'être à ce point provocatrice et impolie, lorsque je faisais mon possible pour me montrer courtois et donner un semblant de fondations à ce nouveau départ ? Et comble de tout, elle voulait que je m'excuse.. ?

- Puisque tu me trouves trop mielleux, soit. Revenons à des bases plus solides qui te paraissent plus familières, sans doute, soufflai-je d'une voix égale, De quoi devrais-je m'excuser ? hasardai-je de façon purement rhétorique en reposant mon verre de champagne après y avoir trempé les lèvres, D'avoir osé exiger une compensation pour les dégâts que tu as causés dans ma boutique le soir où tu as eu la brillante idée de me voler ces potions qui te sont si précieuses ? Pardon, Giuliana, avouai-je en arborant peu à peu mon rictus moqueur tandis que le cynisme imprégnait chacune de mes paroles, D'avoir osé te demander de tester des potions pour éponger ta dette, plutôt que des centaines d'Øssements dont tu ne disposais, et ne dispose toujours pas ? Pardon, Giuliana. D'avoir eu l'audace de t'inviter dans l'un des restaurants les plus chers de ce Tokyo spectral afin de faire reposer sur des bases plus saines l'arrangement que tu n'as pas un seul instant hésité à bafouer ? Pardon, Giuliana. A moins que tu veuilles que je m'excuse pour l'insistance dont j'ai fait preuve il y a de cela trois semaines environ ? Pardon, Giuliana, réitérai-je systématiquement sur le même ton.

L'ironie disparue, mon sourire s'envola, ne laissant subsister qu'une mine sévère, accentuée par l'or de mon regard dardé infailliblement sur elle.

- Je ne m'excuserai pas d'avoir laissé hurler la toi d'antan en perçant ta carapace blindée à grand renfort de provocations ; la toi d'antan qui m'apparaît, du reste, bien plus intéressante que celle que tu prétends être au quotidien, en ce qu'elle est plus vivante que tu ne le seras jamais, si tu t'obstines dans ton piètre rôle, exposai-je sans sourciller, Tu veux de la sincérité ? En voilà : je t'ai toujours traité avec respect, ce soir, plus encore que tout autre et ai cherché à me montrer agréable à ton égard pour que nous établissions une relation positive. Je n'espérais pas de la sympathie, encore moins de l'amitié, simplement une entente cordiale limitée à de brefs échanges lors du test des potions. Cela ne semble manifestement pas possible, et peut-être est-ce parce que je suis nécromancien. Voilà un scoop pour toi : je me moque de savoir si je t'inspire la haine ou le dégoût, comme un écho à celui qui t'a trompée à nouveau, à peine arrivée dans ce nouveau monde. Tu as une dette envers moi. Si tu ne l'éponges pas par le test des potions, ce sera en cash, que tu le devras, marmottai-je sans jamais détourner les yeux.

Aussi nombreux soient mes défauts, j'estimais être patient, de sorte qu'il me fallait un certain temps pour exploser, de même qu'il fallait vraiment insister et me titiller pour que je ne me montre plus courtois - car si j'étais adepte de la moquerie, je trouvais cela plus efficace encore et parfois, plus humiliant, lorsque les mots étaient exempts d'insultes et élégamment employés -. Elle, elle accélérait tout. Peut-être plus encore depuis que j'avais réalisé que celle avec qui j'avais échangé depuis le début de notre arrangement n'était pas la vraie Giuliana, mais tout juste une pâle copie de celle qu'elle s'entêtait à étouffer chaque seconde de son existence.

- La sortie se trouve par là-bas. Si tu es adepte du cash, je t'en prie : pars. Sinon, tâche de trouver un sujet de conversation. Pourquoi ne pas m'expliquer comment une femme qui ne compte pas l'alcool parmi ses amis, en connaît autant sur les mariages des vins avec les différents mets, poursuivis-je, un brin directif, avant de me saisir de mon verre à nouveau.

Moi qui avais pensé qu'un demi-litre serait peut-être trop pour moi seul, je commençais à me convaincre du contraire.